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En phytopathologie, un sol suppressif, ou sol résistant, est un sol dans lequel une maladie d'origine tellurique, notamment fongique ou bactérienne, est inhibée ou limitée dans son incidence, malgré la présence de facteurs favorables : agents pathogènes, plantes hôtes sensibles et conditions climatiques ou environnementales propices au développement des maladies. Les sols suppressifs sont l'exception dans les systèmes agricoles mais on en a identifié dans des systèmes de cultures très variés[1]. Par opposition, un sol dans lequel la maladie s'exprime pleinement est dit « sensible »[2].

Les sols suppressifs sont très étudiés car ils constituent des modèles naturels de répression des agents pathogènes qui peuvent servir à la mise au point de nouvelles méthodes de lutte contre les maladies des cultures issues du sol, alors que d'autre méthodes, comme les traitements du sol, se révèlent parfois coûteuses ou inefficaces. Les études cherchent en particulier à transférer les propriétés de résistance à des sols sensibles ou à des substrats de culture pour les transformer en sols suppressifs.

DéfinitionsModifier

Selon le glossaire de l'American Phytopathological Society[3], un sol suppressif est « un sol dans lequel diverses maladies sont naturellement à des niveaux moins élevés que prévu en raison des facteurs biologiques présents dans le sol, c'est un exemple de lutte biologique naturelle ». Une définition plus détaillée est donnée par Baker et Cook’s (1974)[4] selon qui les sols suppressifs sont des « sols dans lesquels l'agent pathogène ne s'établit ou ne persiste pas, s'établit mais provoque peu de dégâts ou aucun dégât, ou s'établit et provoque une maladie pendant un temps, mais par la suite, la maladie est moins importante, même si l'agent pathogène persiste dans le sol ».

ExemplesModifier

Des exemples connus et très étudiés de sols suppressifs sont les sols alluvionnaires de la Durance dans la région de Châteaurenard (Bouches-du-Rhône) qui résistent à la fusariose du melon (due à Fusarium oxysporum f. sp. melonis), ainsi que les sols de l'embouchure du Var et de la Siagne, près de Cannes résistants à la fusariose de l'œillet (due à Fusarium oxysporum f. sp. dianthi)[5].

Des sols suppressifs ont également été identifiés dans des plantations de bananiers en Amérique du Sud. Diverses espèces de nématodes foreurs s'y trouvaient incapables de se multiplier suffisamment pour atteindre un seuil de densité économiquement dommageable, même chez des cultivars sensibles[6].

Des sols suppressifs ont été identifiés pour de nombreux agents pathogènes telluriques, notamment :

CausesModifier

Le pouvoir suppressif des sols a diverses causes encore mal connues, parfois liées à leur composition chimique ou à des facteurs physiques comme le pH, le taux de matière organique et d'argile qui peuvent influencer le caractère suppressif d'un sol, mais c'est généralement la présence de certains micro-organismes qui est le facteur déterminant[7],[8].

Notes et référencesModifier

  1. Info Musa, Bioversity International (lire en ligne).
  2. Pierre Davet, Vie microbienne du sol et production végétale, Éditions Quae, coll. « Mieux comprendre », , 383 p. (ISBN 9782738006486, ISSN 1144-7605), p. 192.
  3. (en) «  Illustrated Glossary of Plant Pathology -S-T-U-V », American Phytopathological Society (consulté le 28 avril 2015).
  4. a et b (en) D.M. Weller, J.M. Raaijmakers , B.B. Gardener , L.S. Thomashow, « Microbial populations responsible for specific soil suppressiveness to plant pathogens », Annual Review of Phytopathology, vol. 40,‎ , p. 309-348 (PMID 12147763, lire en ligne).
  5. Jean Semal, Pathologie des végétaux et géopolitique : une étude de l'interaction entre les phénomènes pathologiques des végétaux, les évènements historiques et l'évolution des mœurs, des sciences et des techniques, La Maison rustique, coll. « Techniques d'avenir », , 270 p. (ISBN 9782706601378), p. 174-178.
  6. Richard A. Sikora et Luis E. Pocasangre, « Nouvelles technologies pour améliorer la santé des racines et augmenter la production », Info Musa, Réseau international pour l'amélioration de la production de la banane et de la banane plantain (Inibap), vol. 13, no 2,‎ , p. 25-29 (lire en ligne).
  7. Sophia Boivin et Russell Tweddell, « Les sols suppressifs : s’inspirer de la nature pour lutter contre les maladies des cultures », sur Horti-Plus, Fédération des sociétés d’horticulture et d’écologie du Québec, (consulté le 28 avril 2015).
  8. Mathieu Allaire, « Diversité fonctionnelle des Pseudomonas producteurs d'antibiotiques dans les rhizosphères de conifères en pépinières et en milieu naturel (thèse) », Université Laval - Faculté des Sciences de l'Agriculture et de l'Alimentation, (consulté le 28 avril 2015).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Mélanie Michaud, Étude des sols suppressifs envers Helminthosporium solani, agent responsable de la tache argentée de la pomme de terre, Université Laval, , 238 p..

Liens externesModifier

  • (en) Claude Alabouvette, « Fusarium-wilt suppressive soils from the Châteaurenard region : review of a 10-year study », Agronomie, EDP Sciences, vol. 6, no 3,‎ , p. 273-284.
  • (en) Fran M. Scher, Ralph Baker, « Mechanism of Biological Control in a Fusarium-Suppressive Soil », Phytopathology, The American Phytopathological Society, vol. 70,‎ 1979., p. 412-417 (DOI 10.1094/Phyto-70-412, lire en ligne).