Sofagate

Incident de protocole entre l'Union européenne et la Turquie

Le Sofagate est un incident de protocole diplomatique survenu lors de la visite de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du président du Conseil européen Charles Michel en Turquie le 6 avril 2021. Alors que Michel et von der Leyen s'apprêtaient à rencontrer le chef de l'État turc Recep Tayyip Erdoğan, seules deux chaises avaient été préparées pour les trois dirigeants dans la salle du palais présidentiel où la rencontre avait lieu. Michel s'est alors assis sur la seconde chaise à côté de celle occupée par le président Erdoğan, tandis que von der Leyen, n'ayant plus de chaise à sa disposition, s'est vu contrainte de s'asseoir sur un canapé dans la même pièce, en face du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu. De nombreux commentateurs ont décrit l'incident comme ayant un caractère sexiste, Michel en tant qu'homme prenant d'office une position proéminente par rapport à von der Leyen, bien que les deux aient le titre de président. Plus tard, Çavuşoğlu a réagi, affirmant que la disposition des sièges avait été décidée conformément aux demandes de la partie européenne.

ContexteModifier

Ursula von der Leyen est la première femme présidente de la Commission européenne. Le fait qu'une femme ait succédé à Jean-Claude Juncker a été bien accueilli par ce dernier comme par d'autres personnalités politiques de l'Union européenne. La Turquie a quitté la convention d'Istanbul qui protège contre la violence à l'égard des femmes en mars 2021, un choix qui a été fortement critiqué par de nombreuses personnalités politiques européens[1].

IncidentModifier

Alors que le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devaient rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdoğan le 6 avril 2021, il n'y avait que deux chaises préparées pour eux trois dans la salle où ils ont été reçus. Charles Michel s'est alors assis dans la chaise à côté d'Erdoğan, laissant von der Leyen apparemment surprise[2]. On lui a alors proposé de prendre place sur un canapé dans la même pièce, en face du ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu. Les représentants de l'UE envoyés pour inspecter les lieux avant la réunion n'avaient pas été autorisés à examiner cette salle de réunion[3]. L'équipe de l'UE a pu réaliser un ajustement de la disposition des sièges dans la salle à manger afin que les trois mandataires soient assis sur des chaises de la même hauteur. Charles Michel a également suggéré que von der Leyen devrait être incluse dans la photo officielle de la réunion qui initialement n'était pas prévue.

RéactionsModifier

Le fait que Charles Michel ait accepté sans réaction aucune qu'il n'y ait que deux chaises et non trois a suscité des critiques parmi les personnalités politiques européennes. Michel s'est défendu en mentionnant qu'il craignait que s'il avait réagi autrement, cela aurait davantage nuit aux relations diplomatiques entre l'UE et la Turquie et à cette rencontre préparée en amont. Il a en outre mentionné qu'une cause possible de l'incident était que la Turquie avait strictement respecté le protocole diplomatique, qui place selon lui le chef du Conseil de l'UE au-dessus du chef de la commission de l'UE. Le député italien du Parlement européen Massimiliano Smeriglio (en) a lancé une campagne de signature exigeant la démission de Michel après l'incident. Eric Mamer, le porte-parole en chef de la Commission européenne, a confirmé que von der Leyen a été surprise par la situation mais a préféré se concentrer sur le fond de la réunion et non sur le protocole, tout en mentionnant également qu'un tel évènement ne devait pas se reproduire.

L'eurodéputée espagnole Iratxe García Pérez, cheffe de l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates, a demandé l'audition des présidents des deux institutions « pour clarifier ce qui s'est passé » et prendre des dispositions pour éviter que la situation ne se répète[4]. De nombreux autres membres du Parlement européen auraient également été touchés par le manque de réaction de Michel à l'incident, tandis que l'eurodéputée belge Assita Kanko a demandé : « Pourquoi Michel s'est-il assis ? Pourquoi ne pouvait-il pas… regarder Mme von der Leyen et montrer sa solidarité ? »[3]. Une députée néerlandaise a fait remarquer dans un tweet que lors d'une précédente réunion entre les deux dirigeants de l'UE et Erdoğan, tous les trois étaient assis sur des fauteuils[5].

Mevlüt Çavuşoğlu a défendu la Turquie et affirmé que l'ordre des places avait été établi conformément aux protocoles prévus avec l'Union européenne. Le président du Conseil italien Mario Draghi a également déploré le traitement subi par von der Leyen en déclarant : « Avec ces dictateurs — appelons-les comme ils sont — il faut être franc en exprimant sa diversité de points de vue et de visions de la société » tout en soulignant également la nécessité d'une coopération entre la Turquie et l'Union européenne. En réaction à l'usage du terme de « dictateur », Ankara a répondu par la convocation de l'ambassadeur italien en Turquie[6].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. « Inquiétude.La Turquie se retire de la convention d’Istanbul, “un jour de fête pour les maris violents” », Le Courrier International,‎ (lire en ligne)
  2. Cédric Vallet, « Le “sofagate” en Turquie, révélateur des tensions entre Ursula von der Leyen et Charles Michel », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. a et b Aurélie Sipos, « “Sofagate” : cinq minutes pour comprendre cet incident diplomatique européen », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  4. « #Sofagate: le Parlement européen réclame des explications », Le Point,‎ (lire en ligne)
  5. « Ursula von der Leyen, privée de chaise en Turquie : malséance au sommet », Le Journal des femmes,‎
  6. « “Sofagate”. Mario Draghi traite Erdogan de “dictateur”, la Turquie parle de propos “hideux” », Ouest-France,‎ (lire en ligne)

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier