Les Shakers sont les membres d'une branche du protestantisme issue des Quakers, née au début du XVIIIe siècle, sous le nom d’"Organisation de la Société Unie des Croyants dans la Deuxième apparition du Christ (United Society of Believers in Christ's Second Appearing, USBSCA)".

Danse des fidèles durant un office shaker.

OrigineModifier

La branche protestante des Shakers trouve une de ses origines dans le prophétisme des camisards des Cévennes pourchassés par les dragons de Louis XIV après la révocation de l'édit de Nantes en 1685.

Certains protestants ("Société unie des croyants à la seconde apparition du Christ") développent alors des visions millénaristes du temps futur, pensant que la fin du monde est proche. Comme beaucoup de protestants français, ils sont dans l'obligation de quitter la France s'ils refusent l'abjuration de leur foi et la conversion au catholicisme. Les « prophètes cévenols » s'exilent donc en Angleterre, à Londres notamment, où ils trouvent au départ un accueil favorable parmi les protestants anglais. Le principal prophète cévenol est Élie Marion (1678-1713), exilé à Londres en 1706 ("Enfants de Dieu", "French prophets", Maximilien Misson).

Mais rapidement leur austérité radicale, plus extrême encore que le puritanisme que les Anglais pratiquaient depuis le milieu du XVIIe siècle, les fait devenir suspects aux yeux des autorités. Comme beaucoup de branches protestantes de cette époque, les « prophètes cévenols » inquiètent par leur remise en question de l'ordre établi et le risque de troubles qu'ils peuvent engendrer.

Les Cévenols, ainsi que certains adeptes anglais, proclament en public leurs prophéties, dans un style très bruyant et expressif, en raison de la nature extatique de leurs services d'adoration (chants, danses, retournements), leur valant leur surnom d'« agités » (shakers en anglais). Plus tard, ils vont développer chorégraphies et chants bien structurés.

L'Amérique, nouvelle terre promiseModifier

En 1774, persécutés par les autorités anglaises, les Cévenols, anciens Camisards exilés, rejoints par un certain nombre d'Anglais (de la Wardley Society), quittent l'Angleterre sous la houlette de Ann Lee, pour rejoindre la Nouvelle-Angleterre. À la suite de nombreux puritains anglais, et d'autres groupes pourchassés pour leurs opinions religieuses, ils voient dans la colonie britannique une nouvelle Terre Promise leur permettant de vivre leur foi dans son intégralité. Ils s'installent donc en communautés villageoises. Leurs mœurs sont très austères : célibat obligatoire, propriété privée interdite, propreté, honnêteté, intégrité, travail (agricole, artisanal, etc.), frugalité, chasteté, confession, pacifisme, égalitarisme (genre, fonction, éducation), fondation d'orphelinats, école mutuelle...

Malgré le renouvellement biologique impossible et l'austérité des Shakers, leur mouvement connaît un succès assez rapide. L'apogée des Shakers se situe au milieu du XIXe siècle (1820-1860). Ils comptent alors environ 25 villages ou communautés et 4 000 membres. Au début du XXIe siècle, il ne reste plus que trois Shakers[1], dans le village de Sabbathday Lake (Maine). Ils y accueillent visiteurs et sympathisants lors de leurs réunions, chaque dimanche matin, et restent ouverts aux nouveaux convertis.

Shakers et designModifier

 
Exemple de design Shaker

Les convictions puritaines des Shakers leur ont fait développer un style propre de mobilier, dépouillé de tout ajout décoratif. Longtemps considéré comme purement utilitaire, le mobilier Shaker a ces dernières années attiré l'attention de designers qui y voient une préfiguration du minimalisme actuel. Aux États-Unis, les Shakers sont essentiellement connus pour cette raison, bien davantage que pour leurs opinions religieuses, et les meubles shakers d'époque se vendent à des prix très élevés.

Installations de communautés shakersModifier

 
Maison shaker-Haus à Pleasant Hill (Kentucky).

RéférencesModifier

  1. (en-US) H. S. V. Admin, « A Brief History », sur Hancock Shaker Village (consulté le )

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Henri Desroche, Les Shakers américains. D'un néo-christianisme à un pré-socialisme, Éd. de Minuit, 1955, 332 p.

Articles connexesModifier

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