San Lazzaro degli Armeni

île vénitienne occupée par un monastère arménien

San Lazzaro degli Armeni
Image illustrative de l’article San Lazzaro degli Armeni
Présentation
Culte Catholique arménien
Type Monastère
Rattachement Congrégation des pères mékhitaristes
Début de la construction XIIe siècle / XVIIIe siècle
Géographie
Pays Italie
Région Vénétie
Ville Venise
Coordonnées 45° 24′ 43″ nord, 12° 21′ 41″ est
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
San Lazzaro degli Armeni

San Lazzaro degli Armeni (en arménien Սուրբ Ղազար կղզի, « île Saint-Lazare » ; San Làzaro dei Armeni en vénitien, en français Saint-Lazare des Arméniens) est une île de la lagune de Venise. Elle est située à une centaine de mètres à l'ouest de l'île du Lido.

Elle est entièrement occupée par un monastère arménien, siège de la congrégation des pères mékhitaristes.

Histoire modifier

Moyen Âge modifier

En 810, la République de Venise décide d'octroyer la garde de cette île artificielle à l'abbé du monastère bénédictin de Saint-Hilaire de Fusina. En 1182, le lazaret de San Trovaso est transféré ici sur initiative du patricien vénitien Leon Paolini. L'île prend alors son nom actuel. C'est aussi à ce moment qu'est construite la première église, dédiée à saint Léon le Grand. Au XIVe siècle est construite l'église actuelle de San Lazzaro.

La diminution des cas de lèpre à la fin du XVIe siècle fait que l'île est désertée après le transfert des actifs vers Santi Giovanni e Paolo à Venise en 1601. En 1651, quelques pères dominicains, chassés de Crète par les Ottomans, s'installent sur l'île pendant une vingtaine d'années.

Période moderne modifier

En 1678, c'est au tour de jésuites, qui y restent peu de temps, car le Sénat décide de la transformation en une usine d'armes pour sa guerre de Morée.

En 1717, l'île, abandonnée après le XVIIe siècle, est offerte par la Sérenissime république à un moine arménien, le père Mékhitar de Sébaste, qui a fui la persécution turque à Constantinople. Aidé de plusieurs moines, il restaure l'église du XIIe siècle et fonde un monastère. En 1805, Napoléon Bonaparte incorpore Venise à son nouveau royaume italien. Prenant connaissance du travail scientifique et littéraire pratiqué au sein du monastère (alors dirigé par l'abbé Koverakonts), il décide de lui laisser une totale autonomie. Le manuscrit signé par l'empereur est aujourd'hui conservé au monastère.

Depuis cette époque, l'île a été plusieurs fois agrandie et atteint aujourd'hui trois hectares, soit quatre fois sa taille initiale.

Géographie et situation modifier

L'île est située dans la lagune de Venise, à 3 kilomètres au sud-est de la place Saint-Marc et à 200 mètres à l'ouest de l'île du Lido. L'unique moyen d'accès à l'île est le bateau et notamment la ligne numéro 20 du vaporetto qui relie la place Saint-Marc à San Servolo puis Saint-Lazare.

Le monastère arménien modifier

Le monastère est aujourd'hui habité en permanence par une dizaine de personnes (moines, gardien et jardinier). Contrairement à la plupart des monastères catholiques, les moines mékhitaristes ne vouent pas leur existence au travail agricole ou manuel, mais au travail intellectuel et scientifique.

En plus de la messe dominicale, des visites guidées sont organisées quotidiennement à 15h30 en plusieurs langues : italien, français, anglais, arménien et allemand.

Les collections du musée du monastère conservent des milliers d'œuvres d'art dont des statues, des icônes, des tableaux, des écrits et des armes anciennes. La momie égyptienne de Mekhmeket ayant environ 4000 ans d'âge et son sarcophage sont le clou de l'exposition[1].

La bibliothèque abrite 200 000 volumes dont certains de très anciennes bibles, les premières bandes dessinées (décrivant la Passion du Christ) et livres de poche, ainsi que d'anciens manuscrits arabes, indiens ou égyptiens. Certains de ces manuscrits ont été prêtés au musée du Louvre en février 2006 pour l'exposition Armenia Sacra dans le cadre de l'année de l'Arménie en France.

Œuvres peintes par Francesco Zugno modifier

Le plafond de la bibliothèque, ainsi que quelques tableaux de l'église sont l'œuvre du peintre vénitien Francesco Zugno (1709-1787), dans le style de Giambattista Tiepolo[2]. En ce qui concerne les fresques de Zugno, certaines sont très abîmées par un incendie, comme le Jugement de sainte Catherine d'Alexandrie (fresque centrale du plafond de la bibliothèque), mais d'autres sont encore visibles comme Les Pères de l'Église d'occident, qui faisait pendant aux Pères de l'Église d'orient aujourd'hui disparue[3]. Une Allégorie de la Foi se distingue, fresque en camaïeu de sépia, au-dessus de la porte d'entrée, côté intérieur de la bibliothèque, de même que quatre dessus de fenêtre en camaïeu de vert, représentant les quatre Évangélistes[4]. Enfin, dans l'escalier dit « de l'abbé Mékhitar » (qui conduit à la même bibliothèque), également une fresque de Zugno au plafond dont l'iconographie fut longtemps erronée dans la bibliographie sous le nom de l'Ange réconfortant Daniel. En fait après étude elle se révèle plutôt être Habacuc et saint Michel Archange, une allégorie de l'histoire personnelle de l'abbé Mékhitar de Sébaste, qui comme Habacuc a affronté mille tempêtes avant de trouver l'asile qui lui a permis de se consacrer à l'étude et à l'écriture[5].

À l'intérieur de l'église ainsi que dans les appartements des pères, se trouvent d'autres œuvres de Francesco Zugno. L'une des plus remarquables est Saint Antoine abbé résistant à la Tentation (il s'agit de saint Antoine le Grand), une grande Pala à droite de l'autel majeur. Elle fut peinte en 1737 et représente le saint en extase dans un paysage rude et montagneux, où s'enfuient des figures démoniaques. Dans la partie supérieure, apparait le Christ accompagné d'un ange et de chérubins. Le tableau, riche de significations et de symboles, est très expressif. L'influence de Jérôme Bosch se fait sentir dans la représentation des figures démoniaques, de même que celles de Giambattista Tiepolo et de Paul Véronèse dans la façon de faire les ombres et le rendu de la figure extatique[6]. On souligne également la partie supérieure du tableau, qui n'est pas étrangère au style de Sebastiano Ricci. Le jeu des couleurs est remarquable[7], de même que l'opposition entre l'élégance des figures célestes comme l'ange et la rudesse du personnage de saint Antoine, représenté avec les traits du fondateur du couvent, l'abbé Mékhitar de Sébaste[8].

Un intéressant triptyque de Zugno se trouve au premier étage des appartements des pères : Saint Grégoire baptisant le roi d'Arménie, toujours dans les années 1737-1740[9], un tableau d'autel à trois volets sous la forme du retable, ce qui est plutôt rare au XVIIIe siècle. Il représente un des évènements majeurs de la culture chrétienne arménienne, le baptême du roi Tiridate III (287-330) par saint Grégoire l'Illuminateur (Surb Grigor Lusavoritch)[10]. L'influence de Véronèse pour la composition est évidente[11]. Les traits stylistiques de Zugno sont déjà présents dans cette œuvre de jeunesse, comme l'allongement des figures ou encore les formes arrondies des visages. À noter que la tête de saint Grégoire reprend les traits du visage de l'abbé Mékhitar de Sébaste, commanditaire du tableau. Les deux panneaux latéraux représentent, quant à eux, les scènes du Martyre de Saint Grégoire l'Arménien, disposées sur un fond d'éléments très décoratifs dont la douceur tranche avec la cruauté des moments représentés[12]. On retrouve le style propre au peintre dans l'allongement des petites figures minces et élégantes dans une formule néo-maniériste, qui deviennent plus tard un leitmotiv du peintre, surtout quand il collabore avec le quadraturista Francesco Battaglioli[13].

Sources modifier

Références modifier

  1. Jean-Marie Sicard, « Des momies à Venise », 2023, [1].
  2. (it) Rodolfo Pallucchini, La pittura nel Veneto, Il Settecento, II, Milan, 1996, p.202 et p.203, fig.296.
  3. Éric Humbert-Zugno, Recherches sur Francesco Zugno (1709-1787), peintre de l'entourage de Tiepolo, Institut d'Histoire de l'Art, Université de Strasbourg, 1998, tome I p.129 et tome II, fiche 18 et suivantes.
  4. (it) G.M. Pilo, Francesco Zugno, Saggi e Memorie di Storia del Arte, II, 1959, p. 237 et 360
  5. Éric Humbert-Zugno, op. cit., fiche 26.
  6. (it) G.M. Pilo, op. cit., p. 326 et 361
  7. (it) Rodolfo Pallucchini, op. cit., p. 201 et 202, fig. 292.
  8. communication orale du père Vertanès, 1997.
  9. (it) G.M. Pilo, op. cit., II, p. 326, fig.2 et 361.
  10. (it) B.L. Zekian et Sartor Yardemian, Dall'Ararat a San Lazzaro, Venise, 1991, p. 17.
  11. Voir La Consécration de saint Nicolas par l'évêque de Mira de Paolo Véronèse, National Gallery de Londres.
  12. Éric Humbert-Zugno, op. cit., tome II, fiches 9 et 10.
  13. (it) Rodolfo Pallucchini, op. cit., p. 201, fig. 293-294.

Bibliographie modifier

Filmographie documentaire modifier

Voir aussi modifier

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Articles connexes modifier

Liens externes modifier