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Salve Regina

prière catholique, en latin, dédiée à la Vierge Marie

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Salve Regina chantée par Les Petits Chanteurs de Passy

L'antienne Salve Regina est une prière catholique, en latin, dédiée à la Vierge Marie. Elle est chantée et appartient au répertoire du chant grégorien. Son incipit littéraire (qui sert de titre) signifie Salut, ô Reine en français.

Sommaire

HistoriqueModifier

Guillaume Durand, l'un des auteurs liturgiques les plus importants du Moyen Âge, l'a cependant attribuée à Pierre de Monsoro, évêque de Compostelle, en Espagne. D'autres l'ont aussi attribuée à Adhémar, l'évêque du Puy-en-Velay qui fut le premier à demander la permission d'aller en Croisade[1]. Parfois, le compositeur est attribué à Herman de Reichenau.

Mais il n'existe aucun manuscrit avant le XIIe siècle[2]. Les frères dominicains ont commencé à l'utiliser pendant l'office des Complies en 1221 ; les cisterciens, quant à eux, l'utilisent depuis 1251. Les chartreux la chantent chaque jour lors des Vêpres depuis le XIIe siècle. Il est cependant probable que la première version des chartreux est plus ancienne : « Salve Regina misericordiæ ... Vitæ dulcedo (douceur de vie) »[2] (voir aussi Rite cartusien).

De nos jours, le manuscrit le plus ancien de cette antienne reste le dit antiphonaire cistercien de Moromond copié vers 1175 et destiné au diocèse de Milan (Bibliothèque nationale de France, nouvelles acquisitions latines no 1412), dans lequel elle était réservée à l'hymne Benedictus ou Magnificat lors de grandes fêtes mariales. Mais il est possible que la datation puisse remonter à 1135, une procession mariale d'après Pierre le Vénérable[3].

 
Basilique Notre-Dame d'Avioth

Saint Bernard serait l'auteur des trois dernières invocations : O Clemens, O Pia, O Dulcis Virgo Maria. En effet, d'après les récits de ses miracles, il se trouvait dans la cathédrale de Spire (Speyer), en Allemagne, en présence de tout le clergé, quand il se mit trois fois à genoux, disant à chaque agenouillement l'une des trois invocations. L'Église aurait ensuite décidé d'incorporer ces prières à la fin du Salve[4].

Selon une autre tradition, il se trouvait dans la basilique Notre-Dame d'Avioth (actuellement dans le département de la Meuse) quand il chanta le Salve Regina pour la première fois[5]. D'autres sources attribuent au saint la composition de toute l'antienne.

Le réformateur du XVIe siècle Martin Luther trouvait que cette prière exagérait le rôle de Marie dans l'histoire du salut de l'âme[6]. De fait, dans l'Église catholique, le langage de la dévotion n'est pas le même que celui des dogmes et cela put l'irriter. Au XVIIe siècle, les jansénistes ont voulu changer certaines paroles de la prière.

On raconte que Christophe Colomb l'a chantée avec les Indiens d'Amérique. Le pape Léon XIII a prescrit sa récitation, notamment à la fin des messes basses (fin du XIXe siècle). De nombreux compositeurs l'ont mise en musique, sans forcément tenir compte du motif musical original. Citons, au XVIIe siècle Marc-Antoine Charpentier H 24, H 23, H 27, H 18, au XVIIIe siècle, les noms d'Antonio Vivaldi et de Giovanni Battista Pergolesi (en français Jean-Baptiste Pergolèse). Le Salve Regina de Francis Poulenc, écrit dans un temps de souffrances (1941) est resté célèbre.

Le jour de son exécution, le 27 mai 1610, François Ravaillac, assassin de Henri IV demanda au greffier « si le peuple p[ouvait] chanter le Salve Regina. » Et ce dernier y consentit.

Un usage liturgique traditionnel veut qu'on incline la tête en prononçant les noms de Jésus et Marie, par respect pour leurs personnes.

Le texte de la prièreModifier

Latin (texte commun)Modifier

Salve, Regina, mater misericordiæ. Vita, dulcedo et spes nostra, salve.
Ad te clamamus, exsules filii Hevæ.
Ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrimarum valle.
Eia ergo, Advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte.
Et Jesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exilium ostende.
O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria ! Amen.


(Parlé à la fin)

℣: Ora pro nobis, sancta Dei Genetrix.

℟:Ut digni efficiamur promissionibus Christi.


FrançaisModifier

Salut, Reine, Mère de Miséricorde, notre Vie, notre Douceur, et notre espérance, salut.
Vers toi nous élevons nos cris, pauvres enfants d'Ève exilés.
Vers toi nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
Tourne donc, ô notre Avocate, tes yeux miséricordieux vers nous.
Et, Jésus, le fruit béni de tes entrailles, montre-le nous après cet exil.
Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie ! Amen.

Français (variante)Modifier

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre espérance, salut !
Enfants d'Ève exilés, nous crions vers vous ;
Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
Ô vous notre avocate, tournez vers nous vos yeux compatissants.
Et, après cet exil, faites-nous voir Jésus, le fruit béni de vos entrailles.
Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie ! Amen.

Amerique Du NordModifier

La Vierge Marie est la sainte patronne des États-Unis et du Mexique grâce à son patronage de Notre Dame de l'Immaculée Conception (États-Unis)[7] et de Notre-Dame de Guadalupe (Mexique).[8] Les deux nations ont un nombre très grand de Catholiques. Elle est un sujet fréquent dans les hymnes des deux pays pour la raison de son patronage; Salve Regina, le chant médiévale originelle, a traversé la mer avec des missionnaires français et espagnols[9],[10]il y a plus de 500 ans et est encore parfois chantée dans sa forme latine d'origine, généralement lors des funérailles d'êtres chers ou de prêtres.[11],[12],[13]De nombreux autres hymnes nord-américains sont basés sur le texte de Salve Regina.[14],[15],[16],[17]La traduction ci-dessous, originée de la langue latine, est la version officielle approuvée par la Conférence des Evêques Catholiques des États-Unis, bien que le texte anglais ait légèrement changé par rapport au texte européen en éliminant les pronoms archaïques qui ne sont plus utilisés dans l'anglais moderne (.La traduction espagnole est restée la même depuis des centaines d'années.)


Version Anglais:

Hail, holy Queen, Mother of Mercy,
Our life, our sweetness and our hope!

To you we cry, poor banished children of Eve;.
to you we send up our sighs,
weeping and mourning in this valley of tears!


Turn, then, most gracious advocate,
your eyes of mercy toward us;
and after this, our exile,
show unto us the blessed fruit of your womb, Jesus.

O clement, O loving, O sweet Virgin Mary!


(Parlé à la fin:)


℣: Pray for us, O Holy Mother of God.
℟:That we may be made worthy of the promises of Christ. Amen.


Version Espagnole:

Dios te salve, Reina y Madre de Misericordia, vida, dulzura y esperanza nuestra, Dios te salve!


A ti Llamamos los desterrados hijos de Eva. A ti suspiramos. gimiendo y llorando en este valle de lágrimas.


Ea, pues, Señora, abogada nuestra, vuelve a nosotros esos tus ojos misericordiosos;

y después de este destierro muéstranos a Jesús, fruto bendito de tu vientre.


Oh clemente, oh piadosa, oh dulce Virgen María!


(Parlé à la fin:)


: Ruega por nosotros, Santa Madre de Dios.

: Para que nos hagamos dignos de alcanzar las promesas de Cristo. Amén.



Mise en musiqueModifier

Marc-Antoine Charpentier a composé durant les années 1670 un Salve Regina à trois chœurs H 24, deux Salve Regina pour 3 voix et basse continue H 23 H 23 a et H 18, un Salve Regina des Jésuites pour 1 voix et basse continue H 27, un Salve Regina pour 3 voix et basse continue H 18.

Alessandro Scarlatti a composé cinq différents Salve Regina entre 1703 et 1716.

Sébastien de Brossard a composé un Salve Regina.

Francis Poulenc a composé un Salve Regina en 1941.

Arvo Pärt a composé un Salve Regina en 2001.

Notes et référencesModifier

  1. il existe une grande plaque dans la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay avec le texte intégral de Salve Regina, mentionnant l'évêque Adhémar : « SALVE REGINA, Prière attribuée à l'évêque du Puy Adhémar de Monteil (XIe siècle) » ; revisité et confirmé le 26 mars 2016.
  2. a et b Daniel Saulnier (docteur en musicologie médiévale), Session de chant grégorien III (2005) http://palmus.free.fr/session_2005.pdf, p. 45 ainsi que sa note no 30
  3. Thèse de doctorat de Dom Daniel Saulnier (2005) http://palmus.free.fr/These/These-Titre.htm 1.3.7 (L'antienne de dévotion)
  4. Voir les pages 75 et 76 des Petits Bollandistes : [1] et [2].
  5. Site officiel de Notre-Dame d'Avioth : « La tradition veut que le Salve Regina ait été chanté pour la première fois par saint Bernard en visite à l'abbaye d'Orval, et de passage à Avioth. »
  6. (en) Salve Regina, University of Dayton
  7. « Patroness of the U.S.A. : University of Dayton, Ohio », sur udayton.edu (consulté le 23 juillet 2019)
  8. (en) Franciscan Media, « Our Lady of Guadalupe », sur Franciscan Media, (consulté le 23 juillet 2019)
  9. Craig H. Russell, « Serra and Sacred Song at the Founding of California's First Missions », The Musical Quarterly, vol. 92, nos 3/4,‎ , p. 365–401 (ISSN 0027-4631, lire en ligne, consulté le 23 juillet 2019)
  10. « Missionnaires au XVII siècle » dans L'Encyclopédie canadienne, Historica Canada, 1985–. (consulté le ).
  11. (en-US) « Salve Regina | C-SPAN.org », sur www.c-span.org (consulté le 23 juillet 2019)
  12. « Funerals & Burials », sur www.crookston.org (consulté le 23 juillet 2019)
  13. Rockford Diocese, « Salve Regina is Sung for the Most Reverend Arthur J. O'Neill's Funeral By His Brother Priests », (consulté le 23 juillet 2019)
  14. J. B. Young, The Roman hymnal : a complete manual of English hymns & Latin chants for the use of congregations, schools, colleges, and choirs, New York : Fr. Pustet & Co., (lire en ligne)
  15. (en) « Peters' Sodality Hymn Book 120. Hail, holy Queen! loved Mother | Hymnary.org », sur hymnary.org (consulté le 23 juillet 2019)
  16. (en) CloudHymnal org,Yale University,St Thomas More Chapel in New Haven CT United States, « Four Marian Hymns by Colin Brumby », sur Cloud Hymnal (consulté le 23 juillet 2019)
  17. Manuel de Jesús, « Dios te salve reina y madre - Ministerio Diocesano de Música de Aguascalientes », (consulté le 23 juillet 2019)

Liens externesModifier