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Teide

volcan à Tenerife, îles Canaries, Espagne

Teide
Le Teide enneigé avec le Roque Cinchado au premier plan.
Le Teide enneigé avec le Roque Cinchado au premier plan.
Géographie
Altitude 3 718 m, El Piton
Massif Tenerife
Coordonnées 28° 16′ 20″ nord, 16° 38′ 33″ ouest
Administration
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Communauté autonome Canaries Îles Canaries
Province Santa Cruz de Tenerife
Ascension
Première Edmund Scory au début du XVIIe siècle
Voie la plus facile Téléphérique du Teide puis sentier sommital
Géologie
Roches Basanite, basalte, phonolite, trachyte
Type Volcan de point chaud
Activité Actif
Dernière éruption 18 au 27 novembre 1909
Code GVP 383030
Observatoire Instituto Tecnológico y de Energías Renovables

Géolocalisation sur la carte : Tenerife

(Voir situation sur carte : Tenerife)
Teide

Géolocalisation sur la carte : Îles Canaries

(Voir situation sur carte : Îles Canaries)
Teide

Le Teide, pic du Teide ou pic de Teide, en espagnol Pico del Teide, est un volcan situé dans les îles Canaries, sur l'île de Tenerife. Avec 3 715 ou 3 718 mètres d'altitude, selon les sources, il constitue le point culminant de cet archipel mais aussi de l'Espagne, dépassant d'environ 300 mètres l'Aneto, plus haut sommet des Pyrénées espagnoles, et d'environ 240 mètres le Mulhacén, plus haut sommet de l'Espagne continentale. Il est également le troisième plus grand volcan du monde depuis sa base, après le Mauna Loa et le Mauna Kea, à Hawaï[1]. Sa forte activité éruptive, les coulées de lave très fluides et la proximité de zones densément peuplées ont décidé les volcanologues à l'inclure dans la liste des volcans de la décennie.

ToponymieModifier

 
Face nord-est du Teide.

Le Teide est aussi appelé pic du Teide ou encore pic de Teide[2], en espagnol Pico del Teide. Dans cette langue, il est aussi appelé Pitón de Azúcar ou Pan de Azúcar[3] en raison de sa ressemblance avec un pain de sucre. Il a été appelé anciennement « pic de Ténériffe »[4].

Le terme Teide proviendrait du terme guanche echeide qui signifie « enfer »[5]. En effet, pour les premiers habitants des îles Canaries, le volcan et ses environs étaient interdits d'accès. Une autre étymologie dans cette langue donne pour signification « montagne enneigée »[2].

GéographieModifier

SituationModifier

Le Teide est situé sur l'île de Tenerife faisant partie des îles Canaries, un archipel espagnol dans l'océan Atlantique, au large des côtes marocaines et sahariennes.

TopographieModifier

 
Animation représentant le Teide en trois dimensions.

Avant l'existence de mesures fiables, le mont Teide a pendant longtemps été considéré comme la plus haute montagne sur Terre par les européens[G 1]. En réalité, il culmine à 3 718 m d'altitude, ce qui en fait néanmoins le point culminant de l'île de Tenerife, mais aussi de tout l'archipel des îles Canaries et même de l'Espagne[G 2]. En outre, si il est mesuré depuis le plancher océanique sur lequel l'île repose, il mesure plus de 7 000 m ce qui la troisième plus haute structure volcanique au monde, dépassé uniquement par Mauna Loa et Mauna Kea, tous deux sur l'île d'Hawaï[G 1].

La morphologie du mont est marquée par son histoire volcanique longue et complexe[G 3]. Il repose sur la caldeira de las Cañadas, une depression asymétrique de 15 km de diamètre en forme de fer à cheval ouverte vers le nord[G 3]. Le plancher de la caldeira varie entre 2 000 et 2 200 m d'altitude, alors que ses parois s'élèvent au sud jusqu'à 2 717 m au niveau de la Montaña de Guajara[G 3]. Au nord, les pentes de Teide continuent directement jusqu'à l'océan, avec cependant une rupture de pente aux alentours de 2 000 m d'altitude[G 4]. Le volcan de Teide lui-même peut être décrit comme un cône volcanique de 8 km de diamètre à sa base, avec des pentes assez élevées, approximativement 20 à 40°[G 4] pour un volume total de 150 à 200 km3[2]. Le sommet est marqué par un petit cratère, appelé El Pitón formant une ouverture de 100 m de diamètre et 30 m de profondeur[G 4]. Sur les pentes à l'ouest du sommet principal, se dégage un cratère secondaire appelé Pico Viejo[G 4]. Ce cratère est beaucoup plus vaste, avec un diamètre de 800 m et une profondeur de 140 m[G 4]. Il culmine à 3 134 m[P 1], mais avec une faible hauteur de culminance, ne s'élevant que d'une centaine de mètres au-dessus des pentes du volcan principal[G 5]. En dehors de ces deux sommets principaux, le relief de Teide est aussi marqué par quelques events volcaniques, formant des élévations locales, dont les plus marquées sont Roques Blancos, Pico Cabras, et Montaña Blanca, situées près de la base de Teide[G 4].

Les pentes de Teide sont marquées par des ravines (Barrancos) radiales[G 6]. Cependant, la plupart des ravines ont été recouvertes par les coulées de lave récentes, les Lavas Negras), en particulier sur toute la partie nord[G 6],[G 4]. Ainsi, les ravines principales, avec des profondeurs d'environ 100 m, sont situées sur le versant sud : d'est en ouest, il s'agit de Corredor Mario, Corredor La Corbata et Corredor La Bola[G 6].

GéologieModifier

La province volcanique des CanariesModifier

Le mont Teide est un stratovolcan créé par les mêmes forces qui ont formé l'ensemble de l'archipel des Canaries[U 1]. L'archipel est une série d'île relativement alignées selon un axe ouest-est, mais il se prolonge vers le nord-est par une série de monts sous-marins qui font partie de la même province volcanique des Canaries[G 7]. Les datations indiquent clairement que l'âge de ces îles évoluent d'est en ouest, avec à l'est les îles et monts sous-marins les plus anciens et à l'ouest les îles plus récentes[G 8]. Ainsi, Fuerteventura et Lanzarote sont les plus anciennes îles avec 20,2 Ma (Million d'années) et El Hierro la plus jeune avec 1,1 Ma, mais en comptant les monts sous-marins, on peut remonter jusqu'à 68 Ma pour le mont Lars[G 7]. L'archipel de Madère, situé non loin au nord des îles Canaries et lui aussi volcanique, présente aussi plusieurs îles et monts sous-marins alignées avec la même direction générale et des dates similaires[G 7]. Ce motif est consistent avec un point chaud, le point chaud des Canaries, de façon similaire à l'archipel d'Hawaï, l'archétype des archipels de points chauds[G 7]. Cependant, il existe de nombreuses différences avec Hawaï. Premièrement, les îles de l'archipel d'Hawaï s'enfoncent rapidement (à l'échelle géologique) dans l'océan, formant des atolls, tandis que le taux de subsidence est insignificant dans les îles Canaries[G 9]. Si les îles canaries s'enfonçaient à la même vitesse que les îles d'Hawaï, Teide serait actuellement sous la mer[G 9]. Mais une des différences les plus fondamentales, et qui met en question la théorie du point chaud, est le fait que l'activité volcanique n'est pas restreinte à l'île la plus récente, mais continue sur l'ensemble des îles de l'archipel[G 7]. Ceci a généré un intense débat dans la communauté scientifique, qui continue d'une certaine mesure aujourd'hui[G 7]. Une hypothèse qui permet de réconcilier ces faits est la présence d'une cellule de convection dans le manteau terrestre qui entraînerait une partie du magma plus vers l'est, activant ainsi les anciennes îles[G 7]. Selon cette hypothèse, ce magma serait aussi responsable du volcanisme épars au nord-ouest du continent africain jusqu'au sud de l'Espagne[6].

Formation de l'île de TenerifeModifier

Quoi qu'il en soit, la formation de l'île de Tenerife aurait commencé il y a un peu moins de 12 Ma[G 7]. Elle commence par la formation d'un volcan bouclier centré non loin de l'actuel Teide, avec un volcanisme qui perdure jusqu'à il y'a environ 8,9 Ma[G 10]. Le volcanisme s'arrête alors, et le volcan subit probablement quelques effondrements en plus des processus d'érosions[G 10]. Un nouveau volcan bouclier se forme il y a entre 6 et 5 Ma, plus à l'ouest, à Teno puis un autre à Anaga, à l'est, entre 4,9 et 3,9 Ma[G 10]. Ensemble, ces trois volcans boucliers représentent 90% du volume de l'île de Tenerife[G 10]. Les laves sont des basaltes[7], des roches basiques (i.e. un faible taux de silice) et donc très fluide, ce qui explique la forme caractéristique des volcans boucliers.

 
Les falaises de la caldeira marquent le front érodé du glissement de terrain, et sont donc les restes du flanc du volcan Las Cañadas.

Il y a environ 3,5 Ma, soit après une pause de près de 5,5 Ma, le volcanisme reprend au niveau du premier volcan bouclier[G 10]. C'est le début de la phase de réjuvénation, formant le volcan Las Cañadas[G 10]. C'est aussi à cette période que le volcanisme commence dans les rifts de l'île[G 11], formés par les fractures radiales dues à la poussée du magma dans le volcan central[G 12]. Les éruptions du Las Cañadas sont initialement des laves basiques et fluides, mais elles se différencient avec le temps (trachy-basaltes et phonolites) ce qui donne lieu à des éruptions plus explosives[G 11]. Les rifts, eux, émettent principalement des laves non différenciées[G 11]. Mais, il y a environ 200 000 ans, le sommet du volcan est emporté dans un gigantesque glissement de terrain vers le nord, formant la caldeira de Las Cañadas[G 3]. Ces glissements de terrain massifs sont assez fréquents et en partie causés par les fractures des rifts[G 12]. Outre la caldeira, des glissements de terrain sont aussi responsables de la vallée de La Orotava (il y a environ 600 000 ans) et de Güímar (il y a environ 850 000 ans)[G 13].

Formation du mont TeideModifier

On appelle Teide le stratovolcan qui se forme après l'effondrement du volcan las Cañadas, mais les deux volcans forment en réalité une continuité volcanique[G 14]. Les premières éruptions du Teide ont lieu immédiatement après le glissement de terrain, c'est-à-dire il y a environ 200 000 ans[G 14]. Il est probable que les grands volumes de lave produits immédiatement après l'effondrement soit causés par la dépressurisation qu'il entraîne[G 15]. Là encore, les laves sont initialement mafiques, mais à mesure que Teide croît, les laves du réservoir se différencient et deviennent de plus en plus felsiques[G 15]. Ainsi, durant les premiers 50 000 ans, les roches sont des basaltes et des basanites, puis pendant environ 100 000 ans, des roches intermédiaires avant d'arriver finalement aux éruptions de phonolites[G 15]. La formation de Teide est essentiellement terminée il y a 30 000 ans[G 15]. Une seule éruption a eu lieu depuis, formant les Lavas Negras et le cratère de sommet en 850 apr. J.-C.[G 15].

ClimatModifier

 
Neige sur les hauteurs de Teide.

Malgré sa position à proximité du Sahara, le climat des îles Canaries est relativement tempéré[U 2]. L'ensoleillement est très élevé ce qui est dû aux latitudes subtropicales et à la proximité de l'anticyclone des Açores offrant une durée d'ensoleillement d'environ 3 450 h par an[P 2],[U 2]. Mais ceci est partiellement compensé par le courant des Canaries, un courant océanique relativement froid qui tempère le climat[U 2]. La situation est cependant très différente au niveau de Teide et de la caldeira. En effet, le climat de Ténérife est marqué par une couche d'inversion autour de 1 000 m d'altitude, isolant les zones de hautes altitudes des influences océaniques présentes aux basses altitudes[U 2]. Ceci génère un climat nettement plus continental à Teide, avec des fortes oscillations de température au cours de la journée (typiquement de l'ordre de 15°C) et au cours de l'année (pouvant aller de -15°C en hiver à 30°C en été)[U 2].

 
Mer de nuage sur le nord de Tenerife, arrosant la couronne boisée de l'île mais laissant Teide et sa caldeira dans un climat aride.

L'humidité est aussi très affectée par cette couche d'inversion. Ainsi, l'anticyclone des Açores au nord-ouest des Canaries en été génère des vents relativement constants (alizés) soufflant du nord-est au sud-ouest[P 3]. Ces vents se chargent d'humidité en traversant l'Atlantique et vont arroser le nord de l'île Tenerife, formant en particulier une dense couche de nuage entre 800 et 1 600 m d'altitudes[P 3]. Mais là encore, la couche d'inversion empêche ces nuages de s'élever, et le climat est donc très sec au-dessus au niveau de Teide[P 3]. Ainsi, les précipitations dans la caldeira sont inférieures à 500 mm par an, la majorité tombant en hiver, et au total, environ un tiers se fait sous forme de neige[U 2]. Les variations peuvent être très importantes d'une année à l'autre[P 3]. Il arrive cependant que le sommet de Teide soit couvert de nuages orographiques, formant le « chapeau de Teide » (Toca del Teide) qui a probablement été confondu avec les signes d'une éruptions par les navigateurs d'antan[G 16].

Relevé météorologique de l'observatoire du Teide
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 1 1 3 4 6 10 14 14 10 7 4 2 6,3
Température maximale moyenne (°C) 8 8 10 12 14 19 23 23 19 14 11 9 14,2
Précipitations (mm) 85 65 65 25 15 1 0 2 15 35 50 75 435
Source : Climates to travel [8]
Diagramme climatique
JFMAMJJASOND
 
 
 
8
1
85
 
 
 
8
1
65
 
 
 
10
3
65
 
 
 
12
4
25
 
 
 
14
6
15
 
 
 
19
10
1
 
 
 
23
14
0
 
 
 
23
14
2
 
 
 
19
10
15
 
 
 
14
7
35
 
 
 
11
4
50
 
 
 
9
2
75
Moyennes : • Temp. maxi et mini °C • Précipitation mm

Faune et floreModifier

Teide est dans l'écorégion terrestre du WWF des forêts et forêts claires arides des îles Canaries[9]. Cette écorégion est particulièrement riche, avec un haut degré d'endémisme lié à l'insularisation écologique caractéristiques des îles océaniques[9]. La biodiversité est cependant plus élevée que pour beaucoup d'îles océaniques du fait de la grande variété de microclimats[9], mais aussi d'une certaine proximité avec le continent africain, ayant permit à de nombreuses espèces de s'installer tout en étant suffisamment isolé pour permettre la radiation évolutive[U 3]. Ces effets sont d'autant plus importants pour Teide et sa caldeira, qui forment un environnement unique au sein de l'archipel[U 3]. Ainsi certaines espèces de plantes vasculaires sont endémiques de la caldeira, c'est-à-dire qu'elles n'apparaissent nulle part ailleurs dans l'archipel ou en dehors[U 3]. Ces espèces proviennent parfois de l'adaption aux milieux montagnard de plantes de basse altitude mais parfois, tel que pour Stemmacantha cynaroides, elles ont pour origine des plantes de l'Atlas, qui est le milieu alpin le plus proche des îles Canaries[U 3]. Si la distance entre Tenerife et l'Atlas est trop importante pour imaginer une propagation directe, les anciennes îles de l'archipel, maintenant submergées, qui avaient probablement aussi des milieux montagnards, ont probablement servis de relais, la flore suivant ainsi l'évolution du volcanisme des îles Canaries d'est en ouest[G 17].

Au sein des frontières du parc national du Teide, correspondant approximativement au volcan et la caldeira, se trouve 168 espèces de plantes vasculaire, dont 58 endémiques des îles canaries et 33 de Tenerife, parmi lesquelles 12 ne se trouvent que dans le parc[10]. Le paysage de la caldeira est dominé par les buissons de Adenocarpus viscosus, de Pterocephalus lasiospermus) et de genêt du Teide (Spartocytisus supranubius), ce dernier atteignant jusqu'à 3 000 m sur les pentes de la montagne[11]. Une des espèces emblématiques du volcan est la violette du Teide (Viola cheiranthifolia), qui ne se trouve qu'entre 2 400 et 3 600 m d'altitude[11]. Beaucoup de ces plantes ont des adaptations spécifiques pour le climat de la caldeira, avec souvent des buissons ronds aplatis pour se protéger du vent et des petites feuilles ou des poils pour limiter l'évaporation et l'insolation[P 4].

La faune la plus notable de la caldeira est la faune d'invertébrés[P 5]. Il existe cependant quelques espèces de vertébrés, dont plusieurs espèces endémiques[U 4]. En particulier, le lézard Gallotia galloti est très facile à observer, en particulier en printemps/été[12]. En termes d'oiseaux, le plus commun est le faucon crécerelle (Falco tinnunculus canariensis)[12], mais on trouve aussi quelques espèces endémiques comme le pinson bleu (Fringilla teydea), qui est un symbole du parc[U 4].

En ce qui concerne les invertébrés, les groupes les plus représentés dans le parc national sont les coléoptères, les hémiptères, les diptères, les hyménoptères et les arachnides avec respectivement 195, 167, 163, 105 et 102 espèces[U 4]. Plus de 40% des espèces sont endémiques des îles Canaries, dont 70 exclusives à la caldeira[U 4]. La région offre des environnements uniques pour les invertébrés, telles que les crevasses et autres cavités dans la lave, qui abritent des espèces uniques, adaptées à ces milieux très particuliers[P 5]. Beaucoup d'espèces sont aussi associées à la flore unique, et apparaîssent en particulier durant les floraisons de printemps[12]

HistoireModifier

Histoire éruptiveModifier

 
Teide vu de l'espace, avec le nord vers la droite. On voit bien les différences coulées de lave se superposant dans le paysage.

L'activité volcanique du complexe volcanique de Teide a été relativement soutenue durant les derniers 2000 ans[G 18]. Cependant, il convient de différencier les éruptions du Teide lui-même des éruptions des rifts adjacents, se distinguant en particulier de par la composition des magmas[G 18]. Les rifts émettent en effet une lave plus primitive, typiquement basaltique, tandis que le volcan central emmet une lave différenciée, mais les mélanges sont fréquents ce qui rend difficile une catégorisation absolue[G 18]. Ces éruptions ont été datées à l'aide de la radiochronologie et autres méthodes scientifiques, mais aussi par la tradition orale et les toponymes des populations indigènes, les Guanches, et les écrits des européens, que cela soit les navigateurs qui utilisaient Teide comme point de repère ou les colons espagnols[G 18],[G 19]. Cependant, dans certains cas, ce que les marins interprétaient comme des éruptions étaient en fait simplement des nuages orographiques proche du sommet[G 19].

 
Montaña Blanca et dômes secondaires. Les Lavas Negras sont aussi visibles à gauche, sur les flancs de Teide.

Les éruptions préhistoriques (0 - 1492 apr. J.-C.) sont principalement associées au volcan central[G 18]. Elles émettent en général des laves phonolitiques, plutôt claires, et sont de longue durée et parfois explosives, ce qui explique le nom Echeide (enfer) que les Guanches ont attribué au volcan[G 18]. La plus ancienne de ces éruptions est celle de Montaña Blanca, qui date d'environ 2 000 ans AP[G 20]. Il s'agit en réalité de huit évènements éruptifs qui ont eu lieu directement sur le plancher plat de la caldeira, juste à l'est de Teide, et forme donc un ensemble de dômes, dont le principal est celui de Montaña Blanca[G 20]. Il s'agit d'éruptions subpliniennes, projetant des lapilli et bombes de ponce[G 20]. À peu près à la même période, une autre éruption a lieu à Los Hornitos, datée d'entre 39 av. J.-C. et 209 apr. J.-C., mais il s'agit d'une éruption de rift, sur la partie occidentale de la caldeira, avec des laves basaltiques[G 18]. L'éruption suivante est celle de Roques Blancos (environ de 85 à 387 apr. J.-C.)[G 20]. Contrairement à Montaña Blanca, celle-ci à lieu sur la pente occidentale de Teide et donne donc lieu à un dôme principal prolongé de coulées vers le nord-ouest[G 20]. La lave phonolitique est visqueuse ce qui explique la morphologie de ces coulées, avec des coulées épaisses de plusieurs dizaines de mètres de haut, mais elle parcourt néanmoins des distances très importantes, atteignant la mer à 14,7 km de là[G 20]. Ces coulées ont des chenaux très marqués[G 20]. Une autre caractéristique de ces laves est l'importante quantité d'obsidienne[G 20].

Entre environ l'an 660 et 940 a eut lieu la dernière éruption du sommet de Teide[G 21]. Cette éruption est à l'origine du cratère de sommet actuel, élevant Teide d'un peu plus de 200 m, mais surtout d'un vaste épanchement radial de lave, les Lavas Negras (les laves noires), couvrant 32,8 km2[G 21]. Ces laves doivent leur couleur noire intense à l'obsidienne qui domine largement[G 21]. Enfin, la dernière éruption felsique du complexe volcanique de Teide est celle de Montaña Reventada, entre l'an 900 et 1210 formant un alignement d'évents volcaniques proches de Pico Viejo[G 20]. Les laves sont en réalité issues d'un mélange entre les laves felsiques de Teide et celles basanitiques du rift nord-ouest, avec cependant des interfaces marquées entre les deux compositions, ce qui est interprété comme l'emission de deux laves différentes qui se seraient rencontrées dans les cheminées juste avant l'éruption[G 22]. Ceci n'est pas un fait unique dans l'histoire de Ténérife, des mélanges similaires étant observés par exemple dans le volcan Cuevas Negras non loin de Teide[G 22].

Toutes les éruptions suivantes sont des éruptions effusives des rifts, commençant par l'éruption de Boca Cangrejo en 1492 observée par Christophe Colomb lors de son célèbre voyage, celles de Arafo, Fasnia et Siete Fuentes (1704-1705), celle de Garachico (1706), Chahorra (1798) et finalement, la dernière éruption en 1909 à Chinyero[G 18].

Époque guancheModifier

Les premiers habitants de Ténérife arrivent dans la première moitié du premier millénaire avant l'ère commune[U 5]. Il s'agit des Guanches, un peuple d'origine nord-africaine lié aux Berbères[U 5]. Ils habitaient surtout le long des côtes et dans les régions de moyenne altitude[P 6]. L'archéologie indique que Teide et ses environs n'étaient habités que de façon temporaire, souvent saisonnière, avec de nombreux restes d'habitations simples à travers la caldeira[U 6]. Il s'agit typiquement de petites huttes circulaire ou ovales en pierre, sans ciment, avec un toit fait de branches sèches[P 6]. Les habitations étaient souvent à proximité de roches ou formations naturelles qui offraient protection contre le climat rigoureux[P 6], mais parfois, les Guanches vivaient directement dans des grottes ou cavernes naturelles[U 6].

L'occupation de la caldeira était probablement liée à la pâture estivale du bétail, lorsque les pâturages de plus basse altitude sont asséchés[P 6]. L'élevage était consacré principalement aux chèvres et moutons, et les chiens étaient utilisés pour guider les troupeaux, et étaient parfois enterrés aux côtés de leur maîtres[P 6]. Si une personne décédait, elle était en général enterrée sur place[P 6], et donc on trouve dans la caldeira de nombreuses sépultures[U 6]. Dans certains cas, en particulier pour les personnes importantes, les corps sont momifiés[P 6]. Teide était une montagne sacrée, l'Axis mundi de la cosmogonie guanche[P 6], mais aussi la demeure de Guayota, une divinité maléfique, et associé aux enfers (Echeide qui est à l'origine du nom Teide)[G 19]. Il est donc probable que certains rites religieux aient aussi eu lieu sur le site[P 6].

Outre l'élevage, les visites près du volcan permettaient aux habitants de l'île de recueillir l'obsidienne, qui en l'absence de metal était très utilisée pour la création d'outils[U 6]. De façon à ne pas devoir transporter certains objets tous les ans lors de la transhumance, beaucoup d'objets étaient cachés dans des petites crevasses, nombreuses dans ce paysage volcanique[P 6].

Les îles Canaries étaient connues des européens bien avant leur colonisation de l'archipel[U 7]. En particulier, Teide, visible même à grande distance, était un point de repère important pour les navigateurs européens[U 7]. En particulier, les îles constituent une étape dans le voyage de Christophe Colomb qui mena à la découverte du continent américain, ce qui consolide leur importance dans cette période des grandes découvertes[U 7].

Époque espagnoleModifier

Premières ascensionsModifier

La première ascension connue du Teide aurait été faite par le chevalier anglais Edmund Scory[13] au début du XVIIe siècle (la date souvent donnée de 1582 semble être erronée)[14]. Dans son Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique datant de 1804, Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent écrit à propos de ce sommet qu'il appelle « pic de Ténériffe » qu'il s'agit de « l'une des plus belles montagnes du monde »[15].

PréventionModifier

RisquesModifier

Surveillance volcanologiqueModifier

ActivitésModifier

TourismeModifier

L'accès au sommet de la montagne est aisé puisque le téléphérique du Teide, emmène les visiteurs depuis le bord de la route jusqu'à une altitude de 3 555 mètres. Le dénivelé restant peut être accompli à pied et permet de découvrir le cratère sommital de 70 mètres de diamètre pour 45 mètres de profondeur et contenant des formations de soufre. Une autorisation doit être obtenue au préalable à Santa Cruz afin d'effectuer la montée des derniers 168 mètres. En effet, cette partie étant protégée, les autorités s'organisent pour limiter le nombre d'ascensions par jour (cinquante autorisations par tranche de deux heures, quatre tranches par jour[16]).

En 2016, il a été visité par 4 079 823 personnes, atteignant un niveau record[17],[18]. Il fait aussi partie du parc national le plus visité d'Espagne et d'Europe et actuellement neuvième dans le monde[19],[20].

Protection environnementaleModifier

Le Teide est inclus dans le parc national du Teide inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO et s'étendant aussi sur la caldeira de las Cañadas.

Dans la cultureModifier

Croyances religieuses des GuanchesModifier

Selon les croyances des Guanches, habitants de l'île exterminés par les Espagnols au XVIe siècle, ce volcan est habité par le diable Guayota[21]. Les Guanches n'ayant pas laissé de récits écrits, leurs croyances ont été rapportées par les conquérants espagnols.

LittératureModifier

André Breton a consacré au Teide quelques chapitres de son récit poétique L'Amour fou, publié en 1937.

CinémaModifier

Une partie des scènes du film Le Choc des Titans de 2010 a été tournée aux pieds du Teide, dans le parc national[22].

MusiqueModifier

Mike Oldfield a composé un morceau instrumental de quatre minutes nommé Mount Teide qui fait partie de son septième album Five Miles Out enregistré en studio en 1982.

Le musicien suisse Paul Brandenberg, qui vit en partie sur l'île voisine de Lanzarote, a nommé un morceau Teide sur l'album Tenerife paru en 1995.

Notes et référencesModifier

  1. a et b p. 2
  2. Préface
  3. a b c et d p. 39
  4. a b c d e f et g p. 42-43
  5. p. 111
  6. a b et c p. 50
  7. a b c d e f g et h p. 25-26
  8. p. 23-24
  9. a et b p. 27
  10. a b c d e et f p. 30-32
  11. a b et c p. 33-34
  12. a et b p. 57-71
  13. p. 41
  14. a et b p. 106
  15. a b c d et e p. 109-110
  16. p. 130
  17. p. 28
  18. a b c d e f g et h p. 129-132
  19. a b et c p. 5-8
  20. a b c d e f g h et i p. 144-147
  21. a b et c p. 141-143
  22. a et b p. 150
  • (en) Proposal to inscribe Teide National Park on the World Heritage List, (lire en ligne)
  1. p. 13
  2. a b c d e et f p. 14
  3. a b c et d p. 15
  4. a b c et d p. 16-17
  5. a et b p. 24
  6. a b c et d p. 26-27
  7. a b et c p. 25
  1. p. 25
  2. p. 29-31
  3. a b c et d p. 27-28
  4. p. 46-48
  5. a et b p. 57-58
  6. a b c d e f g h i et j p. 73-74
  • Autres
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  17. El Teide bate récord de visitantes y supera los cuatro millones
  18. El Teide bate su récord de visitantes en 2016, con más de cuatro millones
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Voir aussiModifier

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