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Terra Nova (think tank)

think tank français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Terra Nova.

Terra Nova est une association française qui se définit comme laboratoire d'idées, proche de la gauche, fondé en février 2008. Il se veut progressiste et indépendant. Depuis sa création considéré comme proche du Parti socialiste[1], Terra Nova se rapproche également d'Emmanuel Macron, son président depuis juin 2017, Lionel Zinsou, étant un proche[2]. Il entend produire des réflexions et diffuser des propositions politiques en France et en Europe.

Terra Nova
Image illustrative de l'article Terra Nova (think tank)

Domaine d'activité généraliste
Histoire
Création Mai 2008
Budget
Caractéristiques
Personnes-clés Lionel Zinsou (président)
Thierry Pech (directeur général)
Siège Paris, France
Publications essais, rapports, notes
Site web tnova.fr

Sommaire

OrganisationModifier

Terra Nova regroupe un réseau d'environ mille spécialistes en domaines divers, issus de la fonction publique, du monde de l'entreprise et du réseau associatif[3][réf. insuffisante].

Le travail de Terra Nova se compose de long cours et d'analyses d'actualité. L'association est constituée en plusieurs pôles thématiques, organisant des groupes de travail régulier sur des questions précises. Elle publie sur son site Internet trois types de travaux, synthèses de ses réflexions formulant des propositions précises : notes, dossiers et essais, publiés comme travaux collectifs ou individuels[4].

Événements, tables-rondes et débats publics sont régulièrement organisés entre autres par des cycles de conférences à la Bellevilloise, à la mairie du IIIe arrondissement de Paris ou encore dans les locaux de Sciences Po. Terra Nova est aussi partenaire d'évènements comme le Forum Libération de Grenoble ou les Journées de Strasbourg avec Le Nouvel Observateur.

Ses antennes locales plus un réseau d'antennes étudiantes cherchent à développer un mouvement citoyen.

Les intervenants sont répartis en plusieurs pôles d'expertise couvrant une grande partie du champ des politiques publiques : « économie et finances », « affaires sociales », « économie verte », « éducation », « enseignement supérieur et recherche », « logement et politique de la ville », « sécurité », « immigration, intégration, non discrimination », « justice », « sport », « Europe », « affaires internationales ». Des groupes de travail sont régulièrement lancés sur des problématiques précises, qui peuvent dépendre ou non des pôles.

ObjectifsModifier

Les objectifs prioritaires de cette fondation sont :

  • refonder la social-démocratie, et une « matrice idéologique » de gauche progressiste pour promouvoir ses idéaux traditionnels ;
  • étudier dans le détail et proposer de résoudre des problèmes concrets[réf. nécessaire], en diffusant ses travaux auprès des chefs politiques, élus nationaux et responsables locaux, ainsi qu'à tous ceux mettant en œuvre des politiques publiques ;
  • se coordonner aux échelons européen et international avec d'autres groupes de réflexion progressistes pour promouvoir les réussites ou bonnes pratiques de ses partenaires européens, faire contribuer la France à l'essor éventuel de l'Europe et aider à faire émerger si besoin des idées-force européennes, comme le fut par exemple la sécurité sociale sous Bismarck ;
  • contribuer à l'animation du débat démocratique, à la vie des idées en lançant ou relançant des idées comme celle de faire payer un loyer fictif aux contribuables propriétaires de leurs résidences principales[5].

Diffusion des idéesModifier

La diffusion des idées de Terra Nova passe par un contact direct avec les responsables politiques et une présence active dans les médias. Elle passe également par une diffusion citoyenne large, ainsi que la gratuité de ses publications et de ses événements. Cette diffusion peut s'incarner à travers la constitution d'antennes locales, par exemple étudiantes.

DirectionModifier

La direction de Terra Nova est assurée par dix-sept personnalités issues du monde des idées, de l’entreprise, du monde associatif et de l’administration. Au sein du conseil d’administration de Terra Nova, elle réunit un président et un vice-président, un directeur scientifique, un directeur éditorial, un trésorier ainsi que onze administrateurs conseillers. La direction détermine la politique générale de Terra Nova et prend les décisions nécessaires à sa mise en œuvre.

PrésidentsModifier

BureauModifier

  • Directeur général : Thierry Pech, ancien directeur de la rédaction du magazine Alternatives économiques et ancien directeur général des éditions du Seuil.
  • Vice-président : Jean-Philippe Thiellay.

Juliette Méadel, secrétaire nationale du PS, est, jusqu'au 8 novembre 2013, date de son éviction, directrice générale[1].

FinancementModifier

Terra Nova est financée à 80 % par le mécénat d'entreprise et par la cotisation des adhérents.

Mécènes ayant effectué un don à Terra Nova[8] :

PersonnalitésModifier

Parmi les personnalités connues participant ou ayant participé à Terra Nova entre 2008 et 2010, se trouvent notamment[9] :

Propositions de Terra NovaModifier

Stratégie électoraleModifier

Le recentrage de la stratégie électorale en 2012 vers les jeunes, les femmes et les populations immigrées proposé par Terra Nova[10],[11] a également déclenché un certain nombre d'analyses critiques. Hervé Algalarrondo, rédacteur au Nouvel Observateur fait ainsi remarquer dans son essai La Gauche et la préférence immigrée (Plon, 2011) :

« la régularisation de tous les sans-papiers n’est pas seulement un mot d’ordre antirépublicain, dans la mesure où elle fait fi des prérogatives de l’État. C’est aussi, et plus encore, un mot d’ordre anti-ouvriers, dans la mesure où c’est, par nature, la catégorie sociale la plus touchée par l’arrivée de nouveaux migrants[12]. »

La démographe Michèle Tribalat conteste également que cette stratégie de réorientation du Parti socialiste vers les populations immigrées soit réaliste, ces populations se montrant dans la réalité, selon elle, conservatrices et difficilement prêtes « à accepter les réformes sociétales défendues par la gauche »[13]. Thierry Pech a publiquement pris ses distances avec l'analyse défendue dans cette note[14].

Pour Jérôme Fourquet, spécialiste des sondages de l'Ifop, la stratégie électorale prônée par Terra Nova explique l'échec électoral de Claude Bartolone en 2015 et d'Alain Juppé en 2016[15]. Le premier présentant son adversaire Valérie Pécresse comme celle qui défend « la race blanche », lui même se faisant le défenseur des « minorités » a contribué à placer « au cœur de la campagne ce type de représentations, en faisant de la question de l'identité le clivage majeur » ce qui aura pour conséquence de provoquer le basculement des votes des électeurs du Front national vers la droite[15]. Le second dans sa volonté « d'extrémiser » son adversaire François Fillon en l'attaquant sur l'IVG et sa conception « traditionnaliste » a eu pour principal effet « d'accroître la détermination et la mobilisation de l'électorat de droite et des sympathisants frontistes » contre lui. Alain Juppé a, tout comme Claude Bartolone, voulu s'adresser à la « France de demain », définie par Terra Nova comme étant une France « plus jeune, plus féminine, plus diverse, plus diplômée mais aussi plus urbaine et moins catholique[15]. » En procédant ainsi, « il amplifia la mobilisation d'une autre France en faveur de son rival[15]. »

Droit socialModifier

En 2015, Gilbert Cette et Jacques Barthélémy publient un rapport sur l'assouplissement du droit du travail. Ils proposent qu'une « négociation collective puisse modifier plus facilement certains éléments du contrat de travail, tels que la durée du travail et, par conséquent, la rémunération mensuelle des salariés. » Le rapport suggère de « changer les règles du jeu » : ainsi, les partenaires sociaux auraient la possibilité d’exclure l’octroi d’indemnités aux salariés susceptibles d’être congédiés parce qu’ils ne veulent pas se conformer à un AME[16],[17].

Jours fériésModifier

En 2017, Terra Nova propose d'ajouter deux jours fériés supplémentaires au calendrier : une fête musulmane et une fête juive. Pour Benoît Rayski, qui rappelle que les juifs ne réclament rien, cette seconde fête est seulement présente pour dissimuler le « tropisme islamique » du laboratoire d'idées[18]. Gilles-William Goldnadel juge que Terra Nova fait avec cette proposition le jeu des Frères musulmans[19]. Si les membres du laboratoire d'idées sont des laïcs progressistes « plus musulmans que les musulmans et plus juifs que les juifs », ils n'ont pas pour cela reçu un écho favorable de la part des autorités musulmanes de France. Ainsi Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a opposé une fin de non-recevoir au projet : « Les musulmans de France n'ont jamais réclamé de telles dispositions, d'autant moins au détriment de jours fériés chrétiens. Terra-Nova se permet de faire des propositions au nom de l'islam de France alors qu'ils n'ont pas pris la peine d'auditionner les personnes et les institutions concernées », a-t-il rappelé[19]. Cette revendication, en revanche, était celle de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans[19].

Influence et controversesModifier

Les positionnements de Terra Nova ont suscité le débat au sein de la gauche française, qu'il s'agisse de la réforme des retraites[20], de la crise européenne, ou des stratégies électorales en vue de la présidentielle de 2012[21].

Terra Nova a été critiquée pour sa stratégie de financement dont une part importante provient de grandes entreprises[22].

De même, les analyses de Terra Nova à l'encontre de Nicolas Sarkozy ont aussi suscité des critiques, qu'elles traitent de redistributions fiscales profitant majoritairement selon elle aux entreprises et aux ménages aisés[23] ou de la politique de sécurité[24].

Terra Nova a été critiquée pour une supposée influence du « lobby bancaire »[1]. L'économiste Gaël Giraud motive son désengagement du think-tank ainsi : « J’ai cessé ensuite de venir aux réunions, qui n’aboutissaient à rien, des financiers étant tout le temps là pour empêcher la réflexion[25]. » Pour Laurent Léger, journaliste à Charlie Hebdo, en 2013, le poids des financiers est devenu considérable au sein de Terra Nova : BNP Paribas y siège, ainsi qu'Ernst et Young, un des principaux cabinets d'audit financier au monde. Mais le journaliste pointe tout particulièrement la banque Rothschild, également présente par le biais de l’un de ses associés au sein du conseil d'administration, Guillaume Hannezo, lequel « est omniprésent depuis juin 2012 et se montre particulièrement interventionniste, sans commune mesure avec les autres administrateurs[26]. »

Cette controverse ne saurait résumer l'activité du think tank dans le domaine de la régulation financière. Laurence Scialom, professeur à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense, est par exemple responsable du pôle régulation financière et a contribué en mars 2014 à une note sur la nécessité d'une union bancaire au niveau européen, montrant que « l’Union bancaire est une solution à la fragmentation de l’espace financier européen et au cercle vicieux entre crise souveraine et fragilité bancaire[27]. »

Prix et récompensesModifier

Terra Nova a reçu le prix Think Tank français de l'année 2011 le par l'assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie, l'observatoire français des think-tanks et le groupe de communication et de lobbying i&e[28].

Notes et référencesModifier

  1. a, b et c « Crise ouverte à Terra Nova », Mélissa Bounoua, nouvelobs.com, 1er novembre 2013.
  2. « Lionel Zinsou nommé nouveau président de Terra Nova », Le Monde.fr, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)
  3. Voir sur tnova.fr.
  4. « Publications de Terra Nova », sur tnova.fr (consulté le 3 avril 2015).
  5. « L'OFCE suggère de surtaxer les propriétaires qui n'ont ni crédit ni loyer à payer », bfmtv.com, 25 octobre 2016.
  6. Lionel Zinsou nommé nouveau président de Terra Nova, lemonde.fr, 28 juin 2017
  7. Communiqué de presse à l'occasion du conseil d'administration de Terra Nova du 12 janvier 2013.
  8. Site de Terra Nova : les partenaires
  9. « Terra Nova, une fondation pour refonder », liberation.fr, 15 mai 2008.
  10. « Gauche : d'une stratégie de classe à une stratégie de valeurs », Le Monde, 10 juin 2011.
  11. Alexander Zevin, « Terra Nova, la “boîte à idées” qui se prend pour un think tank », Le Monde diplomatique, février 2010.
  12. Voir l'article de Guillaume Desanges, Valeurs actuelles, 13 octobre 2011.
  13. « Théorie du genre et loi sur l'égalité des sexes : la stratégie Terra Nova de la gauche est-elle en train de se retourner contre elle ? », entretien, atlantico.fr, 30 janvier 2014.
  14. Marianne, no 866, du 11 avril au 17 avril 2014.
  15. a, b, c et d « De Claude Bartolone à Alain Juppé : l'échec électoral de la stratégie “Terra Nova” », lefigaro.fr, 3 février 2017.
  16. « Terra Nova propose une “révolution du droit du travail” », lemonde.fr, 2 septembre 2015.
  17. « Droit social : Terra Nova propose que la dérogation devienne la règle », France Info, 2 septembre 2015.
  18. « Jours fériés pour tous : du lard ou du cochon ? », Benoît Rayski, causeur.fr, 27 février 2017.
  19. a, b et c « Jours fériés musulman et juif : quand Terra Nova fait le jeu des Frères musulmans », lefigaro.fr, 24 février 2017.
  20. « Olivier Sterdyniak tacle les propositions de Terra Nova sur les retraites », Henri Sterdyniak, 24 mai 2010.
  21. « Gauche marketing ou gauche sociale ? », Pierre Khalfa et Willy Pelletier, lemonde.fr, 21 juin 2011.
  22. « Think tanks : un financement qui pose question », sur La Voix du Nord, (consulté le 1er avril 2015).
  23. « Bilan fiscal du quinquennat : nouvelle querelle gauche-droite » Les Échos, 7 mars 2012.
  24. « Sécurité : les propositions de Terra Nova raillées par Guéant » Le Parisien, 2 novembre 2011.
  25. « Les paradis fiscaux dans l’enfer de Terra Nova », Laurent Léger, article paru dans Charlie Hebdo n° 1123 du 24 décembre 2013.
  26. Anne-Sophie Jacques, « Le banquier de Terra Nova contre les “lanceurs d'alerte autoproclamés” », sur @rrêt sur images, (consulté le 30 décembre 2013).
  27. Voir sur tnova.fr.
  28. « Attac félicite Terra Nova pour son prix de think tank français de l'année 2011 », Attac France, 6 juillet 2011.

Liens externesModifier