Stéphane Martin (haut fonctionnaire)

haut fonctionnaire culturel

Stéphane Martin, né à Neuilly-sur-Seine en 1956, est un haut fonctionnaire français, dirigeant culturel. Conseiller maître à la Cour des comptes, il a notamment exercé les fonctions de délégué général du Centre Pompidou (1989-1990), directeur adjoint du cabinet de Jacques Toubon au ministère de la Culture et de la Francophonie (1993), directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy au ministère de la Culture (1995-1997) et pendant 20 ans président de l’Établissement public du musée du quai Branly - Jacques-Chirac (1998-2019).

FormationModifier

Stéphane Martin est licencié en droit, diplômé de l’Institut d'études politiques de Paris et de l’École nationale d'administration (promotion Henri-François d’Aguesseau 1981-1982).

CarrièreModifier

À sa sortie de l'École nationale d'administration, Stéphane Martin est nommé auditeur à la Cour des comptes en 1982, promu conseiller référendaire en 1986 et nommé conseiller maître en .

Maître de conférences à l’Institut d'études politiques de Paris, à l'École nationale d'administration et à l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (1982-1985), il devient rapporteur auprès de la Cour de discipline budgétaire et financière (1985).

De 1986 à 1989, il est président de la Commission de vérification des comptes et de contrôle des établissements publics de la République du Sénégal .

À partir de 1989, son parcours est centré sur l'univers de la Culture, de la Communication et de la Recherche. Il devient successivement délégué général du Centre Pompidou (1989-1990), délégué général chargé de la production musicale (1990) et directeur adjoint de la musique à Radio France (1990-1993). En 1993, il est nommé directeur adjoint du cabinet de Jacques Toubon au ministère de la Culture et de la Francophonie, directeur de la musique, du théâtre et de la danse à ce même ministère (1993-95), puis directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy au ministère de la Culture (1995-1997).

Il dirigea également le Forum Grimaldi, un complexe culturel et de congrès situé à Monaco (1997-1998). Il a été président de l’Ensemble intercontemporain créé par Pierre Boulez en 1976, de 1997 à 2009.

Par décret du , il est nommé président de l’Établissement public du musée du quai Branly, fonction dans laquelle il a été renouvelé par les décrets en date du [1], [2] et [3]. Il quitte ce poste en pour rejoindre la Cour des Comptes[4].

En , il est commissaire de l’exposition « Fendre l’Air. Art du bambou au Japon », première exposition en Europe consacrée à l’art de la vannerie japonaise en bambou présentant près de 200 œuvres anciennes et contemporaines au musée du quai Branly-Jacques Chirac.

Stéphane Martin est membre du Conseil d'administration de l'Agence France Museum.

Musée du quai Branly – Jacques ChiracModifier

Stéphane Martin a piloté la préfiguration du musée du quai Branly dès la création de l’établissement public en 1998, et le dirige depuis son ouverture en 2006.

Dès 1997, Stéphane Martin accompagne le président Jacques Chirac dans sa réflexion autour de la création d’un musée consacré aux arts et aux civilisations extra-européens.

En 1999, il préside le jury du concours international d’architecture du futur musée. Il soumet à la décision de Jacques Chirac, qui l’approuve, le choix de Jean Nouvel. Le projet séduit en raison du décollement du bâtiment sur pilotis, de la part faite au jardin, du parcours muséographique et des différentes solutions proposées en matière de visites.

C’est aux côtés du collectionneur Jacques Kerchache et de Jacques Chirac qu’il inaugure le le département des Arts dits « premiers » au Pavillon des Sessions du musée du Louvre. Conçu par l'architecte Jean-Michel Wilmotte, il accueille une sélection de 110 chefs-d’œuvre sculpturaux d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques au cœur de l’un des plus grands musées au monde.

Dès 1995, Jacques Chirac avait exprimé son souhait de voir les arts lointains entrer au Louvre, répondant ainsi au manifeste lancé par Jacques Kerchache et publié dans Libération[5] le « pour que les chefs-d’œuvre du monde entier naissent libres et égaux ».

Le , le musée du quai Branly - Jacques-Chirac est inauguré par le Président de la République Jacques Chirac et le Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan.

Dans son discours inaugural, Jacques Chirac déclare : « Alors que le monde voit se mêler les nations, comme jamais dans l’histoire, il était nécessaire d’imaginer un lieu original qui rende justice à l’infinie diversité des cultures, un lieu qui manifeste un autre regard sur le génie des peuples et des civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. »

En 2016, à l’occasion des 10 ans du musée, Stéphane Martin explique dans un entretien accordé au Monde[6] l’ambition qui a présidé au succès de l’institution : « Avec un nombre de visiteurs stabilisés à 1,3 million d’entrées (après le 1,7 million de la première année), le quai Branly est un succès. (…). L’ambition était de créer une institution positive tournée vers le présent et potentiellement vers l’avenir, un acteur de la création et de la pensée, qui ne soit pas simplement là pour témoigner. »

DistinctionsModifier

Stéphane Martin a reçu plusieurs décorations : Officier dans l'Ordre de la légion d'honneur, Officier dans l'Ordre National du Mérite, Commandeur des Palmes académiques et des Arts et des Lettres, Commandeur de l’ordre du Lion et Grand Officier du Mérite du Sénégal, Officier de l'ordre du Mérite (Pologne).

Le , il reçoit le premier « Prix de l’amitié franco-mexicaine », créé en par la Chambre franco-mexicaine de commerce et d'industrie.

ÉcritsModifier

En 2011, Stéphane Martin est l'auteur de Musée du quai Branly : Là où dialoguent les cultures qui retrace l'histoire de la création du musée du quai Branly - Jacques-Chirac (Collection « Découvertes Gallimard », no 574, série Culture et société).

En 2018 est publié, sous la direction de Stéphane Martin, le catalogue de l’exposition Fendre l’Air. Art du bambou au Japon  (Coédition Skira / musée du quai Branly – Jacques Chirac, 304 pages).

RestitutionsModifier

Restitution des têtes MaorisModifier

Stéphane Martin restitue au musée national de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa, 7 têtes de guerriers Maoris (toi moko) conservées au musée du quai Branly - Jacques-Chirac, qui provenaient du Laboratoire d’anthropologie physique du Musée de l'Homme et étaient issues de dons effectués entre 1885 et 1999. Pour les partisans de la restitution, ces têtes étaient considérées comme des morceaux de corps humains devant être rendues au nom de la loi sur la bioéthique de 1994, position qui ne sera pas retenue par la jurisprudence. Pour la ministre de la Culture, Christine Albanel, en vertu de la loi sur les musées de France de 2002, il s'agissait, à raison, de pièces de collections publiques (en l'occurrence anthropologiques), qui à ce titre sont inaliénables à défaut d'une procédure préalable de déclassement (ou d'une loi spéciale)[7]. En réponse à cette polémique, la ministre a chargé Stéphane Martin de l'organisation d'un « colloque international »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) sur la question[8], qui s'est tenu du 22 au et qui a été suivi du vote de la loi spéciale no 2010-501 du , puis de la restitution des têtes, le , après numérisation et vérifications génétiques.

Restitution du patrimoine africainModifier

Lors de son discours prononcé à Ouagadougou[9] en , le Président de la République, Emmanuel Macron déclare vouloir « que d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ».

Dans le Figaro du , Stéphane Martin souligne qu’« on ne peut pas avoir un continent à ce point privé des témoignages de son passé et de son génie plastique. » et poursuit « Il y a une nouvelle géographie culturelle, la carte des pays participant à la mise en valeur du patrimoine de l’humanité ne cesse de s’étendre. Il faut donc imaginer un nouveau partage et une nouvelle promotion de ces biens communs, avec plus de partenariats. ».

En , lors de la déclaration conjointe d'Emmanuel Macron et de Patrice Talon, Président de la République du Bénin, Emmanuel Macron demande à Bénédicte Savoy et Felwine Sarr de faire des propositions de mise en œuvre de son engagement sur les restitutions. En parallèle il demande à Stéphane Martin de travailler avec les acteurs culturels publics du Bénin sur des prêts issus de collections françaises.

Après huit mois de consultation, le , les deux experts Bénédicte Savoy et Felwine Sarr ont remis au Président de la République le rapport qu’il avait commandé sur la restitution du patrimoine africain. Le Président de la République annonce à cette occasion la restitution de 26 œuvres réclamées par les autorités du Bénin, prises de guerre du général Dodds dans le palais de Béhanzin, conservées aujourd’hui au musée du quai Branly – Jacques Chirac. « Ces œuvres pourront être présentées au public béninois et au public international dans le cadre du projet ambitieux de musées porté par la République du Bénin » précise l’Elysée dans son communiqué[10].

Dans l’émission « C’est arrivé demain » diffusée le dimanche sur Europe 1[11], Stéphane Martin revient sur la restitution des 26 œuvres au Bénin et précise qu’il ne s’agit pas d’une « œuvre de revanche » mais d’ « une œuvre de partage ». Cette restitution, poursuit-il, s’accompagne d’un projet de musée auquel le musée du quai Branly participe et « qui donne un avenir universel aux œuvres ».

Stéphane Martin défend une position universaliste en faveur de la circulation des œuvres. Il déclare alors « Je veux qu'on parle d'art, de partage et pas que l'on ressasse éternellement un ressenti qui est tout à fait réel mais qui n'a rien à voir à mon avis avec une politique patrimoniale ».

Dans un entretien accordé au Figaro[12] du , Stéphane Martin complète sa position. Le rapport Sarr - Savoy n’est pas selon lui un « travail collectif » mais « l’œuvre de personnes engagées ». Sans être opposé aux restitutions, il préconise cependant « d’autres voies pour une coopération culturelle avec l’Afrique ».


Notes et référencesModifier

  1. Décret du 28 novembre 2003 portant nomination du président de l'Etablissement public du musée du quai Branly (lire en ligne)
  2. Décret du 24 décembre 2009 portant nomination du président de l'Etablissement public du musée du quai Branly - M. Martin (Stéphane) (lire en ligne)
  3. Décret du 22 décembre 2014 portant nomination du président de l'Etablissement public du musée du quai Branly - M. MARTIN (Stéphane) (lire en ligne)
  4. ERIC BIETRY RIVIERRE, « Stéphane Martin: «Désormais, on regarde une statuette vili comme de l’art italien» », sur Le Figaro.fr, (consulté le 2 janvier 2020)
  5. « L'esprit du lieu », sur www.quaibranly.fr (consulté le 16 novembre 2018)
  6. « Stéphane Martin : « Le Quai Branly, un musée unique au monde » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 16 novembre 2018)
  7. (en) Elaine Sciolino, French Debate: Is Maori Head Body Part or Art?, New York Times, 26 octobre 2007
  8. Christine Albanel conteste les conditions de restitution de « la tête maorie » à la Nouvelle-Zélande, communiqué du ministère de la Culture et de la communication, 22 octobre 2007
  9. Présidence de la République, « Discours du Président de la République, Emmanuel Macron, à l'université Ouaga I, professeur Joseph Ki-Zerbo, à Ouagadougou », www.elysee.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 16 novembre 2018)
  10. « Remise du rapport Savoy/Sarr sur la restitution du patrimoine africain », sur elysee.fr (consulté le 18 mars 2019)
  11. « Patrick Cohen : avec Michel Wieviorka, Stéphane Martin, Jean-Louis Fournier et José Garcia », sur Europe 1 (consulté le 18 mars 2019)
  12. « Œuvres d'art africaines: «Il y a d'autres voies que celle de la restitution» », sur FIGARO, (consulté le 18 mars 2019)

Liens externesModifier