Simonide préservé par les Dieux

fable de Jean de La Fontaine

Simonide préservé par les Dieux
Image illustrative de l’article Simonide préservé par les Dieux
Gravure de Charles-Nicolas Cochin d'après Jean-Baptiste Oudry, édition Desaint & Saillant, 1755-1759

Auteur Jean de La Fontaine
Pays Drapeau de la France France
Genre Fable
Éditeur Claude Barbin
Lieu de parution Paris
Date de parution 1668

Simonide préservé par les Dieux est la quatorzième fable du livre I de Jean de La Fontaine situé dans le premier recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1668.

Sur les autres projets Wikimedia :

Texte de la fableModifier

On ne peut trop louer trois sortes de personnes :

Les dieux, sa maîtresse, et son roi.

Malherbe le disait ; j'y souscris quant à moi :

Ce sont maximes toujours bonnes.

La louange chatouille et gagne les esprits ;

Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix.

Voyons comme les dieux l'ont quelquefois payée.

Simonide avait entrepris

L'éloge d'un athlète, et, la chose essayée,

Il trouva son sujet plein de récits tout nus.

Les parents de l'athlète étaient gens inconnus,

Son père, un bon Bourgeois, lui sans autre mérite :

Matière infertile et petite.

Le Poète d'abord parla de son Héros.

Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire,

Il se jette à côté, se met sur le propos

De Castor et Pollux, ne manque pas d'écrire

Que leur exemple était aux lutteurs glorieux,

Élève leurs combats, spécifiant les lieux

Où ces frères s'étaient signalés davantage.

Enfin l'éloge de ces Dieux

Faisait les deux tiers de l'ouvrage.

L'Athlète avait promis d'en payer un talent ;

Mais quand il le vit, le galand

N'en donna que le tiers, et dit fort franchement

Que Castor et Pollux acquitassent le reste.

Faites-vous contenter par ce couple céleste.

Je vous veux traiter cependant :

Venez souper chez moi, nous ferons bonne vie.

Les conviés sont gens choisis,

Mes parents, mes meilleurs amis. Soyez donc de la compagnie.

Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur

De perdre, outre son dû, le gré de sa louange.

Il vient, l'on festine, l'on mange.

Chacun étant en belle humeur,

Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte

Deux hommes demandaient à le voir promptement.

Il sort de table, et la cohorte

N'en perd pas un seul coup de dent.

Ces deux hommes étaient les gémeaux de l'éloge.

Tous deux lui rendent grâce ; et pour prix de ses vers,

Ils l'avertissent qu'il déloge,

Et que cette maison va tomber à l'envers.

La prédiction en fut vraie ;

Un pilier manque ; et le plafonds,

Ne trouvant plus rien qui l'étaie,

Tombe sur le festin, brise plats et flacons,

N'en fait pas moins aux Echansons.

Ce ne fut pas le pis ; car, pour rendre complète

La vengeance due au Poète,

Une poutre cassa les jambes à l'Athlète,

Et renvoya les conviés

Pour la plupart estropiés.

La renommée eut soin de publier l'affaire.

Chacun cria miracle. On doubla le salaire

Que méritaient les vers d'un homme aimé des Dieux.

Il n'était fils de bonne mère

Qui, les payant à qui mieux mieux,

Pour ses ancêtres n'en fit faire.

Je reviens à mon texte et dis premièrement

Qu'on ne saurait manquer de louer largement

Les Dieux et leurs pareils; de plus, que Melpomène

Souvent sans déroger trafique de sa peine ;

Enfin qu'on doit tenir notre art en quelque prix.

Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce :

Jadis l'Olympe et le Parnasse

Etaient frères et bons amis.

Voir aussiModifier

Liens externesModifier