Ta-Ha

20e sourate du Coran

20e sourate du Coran
Lettres Ta-Ha
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original سورة طه, Ta-Ha
Titre français Lettres Ta-Ha
Ordre traditionnel 20e sourate
Ordre chronologique 45e sourate
Période de proclamation Période mecquoise
Nombre de versets (ayat) 135
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

Ta-Ha (arabe : سورة طه, français : Lettres Ta-Ha) est le nom traditionnellement donné à la 20e sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 135 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période mecquoise.

Origine du nomModifier

Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coranique[1], la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate les lettres Ta-Ha[2].

HistoriqueModifier

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq (VIIIe siècle) et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-Azhar[3],[4], cette sourate occupe la 45e place. Elle aurait été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La Mecque[5]. Contestée dès le XIXe par des recherches universitaires[6], cette chronologie a été revue par Nöldeke[7],[8], pour qui cette sourate est la 55e.

Ces récits possèdent quelques traits caractéristiques, tant formels (la narration utilise un style dialogué) qu’historiques. Dans le récit sur Moïse, il semble y avoir deux strates enchevêtrées. De plus, ce récit est construit pour universaliser le récit biblique, l’éloigner d’un contexte historique. Cette histoire prend une dimension morale et s’éloigne du Moïse biblique conçus comme « mythologie fondatrice »[9].

InterprétationsModifier

Cette sourate, de 135 versets, contient une cohérence thématique à un degré inhabituel puisqu’elle est entièrement consacrée à la figure de Moïse. Cette sourate est la version coranique la plus détaillée sur Moïse[9].

Marcin Grodzki voit dans les lettres commençant cette sourate soit un moyen mnémotechnique, soit comme des signes portant un sens, en particulier le Ta symbolisant le serpent[10].

Younes repère dans le verset 63 un mot qui « viole les règles standards de l’assignation des cas en arabe »[Note 1],[10]. S’intéressant aux solutions trouvées pour résoudre ce problème, l’auteur cite une tradition selon laquelle il s’agirait d’une faute de scribe. Il remarque que certains lecteurs corrigent en lisant tandis que l’édition du Coran du Caire a corrigé l’erreur dans sa publication du Coran[10].

Versets 9-99 : le récit de MoïseModifier

Pour Azaiez, ce passage peut faire l’objet d’une étude narratologique. Ce passage est construit selon une « énonciation théâtrale », basée sur des dialogues et une succession de scènes. L’auteur divise ce récit en sept scènes, proche du type théâtral, de trois personnages, dont l'un "parfois muet". L’auteur remarque plusieurs types de temporalité du récit[10]. Pour Pregill, cette sourate doit être lue comme une « composition unifiée » rappelle des écrits dédicatoires syriaque et ressemble aux hymnes de Jacob de Serugh sur Moïse[10]. Pour Reynolds, le terme Midian (v. 40) est plus proche du syriaque madyan que de l’hébreux midyān[10].

Pour Stefanidis, le récit s’inscrit entre autres, à la différence du texte biblique, dans la volonté d’universaliser cet épisode, Allah ne se présentant pas comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. De même, Dieu n’intervient pas dans l’histoire par pitié pour son peuple mais pour punir Pharaon de son arrogance[10].

Pour Tengour, le récit mosaïque appartient au milieu de la période mecquoise et s’inscrit dans la polémique entre Mahomet et la tribu Quraish, plaçant Mahomet dans la continuité de Moïse, prophète rejeté par son peuple et menaçant sa tribu de l’engloutissement comme Pharaon[10].

L'épisode du veau d’orModifier

Pour Pregill, le récit du Veau d’or est un « excellent exemple de la façon dont le tafsīr fonctionne pour reconstruire radicalement la signification des récits coraniques en accord avec les priorités exégétiques et théologiques de la communauté musulmane émergente »[10]. Pour l’auteur, le récit d’une image vivante du veau est une invention d’un rédacteur de tafsīr, tandis que le récit évoque une image de veau vivant. De même, le terme Al-Samari  ne doit pas être compris comme « samaritain » mais comme « samarien », faisant ainsi référence à Aaron. Sa condamnation trouve des parallèles dans la littérature syriaque[10].


Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • M.B. Mortensen, "Sourate 20", Le Coran des Historiens, t.2a, 2019, p. 765 et suiv.
  • R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980[Note 2].

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. "violates the standard rules of Arabic case assignment."
  2. En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate

RéférencesModifier

  1. A. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, p. 15.
  2. A. Chouraqui, Le Coran : L'appel, France, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2-221-06964-1)
  3. G.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p.477-502.
  4. R. Blachère, Introduction au Coran, p.244.
  5. R. Blachère, Le Coran, 1966, p. 103.
  6. M. Azaiez, « Chronologie de la Révélation »
  7. G. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus n°95, 2011, p. 247-270.
  8. E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p.13.
  9. a et b M.B. Mortensen, "Sourate 20", Le Coran des Historiens, t.2a, 2019, p. 765 et suiv.
  10. a b c d e f g h i et j M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS 21 Q 20:9-99