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Sophrone de Jérusalem

Sophrone de Jérusalem
Image illustrative de l’article Sophrone de Jérusalem
moine, théologien et Patriarche de Jérusalem
Naissance 550 ou 560
Damas
Décès  
Jérusalem
Vénéré par Église catholique, Église orthodoxe
Fête

Sophrone de Jérusalem (ou en grec Σωφρόνιος / Sophronios), dit Sophrone le Sophiste, est né à Damas vers 550 et était le patriarche de Jérusalem de 634 jusqu'à sa mort le à Jérusalem (ou 639 à Alexandrie, les historiens sont partagés). Avant d'être consacré patriarche, il était un moine et un théologien, ardent défenseur de l'orthodoxie telle qu'elle avait été définie au concile de Chalcédoine lors de la controverse dogmatique sur la nature essentielle de Jésus et de ses actes délibérés. Peu de temps avant sa mort, il avait obtenu du calife Omar qu'il rentre dans la cité sainte en pèlerin et non en conquérant.

Sophrone a laissé de nombreux textes liturgiques, des homélies des textes théologiques, hagiographiques et poétiques.

Il est fêté le 11 mars chez les catholiques[1] comme chez les orthodoxes[2].

BiographieModifier

Doué de talents poétiques, Sophrone fait de brillantes études et devient sophiste (professeur de rhétorique). Il accomplit le pèlerinage en Terre sainte dans le but de vénérer les Lieux saints et de s'entretenir avec des ascètes vivant dans les monastères et dans les déserts. Il se rend en Judée dans le monastère de saint Théodose où il rencontre son père spirituel et aîné Jean Moschus, un moine syrien comme lui, qui lui dédicace le Pré spirituel (en grec : Leimõn ho Leimõnon). Ils s'opposent à la doctrine du monothélisme défendue par l’empereur Héraclius, et prennent le parti des apôtres de Chalcédoine. Sophrone écrit une anthologie des écrits des Pères du Désert, aujourd'hui disparue.

En 578, les deux hommes se rendent à Alexandrie pour y compléter leur formation philosophique et pour y rencontrer de saints ascètes. Ils visitent de nombreux monastères, et, entre 578 et 584, arrivent en Égypte. Sophrone devient le disciple d'Étienne d'Alexandrie et l’ami de Théodore le Philosophe. Sophrone, alors touché par une maladie des yeux, est guéri par l'intercession des saints anargyres, Cyr et Jean (fêtés le 31 janvier).

Un des pieux vieillards rencontrés en Égypte leur dit un jour : « Fuyez, mes enfants, parce que le temps approche ! Habitez dans une cellule, où vous voudrez, vivez dans la sobriété et dans l’hésychia, en priant sans cesse ; et j'ai l'espoir que Dieu vous enverra sa connaissance pour illuminer vos esprits… » Sophrone décide alors de renoncer au monde, il rentre et prend l'habit monastique au monastère de saint Théodose. Au même moment, Jean Moschus visite les monastères du Sinaï, de Cilicie et de Syrie.

Plus tard, accompagné de son ami chroniqueur, Sophrone voyage à travers l’Asie Mineure, l’Égypte et l’Afrique du Nord, cherchant à convertir les différentes communautés monophysites qui y vivent. Il se rend également en pèlerinage à Rome en 620, où son compagnon Moschus meurt. À cette époque, Sophrone craignant que le pape Honorius ne soit tenté de prendre une position neutre et dangereuse pour la doctrine catholique, il lui envoie Étienne de Dora. Au même moment, en 634, il succède à Modeste en qualité de nouveau patriarche de Jérusalem, quelques années après les destructions et les massacres perpétrés par les Perses.

Il est immédiatement confronté à l'occupation progressive de la Palestine par les combattants venus d'Arabie. Dans la Lettre synodale envoyée en 634 (?) à Rome et Constantinople, Sophrone évoque « les Saracènes (...) qui se livrent à un pillage total avec cruauté et sauvagerie[3]... ». Dans son sermon de Noël 634, il parle d'Agarènes, de Saracènes, d'Ismaëlites qui sèment la terreur et l'empêchent de se rendre à Bethléem[4]. Dans son sermon de la Théophanie (635?), il s'interroge : "Pourquoi tant de destructions et de pillage ?[5]. Témoin de la prise de Jérusalem par les troupes du calife Omar en 637, il tient un rôle important dans l’établissement du traité de paix avec les vainqueurs notamment en négociant un statut de dhimmi pour les populations chrétiennes. Il réussit aussi à réduire le nombre de familles juives autorisées par le calife Omar à revenir vivre à Jérusalem et dont elles étaient absentes depuis 135. Il serait mort de douleur, à Jérusalem en 638, lorsque, poussés par les Juifs, les Musulmans ont abattu la croix dressée sur le Mont des Oliviers, pour bâtir leur mosquée, en prononçant les paroles du prophète Daniel : « L’abomination et la désolation ont envahi le lieu saint »[6].

Selon une autre version, chassé de Jérusalem, il serait mort à Alexandrie.

ŒuvresModifier

Sophrone a laissé de nombreux textes liturgiques, des homélies, des textes théologiques, hagiographiques (notamment la vie de sainte Marie l'Égyptienne[7]) et poétiques. Dans les Poèmes anacréontiques[8], notamment les no 19 et 20, il traduit les sentiments que lui inspire Jérusalem lors de l’un de ses nombreux périples. À travers ses poésies, on peut suivre en filigrane les circuits des lieux les plus sacrés de Jérusalem à la fin du VIe siècle, âge d’or de la chrétienté en Terre sainte.

Son œuvre est surtout hagiographique et hommélitique. Elle compte 23 Odes anacréontiques sur des fêtes liturgiques ; 5 Épigrammes (dont certaines sont mises en doute) ; des textes liturgiques, comme la bénédiction de l'eau lors de la fête de l'Épiphanie ; un Enkomion ou Éloge des saints Kyros et Jean et une biographie de son ami Eleemon.

PrièresModifier

Tropaire des Heures du Vendredi saint :

  • « Ô mon peuple, que t'ai-je fait ou en quoi t'ai-je contristé ? J'ai rendu la lumière aux aveugles, j'ai purifié les lépreux, j'ai relevé l'homme qui était sur sa couche. Ô mon peuple, en quoi t'ai-je attristé et que m'as-tu accordé en retour ? Pour la manne, tu m’as donné du fiel, pour l'eau, du vinaigre. Pour mon amour, tu m'as cloué à la Croix ».

Prière à saint-Michel archange « Ô Saint Michel, Prince trois fois Saint de la milice sacrée » :

  • « Ô Saint Michel, Prince trois fois Saint de la milice sacrée, chargé par Dieu d'organiser et conduire les phalanges angéliques, très digne de tout culte, de toute louange et de tout éloge : éclairez mes sens intérieurs, fortifiez mon pauvre cœur agité par les tempêtes de cette vie, élevez vers les hauteurs de la céleste Sagesse mon esprit, incliné vers les choses de la terre ; affermissez mes pas chancelants et ne permettez pas que j'abandonne le sentier qui conduit aux Cieux ; guérissez les plaies de mon âme ; faites disparaître la trace de toutes les souffrances qu'engendrent en moi mes misères et mes malheurs. Ainsi soit-il. »

Notes et référencesModifier

  1. Saint Sophrone de Jérusalem sur Nominis
  2. Saints pour le 11 mars du calendrier ecclésiastique orthodoxe
  3. A.-L. De Prémare, op. cit., p. 153-154
  4. A.-L. De Prémare, op. cit., p. 409-410.
  5. A.-L. De Prémare, op. cit., p. 155.
  6. http://prieres-catholiques-traditionnelles.over-blog.com/tag/vies%20des%20saints/
  7. « Saint Jean Damascene cite un long extrait de la vie de sainte Marie l'Égyptienne dans un discours sur les Images, sans indiquer l'auteur. On l'attribue généralement de nos jours à saint Sophrone », dans Frédéric Delmas, « Remarques sur la vie de Sainte Marie l’Égyptienne », in Revue des études byzantines, 1900, 4-1 pp. 35-42.
  8. (es) Arfuch, Diego E., « Los poemas anacreónticos para la anunciación y la natividad de San Sofronio de Jerusalén : aspectos literarios y teológicos », Studia monastica, vol. 56, no 2,‎ , p. 221-255. (ISSN 0039-3258)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • (la) Clavis Patrum Græcorum 7635-7681.
  • (en) Cameron, Alan, "The Epigrams of Sophronius" (in) The Classical Quaterly, vo. 33. no. 1, 1983, pp. 284-292.
  • (de) Donner, Herbert, "Die anakreontischen Gedichte Nr. 19 und Nr. 20 des Patriarchen Sophronios von Jerusalem". Sitzungsberichte der Heidelberger Akademie der Wissenschaften, Philosophisch-historische Klasse, Heidelberg, 1981. (ISBN 978-3-533-03093-5).
  • Schönborn, Christoph, Sophrone de Jérusalem, Vie monastique et confession dogmatique, Paris, Beauchesne, 1972.
  • Alfred-Louis de Prémare, Les Fondations de l’islam. Entre écriture et histoire, Le Seuil, 2002, pp. 153-155, 409-411.
  • (es) Arfuch, Diego E., "Confesar a Cristo, San Sofronio patriarca de Jerusalén y el debate monoenergista en la Epístola Sinodal", dans "Estudios trinitarios", 2014, vol. 48, n. 1.2, p. 161-233; 2a pars , 48, n 3, p. 479-548.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier