Sixty Minute Man

chanson
Sixty Minute Man

Single de The Dominoes
Face B I Can't Escape From You
Sortie
Enregistré
New York
Durée 2:31
Genre Rhythm and blues
Format Disque 78 tours
Auteur-compositeur Billy Ward, Rose Marks
Producteur Ralph Bass
Label Federal

Sixty Minute Man est une chanson de rhythm and blues écrite par Billy Ward et Rose Marks, et enregistrée par Billy Ward and his Dominoes en 1951. C'est l'un des premiers disques à succès de R&B à obtenir un succès également dans les classements pop. Il est considéré comme l'un des enregistrements les plus importants qui ont contribué à créer et à façonner le rock 'n' roll[1],[2].

ContexteModifier

Les Dominoes sont un groupe vocal afro-américain composé de Clyde McPhatter (1932–1972), qui quittera le groupe ensuite pour former The Drifters[3], Bill Brown (1926-1956)[4], Charlie White (1930-2005)[5],[6] et Joe Lamont († 1998), menés par le pianiste, chef d'orchestre et auteur-compositeur Billy Ward (1921–2002). Ward est un coach vocal de formation classique qui a formé un partenariat commercial avec Rose Marks, un agent artistique de New York.

Le tandem décide de mettre sur pied un groupe vocal pour rivaliser avec The Ink Spots, The Orioles et des groupes similaires qui commencent à être acceptés par le public blanc. En 1950, les Dominoes sont signés chez Federal Records et tiennent une série de sessions d'enregistrement aux National Studios à New York en novembre et décembre de cette année.

Leur première parution, Do Something For Me, est le premier disque sur lequel McPhatter interprète le chant principal. Musicalement, la chanson est un gospel, avec des mélismes du style gospel, mais elle est lyriquement laïque[7]. Rencontrant le succès, la chanson entre dans les charts R&B début . Moins réussi est son successeur, le standard pop Harbour Lights, enregistré le .

La maison de disques se tourne ensuite vers une chanson radicalement opposée, Sixty Minute Man, un pur rhythm & blues que le groupe a enregistrée le même jour. Le disque est publié en (Federal 12022) et atteint la 1re place des charts R&B à la fin du mois, une position qu'il occupe pendant 14 semaines. Le single atteint également la 17e position dans le palmarès des singles pop, et est élue Chanson de l'année pour 1951[8].

Pour le chant principal, l'enregistrement utilise la voix de basse de Bill Brown[9], plutôt que celle de ténor de McPhatter. Les paroles présentent les vantardises du chanteur au sujet de ses prouesses sexuelles[3], prétendant pouvoir satisfaire ses conquêtes durant 60 minutes.

Le refrain est explicite :

There'll be fifteen minutes of kissin'
Then you'll holler « Please don't stop » (Don't stop!)
There'll be fifteen minutes of teasin'
Fifteen minutes of squeezin'
And fifteen minutes of blowin' my top.

Les paroles de ce type ont déjà une longue histoire. La référence à « Lovin' Dan » dans la chanson remonte au moins à la tradition des minstrel show du XIXe siècle, et le double sens est utilisé dans les paroles de blues depuis des décennies.

Sixty Minute Man est interdite par de nombreuses stations de radio[10] et est considérée à l'époque comme une chanson humoristique. Cependant, avec le recul, c'est un disque important à plusieurs égards : elle abolit les frontières entre le chant gospel et le blues, ses paroles repoussent les limites de ce qui était jugé acceptable jusque là, et elle séduit de nombreux auditeurs, aussi bien blancs que noirs[2], culminant à la 17e place dans les charts pop. Des reprises sont réalisées par plusieurs artistes blancs, dont Hardrock Gunter. Bill Haley et ses Comets interprètent la chanson au milieu des années 1950 lors de leurs concerts. Plus tard, le disque des Dominoes devient un des prétendants au titre de « premier disque de rock and roll »[1],[2].

Les paroles contiennent les termes « rock » et « roll » (« I rock 'em, roll 'em all night long »)[9]. Ce sont celles-ci qui auraient inspiré Alan Freed pour baptiser le « Rock 'n' roll »[11].

Grâce à ce tube, les Dominoes deviennent l'un des groupes vocaux les plus populaires des années 1950. En , les Dominoes sont le seul groupe vocal à participer au Moondog Coronation Ball d'Alan Freed[9]. Cependant, Bill Brown, chanteur principal de Sixty Minute Man, part en 1952 pour former un nouveau groupe, The Checkers, puis décède en 1956. Clyde McPhatter est remplacé par Jackie Wilson en 1953. En 1955, avec une nouvelle formation, les Dominoes enregistrent leur propre chanson réponse avec la même mélodie, Can't Do Sixty No More (avec le revers If I Never Get to Heaven), qui comprend la phrase « S'il vous plaît, excusez ce fusible grillé, mais je ne peux plus en faire soixante ».

MusiciensModifier

Les autres musiciens de studio (batterie, basse, orgue)[13] ne sont pas connus[14].

Autres enregistrementsModifier

Dès 1951, Sixty Minute Man est enregistré en duo par Hardrock Gunter et Roberta Lee[15], et aussi par les York Brothers[16]. L'enregistrement de Lee et Gunter est cité comme l'un des premiers exemples de rockabilly. Jerry Lee Lewis enregistre la chanson en 1957 et en 1973. Dick Curless, un chanteur country du Maine, enregistre un arrangement (intitulé Lovin' Dan - 60 Minute Man) sur The Soul of Dick Curless de 1966[17] et sur Live at the Wheeling Truck Driver's Jamboree en 1973.

Rufus Thomas l'intègre dans son album Funky Chicken en 1970[17]. Piano Red l'enregistre pour Happiness is Piano Red la même année[17]. The Trammps sortent une version soul de la chanson en 1972. Clarence Carter enregistre Sixty-Minute Man pour son album Sixty Minutes en 1973. James Booker l'enregistre en 1976[18]. Huey Lewis reprend fréquemment la chanson en concert. Dana Gillespie la chante sur Below the Belt en 1984[17]. The Kingsmen en font une version a capella dans leur album Lunchbox en 1995[17].

Une version live de Nancy Sinatra est incluse sur son DVD Live in Edimburgh, Scotland en 2002.

Sixty Minute Man suscite également des imitations, comme It Ain't the Meat des Swallows (1951), Can't Do Sixty No More des Du Droppers (1952)[19], Don't Stop Dan des Checkers (1954), The Hatchet Man des Robins (1954) ou Dancin' Dan des Cadets (1956)[9].

Usage contemporainModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Dawson et Propes 1992, p. 91-95.
  2. a b et c (en) Bruce Eder, « Billy Ward & the Dominoes : Biography & History », sur AllMusic (consulté le )
  3. a et b (en) Charlie Gillett, The Sound of the City : The Rise of Rock and Roll, New York, Da Capo Press, (ISBN 0-306-80683-5), p. 156
  4. (en) Nick Talevski, Rock Obituaries : Knocking On Heaven's Door, Omnibus Press, , 700 p. (ISBN 978-0-85712-117-2, lire en ligne), p. 54
  5. a b et c (en) « Billy Ward & The Dominoes », sur Soulwalking.co.uk (consulté le )
  6. (en) Robert Fontenot, « In the Spotlight: Billy Ward and His Dominoes », sur Oldies.about.com, (consulté le )
  7. (en) Anthony DeCurtis et James Henke, The Rolling Stone : The Definitive History of the Most Important Artists and Their Music, New York, Random House, Inc., , 3e éd. (ISBN 0-679-73728-6), p. 18
  8. (en) Joel Whitburn, Top R&B/Hip-Hop Singles : 1942-2004, Record Research, , 813 p. (ISBN 978-0-89820-160-4), p. 168
  9. a b c et d (en) Larry Birnbaum, Before Elvis : The Prehistory of Rock 'n' Roll, Lanham, Md., Scarecrow Press Inc., , 463 p. (ISBN 978-0-8108-8628-5, lire en ligne), p. 303-305
  10. (en) B. Lee Cooper, « Audio Review: This Record Is Not to Be Broadcast: 75 Records Banned by the BBC, 1931–1957/This Record Is Not to Be Broadcast, Vol. 2, 50 More Records Banned by the BBC », Popular Music and Society, vol. 34, no 3,‎ , p. 387–389 (ISSN 1740-1712, DOI 10.1080/03007766.2011.586594).
  11. Stéphane Koechlin, Les Secrets du Rock, Paris, La Librairie Vuibert, , 345 p. (ISBN 978-2-311-10135-5, présentation en ligne)
  12. Talevski 2010, p. 238.
  13. (en) Philip H. Ennis, The Seventh Stream : The Emergence of Rocknroll in American Popular Music, Hanovre et Londres, Wesleyan University Press, (ISBN 978-0-8195-6257-9, lire en ligne), p. 211
  14. (en) Gordon Thompson, Please Please Me : Sixties British Pop, Inside Out, Oxford, Oxford University Press, , 340 p. (ISBN 978-0-19-533318-3, lire en ligne), p. 289
  15. (en) « Discographie d'Hardrock Gunter », sur Rcs-discography.com (consulté le )
  16. (en) « Discographie des York Brothers », sur Rcs-discography.com (consulté le )
  17. a b c d et e (en) « Cover versions of Sixty Minute Man written by Rose Marks, Billy Ward », sur SecondHandSongs (consulté le )
  18. (en) « James Booker - Gonzo - Live 1976 », sur Discogs (consulté le )
  19. Can't Do Sixty No More par The Du Droppers, composée par J. C. Ginyard, est une chanson différente que celle de Billy Ward & The Dominoes qui porte le même titre.
  20. a b et c (en) « Titles with Soundtracks Matching "sixty minute man" », sur Internet Movie Database (consulté le )

BibliographieModifier

  • (en) Jim Dawson et Steve Propes, What Was The First Rock'n'Roll Record?, Faber and Faber Books, , 201 p. (ISBN 978-0-571-12939-3)

Liens externesModifier