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Théocrite
Description de cette image, également commentée ci-après
Buste de Théocrite
Naissance vers 315 av. J.-C.
Décès vers 250 av. J.-C.
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture grec ancien
Genres

Œuvres principales

Théocrite (en grec ancien Θεόκριτος / Theókritos), né vers 310, mort vers 250 av. J.-C., est un poète grec, auteur de mimes (imitations comiques du langage ou des gestes), d'idylles pastorales et de contes épiques. Il était considéré comme l'un des sept poètes de la Pléiade poétique (IIIe siècle av. J.-C.) Théocrite a été imité par Virgile ; en France, il a été l'un des maîtres des poètes Parnassiens, en particulier de Leconte de Lisle qui a traduit plusieurs de ses idylles et s'est inspiré de lui dans ses Poèmes antiques[1].


BiographieModifier

Les renseignements biographiques que nous avons sur Théocrite sont minces. De son propre aveu (Idylle 28), il est né à Syracuse, en Sicile. L’Idylle 16 par son allusion à la cour du tyran Hiéron II de Syracuse, qui soutint une guerre contre les Carthaginois, permet de dater ce poème de 275 av. J.-C. Cependant, une tradition, conservée par la Souda, situe aussi Théocrite sur l'île de Cos, ce qui le place sous le patronage de Philétas (mort en 283), précepteur de Ptolémée II Philadelphe et poète très respecté par les Anciens. Son amitié avec le médecin Nicias, habitant dans l'île, ainsi que sa connaissance approfondie des mythes de cette région, plaident également en faveur de cette tradition. Il aurait essayé en effet de faire des études de médecine à Cos, avec Nicias comme condisciple, mais son choix se porta finalement sur la littérature, ce qui explique son séjour à Alexandrie, où il fréquente à la fois les cercles poétiques à la mode et la cour d'Alexandrie, comme en témoigne l’Idylle 17, chant de louange à Ptolémée II et à sa terrible sœur-épouse, Arsinoé [2]. Là, il connaît peut-être Callimaque et se lie avec le poète Aratos, à qui il dédie sa sixième Idylle.

Nous ignorons la date de sa mort.

ŒuvresModifier

Théocrite est considéré comme le créateur de la poésie bucolique grecque. Son œuvre nous est parvenue essentiellement par des manuscrits. En sont conservés :

  • 22 épigrammes composées en distiques élégiaques, préservées dans l’Anthologie grecque ;
  • une sorte de calligramme, la syrinx, où la disposition des vers évoque la flûte de pan (en grec σῦριγξ / syrinx) ;
  • un ensemble de poèmes qualifiés, depuis la période romaine, d'« idylles » — en grec εἰδύλλια / eidullia (de εἶδος / eidos, « forme »), c'est-à-dire des « petits poèmes », composés pour la plupart en hexamètres dactyliques. Ce titre collectif d’Idylles ne doit pas laisser croire que les poèmes de Théocrite sont tous d'inspiration champêtre ; en réalité, une idylle désigne simplement une courte pièce de vers ; sous ce titre, l'inspiration de Théocrite a été infiniment variée, puisqu'on distingue des bucoliques (idylles pastorales I, et IV à XI), des mimes lyriques (II et III) et dramatiques (XIV et XV), et des contes épiques (XIII, XXII, XXIV, XXV)[3].

Jean-Marie Pelt signale dans une de ses conférences que Théocrite eut l'intuition de la sexualité des plantes, mais que son propos passa inaperçu au milieu de quelques autres inexacts du même auteur.

Les idylles pastoralesModifier

Les idylles pastorales mettent en scène des bergers qui ne sont pas des personnages de convention, mais de véritables pâtres, bouviers ou moissonneurs au langage fruste, peints dans un art vigoureusement réaliste ; ce petit peuple des campagnes chante ses amours, ses troupeaux et le maquis ensoleillé de la Sicile en s'accompagnant de l'humble syrinx, ce modeste pipeau fait de roseaux. Le chant est parfois l'occasion d'un concours entre bergers dans une sorte de dialogue lyrique en vers amœbées entremêlés çà et là de grosses injures[4] : tel est le cas dans les idylles IV (Les pâtres) et V (Le chevrier et le berger). Ailleurs, les bergers chantent à tour de rôle un long couplet lyrique pour montrer leur talent[5].

Les contes épiquesModifier

Dans le genre de l'épyllion, Théocrite a su éviter l'érudition des allusions mythologiques, et peindre avec naturel la vie commune. Dans les légendes qui servent de simples canevas à ses contes, les dieux ou les héros, Hylas (XIII), Héraclès enfant (XXIV) ou les Dioscures (XXII) n'ont rien de divin ; leurs sentiments et leurs attitudes sont traités avec un réalisme familier : Pollux est un bel athlète versé dans l'art du pugilat et qui possède une éducation de galant homme[6] ; Hylas évoque le mystère des rivages inhabités dans les contrées lointaines où les Argonautes ont amarré au crépuscule leur navire ; cet adolescent cher à Héraclès part à la recherche d'un point d'eau et tombe dans la source, victime des nymphes, tandis qu'Héraclès renonce à la quête de la Toison d'Or et s'enfonce dans les forêts profondes : hurlant le nom de son ami disparu, il incarne toute la violence de la douleur humaine[7].

Les mimes lyriques et dramatiquesModifier

Ils comptent parmi les poèmes les plus attachants de Théocrite ; tels sont Les Magiciennes (II), L'Amour de Kynisca (XIV) et surtout Les Syracusaines ou les Femmes à la fête d'Adonis (XV). Le poète peint en croquis rapides les rues d'Alexandrie qui fourmillent de monde le jour de la fête d'Adonis ; il campe avec une grande fraîcheur d'accent deux amies, Praxinoa, la commère syracusaine vive et hardie qui déblatère contre son mari, et en contraste, Gorgo, discrète et timorée.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

TraductionsModifier

  • L'Oaristys, trad. du grec par André Bellesort, Paris, Édouard Pelletan, 1896
  • Les Idylles de Théocrite, suivie de ses inscriptions, traduites en vers français, par Firmin Didot ; Paris, Typographie de Firmin Didot Frères, 1833
  • Les Syracusaines, trad. du grec par A. Bellesort, Paris, Édouard Pelletan, 1900
  • Idylles, trad. par Philippe-Ernest Legrand, in Bucoliques grecs, Les Belles Lettres, t. I, 1925
  • Toute l’Idylle, présenté par Maurice Chappaz, traduit du grec par Maurice Chappaz et Éric Genevay, Orphée, 1991
  • Idylles bucoliques, trad. du grec par Alain Blanchard, Paris, L'Harmattan, 2010 (ISBN 978-2-296-12801-9)

ÉtudesModifier

  • Marguerite Yourcenar, La Couronne et la lyre, Paris, Gallimard, , 486 p., p. 315 à 328.
  • Suzanne Saïd, Monique Trédé et Alain Le Boulluec, Histoire de la littérature grecque, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier Cycle », (ISBN 2130482333 et 978-2130482338)

RéférencesModifier

  1. Jules Humbert et Henri Berguin, Histoire illustrée de la littérature grecque, Didier, 1966, p. 348.
  2. Marguerite Yourcenar 1979, p. 315.
  3. Jules Humbert et Henri Berguin, Histoire illustrée de la littérature grecque, Didier, 1966, p. 342.
  4. Marguerite Yourcenar 1979, p. 316.
  5. Jules Humbert et Henri Berguin, Histoire illustrée de la littérature grecque, Didier, 1966, p. 344.
  6. Jules Humbert et Henri Berguin, Histoire illustrée de la littérature grecque, Didier, 1966, p. 345.
  7. Marguerite Yourcenar 1979, p. 317.

Liens externesModifier

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  • [1] Autre traduction sur le site Remacle.