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Sauvegarde de la Création

La sauvegarde de la Création désigne, dans le langage chrétien, la préservation de l'environnement humain, avec ce que cela implique tant sur le plan environnemental, que social et économique. Elle fait référence à la foi commune des chrétiens en un Dieu créateur, telle qu'ils la confessent dans le symbole de Nicée-Constantinople (381), devenu Credo chez les catholiques.

La sauvegarde de la Création vise au développement durable, en y incluant une dimension spirituelle. Elle consiste en une écologie intégrale, qui réconcilie l'écologie humaine et l'écologie environnementale classique.

Sommaire

HistoriqueModifier

Dans le catholicisme, la sauvegarde de la Création fait l'objet de la préoccupation des papes depuis le concile Vatican II[1], même si ce sujet n'est apparu sur le devant de la scène qu'avec l'encyclique Laudato si' du pape François, publiée en juin 2015 peu de temps avant la Conférence de Paris sur le climat. Notamment :

  • Paul VI a abordé le thème de l'écologie dès 1970 dans son discours à la FAO[2] ;
  • Jean-Paul II a proclamé François d'Assise patron céleste des écologistes en 1979 ; il a écrit une vingtaine de textes sur l'écologie, publiés après sa mort en 2006 sous le titre Les gémissements de la création[3] ;
  • Benoît XVI, outre de nombreuses interventions sur l'écologie, a consacré son message pour la journée mondiale de la paix, le 1er janvier 2010, au thème « Si tu veux construire la paix, protège la création »[4].

De nombreuses initiatives œcuméniques se sont fait jour depuis le rassemblement de Vancouver en 1983 pour faire en sorte que cette préoccupation soit effectivement prise en compte par les chrétiens dans leur ensemble. Le , le pape Jean-Paul II et le patriarche œcuménique Batholomée Ier de Constantinople ont signé la déclaration de Venise « pour le bien de tous les êtres humains et pour la protection de la création », une des premières déclarations communes entre catholiques et orthodoxes depuis le schisme de 1054[5]. Elle fixe six objectifs éthiques aux hommes et aux femmes de bonne volonté[6]. Reprenant les initiatives précédentes en faveur d'un « temps pour la Création », le troisième rassemblement œcuménique de Sibiu en Roumanie en 2007 a proposé que la période du 1er septembre au 4 octobre soit un temps consacré à la sauvegarde de la Création[7].

Le patriarche Dimitrios Ier de Constantinople a proposé en 1989 que le 1er septembre soit une journée consacrée à la préservation de l'environnement chez les orthodoxes. C'est le jour qu'a choisi le pape François en 2015 pour instituer une journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création[8].

Christianisme et écologieModifier

Le christianisme a été accusé d'être responsable de la crise écologique, notamment à la suite d'une conférence donnée par Lynn White et d'un livre sur les « racines historiques de notre crise écologique » en 1966. Selon Jean-Marie Pelt, il s'agit d'une interprétation erronée du Livre de la Genèse, qui aurait incité les humains à croître et prospérer, au détriment du milieu. Il n'en reste pas moins vrai que les chrétiens se sont éveillés relativement tard à l'écologie, et parmi eux, ce sont souvent des protestants qui ont été précurseurs. Jean-Marie Pelt rappelle que durant le premier millénaire – et encore aujourd'hui chez les orthodoxes – on dit qu’il y a deux voies pour rencontrer Dieu : l’Écriture Sainte et la beauté de la Création. La deuxième voie a été oubliée par le catholicisme depuis la Renaissance, surtout avec Descartes et les philosophes, pour qui les hommes sont devenus « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Il faut donc un travail d'explication très important pour indiquer comment interpréter les premiers chapitres du Livre de la Genèse. Il ne faut pas en rester à la position des darwinistes qui tend à l'athéisme, mais dire clairement que la Bible n'a pas la prétention d'être un texte scientifique, et restituer la dimension spirituelle et morale des représentations qu'elle véhicule[9].

L'encyclique Laudato si'Modifier

Article détaillé : Laudato si'.

L'encyclique et ses enjeuxModifier

L'encyclique Laudato si' « sur la sauvegarde de la maison commune » du pape François est la première encyclique d'un pape entièrement consacrée à la sauvegarde de la Création, aux questions d'« écologie intégrale » et de développement durable. Elle est adressée « à chaque personne qui habite cette planète ». Selon François, l'écologie intégrale revêt une triple dimension environnementale, économique et sociale[10]. On retrouve ainsi les trois piliers du développement durable. Le titre de l'encyclique reprend les premiers mots du Cantique des créatures de François d'Assise (« Loué sois-tu » en français).

Dans cette encyclique, le pape François constate les effets des activités humaines sur l'environnement (réchauffement climatique,...), critique le court-termisme de notre civilisation, voit dans « la globalisation du paradigme technocratique » la cause de la crise écologique actuelle, se préoccupe de l'« inégalité planétaire » entre les pays du Nord et les pays du Sud et notamment des pays les plus pauvres, se montre attentif aux besoins des générations futures[11].

Cette encyclique constitue une étape nouvelle dans la pensée sociale de l'Église, en portant un regard critique sur l'évolution des sociétés globalisées, sur le néolibéralisme triomphant et sur la croyance naïve dans les vertus du marché et du progrès technique. Elle appelle à une révolution écologique, un changement de paradigme, c'est-à-dire un changement dans les manières de penser[12]. Selon le CERAS, il s'agit sans doute du « document magistériel le plus important de l'Église catholique depuis Vatican II »[13]. Selon Mgr Rey, « Le pape projette l’écologie dans l'économie du salut »[14].

Les suites : référents diocésains à l'écologie intégraleModifier

En France, l'encyclique Laudato si' a confirmé l'engagement de l'Église de France dans l'écologie intégrale et la sauvegarde de la Création. Quelques diocèses (Lyon, Nanterre, Chambéry, Lille) avaient déjà nommé un référent diocésain à l'écologie. Elena Lasida, chargée de mission « Écologie et société » de la Conférence des évêques de France, a appelé en juin 2016 à généraliser ces initiatives, de façon à ce que chaque diocèse ait un référent à l'écologie intégrale, qui soit accompagné par un chargé de mission à l'écologie intégrale en service civique[15].

Aspects théologiquesModifier

Articles détaillés : Écothéologie et Théologie de la Création.

Vittorio Hösle estime que les Églises ont une responsabilité sur les questions d'écologie, qu'elles doivent sensibiliser leurs fidèles, mais qu'elles ont tardé à se préoccuper de ces questions. Il pense qu'il existe des besoins de formation des théologiens en ce qui concerne l'écologie[16].

Temps pour la CréationModifier

 
Création de la Lumière, gravure de Gustave Doré.

En 2007, la Troisième Assemblée Œcuménique Européenne à Sibiu, en Roumanie, a proposé de célébrer un « Temps pour la Création » d’une durée de cinq semaines entre le 1er septembre (mémoire orthodoxe de la divine création) et le 4 octobre (mémoire de François d'Assise dans l’Église catholique et dans certaines autres traditions occidentales)[17].

Lors du pèlerinage pour la sauvegarde de la Création du 1er au 5 septembre 2010 de cinquante délégués des Conférences épiscopales d’Europe provenant de plus de quinze pays, en Hongrie, Slovaquie et Autriche, un message a été délivré :

« Nous appelons en particulier à la prière et à l’action communes avec d’autres Églises chrétiennes et communautés ecclésiales, à l’instar de la prière œcuménique qui a eu lieu à St. Pölten dans le cadre de ce pèlerinage. Nous encourageons chaudement les Églises locales à participer à l’initiative du « Temps pour la Création » lancée en 2007 au 3e Rassemblement œcuménique européen de Sibiu (Roumanie), qui prévoit de dédier la période comprise entre le 1er septembre et le 4 octobre – fête de saint François d’Assise – à la prière et aux actions en faveur de la création, comme le font déjà certaines Conférences épiscopales et Églises. »[18]

Pour aider les communautés chrétiennes à préparer le temps pour la Création (1er septembre au 4 octobre), les évêques de France ont établi une fiche qui contient des propositions[19] :

  • textes bibliques ;
  • textes de la tradition chrétienne ;
  • œuvres musicales ;
  • intentions de prière ;
  • chants ;
  • pistes d'action individuelle ou en famille ;
  • en groupe, visite d'agriculteurs, de personnes isolées ;
  • sortie en groupe en forêt ou dans un lieu naturel...

Certaines paroisses organisent pendant le temps pour la Création des conférences sur l'écologie, où des pèlerinages où sont abordés les questions de sauvegarde de la Création.

Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la CréationModifier

 
Albrecht Dürer, prière

Depuis 1989, à l'initiative du patriarche Dimitri Ier de Constantinople, l'Église orthodoxe a adopté une journée annuelle de prière pour la sauvegarde de la Création, le 1er septembre, au début de l'année liturgique orthodoxe. Le 6 août 2015, le pape François, sur la suggestion du métropolite Jean de Pergame représentant le patriarche Bartholomée, a retenu cette même date pour instituer la journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création dans l'Église catholique, invitant les autres Églises chrétiennes à se joindre à ce mouvement.

En 2016, lors de la deuxième journée mondiale de prière pour la Création, le pape François a ajouté aux 14 œuvres de miséricorde traditionnelles, deux œuvres de miséricorde, l'une corporelle, l'autre spirituelle, consacrées à la sauvegarde de la Création. Il a invité les chrétiens à se repentir pour les péchés contre la Création.

En 2017, lors de la troisième journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, le pape François et le patriarche Bartholomée ont envoyé un message commun, et ont lancé « un appel urgent à ceux qui ont des responsabilités sociales et économiques, aussi bien que politiques et culturelles, pour qu’ils entendent le cri de la terre et subviennent aux besoins des marginalisés, mais surtout afin qu’ils répondent à la demande de millions de personnes et appuient le consensus du monde entier pour guérir notre création blessée »[20]. Ce message conjoint souligne la dimension œcuménique de la sauvegarde de la Création.

Péché contre la CréationModifier

 
Fumées industrielles généralement chargées de résidus de combustion.

Dans son message pour la deuxième journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création le , le pape François reprend la citation du patriarche Œcuménique Bartholomée Ier de Constantinople déjà mentionnée dans l'encyclique Laudato si' : « Que les hommes détruisent la diversité biologique dans la création de Dieu ; que les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique, en dépouillant la terre de ses forêts naturelles ou en détruisant ses zones humides ; que les hommes polluent les eaux, le sol, l’air : tout cela, ce sont des péchés ». Il invite à « chercher la miséricorde de Dieu pour les péchés contre la création que jusqu’à maintenant nous n'avons pas su reconnaître et confesser », en faisant un examen de conscience, en se repentant, et en ayant recours au sacrement de pénitence et de réconciliation[7].

Mgr Paul Ruzoka, évêque de Cigoma en Tanzanie, a utilisé de son côté l’expression « péché contre la terre », dans son intervention au synode africain de 1994. Pour cet évêque, la prédication doit restituer le sens du péché, en particulier celui du péché social ou structurel. Selon Jean-Marc Ela, dans l’Exhortation apostolique post-synodale de Jean-Paul II sur l’Église en Afrique, le pape ne fait aucune allusion au « péché contre la Création » pourtant si visible dans les pays visités par le Pontife romain, bien que celui-ci ait constamment alerté sur la dégradation de l'environnement[21].

Pour sœur Cécile Renouard, l'inertie écologique est un péché social[22].

Notes et référencesModifier

  1. Thomas Michelet, Les papes et l'écologie, De Vatican II à Laudato si', Artège, 2016
  2. Discours du pape Paul VI à l'occasion du 25e anniversaire de la F.A.O. », 1970, DC no 1575, p. 1051-1056
  3. Jean-Paul II, Les gémissements de la création, vingt textes sur l'écologie, présentation de Jean Bastaire, Parole et Silence, 2006
  4. Message de sa sainteté Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2010, Si tu veux construire la paix, protège la création
  5. Voir l'article Dialogue entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe
  6. Signature de la « déclaration de Venise », déclaration commune du Saint-Père et du patriarche œcuménique Sa Sainteté Bartholomée Ier, lundi 10 juin 2002
  7. a et b Pape François, Message pour la deuxième Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création
  8. Lettre du pape François pour l'institution de la journée mondiale de prière pour la sauvegarde de Création (1er septembre)
  9. Jean-Marie Pelt, un regard chrétien sur l’écologie
  10. Laudato si', quatrième chapitre
  11. Lettre encyclique Laudato si' du Saint père François sur la sauvegarde de la maison commune
  12. Résumé et commentaire de l'encyclique Laudato Si'
  13. Laudato Si : un appel en faveur d’une « écologie intégrale »
  14. Samuel Pruvot, « Le pape projette l’écologie dans l’économie du Salut », Famille chrétienne, 18 juin 2015, lire en ligne
  15. Elena Lasida, « Référents diocésains à l’écologie intégrale », 27 juin 2016, lire en ligne sur le site de la Conférence des Évêques de France
  16. Vittorio Hôsle, Philosophie de la crise écologique, 1990, p. 122
  17. Pape François, Message pour la deuxième Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, lire en ligne
  18. Message final du pèlerinage pour la sauvegarde de la Création
  19. Temps de la création : propositions pour les communautés chrétiennes
  20. Message commun du pape François et du patriarche œcuménique Bartholomée pour la Journée mondiale de prière pour la Création 2017
  21. Santé de la terre : Parole à Jean-Marc Ela
  22. Cécile Renouard, « Penser la sortie de crise à partir du lien social et de l'écologie », La Croix, 18 novembre 2013, lire en ligne

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Laudato Si', édition commentée sous la direction des jésuites du CERAS
  • Jean-Philippe Barde (dir.), Crise écologique et sauvegarde de la création, une approche protestante, Édition Première Partie, février 2017
  • Patriarche Bartholomée, Et Dieu vit que cela était bon, 64 p., juillet 2015
  • Jean Bastaire (avec Hélène Bastaire), Le salut de la Création : essai d'écologie chrétienne, Desclée de Brouwer, 1996.
  • Jean Bastaire (avec Hélène Bastaire), Pour une écologie chrétienne, Cerf, novembre 2004
  • Jean Bastaire, Le gémissement de la Création : vingt textes sur l'écologie (de Jean-Paul II), Parole et Silence, 2006
  • Jean Bastaire (avec Hélène Bastaire), La création, pour quoi faire ? : une réponse aux créationnistes, éditions Salvator, 2010
  • André Beauchamp, Pour une sagesse de l’environnement, Novalis, 1992, 221 p.
  • André Beauchamp, Devant la création, éditions Fides, 1997
  • André Beauchamp, Environnement et Église, éditions Fides, 2008, 167 p.
  • Dave Bookless, Dieu, l'écologie et moi, Excelsis, 2014, 208 p.
  • CEF, Conseil pour les questions familiales et sociales, La Création au risque de l’environnement, Bayard-Cerf-Fleurus-Mame, 57 p., 2008
  • Gilles Danroc et Emmanule Cazanave (dir.), Laudato si' Pour une écologie intégrale, Lethielleux Éditions, 2017
  • Falk van Gaver, L’Écologie selon Jésus-Christ, éditions de l’Homme Nouveau, 2011
  • Olivier Landron (textes rassemblés par), Mgr Marc Stenger (dir.), Écologie et création, Enjeux et perspectives pour le christianisme aujourd'hui, Colloque organisé par la Faculté de théologie d'Angers, Université Catholique de l'Ouest, Parole et Silence, 17 mai 2008
  • Norman Levesque, Prendre soin de la création, éditions Novalis, 2013
  • Thomas Michelet, Les papes et l'écologie, De Vatican II à Laudato si', Artège, 2016
  • Jürgen Moltmann, Dieu dans la création, Traité écologique de la création, coll. Cogitatio fidei no 146, Paris, Cerf, 1988, 419 p. (Gott in der Schöpfung, Ökologische Schöpfungslehre, München, Chr. Kaiser, 1985).
  • Théodore Monod, Enfants de la Terre, Alice, 94 p., 2000
  • Patrice de Plunkett, L'écologie, de la Bible à nos jours, Pour en finir avec les idées reçues, éditions de l'Œuvre, 22 mai 2008
  • Fabien Revol, Alain Ricaud, Une encyclique pour une insurrection écologique des consciences, Parole et Silence, 2015
  • Fabien Revol et Jean-Marie Gueullette (dir.), Avec les créatures, Pour une approche chrétienne de l'écologie, éditions du Cerf, 224 p., mai 2015
  • Claude-Henri Rocquet, Saint François parle aux oiseaux, Les Éditions Franciscaines, 52 p., 2005
  • Yves Urvoy, L'écologie et l'Église
  • Paroisses vertes : guide écologique à l’attention des Églises, Labor et Fides, Genève, 2010
  • Gaultier Bès, Marianne Durano et Axel Norgaard Rokvam, Nos limites, pour une écologie intégrale, Le Centurion, 2014

Articles connexesModifier

Liens externesModifier