Syllabus de Pie IX

recueil de l'autorité papale

Le Syllabus de Pie IX[n 1] est le plus célèbre des syllabus catholiques (un syllabus, du latin « sommaire », est un recueil destiné à rappeler les questions tranchées par l’autorité papale). Le Syllabus de Pie IX porte le sous-titre « complectens præciuos nostræ ætatis errores » (« renfermant les principales erreurs de notre temps ») et forme un recueil de questions exposées et tranchées par le pape Pie IX. Il est rédigé pour accompagner son encyclique Quanta Cura, et publié le .

Le titre français complet du Syllabus[Quand ?] est : Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps qui sont signalées dans les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques de Notre Très Saint-Père le pape Pie IX. Il est notamment considéré comme une condamnation de la séparation de l'Église et de l'État. Dans certaines traductions, le premier mot (Syllabus) est traduit par « Résumé » plutôt que « Recueil ».

ContexteModifier

Au moment où se pose la Question romaine (l'annexion de l’unique vestige des États pontificauxRome — au reste de l’Italie unifiée), le pape Pie IX juge opportun de dénoncer par l'encyclique Quanta cura les erreurs de l’époque. « Pour lui, la menace contre l’Église ne vient pas de telle ou telle erreur particulière mais du libéralisme, c’est-à-dire le maçonnisme », selon les termes d'Henri Delassus[1].

Montalembert dit dès 1842 : « Jamais en France et dans tout le monde catholique l’autorité du Saint-Siège n’a été plus incontestée et plus amoureusement proclamée ». Ainsi par un singulier contraste, au moment où le Pape était le plus menacé dans ses États temporels, celui-ci voyait son prestige spirituel s’élever vers son zénith[2].

ContenuModifier

 
Pie IX (1865)

Le Syllabus de Pie IX est un texte adjoint à l’encyclique et énumère une série de propositions précises exposant les erreurs condamnées par les papes sur les sujets les plus variés.

Sont ainsi énoncées et condamnées 80 propositions rassemblées en 10 sections :

  1. Panthéisme, naturalisme et rationalisme absolu
  2. Rationalisme modéré
  3. Indifférentisme, latitudinarisme
  4. Socialisme, communisme, sociétés secrètes, sociétés bibliques, sociétés clérico-libérales
  5. Erreurs relatives à l’Église et à ses droits
  6. Erreurs relatives à la société civile considérée soit en elle-même soit dans ses rapports avec l’Église
  7. Erreurs concernant la morale naturelle et chrétienne
  8. Erreurs concernant le mariage chrétien
  9. Erreurs sur le principat civil du pontife romain
  10. Erreurs qui se rapportent au libéralisme moderne

Les propositions en question sont celles qui touchent aux idées « modernes » de l’époque : du libéralisme au socialisme, en passant par le gallicanisme et le rationalisme.

Dans une partie de l'allocution papale Jamdudum cernimus reprise dans le Syllabus, le pape s'en prend à la violation de plus en plus fréquente des droits de l'Église reconnus dans les concordats et aux politiques de sécularisation[3].

ConséquencesModifier

Réactions externes à l'ÉgliseModifier

Les hommes de progrès[pas clair] crient au scandale et dénoncent une affirmation de la foi catholique qui leur semble être incompatible voire condamner le monde moderne.[2]

Réactions internes à l'ÉgliseModifier

Le ton intransigeant du Syllabus (ainsi la dernière erreur condamnée par le Syllabus : « Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ») fait qu'il devient rapidement le symbole de l'hostilité du catholicisme au monde moderne, de sorte qu'il sera exploité, lors des débats de 1905 autour de la séparation des Églises et de l'État, par les adversaires de l'Église, qui voudront montrer à quel point la religion catholique est incompatible avec la modernité et la laïcité[4].

Mgr Dupanloup répond sur le fond aux critiques qui disent que la foi catholique proposée par le Syllabus est incompatible voire condamne le monde moderne ; Dupanloup affirme que « les documents pontificaux formulent l’idéal de la société chrétienne, idéal auquel il faut tendre, mais qui n’interdit pas de s’adapter aux conditions de la vie actuelle, en y introduisant la vie chrétienne, dans la mesure où elle est capable de se l’assimiler »[2].

Les incompatibilités énoncées par le Syllabus conviennent aussi bien aux modérés qu'aux intransigeants. Les modérés, tels Charles de Montalembert et Armand de Melun, craignent que le Syllabus n'ait posé maladroitement des barrières sociales et consommé le divorce de l'Église et de la bourgeoisie, et même du peuple. Les intransigeants, tels Louis Veuillot et Albert de Mun, s'apparentant aux zelanti, pensent que le peuple est avec l'Église la grande victime de la Révolution, et que de l'alliance de ces deux forces viendra le salut de la société, dans une sorte de théocratie populaire[5].

PostéritéModifier

Le Syllabus est le document essentiel du long pontificat de Pie IX. Il n'a pas élaboré positivement une doctrine sociale catholique, mais il a posé des bornes que nul ne pourra plus franchir impunément[5].

Le renouveau de la communication vaticane (Léon XIII)Modifier

Ce mode d’expression ne sera plus utilisé par la suite. Le pape Léon XIII en particulier adopte une position plus souple que Pie IX : il conseille aux catholiques français de se rallier à la République et publie notamment l'encyclique Rerum Novarum (« Des choses nouvelles », 1891), qui expose la position de l’Église catholique en matière sociale.

Cette encyclique, qui aborde de nombreux thèmes fondamentaux, a fait l’objet de mises à jour régulières, en 1991 avec Centesimus annus (à l’occasion précisément du centenaire de Rerum Novarum), et surtout sera reprise et mise en perspective en 2004 avec la parution du Compendium de la doctrine sociale de l'Église.

BibliographieModifier

  • Paul Christophe et Roland Minnerath, Le Syllabus de Pie IX, préface de Mgr Dagens, Paris, Le Cerf, , 106 p.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. noté pour cette raison en général avec une majuscule à « syllabus »

RéférencesModifier

  1. Henri Delassus, La Conjuration antichrétienne, éd. De Brouwer et Cie, t. 2e, chap. XXVII : Inanité des efforts contre la chaire de Pierre, Paris, 1910 [lire en ligne], p. 377
  2. a b et c Histoire de l’Église, HX Arquillière, Éditions de l’école, 1941.
  3. Jean-Marie Mayeur, Luce Pietri, André Vauchez, Marc Venard, Histoire du christianisme. Libéralisme, industrialisation, expansion européenne (1830-1914), Fleurus, , p. 29.
  4. Yves Bruley, La laïcité française, lire en ligne
  5. a et b Yvon Tranvouez, Catholiques d'abord, approches du mouvement catholique en France, XIXe - XXe siècle, p. 57, lire en ligne

Voir aussiModifier

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Liens externesModifier