Shirin Ebadi

Shirin Ebadi (en persan : شیرین عبادی, Shirin 'Ebādi), née le à Hamadan en Iran, est une juge et avocate iranienne. Elle est la première femme à avoir exercé la fonction de juge en Iran.

Shirin Ebadi
Image dans Infobox.
Shirin Ebadi, le , à Tunis.
Fonction
Juge
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (73 ans)
HamadanVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
شیرین عبادیVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
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Formation
Activité
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Nobel Women's Initiative (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
signature de Shirin Ebadi
signature

Le prix Nobel de la paix lui a été décerné en 2003 pour ses accomplissements en faveur de la défense des droits humains, plus précisément des droits de la femme et des enfants, et de la démocratie. Elle est la première Iranienne à avoir reçu ce prix.

En 2004, le magazine Forbes la place parmi les « 100 femmes les plus influentes dans le Monde »[1].

BiographieModifier

Jeunesse et formationModifier

Shirin Ebadi est la fille de Mohammed Ali Ebadi, auteur et lecteur en droit commercial[2],[3]. Enfant, elle étudie à l'école primaire de Firuzkuh puis aux collèges d'Anoshiravn Dadgar et Reza Shah Kabir[4].

Après avoir passé ses examens, elle se consacre à l’obtention de son diplôme en droit à la faculté de droit de l'université de Téhéran. Elle commence à travailler en tant que juge en 1969, tout en poursuivant son doctorat de droit privé à l'université.

En 1975, Shirin Ebadi est nommée présidente du tribunal 24 de Téhéran, devenant la première femme à exercer la fonction de juge en Iran. Elle est contrainte de démissionner en 1979, à la suite de l'arrivée au pouvoir de Rouhollah Moussavi Khomeini, qui renverse le Shah d'Iran Mohammed Reza Pahlavi. Au terme de la Révolution iranienne, le gouvernement limite les droits et libertés accordés aux femmes, en leur interdisant notamment d'assurer la fonction de juge. Shirin Ebadi enseigne à l'université de Téhéran en attendant d'obtenir sa licence d'avocate, qu'elle obtient en 1992, trois ans après la mort de Khomeini[5].

Carrière en tant que jugeModifier

Au cours des années 1990, elle se prononce en tant que juge sur des affaires relatives aux droits de l'homme, se consacrant surtout à la défense des droits des femmes et des enfants[5].

En juillet 2004, elle devient marraine de la promotion 2004 de l'École nationale de la magistrature française.

En novembre 2006, Shirin Ebadi reçoit du président français Jacques Chirac les insignes de commandeur de la Légion d'honneur, puis en mars 2010, le Conseil de Paris la nomme citoyenne d'honneur de la Ville de Paris.

Affaires célèbresModifier

Shirin Ebadi s'investit, en tant qu'avocate, à défendre les dissidents au régime islamique, inquiétés ou assassinés en raison de leurs positions politiques. Elle défend ainsi la famille de Dariush Forouhar, et de son épouse, Parvaneh Forouhar (en), retrouvés morts, ainsi que d'Ezzat Ebrahiminejad (en). Elle assure également la défense de la mère de la journaliste Zahra Kazemi, ayant été tuée.

Activiste des droits humainsModifier

Porte-parole des femmes iraniennes ayant joué un rôle dans la campagne présidentielle de Mohammad Khatami, Shirin Ebadi se bat en faveur de la place des femmes dans la vie publique. A ce titre, elle fait partie de la direction de l’Organisation iranienne de protection des droits de l'enfant et de l’Association des défenseurs des droits de l'homme en Iran. En visite à Paris en , elle se prononce contre l'interdiction du voile à l'école, déclarant qu'il ne faut pas « fermer l’école aux musulmanes sous prétexte de voile »[6].

Pour ses actions politiques et en faveur de la paix, de nombreux prix lui ont été remis, dont le prix Rafto en 2001, le prix Nobel de la paix en 2003, et le prix Manhae pour la paix en . Par ailleurs, elle est membre de la fondation PeaceJam.

En parallèle de sa profession de juge, Shirin Ebadi intervient au Forum mondial de l’économie responsable qui se tient à Lille sur le thème de la diversité en . Elle fait aussi partie en 2011 des intervenants du deuxième Sommet de Zermatt sur le thème du Servant leadership.

Condamnations et exilModifier

En 2000, Ebadi est accusée d'avoir distribué une cassette vidéo sur laquelle un extrémiste religieux avoue que les dirigeants iraniens sont à l'origine de violences. Elle est pour cela condamnée à une peine d'emprisonnement et interdite d'exercer. Cet événement a attiré l'attention du monde sur les violations des droits de l'Homme en Iran.

En , le Centre des défenseurs des droits de l'homme, une association regroupant des avocats, qu'elle a fondée pour défendre les droits de l'homme en Iran (en particulier le droit des minorités et des opposants politiques), est déclaré illégal par le ministère de l'Intérieur[7].

En , elle révèle avoir fait l'objet de nombreuses menaces, la dissuadant notamment de faire des discours à l'étranger. Des membres de sa famille, tels que sa fille, ont également subi des pressions[8].

En , le gouvernement iranien aurait, sans passer par le système judiciaire, gelé son compte bancaire, et lui aurait retiré la médaille et le diplôme de son prix Nobel[9],[10], ce que le ministère des Affaires étrangères iranien a démenti. La somme allouée au titre du prix Nobel de la paix avait été déposée sur un compte bancaire utilisé pour aider les prisonniers politiques et leur famille qui sont jugés de manière arbitraire. Le blocage du compte bancaire par les autorités iraniennes est considéré comme illégal, car la saisie d'un compte bancaire doit résulter d'une décision judiciaire avec des preuves justificatives.

Elle vit en exil à Londres depuis 2009[11].

Opposition au régime politique iranienModifier

En 1995, Shirin Ebadi fonde l'organisation iranienne de protection des droits de l'enfant, et en 2001 le Centre des défenseurs des droits de l'homme en Iran. En raison de ses positions militantes, son bureau est fermé et ses collaborateurs sont emprisonnés (certains d'entre eux sont toujours derrière les barreaux), comme sa proche collaboratrice Narguesse Mohammadi. Cette journaliste et vice-présidente du Centre des défenseurs des droits de l'homme en Iran est condamnée en appel à seize ans de prison, où elle est incarcérée avec d'autres féministes iraniennes. Malgré la répression exercée par le gouvernement, le militantisme féministe reste très actif en Iran[12].

Ces protestations ont pris différentes formes, de l'organisation de rassemblements publics, à la célébration de la Journée internationale des femmes, le 8 mars. Cet évènement est pourtant interdit par le gouvernement iranien, car considéré comme une coutume occidentale. Pour les intellectuelles iraniennes, cette journée est un moyen de montrer leur contestation.

En 2009, dans une interview accordée à L'Express, Shirin Ebadi témoigne de la vie quotidienne des femmes iraniennes dans une société patriarcale, qui rend obligatoire l'autorisation de leur mari pour voyager[13].

Prix Nobel de la paixModifier

Le , Shirin Ebadi reçoit le prix Nobel de la paix pour son investissement en faveur de la démocratie et des droits humains, en particulier pour les droits des femmes, des enfants et des réfugiés. Elle est la première femme iranienne à recevoir ce prix. Par ce choix, le comité de sélection du prix salue une « personne courageuse » qui « n'a jamais tenu compte de la menace pesant sur sa propre sécurité »[14]. Retentissant sur la société iranienne, ce prix refléterait l'amélioration de la situation des femmes en Iran[15] selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien (en).

Nobel Women's InitiativeModifier

Le Nobel Women's Initiative est créé en 2006 par six lauréates du prix Nobel de la paix dans le but de soutenir les groupes de femmes du monde entier dans leurs campagnes en faveur de la justice, de la paix et de l'égalité. Les membres fondatrices sont Mairead Maguire, Rigoberta Menchú Tum, Jody Williams, Shirin Ebadi, Tawakkol Karman, et Leymah Gbowee.

Ces femmes utilisent la visibilité et le prestige du prix Nobel pour mettre en lumière et promouvoir le travail des organisations et des mouvements de femmes à travers le monde. Elles luttent pour le renforcement et le développement des efforts en faveur de solutions non-violentes à la guerre.

La première conférence de cette organisation s'est tenue en 2007, consacrée aux femmes, aux conflits et à la sécurité au Moyen-Orient.

Le Nobel Women's Initiative publie chaque année des rapports concernant l'avancée du projet[16]

Autres activitésModifier

Notes et référencesModifier

  1. (en) « Forbes 100 Most Powerful Women in the World 2004 », sur forbes.com, (consulté le 3 décembre 2018)
  2. (en) « Shirin Ebadi Biography ».
  3. « Shirin Ebadi Biographical ».
  4. (en) « Shirin Ebadi Biography ».
  5. a et b « Shirin Ebadi Biography ».
  6. Ebadi contre l’interdiction du voile à l’école en France, 20 Minutes, 16 décembre 2003.
  7. Macha Vogel, « L'association du Prix Nobel Shirin Ebadi déclarée "illégale" à Téhéran », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 16 octobre 2020)
  8. « Top Iranian dissident threatened »
  9. AFP, « L'Iran a gelé un compte bancaire de Ebadi », Le Figaro, (consulté le 28 février 2010)
  10. L'Obs, « L'Iran dément avoir confisqué le prix Nobel de Shirin Ebadi », L'Obs,‎ (lire en ligne, consulté le 10 août 2020).
  11. Jérôme Citron. Shirin Ebadi : "Je porte la voix de mon peuple". CFDT Magazine 2016, no 427, p. 32-33.
  12. « Iran: une actrice fuit son pays après avoir posté des photos sans voile », l'Express,‎ (lire en ligne)
  13. Christian Makarian, « Shirin Ebadi: "Une victoire des femmes ferait tomber le régime iranien" », article de presse,‎ (lire en ligne)
  14. (en) « Nobel winner's plea to Iran », BBC News, (consulté le 2 décembre 2018).
  15. (en) « Nobel winner's plea to Iran », Article, BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le 2 décembre 2018).
  16. (en) « Annual & Thematic Reports », sur nobelwomensinitiative.org, (consulté le 3 décembre 2018)

AnnexesModifier

BibliographieModifier

FilmographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier