Sam Harris

écrivain américain

Sam Harris, né le , est un écrivain américain, spécialiste des neurosciences, cofondateur et responsable du Project Reason.

Sam Harris
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Sam Harris en 2016
Nom de naissance Samuel Benjamin Harris
Alias
Sam Harris
Naissance (55 ans)
Los Angeles, Californie
Nationalité Américaine
Profession
Écrivain, spécialiste des neurosciences
Famille
Annaka Harris (épouse)
Signature de Sam Harris

Il est l'auteur d'ouvrages à succès dans le monde anglo-saxon tels que The End of Faith, best seller resté au classement des meilleures ventes selon le New York Times pendant 33 semaines, Letter to a Christian Nation, ou encore The Moral Landscape. Connu pour sa critique acerbe des religions et son scepticisme scientifique, il milite pour la séparation de l'Église et de l'État, la liberté de religion ainsi que le droit de critiquer les religions. Harris est aussi l'auteur de nombreux articles publiés dans le Huffington Post, le Los Angeles Times, le Washington Post, le New York Times, Newsweek, ou encore la revue Nature. Ses contributions portent essentiellement sur la religion, la morale, les neurosciences, le libre arbitre, et le terrorisme.

Figure mondiale[réf. nécessaire] de l'athéisme militant, défenseur reconnu de la pensée scientifique, il donne régulièrement des conférences aux États-Unis et au Royaume-Uni, notamment à l'université d'Oxford, à Cambridge, Harvard, Caltech, UC Berkeley, ou encore à l'université Stanford. Il est invité aux principaux shows télévisés américains tels que Nightline, Real Time with Bill Maher, The O'Reilly Factor, The Daily Show, The Colbert Report, The Last Word, et il a fait une apparition dans le documentaire The God Who Wasn't There.

BiographieModifier

Harris ne s'est pas étendu dans les médias sur les détails de sa vie personnelle[1]. Élevé par une mère de confession juive et un père quaker[1],[2], il a brièvement fréquenté l'Université de Stanford, abandonnant rapidement ses études. Il s'est ouvert publiquement de son expérience avec les amphétamines MDMA quand il était étudiant, et il a évoqué l'inspiration spirituelle et psychologique que cela lui avait insufflé[3]. Il a aussi étudié avec plusieurs maîtres dans les traditions bouddhistes et hindouistes.

Onze ans plus tard, il retourne à Stanford, où il a obtenu un bachelor en arts en philosophie. Il se lance ensuite dans un doctorat (PhD) en neuroscience à l'UCLA[1], utilisant l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour mener des recherches sur les bases neurologiques de la croyance, de l'incroyance et de l'incertitude[4]. En , Sam Harris lance son propre podcast Waking up[5] (plus tard renommé Making Sense). Depuis , il dispense des cours de méditation à travers son application Waking Up[6].

ThèsesModifier

Le message principal de Harris est qu'il est temps d'aborder librement la question de l'idéal de tolérance religieuse[7]p. 14-15. Mettant en avant le problème particulier que posent selon lui l'islam et le terrorisme international, il critique directement les religions, de tout genre et toute forme, pour leurs méthodes de persuasion non fondées sur la rationalité. Il voit dans la religion un frein au progrès et à la marche vers des approches plus éclairées de la spiritualité et de l'éthique.

Bien qu'athée, Harris affirme que ce terme n'est pas vraiment utile. Pour lui, l'athéisme n'est ni un dogme ni une philosophie, mais juste la « destruction de mauvaises idées » que l'on trouve en nombre dans la religion, qui est à ses yeux « une des plus perverses utilisations de l'intelligence que nous ayons créée »[8]. Il compare les croyances religieuses modernes aux mythes de la Grèce antique : tout comme les religions, ceux-ci étaient pris comme des faits, alors qu'ils sont aujourd'hui considérés comme métaphoriques et erronés[9]. Dans une interview sur PBS en , Harris déclare: « Nous n'avons pas de mot pour dire que nous ne croyons pas en Zeus, ce qui revient à dire que nous sommes tous athées par rapport à Zeus. Et nous n'avons pas de mot pour dire que nous ne sommes pas astrologue. » Il poursuit en déclarant que le terme sera inutile quand « nous aurons tous atteint un niveau d'honnêteté intellectuelle tel que nous ne ferons plus semblant d'être certains de certaines choses dont nous ne sommes pas certains »[10], reprenant ainsi une idée exprimée par Bertrand Russell dans l'introduction de ses Essais sceptiques[11].

Il rejette aussi l'affirmation selon laquelle la Bible est inspirée par un dieu omniscient. Selon lui, « si la Bible était un tel livre, elle ferait des prédictions spécifiques et falsifiables sur les événements humains ». Mais en fait « elle ne contient pas une seule phrase qui n'aurait pas pu être écrite par un homme ou une femme vivant au Ier siècle »[12].

Dans The End of Faith, Harris consacre un chapitre à la « nature de la foi ». Son principal argument est que toutes nos croyances, exceptées celles concernant les dogmes religieux, sont fondées sur l'hypothèse, l'expérience et la déduction. Dans n'importe quel autre contexte, les points de vue « sacrés » des religions seraient considérés comme des signes de « démence ». Il porte son attention particulièrement sur la transsubstantiation, cette doctrine de l’Église catholique romaine qui veut que, durant la messe, le pain et le vin de l'Eucharistie changent de substance pour devenir le corps et sang de Jésus Christ. Harris déclare que toute personne qui développerait par elle-même cette foi serait sans nul doute tenue pour « démente ». Dans le contexte religieux, cependant, de tels enseignements ne peuvent — ne doivent — pas être remis en question. Harris note qu'il s'agit « presque d'un accident de l'histoire, qui est considéré normal dans notre société, que de croire que le Créateur de l'univers peut entendre vos pensées alors qu'il s'agit d'une démonstration de maladie mentale de croire qu'il communique avec vous en faisant taper la pluie en code Morse sur la fenêtre de votre chambre »[7]p. 72.

Dialogue intolérantModifier

Harris reconnaît qu'il prêche pour une forme correctrice et apaisée de l'intolérance, qui la distingue de la persécution religieuse telle qu'on a pu la voir dans l'histoire. Il encourage une forme d'intolérance dans la discussion : il faut que les convictions personnelles soient soumises au débat et soutenues par des preuve, et que l'on exige l'honnêteté intellectuelle tant pour les idées religieuses que non-religieuses. De plus, il faut en finir avec l'inhibition qui empêche la critique ouverte des idées, croyances et pratiques religieuses sous le prétexte de « tolérance »[13].

Harris explique que ce type de conversation et de recherche est essentiel au progrès dans tous les autres domaines de connaissance. À titre d'exemple, il suggère que peu de gens exigeraient le « respect » de visions radicalement différentes en physique ou en histoire ; au contraire, remarque-t-il, les sociétés demandent des arguments logiques et des preuves valides dans ces cas-là, et ceux qui ne peuvent fournir des preuves tangibles sont rapidement marginalisés. Dans ces conditions, Harris suggère que la déférence routinière accordée aux idéologies religieuses constitue une double norme. Et cette double norme, après les attaques du , entraîne un risque grave[13].

Dans une interview pour PBS en 2007, Harris explique que « l'utilité de la religion, le fait qu'elle donne à la vie un sens, qu'elle permette aux gens de se sentir bien n'est pas un argument pour la vérité d'une doctrine religieuse. Dire qu'il est raisonnable de croire que Jésus est vraiment né d'une vierge ou que la Bible est la parfaite parole du créateur de l'univers ne constitute pas un argument. Vous ne pouvez pas croire de telles choses, ou vous devriez pouvoir croire en ces choses si vous pensez qu'il y a de bonnes raisons de croire en elles ».

L'Amérique croyanteModifier

Harris base sa critique sur la situation et le rôle de la religion aux États-Unis. Il est inquiet de l'influence négative des dogmes religieux sur de nombreux aspects de la culture américaine. Par exemple, il cite des sondages selon lesquels 44 % des Américains croient qu'il est « certain » ou « probable » que Jésus reviendra sur Terre dans les cinquante prochaines années. Le même pourcentage croit que le créationnisme devrait être enseigné dans les écoles publiques et que Dieu a réellement promis la terre d'Israël aux juifs d'aujourd'hui[14],[15].

Ce type de croyances infondées, souvent dénuées de toute critique objective, empêche de penser un futur durable, selon Harris. Il précise que, à la lumière de la prophétie biblique, un Armageddon général est considéré par beaucoup comme un précurseur nécessaire à la parousie. Harris suggère qu'une importante proportion de la population Américaine pourrait voir un conflit nucléaire au Moyen-Orient comme un événement souhaitable et précurseur de la Fin des temps.

Harris remarque aussi que les mêmes individus qui défendent ces idées sont élus ou élisent des présidents, sénateurs et députés, ce qui enlève à quelqu'un qui ne partage pas la même foi presque toute possibilité d'être élu. Quand George W. Bush invoque publiquement Dieu dans ses discours concernant les affaires étrangères ou la politique intérieure, Harris invite les lecteurs à se demander comment ils réagiraient si le Président citait Zeus ou Apollon de la même manière[14]?

IslamModifier

Si Harris critique toutes les religions, il considère l'islam comme particulièrement dangereux envers la civilisation[16]. Il est d'ailleurs membre du mouvement counter-jihad (en)[17]. Il critique la réponse générale de l'Occident aux attentats terroristes comme ceux du 11 septembre, ainsi que le fait de considérer l'islam comme une « religion de paix » tout en déclarant la « guerre contre le 'terrorisme' ». Harris voit le premier jugement comme contredit par l'analyse, et le second comme dénué de sens[7]p. 31, p. 28.

Il demande au contraire que la civilisation occidentale reconnaisse qu'elle est en guerre contre l'Islam, qui selon lui prône une doctrine de soumission politique et religieuse, non un message de paix. Il observe que le Coran et les hadiths contiennent des incitations à la haine, au meurtre des infidèles et une récompense au paradis (comme les 72 vierges) pour de tels actes. Harris considère le jihad, dans lequel il voit une « métaphysique du martyre », comme très dangereux. Il rejette l'argument selon lequel de tels comportements seraient dus à des musulmans extrémistes, et qu'ils ne seraient pas rejetés par la majorité. Il considère que la controverse concernant les caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten a eu lieu non parce que les dessins étaient irrévérencieux, mais parce que « la plupart des musulmans croient sacrilège de représenter le Prophète ainsi »[18]. Harris maintient donc que l'Occident est en guerre « précisément [contre] la vision de la vie prescrite à tous les musulmans par le Coran, et plus tard élaborée dans la littérature des hadiths »"[7]p. 109-110

Harris reconnaît que d'autres religions que l'islam peuvent inspirer et ont inspiré des atrocités. Il discute l'exemple de l'Inquisition et de la chasse aux sorcières dans The End of Faith. Cependant, il pense que l'islam est plus facilement à la source de tels desseins que la plupart des autres religions. Il explique pourquoi en 2005 :

« Quiconque s'imagine que les préoccupations terrestres expliquent le terrorisme musulman doit répondre à des questions telles que celle-ci : Pourquoi n'y a-t-il pas de kamikazes bouddhistes tibétains ? Les Tibétains ont connu une occupation bien plus brutale, et bien plus cynique, que celle que la Grande-Bretagne, les États-Unis ou Israël ont jamais imposée au monde musulman. Où sont les foules de Tibétains prêtes à perpétrer des attentats suicides contre des non-combattants chinois ? Elles n'existent pas. Quelle est la différence qui fait la différence ? La différence réside dans les principes spécifiques de l'Islam. Cela ne veut pas dire que le bouddhisme ne pourrait pas inspirer et nourrir une violence suicidaire. Il le peut et il l'a fait (Japon, Seconde Guerre Mondiale). Mais cela ne concède absolument rien aux apologistes de l'islam. En tant que bouddhiste, il faut se donner beaucoup de peine pour justifier une telle barbarie. Il n'est pas nécessaire de s'en donner autant si l'on est musulman. La vérité que nous devons enfin affronter est que l'Islam contient des notions spécifiques du martyre et du djihad qui expliquent pleinement le caractère de la violence musulmane. À moins que les musulmans du monde entier ne trouvent un moyen d'expulser la métaphysique qui transforme rapidement leur religion en un culte de la mort, nous serons finalement confrontés au même comportement destructeur pervers dans une grande partie du monde[16]. »

Harris a appelé les communautés musulmanes à critiquer publiquement leur foi et à assister les gouvernements occidentaux pour localiser des extrémistes religieux qui se trouveraient dans leur sein. Il soutient que les croyants doivent être préparés au profilage religieux afin de combattre le terrorisme dans le cas où l'on établirait un lien avéré entre adhésion à l'islam et comportements terroristes[16].


PublicationsModifier

En anglaisModifier

Traductions en françaisModifier

  • Mensonges [« Lying »] (trad. de l'anglais), Paris, Le Cherche midi, , 112 p. (ISBN 978-2-749-15564-7)
  • Pour une spiritualité sans religion [« Waking Up: A Guide to Spirituality Without Religion »] (trad. de l'anglais), Paris, Almora, , 268 p. (ISBN 978-2-351-18337-3)

Notes et référencesModifier

  1. a b et c David Segal, « Atheist Evangelist », sur washingtonpost.com, The Washington Post,
  2. Ron Csillag, « Losing faith in religion », Toronto Star,
  3. http://video.google.com/videoplay?docid=1817047955646441009&hl=en
  4. "Biography for Sam Harris", IMDb.
  5. (en-US) « Making Sense Podcast with Sam Harris | Stream Episodes Now », sur samharris.org (consulté le )
  6. « Waking Up with Sam Harris - Discover your mind. | Waking Up », sur wakingup.com (consulté le )
  7. a b c et d Sam Harris, The End of Faith : Religion, Terror, and the Future of Reason, W.W. Norton & Company,
  8. Sam Harris, « The Problem with Atheism », The Washington Post,
  9. Cicéron mentionne déjà dans une de ses lettres que « plus personne ne croit qu'Atlas porte réellement le monde sur ses épaules aujourd'hui ». Sénèque rappelle de son côté que « pour le philosophe, la religion est fausse, pour le peuple, elle est vraie, pour le dirigeant, elle est utile ».
  10. « Interview: Sam Harris », PBS,
  11. "Introduction : la valeur du scepticisme", Bertrand Russell, Essais sceptiques, Paris, Les Belles Lettres, 2011 [édition originale, 1928].
  12. « Reply to a Christian », sur samharris.org, (consulté le )
  13. a et b Dans The God Who Wasn't There, extended interviews, documentaire interview de Brian Flemming & Sam Harris, 2005, Beyond Belief Media
  14. a et b « The Politics of Ignorance », The Huffington Post
  15. (en) « Pew Research Center - Religion and Politics », Pew Research Center
  16. a b et c (en) Sam Harris, « Bombing our illusions », HuffingtonPost.com, 10 octobre 2005; mis à jour le 25 mai 2011
  17. (en) Jonathan Matusitz, Communication in Global Jihad, Routledge, (ISBN 978-1-000-22435-1, lire en ligne), p. 1988 : « [...] Sam Harris, a neuroscientist who is now a champion of the counter-jihad left, [...] »
  18. (en) Sam Harris, « Who Are the Moderate Muslims? », HuffingtonPost.com,