Tehreek-e-Labbaik Pakistan

parti politique

Tehreek-e-Labbaik Pakistan
Image illustrative de l’article Tehreek-e-Labbaik Pakistan
Logotype officiel.
Présentation
Président Saad Hussain Rizvi
Fondation 2015
Fondateur Khadim Hussain Rizvi
Positionnement Extrême droite
Idéologie Islamisme barelvi
Conservatisme Social
Conservatisme religieux
Conservatisme sociétal
Antioccidentalisme
Antisionisme
Site web jointlp.comVoir et modifier les données sur Wikidata
Représentation
Députés du Sind
3 / 168

Le Tehreek-e-Labbaik Pakistan ou Tehreek-i-Labbaik Pakistan, désigné sous l'acronyme TLP (en ourdou : تحریک لبیک پاکستان ; littéralement « Mouvement pakistanais Je suis là »), est un parti politique pakistanais islamiste radical. Il a été fondé le par Khadim Hussain Rizvi. Il est l'un des plus extrêmes partis religieux du pays, défendant la peine de mort pour blasphème et approuvant les assassinats d'opposants à cette loi. Il souhaite aussi étendre la charia dans le monde entier[1].

Le mouvement est principalement connu pour ses appels à la violence et mouvements de protestations liés à des revendications fondamentalistes. Il se fait connaitre en novembre 2017 lors d'un sit-in contre le ministre de la Justice Zahid Hamid, accusé de blasphème par le TLP. Il réalise une petite percée lors des élections législatives de 2018 puis proteste contre l’acquittement de la chrétienne Asia Bibi.

FondationModifier

 
Khadim Hussain Rizvi, chef du Tehreek-e-Labbaik Pakistan.

Le Tehreek-e-Labbaik Pakistan a été fondé le par Khadim Hussain Rizvi, un ecclésiastique islamique proche du barelvisme et ancien fonctionnaire du gouvernement provincial du Pendjab. Il a été licencié en 2011 après avoir approuvé l'assassinat de son gouverneur, Salman Taseer, en raison de sa défense de la chrétienne Asia Bibi et de sa critique de la loi interdisant le blasphème[2]. Le parti se développe notamment au sein des mosquées tenues par des religieux barelvis.

Protestations de 2017Modifier

Le mouvement se fait surtout connaitre pour avoir organisé à partir du un sit-in sur l'échangeur Faizabad, le plus important de la capitale Islamabad. Les militants du parti protestent contre le changement du texte de serment des députés à propos du prophète Mahomet, accusé d'être blasphématoire et favorable à la communauté ahmadie. Obtenant le retrait de la réforme, ils demandent ensuite la démission du ministre de la Justice Zahid Hamid, qu'ils finissent par obtenir. Le rassemblement est violemment expulsé par la police le , entrainant la mort de six manifestants et en blessant 200 autres.

Élections de 2018Modifier

 
Protestation du TLP en avril 2018 à Lahore ; en fond une affiche électorale pour les législatives de 2018.

Le parti réalise une performance en demi-teinte pour son premier scrutin, les élections législatives de 2018. Il réunit 2,2 millions de voix, soit 4,2 % de l’électorat, faisant presque jeu égal avec l'alliance religieuse Muttahida Majlis-e-Amal, bien plus ancienne. Toutefois, le parti ne s'impose dans aucune circonscription nationale et remporte au total trois sièges provinciaux, à l'Assemblée du Sind, grâce à ses performances à Karachi où il réunit près de 12 % des voix[3].

Affaire Asia BibiModifier

Après l'acquittement par la Cour suprême d'Asia Bibi le , femme chrétienne condamnée à mort en 2010 pour blasphème envers l'islam, des milliers de sympathisants de TLP manifestent à l'appel des dirigeants de leur parti. Parmi eux, Pir Afzal Qadri appelle notamment au meurtre du juge en chef du pays Saqib Nisar et Khadim Hussain Rizvi appelle les soldats à se mutiner contre leur hiérarchie. Dans un premier temps, le gouvernement fédéral accepte de négocier avec le mouvement alors qu'Asia Bibi est interdite de quitter le pays dans l'attente d'un recours en révision[4].

Toutefois, Qadri et Rizvi sont arrêtés et placés en détention le avec des centaines de militants de leur parti pour « trahison et terrorisme »[4]. Quand Asia Bibi est définitivement acquittée le , le parti ne réunit que quelques dizaines de sympathisants en protestation[5]. Qadri et Rizvi sont finalement libérés sous caution le alors que les cadres du TLP promettent de ne plus renouveler d'appels à la violence[6].

Manifestations anti-caricatures de 2020Modifier

 
Le président du parti Saad Hussain Rizvi.

En octobre-, à la suite des propos du président français Emmanuel Macron sur la liberté de caricaturer (dans le contexte du procès de l'attentat contre Charlie Hebdo et de l'assassinat de Samuel Paty), le TLP lance plusieurs manifestations au Pakistan. Pour sa part, le Premier ministre Imran Khan s'en prend avec virulence au chef de l'État français et, chose rarissime, l'ambassadeur de France est convoqué par le ministère des Affaires étrangères pakistanais. Pour mettre fin à la mobilisation, Imran Khan conclut alors un accord avec l'organisation islamiste : il prévoirait la présentation d'une résolution à l'Assemblée nationale visant à l'expulsion de l'ambassadeur de France, l'absence de nouvelle nomination à l'ambassade parisienne (le poste étant actuellement vacant), un boycott des produits français et la libération de militants du TLP interpellés lors des manifestations, d'ici le 16 février 2021[1].

Cette affaire permet au TLP de revenir sur le devant de la scène politique, deux ans après avoir été proche de la disparition[1]. Si cet accord était appliqué, ce serait la première fois de l'histoire pakistanaise qu'un groupe religieux parvient à dicter sa politique étrangère au gouvernement. La décision d'Imran Khan obéit à une « logique identitaire » note Le Figaro, alors qu'au Pakistan, dont 96 % de la population est musulmane, « l'islam y est le pilier de l’identité nationale » depuis la partition des Indes en 1947 et la défense de l'honneur de Mahomet l'un des rares sujets consensuels. Le Premier ministre garde notamment en tête les échéances électorales, espérant prendre le contrôle du Sénat lors des élections de 2021[1].

Le , Khadim Hussain Rizvi meurt subitement et est remplacé par son fils Saad Hussain Rizvi à la tête du parti[7].

En avril 2021, des milliers de partisans du mouvement manifestent à Lahore, deuxième plus grande ville du pays, protestant contre l’arrestation de Saad Rizvi. Celui-ci avait essayé d’organiser une marche sur la capitale Islamabad le 20 avril pour exiger l'application de l'accord, dont le départ de l’ambassadeur de France[8]. Après plusieurs journées de manifestations émaillées de violences, le ministre de l'Intérieur Rashid Ahmed annonce une procédure d'interdiction du parti sur la base de la loi anti-terroriste de 1997[9].

RéférencesModifier

  1. a b c et d Emmanuel Derville, « Au Pakistan, les islamistes se déchaînent contre la France », sur Le Figaro, (consulté le 19 novembre 2020).
  2. (en) Tehreek-e-Labbaik: New far right campaigns against 'blasphemy' sur Al Jazeera, le 6 juillet 2018
  3. (en) Right on course sur Dawn.com, le 30 juillet 2018
  4. a et b (en) Can Pakistan Bring Tehreek-e-Labbaik to Justice? sur thediplomat.com, le 3 décembre 2018
  5. Pakistan: faible mobilisation des extrémistes contre Asia Bibi sur lexpress.fr, le 30 janvier 2019
  6. Le Tehreek-e-Labbaik Pakistan, ce mouvement qui a inspiré l'attaquant au hachoir de Paris sur lexpress.fr, le 30 janvier 2019
  7. (en) Muhammad Taimoor et Imran Gabol, « Huge turnout for TLP chief Khadim Rizvi's funeral at Lahore's Minar-i-Pakistan », sur Dawn.com, (consulté le 20 novembre 2020)
  8. Importantes manifestations antifrançaises à Lahore, lematin.ch, 12 avril 2021
  9. (en) Imran Gabol, Shakeel Qarar et Imtiaz Ali, « Government has decided to ban TLP under anti-terror law, says interior minister », sur Dawn.com, (consulté le 15 avril 2021)

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier