Sophie Pétronin

travailleuse humanitaire française
Sophie Pétronin
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Sébastien Chadaud-Pétronin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Islam

Sophie Pétronin dite Mariam à la suite de sa conversion à l'islam, née à Bordeaux le [1], est une travailleuse humanitaire franco-suisse[2]. Elle est la fondatrice de l'ONG Association d'aide à Gao, qui œuvre dans le domaine de l'aide à l'enfance dans le nord du Mali[3].

Le , elle est enlevée à Gao par un groupe de djihadistes associé à Al-Qaïda. Après près de quatre ans de captivité, elle est libérée le  ; elle était alors la dernière otage française dans le monde.

Dans un livre enquête, Il suffit d'un espoir paru le [4], ses conditions de détention sont détaillées. L'auteur, le journaliste Anthony Fouchard[5], revient également sur les coulisses de cette affaire d'otage inédite.

En 2021, malgré la pression des autorités françaises pour qu'elle n'obtienne pas de visa, elle retourne volontairement au Mali et de manière irrégulière en passant par le Sénégal. Ce comportement provoque de vives critiques des medias et des élus, après avoir été kidnappée puis délivrée par les autorités françaises. Elle fait désormais l'objet d'un avis de recherche au Mali.

Biographie modifier

 
Enfants à Gao

Sophie Pétronin est originaire de Bordeaux[6]. Laborantine de formation, elle entreprend une formation médicale et se spécialise dans les questions de malnutrition et en médecine tropicale[7].

Elle découvre Gao en 1996 avant de s’y installer définitivement en 2001[8]. Elle dirige depuis 2004 dans cette ville une organisation non gouvernementale venant en aide aux enfants souffrant de malnutrition[6].

Première tentative d'enlèvement en 2012 modifier

En 2012, des rebelles du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) profitent du coup d'État contre le président Amadou Toumani Touré pour s'attaquer à des villes stratégiques du Mali, dont Gao - où réside encore Sophie Pétronin. Réfugiée au consulat d'Algérie, elle parvient à s’enfuir par une porte de derrière alors que les diplomates algériens sont eux-mêmes capturés par les rebelles touaregs. Elle parvient ensuite à s'exfiltrer du pays par le désert grâce à l'aide d'une famille locale qui lui procure déguisement et logistique. Elle racontera cette expérience en détail dans la presse française[9].

Cet épisode ne la décourage nullement, même s'il a eu valeur d'avertissement : « Le risque d’attentat et d’enlèvement visant les Occidentaux est toujours très élevé dans tout le Mali. Nous devons redoubler de prudence », écrit-elle dans un rapport à AAG (Association d'Aide à Gao). C'est donc en pleine connaissance de cause qu'elle retourne au Mali dès l'année suivante pour poursuivre la mission dans laquelle elle se sent profondément investie.

Son enlèvement en 2016 modifier

 
Vue aérienne de Gao et du pont de Wabaria, théâtre en 2013 de combats entre les forces spéciales françaises et le MUJAO au cours de la deuxième bataille de Gao de la guerre du Mali.

Le , Sophie Pétronin est enlevée à Gao. Une enquête est ouverte par le parquet de Paris et confiée à la Direction générale de la Sécurité intérieure[2].

Ce n'est qu'en que des premières nouvelles apparaissent lorsqu'une association djihadiste du Sahel diffuse une vidéo où elle apparaît avec cinq autres personnes enlevées entre 2011 et 2017 au Mali mais également au Burkina Faso. Sa détention est revendiquée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM)[10], association salafiste liée à Al-Qaïda[11]. Les autres personnes détenues en otage sont de diverses nationalités : Arthur Kenneth Elliott (Australie), Stephen McGown (Afrique du Sud), Iulian Ghergut (Roumanie), la missionnaire Béatrice Stockly (Suisse) et la religieuse Gloria Cecilia Narváez Argoti (Colombie)[12].

Après la diffusion d'une seconde vidéo en , dans laquelle elle ne s'exprime pas[13], Sophie Pétronin apparaît dans un nouvel enregistrement vidéo diffusé début où elle s'adresse directement à son fils, mais également au gouvernement et au président français[14],[15],[16].

Une nouvelle vidéo est adressée à la famille en . Sophie Pétronin n’apparaît pas directement sur cette vidéo mais est visible en photo. Son fils se dit alors très préoccupé par son état de santé[17].

En , Sébastien Chadaud-Pétronin, le fils de Sophie Pétronin, fait le déplacement au Mali pour tenter de précipiter la libération de sa mère. Il appelle Emmanuel Macron à « clarifier sa position ». M. Chadaud-Pétronin se montre très inquiet : « M. Macron a le droit de sacrifier l'otage, en sa qualité de chef des armées, mais le sacrifice est la résultante d'un refus de négociation. Donc il a aussi un devoir de transparence, et je crois que dans la situation d'urgence, où on a tous peur qu'elle soit en train de mourir, s'il y a refus de négociation, je pense qu'il est temps maintenant de l'acter. » Il réitère sa volonté de rester le plus longtemps possible sur place, jusqu'à obtenir une évolution dans la situation de sa mère[18].

Le , Emmanuel Macron répond aux accusations de M. Chadaud-Pétronin : « L’État continue d'agir sans relâche pour retrouver notre compatriote. Une telle démarche pour réussir exige le professionnalisme et la discrétion. »[19]. Le fils de Sophie Pétronin est soutenu dans son combat par Ingrid Betancourt, retenue pendant six ans en otage en Colombie entre 2002 et 2008. Elle était à ses côtés à Paris lors du point presse qu'il a donné le lorsqu'elle a rappelé le rôle indispensable joué par l'ex-président de la République Nicolas Sarkozy lorsqu'elle était gardée en captivité par les FARC : « J'ai su plus tard qu'il appelait tous les jours [en Colombie] pour faire pression. » Sébastien Chadaud-Pétronin estime que M. Macron lui a manifesté « le même mépris que celui qu'il a affiché face aux Gilets jaunes »[20]. Il a regretté que le ministère des Affaires étrangères n'ait pas donné suite à la proposition des ravisseurs de libérer sa mère en [21]. Au cours de ce même point presse, il a révélé que, selon des informations qu'il avait eues, sa mère allait « un peu mieux », tout en reconnaissant ne pas être certain de la fiabilité de ces révélations[22].

Le , Sébastien Chadaud-Pétronin indique à RTL au sujet de sa mère que les ravisseurs « ne veulent pas la garder » en raison de son état de santé qui se détériore et qu'Emmanuel Macron est « le seul à avoir le pouvoir de vie et de mort sur ma mère[23] ». Le Ministère des Affaires étrangères souhaite davantage de « discrétion et de professionnalisme » pour mener à bien cette négociation. Jean-Pierre Pétronin, époux de l'otage, a concédé que son fils « n'était pas compétent » pour mener seul les négociations. « Pour aller plus loin, peut-être qu'il faut s'en remettre au gouvernement mais il faut vraiment que ça se fasse très, très rapidement », ajoute-t-il[24].

Le , lors de l'hommage national rendu aux deux soldats tués pour la libération de deux otages français au combat de Gorom-Gorom, le président de la République déclare : « Je pense à Sophie Pétronin aux mains de ses ravisseurs. Nous ne l'oublions pas » et assure que « jamais notre nation n'abandonne ses enfants ». Sébastien Chadaud-Pétronin l'en « remercie sincèrement » et appelle à nouveau à agir pour la libération de sa mère[25]. Le , la famille annonce que le gouvernement lui a transmis une preuve de vie récente de l'otage[26]. Pendant près de 4 ans, le fils de Sophie Pétronin n'a pas cessé de chercher sa mère, en multipliant les déplacements au Sahel. Selon le journaliste Anthony Fouchard, les démarches du fils de l'otage ont été en grande partie financées par l'État Français[27].

Libération modifier

Après avoir été détenue pendant près de quatre ans, Sophie Pétronin est libérée le avec trois autres otages : deux Italiens et surtout l'ancien ministre malien Soumaïla Cissé, trois fois candidat à la présidentielle[28],[29],[30],[16],[31]. Selon des experts, « la France a profité des négociations autour de la libération de Soumaïla Cissé pour organiser celle de Sophie Pétronin » qui n'a « jamais été au centre de la négociation »[32],[33]. Sa remise en liberté coïncide avec celle de plus d'une centaine voire deux cents prisonniers[32],[11],[34],[31] dont l'identité et le profil demeurent inconnus, bien qu'ils soient présentés comme étant des djihadistes condamnés ou présumés par des responsables maliens s’exprimant sous le couvert de l’anonymat[16],[35] et pour la plupart, des « combattants de base » et des chefs précédemment capturés par les soldats français, selon le reporter Didier François[32],[34].

Elle est arrivée sur le tarmac de l'aéroport de Villacoublay le , avant de rejoindre la Suisse où réside son fils[36].

Avant son enlèvement, Sophie Pétronin vivait à Gao, au Mali, où elle dirigeait depuis des années une organisation d’aide à l’enfance. Elle a déclaré lors de sa remise en liberté, le jeudi  : « Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous »[37]. Elle a présenté une vision dédramatisée de ses conditions de détention et déclaré vouloir retourner au Mali[38],[31],[39]. Elle est critiquée lors de son retour en France[40].

Retour au Mali modifier

En 2021, elle retourne au Mali de manière irrégulière en passant par le Sénégal, contournant ainsi la pression des autorités françaises pour qu'elle n'obtienne pas de visa. Elle vit sept mois à Bamako avant de faire l'objet d'un avis de recherche au Mali[41]. De fausses informations circulent dans la presse, certaines attestant que Sophie Pétronin était de nouveau portée disparue[42]. Régulièrement en contact avec Sophie Pétronin, le journaliste Anthony Fouchard affirme le contraire dans plusieurs interviews[43]. Dans les jours qui suivent ces révélations, ils détaillent les conditions de retour de Sophie Pétronin auprès de sa fille adoptive[44]. Ce retour au Mali provoque de vives critiques politiques[45],[46],[47].

Références modifier

  1. « Sophie Pétronin, de longues années au service des enfants du Mali », sur LExpress.fr, (consulté le )
  2. a et b « Une humanitaire franco-suisse enlevée au Mali », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  3. « AAG Association d'AideàGao », sur aide-gao.org (consulté le )
  4. « Il suffit d'un espoir », sur les arènes (consulté le )
  5. « Anthony Fouchard, pour son enquête sur la libération de Sophie Pétronin », sur www.franceinter.fr (consulté le )
  6. a et b « Mali : qui est Sophie Pétronin l'humanitaire française enlevée à Gao ? », sur lexpress.fr, (consulté le ).
  7. Pierre Bouvier, « Qui est Sophie Pétronin, l’otage française au Mali ? », sur lemonde.fr, (consulté le ).
  8. Tanguy Hamon, « Qui est Sophie Pétronin, l'humanitaire française enlevée par Al-Qaïda au Mali ? », sur lci.fr, (consulté le ).
  9. « ARDECHE / MALI. Sophie Pétronin, miraculée de Gao », sur ledauphine.com, (consulté le ).
  10. Jnim [Jama'at nusrat al-islam wal-muslimin] ou Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, GSIM.
  11. a et b « Libération de Sophie Pétronin : "100 jihadistes remis dans la nature, un prix très cher", estime un spécialiste de la sécurité au Sahel », sur Franceinfo, (consulté le )
  12. « Al-Qaïda au Mali publie une vidéo de six otages, dont la Française Sophie Pétronin », sur lexpress.fr,
  13. « Mali : une nouvelle vidéo de Sophie Pétronin, otage française », sur L'Express,
  14. « L'otage française Sophie Pétronin dans une nouvelle vidéo d'un groupe djihadiste », sur 7sur7, (consulté le )
  15. « L'otage française Sophie Pétronin dans une vidéo », sur L'Express, (consulté le )
  16. a b et c « L’ex-otage française Sophie Pétronin est à bord de l’avion pour la France », sur Le Monde,
  17. « Sophie Pétronin : le fils de l’otage au Mali se dit très préoccupé pour la vie de sa mère », sur 20 minutes.fr, (consulté le )
  18. « Le fils de Sophie Pétronin otage au Mali "ma mère est en train de mourir, et nous l'abandonnons" », France Inter,‎ (lire en ligne, consulté le )
  19. « Emmanuel Macron répond au cri d'alarme du fils de Sophie Pétronin, otage au Mali », sur FIGARO, (consulté le )
  20. « Macron accusé d'avoir abandonné à son sort l'otage française Sophie Pétronin », sur Libération.fr, (consulté le )
  21. « Le fils de l’otage française Sophie Pétronin devant la presse - RFI », sur RFI Afrique (consulté le )
  22. « Mali : le fils de l’otage Sophie Pétronin en appelle à Emmanuel Macron », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  23. « "Macron a un pouvoir de vie ou de mort" sur Sophie Pétronin, lance son fils », sur RTL.fr, (consulté le )
  24. « Le fils de Sophie Pétronin implore Macron "qui a un pouvoir de vie ou de mort sur ma mère" », sur L'Obs, (consulté le )
  25. « "On a le sentiment qu'il y a une volonté de Paris de ne pas laisser cette affaire dans l'état où elle est", explique le fils de Sophie Pétronin », sur francetvinfo, (consulté le )
  26. Franck Mathevon, « Sophie Pétronin est toujours en vie, révèle le fils de l'otage française enlevée au Mali », sur francetvinfo.fr, Franceinfo, (consulté le ).
  27. « Le fils de Sophie Pétronin a eu "un rôle d'intermédiaire", soutenu par la France, "matériellement et financièrement", explique un journaliste », sur Franceinfo, (consulté le )
  28. « Mali : l'otage française Sophie Pétronin libérée après près de quatre ans de captivité », sur ladepeche.fr, (consulté le )
  29. « Libération de Sophie Pétronin: les retrouvailles émouvantes avec son fils à son arrivée à Bamako », sur BFMTV, (consulté le )
  30. « VIDEOS. "Je vais très bien !" : les premiers mots de Sophie Pétronin après sa libération au Mali », sur Franceinfo, (consulté le )
  31. a b et c « Ce que l'on sait de la libération de Sophie Pétronin », sur ladepeche.fr, (consulté le )
  32. a b et c Romain David, « Sophie Pétronin : la libération de djihadistes "change singulièrement la donne" au Mali », sur Europe 1, (consulté le )
  33. « Pourquoi l’otage française Sophie Pétronin est-elle libérée maintenant ? », sur www.20minutes.fr (consulté le )
  34. a et b Julien Ricotta & l'AFP, « Sophie Pétronin, les dessous d'une libération », sur Europe 1, (consulté le )
  35. Mali: des djihadistes relâchés contre la libération de deux otages, dont peut-être Sophie Pétronin, lefigaro.fr, 5 octobre 2020, mis à jour le 7 octobre 2020
  36. Anthony Fouchard, « Libération de Sophie Pétronin au Mali : les coulisses de cette journée », sur TV5 Monde, (consulté le )
  37. « Les 200 djihadistes libérés pour délivrer Sophie Pétronin “vont reprendre les armes immédiatement” », sur LeMonde.fr (consulté le )
  38. « L’ex-otage Sophie Pétronin veut retourner au Mali « voir ce qui se passe » », sur www.20minutes.fr, (consulté le )
  39. Anthony Fouchard, « L’ex-otage Sophie Pétronin révèle les détails de sa captivité », sur Mediapart (consulté le )
  40. Sophie Pétronin, libérée et critiquée, par Maria Malagardis, 9 octobre 2020 à 18:25, https://www.liberation.fr/planete/2020/10/09/sophie-petronin-liberee-et-critiquee_1801940
  41. « L'ex-otage Sophie Pétronin vit au Mali depuis sept mois, où elle est entrée de manière irrégulière », sur Franceinfo, (consulté le )
  42. « Secrètement retournée au Mali, Sophie Pétronin de nouveau portée disparue », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  43. « Mali : "Sophie Pétronin est en bonne santé et n'est pas portée disparue" », sur TV5MONDE, (consulté le )
  44. Anthony Fouchard, « Retour de Sophie Pétronin au Mali : l’ex-otage s’est confiée à Mediapart », sur Mediapart, (consulté le )
  45. « «Je suis chez moi ici» : Sophie Pétronin, l’ex-otage retournée au Mali, répond aux critiques », Liberation,‎ (lire en ligne)
  46. Cyril Bensimon, « Repartir au Mali, le choix controversé de Sophie Pétronin », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  47. Georges Malbrunot, « La mystérieuse réapparition au Mali de l’ex-otage Sophie Pétronin provoque un tollé », Le Figaro,‎ (lire en ligne)

Vidéographie modifier

Liens externes modifier