Special Message to the Congress on Urgent National Needs

discours de John F. Kennedy

Le Special Message to the Congress on Urgent National Needs (de l'anglais, litt. « message spécial au Congrès sur les besoins nationaux urgents »), aussi appelé Moon Shot Speech (litt. « discours du programme lunaire »), est un discours du président des États-Unis, John F. Kennedy, prononcé le devant le Congrès, auquel il annonce vouloir envoyer un Américain sur la Lune avant la fin des années 1960, en lui demandant de voter les budgets nécessaires pour y parvenir.

Kennedy prononçant son discours devant le Congrès. En arrière-plan :
Extrait de ce discours :
« I believe that this nation should commit itself to achieving the goal, before this decade is out, of landing a man on the Moon and returning him safely to the Earth. »
« Je crois que cette nation devrait s'engager à atteindre l'objectif, avant la fin de cette décennie, de faire atterrir un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur Terre. »[1]

Cette déclaration, qui conclut un discours sur la guerre froide, intervient un mois et demi après que les Soviétiques ont envoyé le premier homme dans l'espace en la personne de Youri Gagarine. Ce revers pour les États-Unis dans la course à l'espace, suivi de peu par l'échec du débarquement de la baie des Cochons, a probablement convaincu Kennedy de soutenir le programme spatial auquel il était jusqu'alors plutôt réticent.

L'objectif ambitieux de poser un Américain sur la Lune dans la décennie sera confirmé par Kennedy en dans son discours We choose to go to the Moon, avant d'être finalement atteint en avec la réussite de la mission Apollo 11, au cours de laquelle Neil Armstrong et Buzz Aldrin vont marcher sur la Lune. Kennedy n'en sera toutefois pas témoin, puisqu'il sera assassiné en 1963.

ContexteModifier

TypologieModifier

Kennedy s'exprime le devant les deux chambres du Congrès, Chambre des représentants et Sénat, réunies en session conjointe.

Bien qu'un discours sur l'état de l'Union se déroule dans les mêmes conditions, et bien que Kennedy lui-même appelle le discours du le « deuxième discours sur l'état de l'Union de 1961 » (« second State of the Union message of 1961 »)[2],[3], il ne s'agit pas d'un discours sur l'état de l'Union[4].

La raison pour laquelle il ne peut pas être qualifié ainsi ne vient pas du fait que Kennedy en a déjà prononcé un quatre mois plus tôt, le , alors qu'ils sont normalement annuels. En effet, ainsi que le rappelle Kennedy lui-même au début du discours, la Constitution des États-Unis impose seulement au président d'informer le Congrès de l'état de l'Union « de temps à autre » (« from time to time ») (article 2, section III). Le caractère annuel n'est donc qu'une tradition, qui peut ne pas être suivie dans des circonstances extraordinaires[4].

Aussi, la véritable raison pour laquelle le discours du ne peut être qualifié de discours sur l'état de l'Union, tient au fait qu'il n'aborde que certains sujets, en l'occurrence liés à la guerre froide, plutôt que l'état de la Nation dans son ensemble[4].

DéroulementModifier

 
Vue d'ensemble de la session conjointe du Congrès pendant le discours.

Une session conjointe du Congrès est prévue le à 12 h 30 par une résolution concomitante (en) prise la veille à la fois par le Sénat et la Chambre des représentants, à l'initiative de cette dernière (H. Con. Res. 316)[5].

À 12 h 14[6], le Sénat interrompt sa séance et quitte son hémicycle de l'aile Nord du Capitole de Washington pour rejoindre l'aile Sud où siège la Chambre des représentants. Celle-ci achève sa pause à 12 h 20[7].

Une fois les sénateurs ayant installés dans l'hémicycle auprès de leurs collègues représentants, le président de la Chambre des représentants, Sam Rayburn, et le président du Sénat, Lyndon B. Johnson, désignent les membres de leurs chambres respectives qui vont escorter le président Kennedy lors de son entrée dans l'hémicycle[7] :

Les diplomates étrangers entrent ensuite dans l'hémicycle, puis le cabinet du président, et enfin Kennedy à 12 h 31[7].

Le président de la Chambre des représentants introduit Kennedy, qui prend alors la parole. Il lit son discours sur 81 pages imprimées, à une époque où les prompteurs sont peu répandus[8]. Son discours dure 45[9], 46[8],[10] ou 47 minutes[11].

À 13 h 22, Kennedy se retire, accompagné des membres du Congrès qui l'ont escorté à son arrivée. Il est suivi par son cabinet, puis par les diplomates étrangers. La session conjointe se termine à 13 h 24, et le Sénat regagne son hémicycle[12] pour reprendre sa séance à 13 h 30[13]. La Chambre des représentants reste quant à elle en pause jusqu'à 14 h 30[12].

Le discours est retransmis à la télévision[14], notamment sur CBS[15].

ContenuModifier

Le discours, qui compte près de 6 000 mots[8],[10], est divisé en dix parties :

  • I.
  • II. Economic and Social Progress at Home [Progrès économique et social aux États-Unis]
  • III. Economic and Social Progress Abroad [Progrès économique et social à l'étranger]
  • IV.
  • V. Our Partnership for Self-Defense [Notre partenariat pour l'auto-défense]
  • VI. Our Own Military and Intelligence Shield [Notre propre bouclier militaire et de renseignement]
  • VII. Civil Defense [Défense civile]
  • VIII. Disarmament [Désarmement]
  • IX. Space [Espace]
  • X. Conclusion

Dans la partie I, un passage du texte tel qu'il a été signé et transmis au Congrès n'a pas été prononcé[16].

Le principal rédacteur de ce discours est Ted Sorensen, proche conseiller du président ; Kennedy a tout de même participé à l'écriture, comme le montrent ses corrections au stylo sur les pages imprimées du discours[8].

Le discours fixe la date limite pour l'alunissage « before this decade is out » (« avant la fin de cette décennie »), de manière volontairement évasive afin de se laisser une marge de manœuvre. Ce choix est celui de Kennedy, comme l'indique Sorensen dans sa biographie du président : « il était réticent à promettre une année en particulier, et s'est référé à “cette décennie” comme une date limite qu'il pourrait par la suite interpréter comme 1969 ou 1970 »[17].

AccueilModifier

Le discours a provoqué des applaudissements du Congrès à dix-huit reprises[11],[18].

Bien qu'un auteur décrive une assemblée « déchaînée » lorsque Kennedy a évoqué la conquête lunaire[19], la réaction semble en réalité avoir été plus mitigée[20].

En effet, d'autres auteurs n'y voient que des « applaudissements habituels »[21],[22], voire un accueil « froid »[23]. Kennedy lui-même a qualifié, attristé, le Congrès de « moins qu'enthousiaste », lors d'une conversation avec son conseiller Ted Sorensen dans la voiture qui les ramenait à la Maison-Blanche après le discours[21],[11].

Un auteur fait la synthèse de ces deux interprétations en rappelant que cette réaction pouvant paraître froide a été analysée à l'époque comme un « consentement muet »[24], et souligne que « la majorité des parlementaires n'étaient pas apathiques ni hostiles », mais qu'« au contraire la plupart d'entre eux étaient si lassés de ce qu'ils voyaient comme une torpeur présidentielle, qu'ils avaient une réaction très positive, viscérale, vis-à-vis de son appel à l'action »[25].

Les deux chambres de la 87e législature du Congrès (en) assistant au discours sont à majorité démocrate, le même parti que le président Kennedy. Aussi, quelques parlementaires Républicains de l'opposition ont vu dans les propositions présidentielles des dépenses imprudentes, en particulier Leslie C. Arends (en), représentant de l'Illinois et whip de l'opposition, qui a qualifié le discours d'« extraordinaire occasion pour le Congrès de se réunir en session conjointe pour avoir l'expérience extraordinaire d'écouter le président Kennedy ne rien dire d'extraordinaire »[26]. Mais de nombreux autres Républicains, s'ils sont restés silencieux au début du discours, ont accueilli la suite de manière de plus en plus chaleureuse[27].

Avec le recul, ce discours n'est généralement pas considéré comme l'un des meilleurs de Kennedy, parmi lesquels on place plutôt son discours inaugral ou un autre discours sur la conquête lunaire, We choose to go to the Moon en 1962, considéré comme plus riche, plus inspirant, plus éloquent[8].

PostéritéModifier

En 1969, un extrait de ce discours est inscrit sur le disque en silicium déposé à la surface de la Lune par Apollo 11[28] :

« We go into space because whatever mankind must undertake, free men must fully share. [...] I believe that this Nation should commit itself to achieving the goal before this decade is out, of landing a man on the moon and returning him safely to the earth. No single space project in this period will be more exciting, or more impressive to mankind, or more important for the long-range exploration of space; and none will be so difficult or expensive to accomplish »

Le , pour le 50e anniversaire de ce discours, plusieurs événements ont lieu :

RéférencesModifier

  1. Frank Lehot et Jean-François Clervoy, Histoire de la conquête spatiale, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, , 223 p. (ISBN 978-2-8073-1510-5), p. 24 [lire en ligne].
  2. (en) Joseph M. Siracusa, Encyclopedia of the Kennedys : The People and Events That Shaped America, vol. 3 : S-Z, Santa Barbara, ABC-CLIO, , 1103 p. (ISBN 978-1-59884-538-9), p. 964 [lire en ligne].
  3. Burrows 1998, p. 329.
  4. a b et c (en) Deborah Kalb (dir.), Gerhard Peters (dir.) et John T. Woolley (dir.), State of the Union : Presidential Rhetoric from Woodrow Wilson to George W. Bush, Washington, D.C., CQ Press, , 1185 p. (ISBN 978-0-87289-433-4), p. 9.
  5. (en) United States Statutes at Large, vol. 75, Washington, USGPO, , « Concurrent Resolutions, First Session, Eighty-Seventh Congress - May 24, 1961 [H. Con. Res. 316]: Joint Meeting », p. 961 [lire en ligne] [lire en ligne].
  6. Journal of the Senate 1961, p. 405.
  7. a b et c Congressional Record 1961, p. 8877.
  8. a b c d et e (en) Samantha Bresnahan, « Sixty years ago, this JFK speech launched America's race to the moon », CNN, .
  9. (en) Frank Holeman, « President John F. Kennedy announces he wants to put a man on the moon », New York Daily News,‎ (lire en ligne).
  10. a et b (en) Stacy Liberatore, « 60th anniversary of JFK's 1961 speech to land Americans on the moon is in the spotlight as NASA gets set to return to the lunar surface in 2024 », Daily Mail, .
  11. a b et c Burrows 1998, p. 331.
  12. a et b Congressional Record 1961, p. 8882.
  13. Journal of the Senate 1961, p. 411.
  14. Reeves 1993, p. 135.
  15. (en) « Excerpt from an Address Before a Joint Session of Congress, 25 May 1961 », Historic Speeches, sur jfklibrary.org, John F. Kennedy Presidential Library and Museum.
  16. Public Papers 1962, p. 397.
  17. (en) Ted Sorensen, Kennedy, New York, Harper & Row, , p. 525–526 : « He was unwilling to promise a specific year, and referred to 'this decade' as a deadline he could later interpret as either 1969 or 1970. », cité par (en) John W. Jordan, « Kennedy's Romantic Moon and Its Rhetorical Legacy for Space Exploration », Rhetoric and Public Affairs, vol. 6, no 2,‎ , p. 209–231 (DOI 10.1353/rap.2003.0047, JSTOR 41940312), p. 218 et note 46, p. 230.
  18. Congressional Record 1961 compte 18 incises « [Applause] ».
  19. Reeves 1993, p. 138 : « An American on the moon! The place went wild. »
  20. Jordan 2003, p. 214 et note 35, p. 229.
  21. a et b Sorensen 1965, p. 526 : « The routine applause with which the Congress greeted this pledge struck [Kennedy], he told me in the car going back to the White House, as something less than enthusiastic. Twenty billion dollars was a lot of money. The legislators knew a lot of better ways to spend it. ».
  22. (en) Vito N. Silvestri, Becoming JFK : A Profile in Communication, Westport (Connecticut), Praeger, , 323 p. (ISBN 0-275-96762-X), p. 192 : « routine applause ».
  23. (en) Hugh Brogan (en), Kennedy, Londres et New York, Longman, coll. « Profiles in power », , 249 p. (ISBN 0-582-02888-4), p. 116 : « The response of the Congress, listening to him in joint session, was cool »
  24. (en) Hugo Young (en), Bryan Silcock et Peter M. Dunn, Journey to Tranquility : The History of Man's Assault on the Moon, Londres, Jonathan Cape, , 352 p., p. 116, rééd. Garden City (New York), Doubleday, 1970, 302 p., p. 92, repris dans « Why We Went to the Moon : From the Bay of Pigs to the Sea of Tranquility », Washington Monthly (en), vol. 2, no 2,‎ , p. 28–58 (38) : « there was the silence of dumb accord », cité par Burrows 1998, p. 332, et p. 661 pour la note, malgré l'absence d'appel de note dans le corps du texte.
  25. Burrows 1998, p. 331–332 : « the majority of the lawmakers were neither apatheric nor hostile. To the contrary, most of them were so weary of what they saw as years of presidential torpor that they had a very positive, visceral reaction to his call for action. »
  26. Burrows 1998, p. 332 : « an extraordinary occasion for the Congress to meet in joint session to have the extraordinary experience of hearing President Kennedy say nothing extraordinary ».
  27. Burrows 1998, p. 332.
  28. (en) « Apollo 11 Goodwill Messages », communiqué de presse no 69-83F, sur history.nasa.gov, NASA, .
  29. (en) Maison-Blanche, « Remarks by Vice President Biden Marking the 50th Anniversary of President Kennedy’s “Moon Shot” Speech, As Prepared For Delivery », sur obamawhitehouse.archives.gov, National Archives and Records Administration, .
  30. (en) Tracy Jan, « Recalling JFK’s ’61 challenge, Biden urges US to think big », sur boston.com, The Boston Globe, .
  31. (en) Guttman Associates, « Astronaut Buzz Aldrin Calls for Continuing JFK Vision on 50th Anniversary of "Moon" Speech », communiqué de presse, sur Spaceref.com, .
  32. (en) Katherine Trinidad, « NASA Honors Human Spaceflight Achievements At Kennedy Center Concert », communiqué de presse no M11-098, et « This Week @ NASA, June 1, 2011 », NASA Podcasts, sur nasa.gov, NASA, .
  33. (en) « JFK Library releases Recording of President Kennedy Discussing Race to the Moon », communiqué de presse, et « Meetings: Tape 111. Lunar Program (James Webb), 18 September 1963 », JFKPOF-MTG-111-004, sur jfklibrary.org, John F. Kennedy Presidential Library and Museum.
  34. (en) James Warren, « JFK Worried Moon Mission Was a 'Stunt,' New Tapes Show », The Atlantic, .
  35. (en) « 'Space has lost its glamour': New tapes reveal how JFK fretted over selling Apollo moon mission to U.S. public », Daily Mail, .

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Transcriptions officielles par le United States Government Printing Office (USGPO) :

  • Dans des compilations :
    • (en) John F. Kennedy : Containing the Public Messages, Speeches, and Statements of the President, January 20 to December 31, 1961, Washington, USGPO, coll. « Public Papers of the Presidents of the United States (en) », , chap. 205 (« Special Message to the Congress on Urgent National Needs. May 25, 1961 »), p. 396–406 [lire en ligne].
    • (en) Congressional Record, vol. 107-7 : May 18, 1961 to June 7, 1961, Washington, USGPO, , « House of Representatives - Thursday, May 25, 1961: Joint Session of the House and Senate Pursuant to the Provisions of House Concurrent Resolution 316 to Hear an Address by the President of the United States », p. 8877–8882 [lire en ligne].
    • (en) Journal of the Senate of the United States of America : First Session of the Eighty-Seventh Congress, Washington, USGPO, , « Thursday, May 25, 1961: Joint Session of the Two Houses », p. 405–410 [lire en ligne].
  • En monographie :
    • (en) Urgent National Needs : A Special Message to Congress by President Kennedy, May 25, 1961, Washington, USGPO, Department of State (Publication no 7204), Bureau of Public Affairs (en), Office of Public Services, coll. « General Foreign Policy Series » (no 168), , 37 p. (OCLC 25667920, LCCN SD 61000013, lire en ligne).
    • (en) Urgent national needs, address of the President of the United States delivered before a joint session of the Senate and the House of Representatives relative to urgent national needs, Washington, USGPO, coll. « House Document, 87th Congress, 1st Session » (no 174), 14 p. (OCLC 25679430, LCCN 61061538, lire en ligne).

Sources secondaires :

Articles connexesModifier

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Liens externesModifier