Ouvrir le menu principal

Tango (bande dessinée)

album de la série Corto Maltese
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Tango.

Tango
10e album de la série Corto Maltese
Auteur Hugo Pratt
Dessin noir et blanc

Personnages principaux Corto Maltese
Butch Cassidy
Esmeralda
China Farias Gomez

Éditeur Casterman
Première publication Drapeau de la France France : septembre 1987
ISBN 2-203-33223-9
Nb. de pages 64

Prépublication Drapeau de l'Italie Italie : Y todo a media luz
mensuel Corto Maltese
du n° de juin 1985 au n° de mai 1986
Drapeau de la France France : Y todo a media luz
mensuel Corto n° de décembre 1986
Albums de la série Corto Maltese

Tango, est la 27e aventure de Corto Maltese. Écrite et dessinée par Hugo Pratt, elle se déroule en 1923, dans le milieu interlope de Buenos Aires.

Sommaire

ProtagonistesModifier

Personnages historiquesModifier

Personnages de fictionModifier

  • Corto Maltese : marin, héros de l'histoire. Il enquête sur le sort de son amie Louise Brookszowyc.
  • Louise Brookszowyc : amie de Corto, d'origine polonaise, plus connue sous le nom de « Belle de Milan ». Elle est assassinée dans cette histoire, avec un journaliste et le marin tente de savoir qui l'a tuée, pour ensuite la venger.
  • Esmeralda : prostituée, amie de Corto, que celui-ci à rencontré au Honduras dans La Conga des bananes (Corto toujours un peu plus loin). Dans cette histoire, elle aide le marin à entrer en contact avec plusieurs personnes, dont Butch Cassidy. Lorsqu'elle demande à Corto s'il a déjà été amoureux, celui-ci répond que oui, autrefois[a].

L'HistoireModifier

Après quinze ans d'absence, Corto retourne à Buenos Aires, pour répondre à l'appel à l'aide de son amie Louise Brookszowyc[b]. Au terme d’une partie de billard italien avec son ami Fosforito Ramirez, ils parlent de la Warsavia, association pour laquelle Louise est venue travailler. En vérité, un organisme de prostitution qui contrôle les bordels du pays et sert de façade à un réseau du crime.

Comment retrouver son amie ? Fosforito lui demande de lui accorder quelques jours et de le laisser faire car cela pourrait être dangereux pour elle. Hébergé chez son ami Vasco Pinti, dans la banlieue de San Isidro, il reçoit le soir même, un coup de téléphone de Fosforito. Victime d’une confusion, quelqu’un a été tué à sa place. Il faut redoubler de prudence... Il a déjà des renseignements sur Louise : Il y a quelques mois déjà, elle a disparu avec sa fille Maria, âgée de trois ans. C’est par le señor Gomez qu’il sait cela ; il lui a d’ailleurs arrangé une rencontre avec lui...

Gomez lui fait savoir que Louise est morte et que son enfant est introuvable. Louise avait rencontré un journaliste qui voulait l’aider pour démasquer la Warsavia. Il fut tué. La police ne bougea pas. Peu après on apprit qu’elle s’était suicidée en se jetant d'un troisième étage.

Louise morte, sans doute assassinée, il reste à la venger. Corto décide alors de mener son enquête sur les circonstances réelles de sa mort, mais auparavant il veut rechercher la petite Maria.

À « la Centrale », l’inspecteur de police Estevez est avisé que des personnes se posent des questions sur l’affaire Brookszowyc, dont un certain Corto Maltese, qui semblerait être un ami de Louise. En entendant son nom, l’inspecteur appelle les archives pour sortir les dossiers de Patagonie datant de 1902 à 1910. Il veut vérifier si ce n’était pas le nom de ce marin qui fréquentait les bandoleros yankees qui attaquaient les banques.
De son côté, Corto a appris que Louise était hébergée par la famille Farias, très connue à San Isidro et dont l’une des filles est lieutenant dans l’Armée du salut. Il veut la rencontrer.

Il aurait cependant besoin de l’aide d'un ancien compagnon surnommé El Gringo : Butch Cassidy, un hors-la-loi, donné pour mort et vivant sous une fausse identité. Il avait fait partie de ces hors-la-loi qui furent engagés, au début des années 1900, pour défendre les gros propriétaires anglo-américains contre les soulèvements des indigènes. Pour le joindre, il va voir son amie Esmeralda. Elle saura trouver le moyen de transmettre à El Gringo, que Corto cherche à le revoir...

Plus tard, Corto se rend au siège de l’Armée du salut pour rencontrer le lieutenant China Farias Gomez qui lui apprend que l’enfant de Louise est sous leur protection. Elle lui remet une lettre où Louise exprime le désir que sa petite Maria soit conduite par Corto jusqu'à Venise afin de la confier à Petit Pied d’argent...

Après avoir accepté une invitation à une soirée dansante de l'Armée du salut au Club Sportif de San Isidro, une lettre signée El Gringo l’attend à son retour : « Il faut qu'on se voie, Corto... »

En attendant, Fosforito lui apprend que l’inspecteur Estevez avait donné l’ordre de tuer Louise pour faire retomber le crime sur la Warsavia et camoufler ainsi les intrigues des propriétaires étrangers pour protéger leurs intérêts.
La présence de Corto devient génante. Des tueurs sont à ses trousses mais Butch sera là pour lui sauver la vie...

À l’instigation de Butch, le grand-père de China, le señor Habban, gros propriétaire américain, invite Corto Maltese à une soirée. Le señor Habban, n’est pas un inconnu. Corto l’a déjà rencontré voilà 17 ans. Parmi les invités, il y a l’inspecteur Estevez.
Tout est en place pour accomplir la vengeance...
Le , Esmeralda et la petite Maria embarquent pour l’Italie[c].

Hugo Pratt, le tango et l'ArgentineModifier

Hugo Pratt a vécu plusieurs années en Argentine, s'étant installé à Buenos Aires en 1949. Ce pays a été pour lui important pour sa formation de bédéiste et il s'y est fait de vrais amis. Il a aussi joué un rôle dans son intérêt pour deux styles musicaux qui l'ont marqué : le jazz (c'est dans la capitale qu'il a rencontré son futur ami Dizzy Gillespie) et le tango. Pratt , qui écoutait des musiciens comme Astor Piazzolla pour dessiner Tango, a déjà écrit sur ce dernier un texte, repris dans l'album. Y todo a media luz, titre original de l'histoire, évoque A media luz (es), titre d’un tango des années 1920[1], composé par Edgardo Donato (es) et Carlos César Lenzi (es). Quant au titre francophone Tango, il a été choisi à la place de l'original, que les Français n'auraient pas compris. Le nom "Y todo a media luz" ("Et tout dans une demi-lumière") se réfère donc à une chanson populaire en Argentine, qu'on entendait souvent dans les maisons de rendez-vous. Il parle aussi du fait que l'intrigue se déroule généralement de nuit ou dans la pénombre. D'ailleurs, le bédéiste explique que les nuits argentines sont agréables, avec un ciel formidable. Les deux lunes souvent représentées sont le fruit de phénomènes de réverbération.

 
Membres suspectés de Zwi Migdal. Photo issue du journal argentin diario Crítica (es), datant de septembre 1930.

Un aspect plus sombre de l'Argentine que la musique est évoqué dans cette histoire : la criminalité. L'auteur évoque la Warsavia, œuvre d'assistance sociale et religieuse entre criminels ashkénazes exclus de leur communauté et privés du rituel juif, créée en 1906 par Noé Trauman, puis renommée en 1929 Zwi Migdal. Rapidement, elle instaura une organisation internationale de traite des Blanches, qui dura jusqu'en 1939 et qui prospéra en particulier dans ce pays. Le bédéiste avait découvert la Warsavia en se renseignant sur Butch Cassidy. Il était donc parti pour parler de cette organisation dans son histoire.

 
Estancia “San Martín”, de la firme laitière La Martona (es). Fondée au XIXe siècle par Vicente Casares (es). Partido de Cañuelas, Buenos Aires.

Mais il lui a semblait qu'il fallait dénoncer un problème plus important aux yeux des Argentins, celui des latifundistes, ces grands propriétaires terriens gérant des latifundias. Il s'agit de vastes exploitations agricoles d'Amérique du Sud, similaires aux ranchs d'Amérique du Nord, également désignés sous le nom d'estancias et d'haciendas dans les pays sud-américains hispanophones, ou encore fazendas au Brésil. Pratt explique que ces propriétaires sont des prête-nom, derrières lesquels se cachent des banques américaines et anglaises, qui possèdent véritablement la Patagonie. Des militaires et des civils s'étant révoltés contre eux, ils firent appel à des bandits américains pour les aider. Cette histoire fut publiée peu après la guerre des Malouines, qui vit en 1982 le Royaume-Uni lutter contre l'Argentine afin de conserver en leur possession les îles Malouines et d'autres îles voisines, à la position stratégique au large des côtes argentines. Hugo Pratt, sans forcément être contre le capital, critique ainsi dans cette histoire des capitalistes qui en viennent à tuer des gens.

Dans certaines cases, Corto lit des livres d'auteurs argentins, tels que Jorge Luis Borges. Pratt le considérait comme un grand écrivain, mais il ne voulait pas lui vraiment rendre hommage, au vu des propos qu'il a tenu vers la fin de sa vie. Un autre écrivain lu par le héros est Leopoldo Lugones, dont le bédéiste voulait cette fois bien lui rendre hommage. Mais pour concevoir son histoire, il a sans doute été plutôt influencé par Roberto Arlt, bien que ses sources pour Tango soient essentiellement historiques[2].

Butch Cassidy en questionModifier

Corto Maltese a connu le hors-la-loi Robert Leroy Parker alias Butch Cassidy, dit « El Gringo », en 1906, en Argentine - près de Cholila (es) en Patagonie - Cela, avant de se rendre en Afrique avec Raspoutine (comme évoqué à la fin de La Jeunesse de Corto Maltese)[3].

Hugo Pratt tire parti des témoignages contradictoires qui ont suivi la disparition mystérieuse de Butch Cassidy vers 1907, où on le voit mort et ressuscité « plusieurs fois un peu partout »[4], pour le faire apparaître dans cette aventure, vivant sous la fausse identité de Daniel Moore, au cours de laquelle il révèle ce qu’il est devenu.

L'auteur s'est beaucoup renseigné au sujet de ce personnage historique, ainsi que des autres membres de son gang de la Wild Bunch, Sundance Kid et sa femme Etta Place. Entre 1957 et 1985, il s'est rendu à plusieurs reprises au Lac Puelo, près de la frontière avec le Chili, là où serait mort le Sundance. Ses recherches sur ces personnages ont débuté après avoir lu En Patagonie (en), roman de Bruce Chatwin. En les exécutant, il fut parfois accompagné par le photographe Carlos Saldi (qui partit sur leurs traces jusqu'en Bolivie) et le dessinateur Lele Vianello (it), avec qui il interrogea notamment la police. Il en tira par la suite un texte sur ces trois bandits et la matière pour son album[2].

PrépublicationsModifier

Albums édités en FranceModifier

Scénario et dessins de Hugo Pratt avec la collaboration de Guido Fuga (it) pour dessiner certains décors et les automobiles.

Première éditionModifier

Album broché – noir et blancModifier

RééditionsModifier

Album broché – noir et blancModifier

  • Tango (nouvelle couverture), éd. Casterman, 2001.
  • Tango, Casterman 2012, coll. "Corto Maltese en noir et blanc", couverture souple à rabats, format 23,5/29,5 (ISBN 978-2-203-03361-0).

Albums reliés – couleursModifier

  • Tango (documents et aquarelles de Hugo Pratt), éd. Casterman, 1998.
    • Sa sortie, en décembre, était accompagnée d’un Disque compact de tangos joués par le Trio Esquina. Ce disque a été réédité sous une nouvelle présentation, sous le titre, Les Tangos de Corto, éd. Buda Musique, 1998.
      • César Stroscio : bandonéon, Claudio Enriquez : guitare, Carlos Carlsen : contrebasse
      • La Senegalesa - Corto y Louise - A Luis Luchi - El penúltimo - Maldá - Siempre Paris - Mi refugio - Un placer - Maipo - Decarísimo - Casi lloro.
  • Tango (format 21.5x29, préface de Marco Steiner, photos de Marco d’Anna : Un voyage métaphysique), éd. Casterman, série Corto Maltese, tome 12, 2009 (ISBN 978-2-203-02449-6)

Petit format broché – couleursModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Il s'agit ici d'une jeune fille chinoise, sans doute Wee-Lee Song, ex amour du marin qui le hante tout le long de Corto Maltese en Sibérie.
  2. Voir Fable de Venise.
  3. Maria, la fille de Louise Brookszowyc, deviendra la mère de Valentina, l’héroïne de bande dessinée créée par Guido Crepax. Quant au père de Maria, Pratt assure que ce n'est pas Corto.

RéférencesModifier

  1. Hugo Pratt, De l’autre côté de Corto, Casterman, 1996, (br).
  2. a et b De l’autre côté de Corto : Hugo Pratt - entretiens avec Dominique Petitfaux
  3. Hugo Pratt - entretiens avec Dominique Petitfaux, De l’autre côté de Corto, p. 120.
  4. Préface de l’édition couleur de Tango, éditée en 1998 : « La dernière piste », p. 11 à 16.