Théopneustie

La théopneustie ou inspiration divine est un concept chrétien évangélique affirmant que la Bible est directement inspirée de Dieu.

OriginesModifier

La théopneustie est un terme de théologie chrétienne développé principalement au milieu du XIXe siècle avec la publication de l’ouvrage La Théopneustie, ou la pleine inspiration des Saintes Écritures du théologien suisse Louis Gaussen en 1841 [1]. Francisation du grec biblique θεονπνεύστω (theónpneustô) tiré de la Seconde Épître de Paul à Timothée, chap. 3, v. 16, cette notion signifie la « pleine inspiration des Écritures », ou pour le dire autrement évoque une relation englobante et totale entre l'Esprit de Dieu et le texte originel ou la rédaction de la Bible.

« Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice… »

— La Bible (trad. Segond), Seconde Épître de Paul à Timothée, chapitre 3, verset 16

Le concept dans les différentes églisesModifier

L'Église catholique et l'Église orthodoxe sont en accord avec la croyance que l'Écriture est divinement inspirée. Toutefois, ils croient que l'Esprit est demeuré avec les apôtres après la mort de Pierre et de Paul. Par la succession apostolique, l'Esprit demeure au sein de l'Église du Christ. Voir par exemple les lettres d'Ignace d'Antioche qui indique avoir reçu directement le Saint-Esprit.

Ce concept, qui existe en tant que tel dans la Bible elle-même en plusieurs textes, a d’abord été étudié dans une perspective d’affirmation et de défense de la pleine inspiration, dans les églises de tendance évangélique (d’abord baptistes, avant d’être généralisé à tout l’évangélisme)[2]. Par la suite, il a fait l’objet de lectures et de traitements différents de part et d’autre de l’Atlantique.

Fondamentalistes et libérauxModifier

En effet, si Louis Gaussen considérait tous les auteurs de la Bible comme prophètes récipiendaires d’oracles de Dieu (débouchant sur des points de vue favorables à l'inerrance biblique), cette vision a pu être discutée en Europe dans la mesure où elle fut posée à une époque où les évangéliques considéraient encore la mesure et les termes de leur adhésion au conservatisme protestant, en même temps que leurs Églises s’instituaient, surtout en Suisse (en « Églises libres ») pour les francophones. Aux États-Unis, les écrits et les thèses de Gaussen seront reçus avec assez peu de questionnement, alors que ces questions théologiques ne se posent plus entre tenants et opposants de la pleine inspiration. Plutôt, ce sont les questions de moralité qui se préfigurent comme ligne de démarcation entre « libéraux » et « fondamentalistes » (qui n’existent pas en tant que tels à l’époque) ; c’est pourquoi les Américains protestants conservateurs, principalement baptistes, s’emparent des raisonnements de Gaussen pour ainsi dire sans le moindre détour critique pour affirmer la suprématie des sources de leur morale et de leur théologie (la Bible) sur celles de leurs opposants (la Raison).

En Europe, l’on doit beaucoup à des théologiens tels que l'Américain Benjamin B. Warfield dans la critique et la réévaluation de l’exégèse opérée par Gaussen. La théopneustie a été l’objet d’un débat critique, dans les milieux protestants (luthériens et calvinistes) et évangéliques [3]. Ce débat a été développée chez les conservateurs pour une théologie de l’inspiration plus modérée, tout en restant conservatrice.[4]) luthériens et calvinistes (modernistes et rationalistes) ainsi qu'entre ces deux groupes, débat qui a débouché chez les conservateurs sur une théologie de l’inspiration étant jusqu’à beaucoup plus modérée, tout en restant conservatrice. C’est ce débat pourtant essentiel et crucial, qui a cruellement fait défaut aux États-Unis, comme l’indique un article récent de manière concluante[5], qui a engagé les Européens vers un conservatisme raisonné, un protestantisme évangélique « libriste » moins radical et plus modéré, et le conservatisme américain sur la voie de la radicalisation moralisante, qui débouchera sur le fondamentalisme (dès après le Colloque de Niagara en 1894). C’est d’ailleurs un des points qui permet d’étayer de manière plus concluante que le fondamentalisme sur le Vieux Continent est, très largement, un phénomène assez récent et d’importation américaine (à partir des années 1950), tendant d’ailleurs à être toujours en partie absorbé par le rationalisme ambiant européen et le criticisme théologique des Églises protestantes historiquement implantées, même conservatrices.

Les évangéliques américains, quant à eux, ne verront pas leur unité survivre aux positions des radicaux fondamentalistes. Les idées européennes sur l’inspiration et l’inerrance seront ainsi reprises par les évangéliques modérés dans les années 1920 et 1930 au moment du divorce entre les deux tendances.

La Parole inspirée comme croyance essentielleModifier

La croyance que la Bible est la Parole inspirée de Dieu reste pourtant cardinale et absolument essentielle dans tous les courants évangéliques ou influencés par l'évangélisme, même si les opinions et les interprétations peuvent varier sur la relation entre révélation (action par laquelle Dieu génère des idées dans l'esprit des propètes) et inspiration (« le processus par lequel les prophètes ont rédigé les idées révélées et ont produit la Bible »[6]) et les modalités de cette inspiration (est-elle transcrite mécaniquement ? quel est l'impact du rôle des auteurs humains ? quelle relation existe-til entre l'auteur humain et Dieu ? Dieu permet-il que soient immiscées des erreurs ? quelles erreurs ? etc.). C'est pour cette raison que la différence d'approche sur la théopneustie a des conséquences profondes et durables sur l'évolution d'une théologie et, finalement, sur les tournants qu'empruntent les dénominations protestantes.

RéférencesModifier

  1. David W. Bebbington, Evangelicalism in Modern Britain: A History from the 1730s to the 1980s, Routledge, USA, 2003, p. 89
  2. Earle E. Cairns, Christianity Through the Centuries: A History of the Christian Church, Zondervan, USA, 2009, p. 440
  3. Kenneth J Stewart, Restoring the Reformation: British Evangelicalism and the Francophone 'Reveil' 1816-1849, Wipf and Stock Publishers, USA, 2006, p. 215
  4. Cette signification du terme évangélique, qui valait surtout pour les calvinistes en Suisse romande (mais aussi en France, où ce n'est plus le cas aujourd'hui), et surtout pour les luthériens en Allemagne, en Suisse alémanique et en Europe nordique, est progressivement tombée en désuétude, alors que ce vocable vaut aujourd'hui presque systématiquement, certes plus aux États-Unis qu'en Europe, pour des protestants théologiquement conservateurs. Voir l'introduction à l'article évangélisme.
  5. Voir Stewart, Kenneth J., "A Bombshell of a Book: Gaussen's Theopneustia and its Influence on Subsequent Evangelical Theology". Evangelical Quarterly; Juil. 2003, vol. 75, no 3, pp. 215–238.
  6. Parry, Robin, « Back to Revelation-Inspiration: Searching for the Cognitive Foundation of Christian Theology in a Posmodern World by Fernando L. Canale », critique littéraire. Evangelical Quarterly; 2004, vol. 76, no  2, pp. 186.

Articles connexesModifier