Thècle d'Iconium

martyre chrétienne du premier siècle

Thècle d'Iconium
Image illustrative de l’article Thècle d'Iconium
Sainte Thècle à la Cathédrale de Barcelone (1486).
Sainte, martyre
Naissance début du Ier siècle
Iconium (Lycaonie) (actuelle Konya, Turquie)
Décès fin du Ier siècle 
Séleucie d'Isaurie (actuelle Silifke, Turquie)
Vénéré à Cathédrale de Tarragone
Fête 23 septembre (catholiques) et 24 septembre (orthodoxes)
Saint patron Maaloula (Syrie), Tarragone, Rocles

Thècle ou Thècle d'Iconium (en grec: Θέκλα) est une sainte des premiers temps de l'Église, célébrée par les catholiques et les orthodoxes respectivement le 23 septembre et le 24 septembre[1]. Elle appartenait à une riche famille païenne d'Iconium, l'actuelle Konya en Turquie et vécut au Ier siècle. Elle est considérée comme l'une des premières martyres de l'Église, sinon la première (protomartyre).

BiographieModifier

ConversionModifier

Selon les Actes de Paul et Thècle, Thècle est une jeune vierge, qui fut convertie par saint Paul[2] ; l'apôtre qui était de passage dans la ville enseignait la foi chrétienne dans une maison voisine. Thècle, cachée derrière une fenêtre, écoutait ses paroles. Après trois jours, elle fut convaincue par le discours de Paul sur la virginité et désira elle aussi devenir chrétienne. Elle provoque alors la colère de sa mère et de son fiancé qui la dénoncent au gouverneur. Paul est chassé de la ville et Thècle condamnée au bûcher. Elle est sauvée par un orage providentiel. Elle rejoint Paul et survit tout aussi miraculeusement à d'autres mésaventures.

MortModifier

Installée près de Séleucie d'Isaurie, elle se serait construit un ermitage dans une grotte où elle aurait passé ses derniers jours et serait décédée, assassinée à l'âge de 90 ans — si l'on en croit les Actes de Paul et Thècle[2]. Elle y serait également enterrée.

La Vie et miracles de sainte Thècle, rédigée peu après 444 par un prêtre ou un familier du sanctuaire[3] de Meriamlık, contient une longue liste de ses miracles posthumes et donne aussi de précieuses indications sur la diffusion du culte de Thècle au Proche-Orient[4].

CulteModifier

 
Statue de sainte Thècle à Maaloula

Les Actes de Paul et Thècle qui furent largement diffusés en Orient sont à l'origine de la vénération dont elle est l'objet. Elle fut considérée comme la première femme martyre[2] et l'Église orthodoxe la vénère comme égale aux apôtres. On lui érigea un sanctuaire à Séleucie dans la deuxième moitié du IVe siècle[3], et son culte se répandit dès ce siècle en Occident. La pèlerine Égérie visite le sanctuaire de Séleucie et sa communauté d'hommes et de femmes en 384, et en donne une description[2],[3].

Selon le martyrologe, sa fête est célébrée le par l'Église orthodoxe[5]. L'Église catholique, qui la fêtait le , a supprimé son culte en 1969[6]. En effet, ses Actes sont très tôt rejetés par les Pères de l'Église, notamment à cause de l'épisode, assez peu orthodoxe, de son "baptême", Thècle se considérant comme baptisée après avoir été jetée et être ressortie indemne d'un bassin rempli de bêtes marines.

On l'invoque pour les paralysés et les enfants qui marchent tardivement.

Il existe un monastère Sainte-Thècle à Maaloula, en Syrie, où on vénère son tombeau qui serait la grotte-ermitage où elle acheva sa vie terrestre à l'âge de 80 ou 90 ans.

Sainte Thècle est représentée dans la fameuse grotte de saint Paul à Éphèse. Ces fresques datent environ des IVe - VIe siècles, ce qui montre bien l'ancienneté de la légende, qui pourrait donc avoir un fondement historique.

En OccidentModifier

 
Cathédrale de Tarragone, dédiée à sainte Thècle, en Espagne.

Une légende raconte que Thècle aurait traversé les mers pour fuir les persécutions. Arrivée en Gaule, elle aurait franchi les Cévennes pour s'installer dans ces montagnes. Elle serait morte à Saint-Bonnet-de-Chirac, en Gévaudan et enterrée près de la fontaine qui porte son nom[7].

Cette légende expliquerait pourquoi Thècle d'Iconium est si présente dans les vénérations du sud du Massif central. On trouve en effet sa marque en Lozère (crypte Sainte-Thècle à Mende, fontaine à Saint-Bonnet-de-Chirac, patronne de Rocles, etc.) et en Auvergne (elle est vénérée à Chamalières, près de Clermont-Ferrand, où ses reliques furent conduites au VIIe siècle[8]).

En Suisse, une chapelle romane lui est dédiée à Donatyre[9].

Sainte Thècle est également la patronne de Tarragone en Espagne. La cathédrale possède une relique et la ville la fête tous les ans en septembre. À Sitges, une rue porte son nom. Enfin, elle est la patronne d'une chapelle à Ploubezre, en Bretagne.

 
Sainte Thècle priant pour les victimes de la peste
esquisse pour le Dôme d'Este
Giambattista Tiepolo, 1758-1759
Metropolitan Museum of Art, New York

Le dôme d'Este est lui aussi consacré à Sainte Thècle, patronne de la ville. L'église, renferme un chef-d’œuvre de Giambattista Tiepolo, la Pala di Santa Tecla commandé à l'artiste en 1758. Le tableau devait représenter la protectrice de la ville priant Dieu pour qu'il sauve la communauté de la terrible épidémie de peste de 1630. Une esquisse est conservée au Metropolitan Museum de New York[10].

Elle est aussi la patronne d'autres localités :

Autre Thècle (VIe siècle)Modifier

Une femme homonyme du VIe siècle, « Tigre (ou Tygris) dite Thècle » que la légende fait naître à Volascis (Valloire?), est vénérée en Maurienne pour avoir apporté les reliques de saint Jean Baptiste dans la ville même de Maurienne, probablement l'actuelle Saint-Jean-de-Maurienne. Elle serait allée les chercher à Alexandrie où une partie du corps de Jean le Baptiste aurait été transférée après la profanation au IVe siècle du tombeau où reposait son corps sans tête, à Sébaste en Samarie. Ces reliques — un pouce selon les premières versions, trois doigts selon les versions ultérieures — justifieront de l'érection d'un siège épiscopal dans la ville de Saint-Jean-de-Maurienne, par le roi Gontran[11].

BibliographieModifier

  • Vie et Miracles de sainte Thècle (texte grec, traduction et commentaire de Gilbert Dagron), Bruxelles, Société des Bollandistes, coll. « Subsidia hagiographica » (no 62), , 456 p.

ÉtudesModifier

  • J. Davis Stephen, The Cult of Saint Thecla: A Tradition of Women's Piety in Late Antiquity, Oxford, Oxford University Press, coll. « Oxford Early Christian Studies », , xiv+288 p. (ISBN 978-0-199-54871-2, présentation en ligne)
  • Salomon Reinach, Cultes, Mythes et Religions, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 978-2-221-07348-3, 1350 p., p. 903-918 (Thèkla)
  • André-Jean Festugière, « Les énigmes de sainte Thècle », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 112, no 1,‎ , p. 52-63 (lire en ligne)
  • Pauline de Flers, Sainte Thècle, première vierge et martyre : vie, légende et cultes, Paris, Cerf, , 435 p. (ISBN 978-2-204-12409-6)

RéférencesModifier

  1. Dans le calendrier julien pour une majorité d'orthodoxes, c'est-à-dire le 7 octobre dans le calendrier grégorien
  2. a b c et d (en)« Ayatekla » in Paul C. Finney (Ed.), The Eerdmans Encyclopedia of Early Christian Art and Archaeology, William B Eerdmans Publishing, 2017, p. 151 (ISBN 978-0-802-83811-7) [lire en ligne (page consultée le 12 octobre 2021)]
  3. a b et c Pierre Maraval, Lieux saints et pèlerinages d'Orient. Histoire et géographie des origines à la conquête arabe, Paris, Cerf - CNRS, coll. « Biblis », (1re éd. 1985), 443 p. (ISBN 978-2-271-07278-8), p. 356-357
  4. Voir G. Dagron, Vie et miracles de sainte Thècle, Bruxelles 1978 (Subsidia Hagiographica, 62).
  5. Voir les saints pour le 24 septembre du calendrier ecclésiastique orthodoxe.
  6. « Sainte Thècle », sur nominis.cef.fr (consulté le )
  7. Félix Buffière, Ce tant rude Gévaudan [détail des éditions], Tome I, p. ?
  8. Une inscription, découverte en 1684 lors d'une restauration de sa chapelle dans l'église Notre-Dame de Chamalières, indique : He sunt reliquie B. Tècle, virginis et martyris, que Hiconie oriunda fuit, dehinc vero a Paulo ap(osto)lo conversa, Seleuciam requievit (« Ici se trouvent les reliques de la bienheureuse Thècle, vierge et martyre, originaire d'Iconium, qui fut convertie par l'apôtre Saint-Paul et s'éteignit à Séleucie »). Ambroise Tardieu, Dictionnaire historique du Puy-de-Dôme, 1877 ; Jacques Baudoin, Grand livre des saints : culte et iconographie en Occident, Nonette, Créer, 2006, p. 454 (en ligne).
  9. Société d'histoire de l'art en Suisse, « Eglise réf., anc. St-Thècle, puis St-Etienne (Donatyre) », 2012. [lire en ligne (page consultée le 12 octobre 2021)]
  10. Notice du Metropolitan
  11. Jean Prieur et Hyacinthe Vulliez, Saints et saintes de Savoie, La Fontaine de Siloé, , 191 p. (ISBN 978-2-84206-465-5, lire en ligne), p. 19-23.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier