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Carte des tribus gauloises de Provence.

Les Salyens ou Salluviens (parfois aussi orthographié Salliens ; en latin Salluvii) forment une fédération celto-ligure[réf. nécessaire], qui réunissait les habitants des Bouches-du-Rhône, d'une partie du Vaucluse, du Var et des Alpes-de-Haute-Provence à la fin de la protohistoire.[réf. nécessaire] La fédération comprend entre autres, les Ségobriges, les Avatiques, les Tricoriens, les Anatilii. Selon Étienne Garcin, leur territoire s'étendait d'Arles à Marseille et avait pour capitale Entremont qui est l'actuel Aix-en-Provence[1]. Pour Joël Schmidt[2], les Salyens sont un peuple "non gaulois" qui habitaient au Sud-Est de la Provence dans la vallée de la Durance.

Cette « alliance » comprenait les Gaulois[réf. nécessaire] établis entre le fleuve Var, le Luberon et le Rhône. Elle constituait vraisemblablement l'entité la plus importante de Provence au IIe siècle av. J.-C., jusqu'à la conquête romaine de la Narbonnaise (vers ).

Entremont, la « ville » des SalyensModifier

Article détaillé : Oppidum d'Entremont.
 
Vestiges de l'oppidum d'Entremont.

La « capitale », ou « ville » principale des Salyens était l'oppidum d'Entremont. Cette capitale est passée de 2 000 habitants en 190 av. J.-C. à environ 8000 habitants vers Le site est passé de 1 à 5 ha avec des maisons de plus en plus grandes et confortables à deux niveaux pour certaines. Cette capitale gauloise est située à 369 mètres d'altitude sur la bordure méridionale du plateau qui domine Aix-en-Provence au nord et s'incline en pente douce jusqu'à la vallée de la Durance.

Les Salyens s'installent rapidement à Aquae Sextiae (Aix-en-Provence) après leur défaite contre la 3e armée romaine de conquête, celle de Caius Sextius Calvinius en 122 av. J.-C. et la fondation des 'Eaux de Sextius', du nom de leur général, dans la plaine en contrebas. C'est à cette époque que l'oppidum fortifié de vingt tours de pierre est abandonné.

Fouillée à plusieurs reprises depuis 1946, la place fortifiée ou 'oppidum d'Entremont' – dont le nom actuel est médiéval (du latin Intermontes) – a dévoilé de nombreux témoignages de la culture aristocratique des Salyens, mais aussi de leur économie et de leur organisation : fours où plus de 100 kg de plomb fondu ont été trouvés, plusieurs huileries et récipients à olives ont été trouvés ainsi que des voies gauloises très organisées avec des trottoirs.

Ces découvertes ont largement contribué à la redécouverte des Gaulois du midi par l'archéologie de 1946 à nos jours.

Parmi les apports d'Entremont à la connaissance de la protohistoire provençale, il faut ainsi citer une statuaire relativement riche, comprenant notamment des « guerriers assis », et en laquelle on a pu voir un culte d'ancêtres héroïsés. Certains blocs de pierre anciens, datant de 700 av. J.-C. ont été trouvés et symbolisaient des 'totems de chefs' Salyens sculptés de plusieurs têtes.

Des éléments de portiques attestent l'existence d'un culte de la force des guerriers et des chefs à travers les têtes coupées de leurs vaincus, qui recoupe les témoignages écrits de Diodore de Sicile. Enfin, des traces de polychromie, présentes sur la statuaire, furent les premières connues pour le monde celtique.

Formation et disparition de la fédération des SalyensModifier

 
Hémiobole à la tête de satyre et à la corne
 
Fondation d'Aix par Sextius Calvinus (Joseph Villevieille, 1900).

La fédération des Salyens ne se forma probablement qu'à la fin du IIIe siècle av. J.-C., à partir de la réunion des « Celto-ligures » de Provence autour de centres proto-urbains, placés sous le contrôle soit d'une aristocratie mêlée, soit d'aristocratie préexistante juxtaposée dont le pouvoir s'était renforcé et concentré. Auparavant, les Ligures étaient les seuls habitants indo-européens au sud des Alpes et ses rivages méditerranéens. La puissance ligure qui contrôle le passage des Alpes méridionales et engendre parfois une piraterie maritime est connue dès le Ve siècle av. J.-C. L'arrivée de peuplades gauloises peu nombreuses et éparses entre -900 et -500, et surtout massive après -300 a donné naissance à une civilisation celto-ligure, dont les Salyens sont une émanation[3]. Pour expliquer cette évolution, plusieurs hypothèses ont été formulées, parmi lesquelles il faut citer celle d'un effet des tensions causées par la pression de Massalia, l'antique Marseille.

Les voisins les plus proches des Salyens, en effet, étaient les Massaliotes de la cité phocéenne de Massalia[4] au sud (les Cavares[5] et les Albiques[6] occupaient quant à eux les territoires situés au nord des Salyens).

La fédération salyenne s'avéra être un voisin « encombrant » pour les Massaliotes : ceux-ci avaient par ailleurs fondé plusieurs établissements sur le territoire provençal, ce qui avait provoqué de nombreuses tensions économiques et sans doute culturelles, dont rendent compte les auteurs antiques (notamment Tite-Live et Strabon).

Dans un premier temps, de telles tensions avec les indigènes avaient entraîné plusieurs interventions militaires des Grecs dans l'arrière-pays marseillais : celles-ci sont attestées par l'archéologie, notamment à travers la destruction violente de sites comme l'oppidum de l'Arquet.

En tous cas, à partir de -181, Massalia, cité grecque entravée dans ses activités commerçantes, commença à faire appel à d'autres peuples celtes ou celto-ligures, en plus des cités phocéennes ou des autres cités alliées comme Rome, pour l'aider à mettre fin aux pillages des indigènes celto-ligures alliés des Salyens et à défendre ses colonies.

Mais le véritable appel à l'aide massaliote n'est entendu que sous le consulat de Caius Sextius Calvinus, la présence romaine s'établit durablement en Provence et met fin à l'indépendance des Salyens. La fédération disparaît, en effet, sous les coups des légions romaines du consul en -125. Sextius Calvinus nommé proconsul poursuit la pacification et établit une garnison en -123 à Aqua Sextiae, devenue aujourd'hui Aix-en-Provence. Les Salyens trop remuants sont les « premières victimes » de la conquête romaine.

Après la prise d'Entremont, en -123, la « ville » des Salyens fut vraisemblablement reconstruite et occupée pendant quelques dizaines d'années.

Le proconsul Sextius fonda la ville d'Aix-en-Provence en , précisément là où il avait établi une garnison, au pied de la place-forte salyenne et à proximité de plusieurs sources d'eau chaude[7].

Le site d'Entremont fut encore abandonné au profit de la plaine à la suite d'une nouvelle destruction violente, survenue entre -110 et -90 ; celle-ci marqua le terminus postquem du site.

Strabon, vers l'an 15, évoque le peuple Salyen : Avançons-nous donc à partir de Massilia dans le pays compris entre les Alpes et le Rhône. Nous y trouvons d’abord les Salyens dont le territoire mesure 500 stades (soit 80 km) jusqu’au Druentias (Durance). Puis par le bac nous passons à Cavaillon et là nous mettons le pied sur le territoire des Cavares[8].

Liste des sites associés aux SalyensModifier

 
Roquepertuse. Les pilers du portique, avec des alvéoles creusés servant à recevoir des crânes. IIIe-IIe siècle av. J.C.. Musée d'archéologie méditerranéenne à Marseille.

NoteModifier

  1. Etienne Garcin, Dictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne, p.421
  2. Joël Schmidt, Les Gaulois contre les Romains, 2004, p.136
  3. Histoire d'une ville. Aix-en-Provence, Scéren, CRDP de l'académie d'Aix-Marseille, Marseille, 2008, p. 20.
  4. Nom des habitants grecs de Marseille (Massalia), fondation phocéenne en -560.
  5. Probablement une autre fédération de peuples gaulois établie dans la plaine de la Durance ; elle a donné son nom à Cavaillon.
  6. Une fédération de peuples établie dans le pays d'Apt (nord-Luberon) qui a donné son nom au plateau d'Albion.
  7. Le nom français d'Aix-en-Provence vient du latin Aquae Sextiae, présent sur une dédicace Aquae Sextiae Salluviorum : cette inscription est la principale « preuve » qui permet d'associer Entremont à la « ville » des Salyens mentionnée par les auteurs antiques.
  8. cf. Géographie, livre IV §11

Bibliographie et liensModifier