Inspiration biblique

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L' inspiration biblique, ou inspiration divine des Écritures, ou encore théopneustie, est un concept du christianisme affirmant que la Bible provient directement de Dieu, grâce à son « souffle », c'est-à-dire l'Esprit saint.

L'Église catholique et l'Église orthodoxe s'accordent sur l'idée que l'Écriture est divinement inspirée. Elles estiment aussi que l'Esprit saint est demeuré avec les apôtres après la mort de Pierre et de Paul. Par la succession apostolique, l'Esprit demeure au sein de l'Église du Christ. Par exemple, Ignace d'Antioche indique dans ses lettres avoir reçu directement le Saint-Esprit.

Ce concept, qui existe en tant que tel dans plusieurs textes de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament, a d’abord été étudié dans une perspective d’affirmation et de défense de la pleine inspiration. Par la suite, il a fait l’objet de lectures et de traitements différents de part et d’autre de l’Atlantique.

La thématique du « Dieu auteur »Modifier

La notion d'inspiration divine apparaît déjà dans le monde antique, notamment en Égypte et en Grèce, où les révélations des dieux s'adressaient à l'humanité par le truchement de personnages « inspirés »[1]. Ainsi en allait-il également à Babylone du « scribe des dieux » Nabû, fils de Marduk, ou du dieu-scribe égyptien Thot, précurseur de l'Hermès grec[1].

L'inspiration divine de la Bible est une notion fondamentale de la théologie chrétienne. Le terme technique utilisé par les spécialistes, « théopneustie[2] », vient de l'adjectif θεόπνευστος (theópneustos), littéralement « soufflé par Dieu », qui apparaît dans la Deuxième épître à Timothée, 3:16 : « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice… » Dans la Vulgate, theópneustos est traduit en latin par divinus inspiratus. La Deuxième épître de Pierre (1:21) affirme que les prophètes sont « portés par l'Esprit » (inspirati)[1].

En ce sens, le texte biblique est considéré comme l'authentique Parole de Dieu[3]. Cette thèse, celle du Deus auctor sacrae scripturæ (« Dieu auteur des Saintes Écritures »), est celle de l'Église catholique[4] jusqu'au concile Vatican II.

Fondamentalistes et libérauxModifier

Si Louis Gaussen considérait tous les auteurs de la Bible comme « prophètes récipiendaires d’oracles de Dieu » (débouchant sur des points de vue favorables à l'inerrance biblique), cette vision a pu être discutée en Europe dans la mesure où elle fut posée à une époque où les évangéliques considéraient encore la mesure et les termes de leur adhésion au conservatisme protestant, en même temps que leurs Églises s’instituaient, surtout en Suisse (en « Églises libres ») pour les francophones. Aux États-Unis, les écrits et les thèses de Gaussen seront reçus avec assez peu de questionnement, alors que ces questions théologiques ne se posent plus entre tenants et opposants de la pleine inspiration. Plutôt, ce sont les questions de moralité qui se préfigurent comme ligne de démarcation entre « libéraux » et « fondamentalistes » (qui n’existent pas en tant que tels à l’époque) ; c’est pourquoi les Américains protestants conservateurs, principalement baptistes, s’emparent des raisonnements de Gaussen pour ainsi dire sans le moindre détour critique pour affirmer la suprématie des sources de leur morale et de leur théologie (la Bible) sur celles de leurs opposants (la Raison).

En Europe, l’on doit beaucoup à des théologiens tels que l'Américain Benjamin B. Warfield dans la critique et la réévaluation de l’exégèse opérée par Gaussen. Y compris dans les milieux évangéliques (« libres ») francophones en France et en Suisse, La Théopneustie a été l’objet d’un débat critique, tant parmi les évangéliques « libristes » que parmi les protestants (dits, en Suisse surtout, « évangéliques ») luthériens et calvinistes (modernistes et rationalistes) ainsi qu'entre ces deux groupes, débat qui a débouché chez les conservateurs sur une théologie de l’inspiration étant jusqu’à beaucoup plus modérée, tout en restant conservatrice. C’est ce débat pourtant essentiel qui a fait défaut aux États-Unis, comme l’indique un article de Kenneth J. Stewart[5], qui a engagé les Européens vers un conservatisme raisonné, un protestantisme évangélique « libriste » moins radical et plus modéré, et le conservatisme américain sur la voie de la radicalisation moralisante, qui débouchera sur le fondamentalisme (dès après le colloque de Niagara en 1894). C’est d’ailleurs un des points qui permettent d’étayer de manière plus concluante que le fondamentalisme sur le Vieux Continent est, très largement, un phénomène assez récent et d’importation américaine (à partir des années 1950), tendant d’ailleurs à être toujours en partie absorbé par le rationalisme ambiant européen et le criticisme théologique des Églises protestantes historiquement implantées, même conservatrices.

Les évangéliques américains, quant à eux, ne verront pas leur unité survivre aux positions des radicaux fondamentalistes. Les idées européennes sur l’inspiration et l’inerrance seront ainsi reprises par les évangéliques modérés dans les années 1920 et 1930 au moment du divorce entre les deux tendances.

RéférencesModifier

  1. a b et c André Paul, « L'nspiration biblique », Encyclopædia Universalis, lire en ligne.
  2. Le mot « théopneustie » s'est développé au milieu du XIXe siècle à partir de l’ouvrage du théologien calviniste Louis Gaussen, La Théopneustie, ou la pleine inspiration des Saintes Écritures.
  3. Bruce Metzger & Michael D. Coogan, The Oxford Companion to the Bible, Oxford University Press, New York, 1993, p. 302-304.
  4. Voir par exemple Augustin Bea, Deus auctor Sacrae Scripturæ. Herkunft und Bedeutung der Formel, Angelicum, n° 20, 1943, p. 16-31 lire en ligne.
  5. Kenneth J. Stewart, "A Bombshell of a Book: Gaussen's Theopneustia and its Influence on Subsequent Evangelical Theology". Evangelical Quarterly; Juil. 2003, vol. 75, no3, p. 215–238.

BibliographieModifier

  • Augustin Bea, Inspiration, Geschichte der kath. Lehre, in Josef Höfer, Karl Rahner (éd.), Lexikon für Theologie und Kirche, 2e éd., vol. 5, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1960
  • James Tunstead Burtchaell, Catholic Theories of Biblical Inspiration since 1810, Cambridge University Press, 1969
  • Alois Grillmeier, Kommentar zum Dritten Kapitel von Dei Verbum, in Josef Höfer, Karl Rahner (éd.), Lexikon für Theologie und Kirche, 2e éd., vol. 13, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1967
  • Gerhard Ludwig Müller, Katholische Dogmatik: für Studium und Praxis der Theologie, 2e éd. Herder, Fribourg-en-Brisgau/ Bâle/ Vienne, 1995 ISBN (ISBN 3-451-23334-7)
  • Karl Rahner, Über die Schriftinspiration. Quaestiones disputata, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1959
  • Eckhard Schnabel, Inspiration und Offenbarung. Die Lehre vom Ursprung und Wesen der Bibel, Brockhaus, Wuppertal, 1997 (ISBN 3-417-29519-X)

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Articles connexesModifier

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