Sanchi Stupa No.2

bâtiment en Inde

Le Stupa No 2 à Sanchi, également appelé Sanchi II, est l'un des plus anciens stupas bouddhistes en Inde, et forme une partie du complexe Bouddhiste de Sanchi. Il est d'un intérêt particulier puisque c'est le premier cas connu d'importants reliefs décoratifs en Inde, probablement antérieur aux reliefs du Temple de la Mahabodhi à Bodhgaya, ou aux reliefs de Bharhut[1]. Ce stupa présente ce qui a été appelé « les plus vieilles décorations de stupa en existence. »[2] Le Stupa numéro II de Sanchi est ainsi considéré comme le berceau des illustrations de Jataka.

FondationModifier

 
Carte de la colline Sanchi, avec le Stupa No 2 à l'extrême gauche, à l'ouest.

Le Stupa No 2 est situé dans le complexe Bouddhiste de Sanchi. Il a probablement été fondé plus tard que le Grand Stupa (Stupa numéro 1) à Sanchi, mais il contenait néanmoins des reliquaires datés de l'Empire Maurya (323-185 av. J.-C.), et il a été le premier à recevoir des reliefs décoratifs, environ un siècle plus tôt que le Stupa No 1.

L'un des principaux indicateurs de la date du Stupa de Sanchi N ° 2 a été la similitude de ses motifs architecturaux avec ceux du Pilier d'Héliodoros, qui est datable à environ 113 av.JC en raison de sa création au cours du règne de l'Indo-grec Antialcidas, ainsi que des similitudes de la paléographie des inscriptions[3].

Le Stupa est situé à l'extérieur du complexe principal de Sanchi, à environ 300 mètres à l'ouest, sur la pente de la colline de Sanchi[4]. Il est situé dans une position plus basse que le Stupa No 1 parce que les reliques qui y sont contenues, sont celles de dignitaires de l'église de l'époque d'Ashoka, qui ont été considérés comme dignes d'une position plus basse que le Bouddha lui-même dans le Stupa numéro 1, ou de ses disciples dans le Stupa numéro 3.

ReliquesModifier

 
Une partie des reliques trouvées dans Stupa No 2. Reliquaire au Victoria and Albert Museum [2].

Le Stupa contenait un reliquaire parallélépipèdique avec quatre petits coffrets oblongs de stéatite à l'intérieur, contenant des ossements humains. Une inscription en Brahmi a été trouvée sur le reliquaire, mentionnant qu'il contenait des "reliques de tous les enseignants, y compris Kasapagota et Vachi-Suvijayita". En outre, dix saints sont mentionnés sur les coffrets, qui ont soit participé au Troisième Conseil Bouddhiste tenu par Ashoka, soit été envoyés comme émissaires dans l'Himalaya pour prêcher la doctrine Bouddhiste. Parmi eux se trouve un "Mogaliputa", qui est peut-être Mogaliputa Tissa, qui a présidé le Troisième Conseil Bouddhiste, mais cela est contesté. Le même type d'inscription se retrouve a Sonari et à Andher, suggérant que les cendres furent partagées entre ces trois stupas[5].

Le reliquaire est fait de stéatite marbrée, tourné sur un tour. Il contenait quatre petits morceaux d'os calciné. Il est de forme globulaire aplatie, avec un petit disque en forme de chattra (parasol royal) sur le couvercle. Le seul ornement consiste en quelques anneaux concentriques. Sur l'extérieur du corps et le couvercle, et à l'intérieur du couvercle, on trouve trois inscriptions pali , écrites dans les premiers caractères Brahmi[6].

Le contenu des reliefsModifier

Généralement, les premiers médaillons à Sanchi sont datés de 115 av. J.-C., tandis que les plus vastes sculptures sur les piliers sont datées d'environ 80 av. J.-C.[7], ou près d'un siècle plus tard que les premières, autour de 15 avant notre ère.

Première période (vers 115 av. J.-C.)Modifier

Ces reliefs à partir du début de la période de Sanchi II (vers 115 av. J.-C.) sont les premiers exemples connus de bas-reliefs en pierre en Inde[8].

Padakusalamanava Jataka
Gauche: Le bas-relief de la femme à tête de cheval dans le Mahabodhi Temple de Bodh Gaya.
Droite: Un bas-relief similaire à Sanchi N°2.

Le bas-relief d'une femme à tête de cheval, similaire à un autre au temple de la Mahabodhi de Bodh Gaya, est considéré comme la première représentation connue d'un Jataka (une histoire de vies antérieures du Bouddha), le Padakusalamanava Jataka, dans lequel une ogresse à tête de cheval tombe amoureuse de l'une de ses proies, et le Bodhisattva (le futur Bouddha) est né de leur union.

 
Les piliers de la période Sunga étaient initialement vides de décorations (à gauche: Grand Stupa de Sanchi), et n'ont commencé à être décorés que vers 115 av. J.-C. avec le Stupa N ° 2 (à droite).

Ces premières tentatives de l'art narratif sont aniconiques, car elles ne représentent pas le Bouddha directement, mais seulement son apparition dans des vies antérieures, ou ses symboles.

Il y a en tout 455 médaillons et demi-médaillons, dont 293 représentent des fleurs de lotus, et 126 un lotus avec un autre motif. Seuls 36 médaillons représentent un autre sujet. Pour la première fois des motifs clairement bouddhistes sont représentés, en particulier les quatre grands événements de la vie du Bouddha: la Naissance, l'Illumination, le Premier Sermon et la Maladie[9]. Certains auteurs considèrent que ces bas-reliefs sont le prélude (le "prolegomenon") de l'iconographie des bas-reliefs de Bharhut (100-80 av. J.-C.) ainsi que des illustrations plus tardives et plus sophistiquées sur les toranas du Grand Stupa de Sanchi (1iers siècles av./ap. J.-C.).

Influence du nord-ouest

Les bas-reliefs les plus anciens du Stupa No 2 ont peut-être été réalisés par des artisans en provenance du nord-ouest, probablement la région indo-grecque du Gandhara, car on a retrouvé sur les pierres des inscriptions de maçon en caractères kharoshthi, le script utilisé dans le nord-ouest), par opposition au script brahmi local. Cela suggère que ces artisans étrangers en provenance du nord-ouest furent les auteurs de certains des bas-reliefs les plus anciens du stupa, et dont certains ont des motifs d'inspiration étrangère[10].

Au moment où furent réalisés les premiers bas-reliefs du Stupa No 2, vers 115 av. J.-C., l'ambassade d'Héliodore pour le roi indo-grec de Taxila, nommé Antialkidas, était en visite à Vidisha, à environ 5 km de Sanchi, à la cour du roi des Sungas Bhagabhadra. À Vidisha, Héliodore établit le pilier d'Héliodoros avec une dédicace à Vāsudeva. Cela semble indiquer que les relations entre les Indo-Grecs et les Sungas s'étaient améliorées à ce moment, que les gens ont voyagé entre les deux royaumes, et aussi que les Indo-Grecs suivaient volontiers les religions indiennes[11].

Certains motifs tels que des illustrations de chameaux montrent aussi une influence du nord-ouest[12].

Bas-reliefs anciens de Sanchi, motifs d'origine étrangère, Stupa No2 (environ 115 av. J.-C.)

Certains motifs représentent des scènes d'origine centre-asiatique, réminiscents de l'art perse ou parthe ou évoquant l'iconographie d'Héraclès, en particulier une scènes de lutte à main nue contre des lions[14].

Motifs floraux

La vaste majorité des médaillons et demi-médaillons les plus anciens (293 sur 455) sont simplement constitués d'un motif de lotus. Et 126 médaillons et demi-médaillons supplémentaires représentent un lotus accompagné d'un autre motif. Certains motifs reprennent des formes décoratives hellénistiques.

Bas-reliefs anciens de Sanchi, motifs floraux, Stupa No2 (environ 115 av. J.-C.)
Symboles bouddhistes

Parmi les médaillons, les symboles purement bouddhistes sont assez rares, bien qu'apparaissent par endroits les motifs de triratna, de palmette (visible déjà dans le chapiteau de Pataliputra, IIIe siècle av. J.-C.), au milieu des multiples motifs de lotus.

Bas-reliefs anciens de Sanchi, symboles bouddhistes, Stupa No2 (environ 115 av. J.-C.)

Deuxième période (vers 15 av. J.-C.)Modifier

Environ un siècle plus tard, certains bas-relies plus descriptifs ont été ajoutés sur les piliers verticaux aux quatre points d'entrée, et parfois superposées sur les précédents, qui montrent clairement l'évolution du Bouddhisme au cours de la période intermédiaire. Cette fois, les reliefs sont beaucoup plus bouddhistes dans leur caractère, et sont contemporains avec les reliefs des toranas du Grand Stupa de Sanchi.

Certains motifs représentent à nouveau des scènes d'origine centre-asiatique, réminiscents de l'art perse ou parthe ou évoquant l'iconographie d'Héraclès, en particulier des scènes de combats contre des lions, et dont les costumes ne sont pas caractéristiques des costumes indiens traditionnels : port de bottes, tuniques couvrant l'ensemble du corps, tête non couverte du turban indien. Ces costumes seraient plutôt caractéristiques des populations Saka du nord-ouest[15],[16].

Bas-reliefs plus récents à Sanchi, Stupa de No2 (vers 15 av. J.-C.)

Liens externesModifier

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Voir aussiModifier

Stupas limitrophes de Sanchi
Satdhara   Bhojpur
Sonari Saru Maru Andher

RéférencesModifier

  1. Didactic Narration: Jataka Iconography in Dunhuang with a Catalogue of Jataka Representations in China, Alexander Peter Bell, LIT Verlag Münster, 2000 p.15ff
  2. "The railing of Sanchi Stupa No.2, which represents the oldest extensive stupa decoration in existence, (and) dates from about the second century B.C.E" Constituting Communities: Theravada Buddhism and the Religious Cultures of South and Southeast Asia, John Clifford Holt, Jacob N. Kinnard , Jonathan S. Walters, SUNY Press, 2012 p. 197
  3. Buddhist Landscapes in Central India, Julia Shaw, 2013 p.88ff
  4. Monuments Of Sanchi Vol.1, John Marshall p.79ff
  5. Buddhist Architecture de Huu Phuoc Le p.148
  6. Notice du Victoria and Albert Museum [1]
  7. a et b Buddhist Landscapes in Central India: Sanchi Hill and Archaeologies of Religious and Social Change, C. Third Century BC to Fifth Century AD, by Julia Shaw, Left Coast Press, 2013 p. 90
  8. Buddhist Landscapes in Central India: Sanchi Hill and Archaeologies of Religious and Social Change, C. Third Century BC to Fifth Century AD, Julia Shaw, Left Coast Press, 2013 p.88ff
  9. Buddhist Architecture, Huu Phuoc Le, Grafikol, 2010 p. 149
  10. An Encyclopaedia of Indian Archaeology, by Amalananda Ghosh (en), BRILL p. 295
  11. Ancient Indian History and Civilization, Sailendra Nath Sen, New Age International, 1999 p. 170
  12. AIIS
  13. An Indian Statuette From Pompeii, Mirella Levi D'Ancona, in Artibus Asiae, Vol. 13, No. 3 (1950) p. 171
  14. a et b "A man wrestling with an upright lion on a second stupa relief at north Indian Sanchi" The Parthian Period by Malcolm A. R. Colledge
    "The scene of king versus rampant lion appears on the coins of Persian satraps in Cilicia. At Dura the oriental tradition is so strong that even Heracles is represented fighting with upraised club a rampant lion; and it is of special interest to note that this same oriental scene of hero fighting rampant lion occurs on the sculptures of the railing pillars of Stupa II at Sanchi in India. The motif was, therefore, widespread and might be called a stock scene in the Parthian repertoire." (Berytus: Archaeological Studies p.291)
  15. a et b According to Ciro Lo Muzio, this is "a relief showing a male figure of north-western or Central Asian origins, as revealed by his attire: a tight sleeved tunic with folds rendered with parallel lines forming a chevron-like motif along the arms. But for a few details, the figure, possibly depicting a Saka, strongly recalls the members of a drinking couple in a toilet-tray in the British Museum: same tunic, same chevron pattern on the sleeves (and, in the toilet tray, also on the "solar" motif framing the couple), a very similar hair treatment, and eyelids in strong relief, a detail which is not found on other human figures on the same vedika." in Problems of Chronology in Gandhāran Art: Proceedings of the First International Workshop of the Gandhāra Connections Project, University of Oxford, 23rd-24th March, 2017, p. 130
  16. a et b "A very unusual lower dress is worn by a curly headed man depicted on the ground rail pillar at Sanchi; he is defending himself from the attack of a lion with the help of a shield. He is wearing a plaited short skirt like dress" in Material Life of Northern India, Asha Vishnu
    "A somewhat earlier relief on a railing column of the Small Stupa at Sanchi, Madhya Pradesh (second century B.C.E., sandstone) figures a man engaged in a lion hunt. The panel shows a realistic lion, except for its manes, which are in the shape of small round curls, not unlike those of the Buddha. The lion is more standing upright than thrusting forward, but this may be due to lack of space. The hunter or hero wears non-Indian clothes—boots, a skirt till his knees, a kind of T-shirt and a helmet—, which might indicate a foreign hero or story. Theoretically, the story line of this panel may be based on the Greek Heracles myth as well." in Animals in Stone: Indian Mammals Sculptured Through Time by Alexandra Anna Enrica van der Geer.