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Thierry Jamin

explorateur français
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Thierry Jamin
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Biographie
Naissance
Nationalité
Activité

Thierry Jamin [tieʁi ʒamɛ̃], né le à Chartres[1], est un explorateur français connu pour ses recherches archéologiques au Pérou. Pour financer ses expéditions, et en particulier ses nombreuses tentatives de recherche de la cité mythique de Païtiti depuis 1998, il organise des levées de fonds régulières par l'intermédiaire notamment de plusieurs sites internet et, depuis 2009, il dirige l'association INKARI.

En 2010, il indique avoir découvert dans le parc national de Manú « un ensemble de nouveaux sites archéologiques d'une importance comparable à celui de Machu Picchu ». En 2013, il déclare avoir découvert à Machu Picchu la tombe de l'empereur inca Pachacutec. En 2017, il indique avoir découvert des momies qu'il présente, pendant toute sa campagne de financement participatif, comme des reliques biologiques d'une espèce inconnue probablement d'origine extra-terrestre.

Aucune de ses prétentions de découverte n'a été validée par la communauté scientifique, et elles ont suscité des critiques croissantes en raison de leurs failles méthodologiques, d'abord au sein des autorités archéologiques péruviennes, qui ont notamment dénoncé en 2013 le danger de ses déclarations et de ses entreprises de fouilles pour le patrimoine culturel du Pérou, puis de groupes de chercheurs internationaux en 2017.

Sommaire

FormationModifier

Thierry Jamin a déclaré en 2012 avoir « fait une formation d'historien-géographe à Tours » et avoir « poursuivi un cycle d'archéologie à l'université du Mirail »[2], pour étayer son affirmation du « respect du protocole archéologique moderne » de ses explorations. Il a déclaré avoir également validé, dans le CV qu'il a transmis au ministère de la Culture du Pérou en 2013, un DEA en histoire de l'Amérique latine en 1997 à l'université du Mirail[3].

En 2013, il transmet au ministère des Affaires étrangères et publie sur son site web personnel la validation d'un DEUG de sciences humaines avec spécialisation en histoire en 1989, une licence en histoire en 1990 et une maîtrise d'histoire moderne en 1992[4], tous trois à l'université de Tours[5].

La même année, il a dû répondre à des accusations d'incompétence en archéologie et s'est déclaré historien-géographe et directeur de l'association INKARI[6]. Il n'apporte pas d'éléments sur ses déclarations au niveau d'une formation en archéologie.

Les doutes sur son absence de formation en archéologie ont été ravivés en 2013 lorsque des archéologues ont analysé la méthodologie de son projet d'exploration à Machu Picchu : l'équipe archéologique de l'IFEA - Institut français d'études andines - a considéré que ses hypothèses de découverte ne reposaient sur « aucun fondement solidement étayé », en raison de leurs « nombreuses incohérences » et leurs « graves lacunes » « d'un point de vue technique et méthodologique »[7] ; de même, David Ugarte Vega Centeno, directeur de l'INC Cusco, lui a reproché de vouloir mettre au jour des sites archéologiques sans la rigueur scientifique nécessaire pour ne pas les dégrader et l'a accusé de faire ses recherches dans le seul but de « trouver des trésors »[8].

Toujours en 2013, selon plusieurs médias péruviens, Véronique Gervais, alors déléguée de la division de la recherche et des échanges scientifiques du ministère des Affaires étrangères de France, aurait rencontré l'ambassadeur du Pérou à Paris pour le prévenir de l'absence de formation scientifique de Jamin[6],[9] ; toutefois, le ministre a répondu, dans une lettre adressée à Jamin et publiée par ce dernier sur son site, que cette déléguée n'avait « jamais eu de contact avec les journalistes de ces médias et que les éléments relayés sont le fruit d'une interprétation erronée »[10].

ExplorationsModifier

PaïtitiModifier

Depuis 1998, Thierry Jamin explore l'Amazonie péruvienne dans la région de Madre de Dios à la recherche de la cité mythique inca Païtiti et de la présence de la civilisation inca dans la forêt amazonienne[11].

Avec l'appui de l'agence de communication Prodiris[12], ses explorations ont été médiatisées depuis 2005 dans la presse écrite[13], des radios[14] et des télévisions[15]. Il a affirmé[réf. nécessaire] avoir obtenu différents soutiens, comme notamment celui du CNES, de Thales Alenia Space, de la Société de géographie, ou de la Mairie de Toulouse.

Selon les déclarations de Thierry Jamin en 2010, il aurait mis au jour, dans le Parc national de Manú, près du Sanctuaire national de Megantoni (en), un ensemble de nouveaux sites archéologiques d'une importance comparable à celui de Machu Picchu[16] ; cependant, ces informations restent très sujettes à caution car elles ont été complètement ignorées par les publications spécialisées en archéologie, et certaines ont même été démenties par David Ugarte Vega Centeno, directeur de l'INC Cusco (autorité archéologique péruvienne)[17].

En 2009, pour asseoir sa réputation et ses recherches de financement, il fonde et dirige l'association INKARI (Instituto Inka de Investigacion y Revaloracion Indigena), une organisation non gouvernementale de droit péruvien dédiée à la recherche archéologique et à l'aide des populations locales.

Machu PicchuModifier

En 2013, Álvaro Rocha publie un article, commenté par le quotidien La República[18], selon lequel Thierry Jamin aurait déclaré avoir réalisé « la découverte archéologique du siècle » en localisant à Machu Picchu un mausolée royal contenant un important trésor et qui serait selon lui très probablement la tombe de l'empereur inca Pachacutec[19].

Le 8 février 2013, un communiqué du ministère de la culture péruvien[20] annonce que la demande d'autorisation pour les fouilles annoncées par Jamin avait été refusée parce que « les critères méthodologiques et techniques de son projet étaient complètement erronés » ; ce communiqué, de plus, conteste plusieurs arguments publiés sur le site « Machu Picchu 2012[21] » par l'ONG Inkari fondée et présidée par Thierry Jamin ; il rapporte également les propos du directeur du parc archéologique de Machu Picchu, Fernando Astete, qui affirme que ce projet de fouilles découle selon lui d'une interprétation historique fausse, et ceux du directeur régional de la culture, David Ugarte Vega Centeno, qui qualifie Thierry Jamin d'« aventurier » et de « chercheur de trésor », affirme que celui-ci « n’est pas un archéologue et n’a aucune formation scientifique »[22] et n'a pas la moindre connaissance sur la conservation de cette importante structure architecturale qu'est Machu Picchu, et que ces investigations représentent un danger pour ce site appartenant au patrimoine mondial. Le directeur régional a ajouté que Thierry Jamin était susceptible de saccager le site protégé de Machu Picchu pour parvenir au "seul objectif de trouver des trésors"[8].

Le 9 février 2013, un article de La República publie les explications de Thierry Jamin, qui a répondu ne jamais avoir déclaré ce qui a été publié par Álvaro Rocha[23]. Selon les dires de Thierry Jamin, si les autorités péruviennes lui ont refusé l'autorisation de mener des fouilles, ce n'est pas pour préserver le site d'éventuelles dégradations, mais seulement dans le but de « s'approprier la découverte »[24].

Alien ProjectModifier

En janvier 2017, Thierry Jamin annonce sur internet qu'ont été découvert dans le sud du Pérou, en janvier 2016, des supposés « corps et organes momifiés », qu'il a pu s'en procurer certains et qu'il les interprète comme d'éventuelles « reliques biologiques appartenant à des espèces terrestres inconnues ou extérieures à notre planète »[25]. Au nom de l'Institut Inkari Cusco, il organise une levée de fonds sur le site de financement participatif Ulule, qui lui permet, le 12 mars 2017, de récolter 39 510  dans le but de « réaliser dans différents laboratoires de renommée internationale les analyses complètes » de ces « matériels »[26].

Selon le site de Thierry Jamin les « échantillons de matières biologiques » sont livrés à trois laboratoires le 3 mai 2017[27]. Dans une vidéo datée du 20 juin 2017, Jamin affirme, suite à une supposée radiographie d'une (ou plusieurs) des supposées « momies » qu'il s'agirait d'une femelle avec des œufs dans l'abdomen et, en conséquence, d'une espèce inconnue[28].

Le une conférence a lieu au Swiss Hotel de Lima, présentée par l'ufologue Jaime Maussan en compagnie de José de la Cruz Rios et José de Jesús Zalce Benítez[29], qui ne révèle rien de nouveau ou de précis ; simultanément, Thierry Jamin, qui avait annoncé auparavant qu'il participerait à la conférence du Swiss Hotel, expose en direct sur YouTube[30] le résultat de ses propres analyses, concluant qu'il n'y a rien d’extraterrestre dans les momies présentées[31].

RéactionsModifier

Le 28 juin 2017, le professeur Rodolfo Salas-Gismondi de la Division de Paléontologie de l'American Museum of Natural History de New York a dénoncé l'imposture scientifique que représente la prétendue « momie extraterrestre de Nasca »[32],[33]. Il apparaît également dans le reportage du magazine français 66 minutes diffusé sur la chaîne M6 le 28 janvier 2018 ; il y affirme que ces momies sont probablement un assemblage de restes de squelettes d'animaux et qu'aucune preuve n'a été apportée pour étayer l'hypothèse qu'il s'agirait d'un squelette d'une espèce inconnue d'origine extra-terrestre[34].

Le , un groupe de douze experts péruviens et internationaux (bio-anthropologues, spécialistes de l'étude et de la conservation des restes humains dont les momies) a publié un communiqué par l'intermédiaire du World Congress on Mummy Studies dénonçant la fraude des « momies extraterrestres »[35]. Il stipule que ces productions sont « sans aucun doute des restes humains précolombiens [...] manipulés et même mutilés pour obtenir une apparence ad hoc pour une exploitation commerciale. » Le communiqué dénonce enfin les auteurs de ces productions et ceux en faisant l'exploitation, qualifiant ces pratiques de « maltraitances criminelles » violant « profondément la dignité humaine », ainsi que « plusieurs règles nationales et internationales de la défense du Patrimoine Culturel ».

Le 13 juillet 2017, l'archéologue américain Carl Feagans conclut à un "hoax"[36].

Le 3 août 2017, les professeurs d'anthropologie John Hoopes et Jennifer Raff de l'Université du Kansas qualifient ce projet de pseudoscientifique et dénoncent son manque de respect des peuples indigènes[37].

PublicationsModifier

LivresModifier

  • Thierry Jamin et Pierre-Albert Ruquier, L'Eldorado inca, à la recherche de Païtiti, Hugo et Compagnie, (ISBN 2755600985, lire en ligne).
  • (es) Thierry Jamin (préf. Nicole et Herbert Cartagena), Pusharo : La Memoria Recobrada De Los Incas, Lima, Estudio de Impresiones S.A., (ISBN 9972335666).
  • Thierry Jamin, « L'Aventurier de la cité perdue », Éditions du Trésor, mars 2014.

ArticlesModifier

  • Thierry Jamin, « Sur les traces de la cité perdue », National Geographic, France,‎ .
  • Thierry Jamin, « Sur les traces de Païtiti, la cité perdue des Incas », La géographie, Société de géographie, no 1522,‎ (lire en ligne) .
  • Thierry Jamin, « Jeu de piste chez les Incas », Historia, Paris, no 126 Hors Série,‎ juillet-août 2010.

ConférencesModifier

  • Rencontre avec Thierry Jamin et Patrice Lecoq (université Paris-I), Païtiti, rêve ou réalité, Maison de l’Amérique Latine du ministère des Affaires étrangères, Paris, 12 décembre 2007.
  • Participation à l'atelier Archéologie et Télédétection, dans le cadre des Space Application Days organisé par le CNES et l'UNESCO, 24 avril 2008. Présentation par Thierry Jamin de sa campagne de recherche 2008[38].

Notes et référencesModifier

  1. [PDF] (es)CV officiel de Thierry Jamin, sur le site Instituto Inkari, en ligne.
  2. Lors d'une interview avec un journaliste de La Dépêche, publiée dans l'article « Thierry Jamin, Indiana Jones toulousain ».
  3. [PDF] (es) Demande d'autorisation de fouilles à Machu Picchu, 7 juillet 2013, p. 138.
  4. Avec la publication d'un mémoire de maîtrise sous la direction de Robert Sauzet, « Encore -- "Histoire de la Conquête du Mexique d'après des Décades du Nouveau Monde du Lettré Italien Pierre Martyr d'Anghiera, = Conseiller des Rois Catholiques et Ami des Conquistadors." A la lumière des Sources de l'Auteur des Chroniques du Temps. 1517 -1526. Les Décades IV, V & VIII / Thierry Jamin », sur portail.scd.univ-tours.fr (consulté le 27 juin 2017)
  5. [PDF] Documents joints à une lettre à monsieur Fabius alors ministre des affaires étrangères pour lui demander son aide.
  6. a et b (es) Déclaration de Thierry Jamin
  7. [PDF] (es) Lettre de réponse de l'IFEA
  8. a et b « Búsqueda de supuesta tumba de Pachacútec “solo pretende huaquear” Machu Picchu », El Comercio, 8 février 2013.
  9. (es) El Comercio, Francia revela que falso arqueólogo pretendía excavar en Machu Picchu, 23 avril 2013.
  10. [PDF] Lettre en réponse de monsieur Fabius
  11. « Paititi, à la recherche de la cité perdue », émission Reportages, TF1, 1er mai 2010.
  12. Vidéo sur le site de Prodiris.
  13. « L'Eldorado a-t-il existé ? » (article de Bartolomé Bennassar dans L'Histoire no 322, 2007) et Un ancien étudiant français veut retrouver la cité perdue (La Dépêche du Midi du 8 avril 2009).
  14. cf. À la recherche de la cité perdue (Radio Canada, émission du 18 septembre 2005), Crumble du 20 mai 2007 (émission de France Inter).
  15. « Paititi - das letzte Geheimnis der Inka » (ZDF, avril 2006) et « Paititi, à la recherche de la cité perdue » (Reportages, TF1, 1er mai 2010).
  16. Preocupaciones por ruinas en Cusco, interview de Thierry Jamin publiée le 14 octobre 2010 sur willax.tv.
  17. « INC duda sobre hallazgo de petroglifos », El Gran Sur / La República, octobre 2006. Article dont la teneur a été contestée par Thierry Jamin sur son site Pusharo (Hallazgos y polémica).
  18. La República, 7 février 2013, Investigador habría hallado mausoleo con oro y plata en Machu Picchu.
  19. Álvaro Rocha, Tesoro inca y posible tumba de Pachacútec son descubiertos en Machu Picchu, Rumbos de Sol & Piedra.
  20. Dirección Regional de Cultura Cusco rechaza supuesto descubrimiento en Machu Picchu
  21. Machu Picchu 2012
  22. « La France révèle que c'est un faux archéologue qui prétend faire des fouilles à Machu Picchu », MAPI 2015,‎ (lire en ligne)
  23. Francés aclara que hallazgo en Machupicchu no es tumba de Pachacútec
  24. « Machu Picchu : le trésor de Pachacutec repéré », Euronews, 2013.
  25. Alien Project, sur le site ulule.com.
  26. Frédérique Daurelle, « Un appel de fonds pour analyser des momies », chronique L’œil du web publiée sur France Bleu le 22 février 2017.
  27. https://www.the-alien-project.com/2017/05/04/echantillons-biologiques/
  28. Alien Project, « ALIEN PROJECT : Josefina », (consulté le 21 juin 2017)
  29. Jois Mantilla, « Las momias de Nazca », 11 juillet 2017.
  30. NURÉA TV, « "Reliques du Pérou : Les Explications Officielles" avec T. Jamin, le Dc Edson et M. Ribardière », 11 juillet 2017, YouTube.
  31. StopScience.
  32. (es) Dr. Rodolfo Salas-Gismondi, « Científico desmonta el bluf de la momia alienígena de Nazca », sophimania.pe,‎ (lire en ligne)
  33. (es) Cientificos.pe, « Momia de Nasca, parte 2: Análisis de las manos y pies | Científicos.pe », sur www.cientificos.pe (consulté le 2 juillet 2017)
  34. Reportage consultable sur Viméo (à partir de la 12ème minute) et résumé dans Télérama.
  35. « World Congress on Mummy Studies », sur www.facebook.com (consulté le 8 juillet 2017)
  36. (en-US) « A Review of Jaime Maussan's Alien Mummy from Peru - Archaeology Review », Archaeology Review,‎ (lire en ligne)
  37. « Documentary exploring evidence of extraterrestrial life in ancient Peru is based on pseudoscience, unfair to indigenous peoples, anthropologists say », sur The University of Kansas, (consulté le 4 août 2017)
  38. Programme de l'Atelier Archéologie et Télédétection, Space Application Days, CNES, avril 2008

Liens externesModifier