Syndrome de l'île de Pâques

Image satellitale de l’île

Le syndrome de l'île de Pâques (Easter Island Syndrome en anglais) est un concept créé par J.F. Richard en 2005 à partir d'un scénario fictif concernant les causes de la disparition d'une des deux cultures humaines présentes sur l'île de Pâques. Le syndrome est une réflexion sur le phénomène général dit de l'écocide qui a été reprise par Jared Diamond dans son ouvrage Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2006)[1].

ThèseModifier

Selon Richard, la culture disparue a subi le monopole de l'autre concernant l'exploitation du bois insulaire. Plus globalement, le modèle veut montrer qu'il existe un rapport à risque entre une civilisation et son environnement, qu'elle exploite jusqu'à l'extinction. Par cette fiction, Richard montre que certaines cultures humaines annoncent les choix futurs que l'Humanité aura à élaborer concernant la déstabilisation de son environnement écologique, et dévoilent par là le rapport contigu de l'humain et de son économie avec celui-ci. Richard rejoint de ce fait toute l'écologie née avec James Lovelock et son hypothèse Gaïa. Pour prévenir ce genre de scénario, Richard préconise le RTQM c'est-à-dire le « réseau de traitement des questions mondiales ».

CritiqueModifier

Dans l'article « Du génocide à l'écocide », du négationniste du changement climatique américain Benny Peiser, J. Diamond aurait manipulé les données pour soutenir sa théorie « néocatastrophiste ». Ce dernier aurait négligé certaines données : certains récits des premiers Occidentaux arrivés sur l'île évoquent la présence de cocotiers et de palmiers avec lesquels les habitants construisaient leurs huttes. La déforestation de l'île aurait eu lieu après l'arrivée des Européens et de leurs troupeaux d'ovins, et la fin de cette culture serait due aux esclavagistes péruviens et aux maladies apportées par les colons[2], et non à la déforestation[1]. En conclusion, l'expression « syndrome de l'île de Pâques » est, comme « politique de l'autruche » ou « fossile vivant », basée sur un mythe et dépourvue de fondements scientifiques[3]. Benny Peister est directeur de la fondation Global Warming Policy Foundation, qui nie l'influence de l'homme dans les changements climatiques.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Jean-François Dortier (2006).
  2. Selon Alfred Métraux, dans son Introduction à la connaissance de l'Île de Pâques relatant les résultats de l'expédition franco-belge de Charles Watelin en 1934 (éditions du MNHN, 1935), la population pascuane d'origine serait passée de 2500 personnes à seulement 111 en 1877. L'une des causes est à chercher du côté des marchands d'esclaves opérant à partir de Callao au Pérou, qui, de 1859 à 1863, organisent plusieurs raids et déportent environ 1500 insulaires pour les envoyer travailler aux îles Chincha, les principales îles à guano. Toujours selon Métraux, la société pascuane est totalement déstructurée par la capture et le massacre en 1861 des ariki (guerriers), des prêtres et du clan Miru (revendiquant descendre de Hotu Matu'a) dont faisaient partie l’ariki-nui (roi) Kaimakoi et son "prince héritier" Maurata, de sorte que la mémoire identitaire des autochtones est en grande partie perdue. Frappée par des épidémies de tuberculose et de syphilis, la population diminue encore fortement durant les années 1860 et 1870, avec pour résultat qu'après les immigrations ultérieures, en provenance essentiellement des Gambier (Rapa), de Tahiti et des Tuamotu, les pascuans d'origine ne représentaient plus que 3 % environ de la population, les autres Polynésiens étant la moitié, les Européens d'origine 45 %, et les Chinois 1 %. Les Polynésiens venus dans l'île après 1861, déjà pourvus d'anticorps contre les maladies des Européens et déjà en partie christianisés, ont été amenés par les planteurs Dutrou-Bornier, Mau et Brander comme ouvriers agricoles, entre 1864 et 1888
  3. Benny Peiser, From Genocide to Ecocide: The Rape of Rapa Nui in: « Energy & Environment » n° 16:3&4, pp. 513–539, 2005.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Jean-François Dortier, « Île de Pâques : la catastrophe a-t-elle vraiment eu lieu ? », Sciences Humaines, no 174,‎ (lire en ligne)
  • Daniel Tanuro, « Catastrophes écologiques d’hier et d’aujourd’hui : la fausse métaphore de l’île de Pâques », RISAL.info,‎ (lire en ligne)
  • (en) Palanisamy Nagarajan, « Collapse of Easter Island Lessons for Sustainability of Small Island », Journal of Developing Societies, vol. 22, no 3,‎ , p. 287-301 (DOI 10.1177/0169796X06068032, lire en ligne)

Liens externesModifier