Sabine Baring-Gould

Le révérend Sabine Baring-Gould, né le à Exeter[1] et mort le au manoir de Lew Trenchard dans le Devon, est un prêtre anglican, romancier, mythographe et folkloriste anglais. Il est l'auteur de 1 240 monographies consacrées aux sujets les plus divers. Ses recueils de chansons traditionnelles du Devon sont l'une des sources du premier renouveau folk britannique. Ses recherches érudites sur la lycanthropie et les croyances médiévales ont retenu l'attention d'auteurs de littérature fantastique comme Lovecraft.

Sabine Baring-Gould
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 89 ans)
Sépulture
Nationalité
Formation
Warwick School (en)
Clare CollegeVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Edward Baring-Gould (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Sophia Charlotte Bond (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Grace Taylor (d) (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Mary Baring-Gould (d)
Felicitas Baring-Gould (d)
Diana Amelia Baring-Gould (d)
Henry Baring-Gould (d)
Cicely Sophia Baring-Gould (d)
Joan Baring-Gould (d)
John Hilary Baring-Gould (d)
Barbara Baring-Gould (d)
Julian Baring-Gould (d)
Margaret Baring-Gould (d)
William Drake Baring-Gould (d)
Edward Sabine Baring-Gould (d)
Veronica Baring-Gould (d)
Beatrice Gracieuse Baring-Gould (d)
Grace Baring-Gould (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religion
Archives conservées par
Titre honorifique
Révérend (en)

Son manoir familial de Lew Trenchard, dans le Devon, a été reconverti en hôtel.

Origines aristocratiquesModifier

Sabine Baring-Gould est le fils aîné et l'héritier du juge Edward Baring-Gould (1804–1872), lord de Lew Trenchard, et Deputy Lieutenant du Devon. Son père avait servi avec le grade de lieutenant de cavalerie légère dans l'Armée des Indes jusqu'en 1830, puis avait épousé Sophia Charlotte Bond, fille de l'amiral Francis Godolphin Bond de la Royal Navy[2]. Le grand-père paternel de Sabine Baring-Gould est le juge et Deputy Lieutenant William Baring († 1846), qui obtint l'autorisation par privilège royal d'ajouter à son nom et ses armoiries ceux de sa mère Margaret, née Gould : il put ainsi hériter du manoir de Lew Trenchard en satisfaisant au testament laissé par son grand-père maternel, l'amiral William Drake Gould (1719–1767) de Lew Trenchard. Cette famille Gould descendrait d'un certain John Gold, croisé qui prit part au siège de Damiette (1218) et reçut en 1220 de Ralph de Vaux, en hommage à sa valeur au combat, la terre de Seaborough dans le Somerset[3]. Margaret Gould était l'épouse de Charles Baring (1742–1829) de Courtland dans la paroisse d'Exmouth, dont la pierre tombale est encore visible dans l'église de Lympstone. Ce Charles Baring était le frère benjamin du baronnet Francis Baring (1740–1810) et de John Baring (1730–1816), fondateurs de la Barings Bank.

Le prénom de Baring-Gould est en fait le nom de famille de sa grand-mère paternelle Diana Amelia Sabine († 1858), sœur de l'explorateur des pôles Edward Sabine[4],[5],[6].


Pasteur et enseignantModifier

 
Baring-Gould à l'âge de 5 ans.
 
Baring-Gould professeur (vers 35 ans).

Au cours de sa jeunesse, ses parents voyageaient sans cesse à travers l'Europe, de sorte qu'il fut essentiellement éduqué par des précepteurs et ne passa vraiment que deux années au lycée, d'abord à King's College School à Londres (l'école était alors abritée dans Somerset House) puis, pendant quelques mois, à Warwick School. Là, sa scolarité fut interrompue par une affection des bronches dont il souffrit toute sa vie. En réponse à cette santé défaillante, son père envisageait de lui organiser un grand tour en Europe.

En 1852, il fut admis à l'université de Cambridge, où il obtint le diplôme de Bachelor of Arts en 1857, puis de Master of Arts à Clare College (Cambridge)[7] en 1860. Au mois de , il fit part à Nathaniel Woodard de son désir d'entrer dans les ordres. Il n'enseigna guère qu'une dizaine de jours dans l'une des écoles de Woodard, celle de Lancing College dans le Sussex ; il fut alors réaffecté à Hurstpierpoint College, où il enseigna de 1857 à 1864[8]. Outre sa charge de professeur de langues et de sciences, il fit fabriquer les étagères en fer forgé de la bibliothèque du lycée, et peignit les murs de scenes tirées des Canterbury Tales et de La Reine des fées[9].

Il fut ordonné prêtre en 1864[10], et nommé vicaire de Horbury Bridge, dans le West Riding of Yorkshire. Là, il fit la connaissance de Grace Taylor, fille d'un meunier alors âgée de 14 ans dont il s'éprit. Le doyen John Sharp invita Grace à passer deux ans dans sa famille d'York pour y apprendre les bonnes manières. Baring-Gould, entre-temps, fut affecté à la paroisse de Dalton, près de Thirsk. Il épousa Grace en 1868 à Wakefield[11],[12].En 48 ans de mariage, le couple eut 15 enfants, dont un seul atteignit l'âge adulte[N 1]. Lorsqu'il enterra sa femme en 1916, il fit graver sur sa tombe l'épitaphe latine Dimidium Animæ Meæ.

Baring-Gould devint le pasteur d'East Mersea (Essex) en 1871 et y passa dix ans. À la mort de son père, en 1872, il hérita des terres familiales, quelque 1 200 ha autour de Lew Trenchard dans le Devon, avec survivance de la paroisse de Lew Trenchard. Lorsque la survivance devint vacante en 1881, il put en prendre le titre, obtenant ainsi les titres de pasteur et d'écuyer. Il fut réparer l'église Saint-Pierre et remania entièrement (entre 1883 et 1914) le manoir de Lew Trenchard.

 
Le manoir familial de Lew Trenchard, où Baring-Gould vécut à partir de 1872.

Pionnier de l'étude des chants folkloriques d'AngleterreModifier

Baring-Gould considérait ses recueils de chansons folkloriques, recueillies auprès de paysans du Devon et des Cornouailles, comme son chef d’œuvre. Son premier recueil de chansons, Songs and Ballads of the West (1889–91), parut en quatre livraisons entre 1889 et 1891. Son éditeur, Henry Fleetwood Sheppard, lui proposa de publier un second recueil : ce sera A Garland of Country Songs (1895). Une édition augmentée des Songs of the West parut en 1905, mais Sheppard était mort en 1901, et le musicologue qui avait recueilli de nouveaux airs, Cecil Sharp, se vit proposer d'en être l'éditeur.

Sharp et Baring-Gould collaborèrent à nouveau pour l'édition des 53 English Folk Songs for Schools (1907) : ce manuel de chant sera pour le 60 années suivantes une référence pour les écoles d'Angleterre. Quoiqu'il ait éprouvé le besoin de censurer certaines des paroles, il a laissé en 1914 ses notes originales intactes à la librairie de Plymouth, pour les futurs étudiants d'histoire locale, préservant ainsi plusieurs témoignages du temps passé. Ces chansons, ainsi que d'autre cahiers manuscrits de Baring-Gould découverts à Killerton en 1998, ont été microfilmées en 1998. Depuis 2011, une édition complète de ces manuscrits a été publiée et mise en ligne par le Devon Tradition Project sous la direction de Wren Music en partenariat avec l'English Folk Dance and Song Society[13]. Trente caisses de documents manuscrits inédits (les manuscrits de Killerton) sont conservés au Devon History Centre d'Exeter.

Cecil Sharp dédia son essai English Folk Song: Some Conclusions (1907) à Baring-Gould.

Baring-Gould a composé plusieurs hymnes anglais, dont les plus connus sont Onward, Christian Soldiers[14] et Now the Day Is Over. Il a également traduit du basque en anglais le chant de noël « L'archange Gabriel » (Deikundea).

L'écrivainModifier

Baring-Gould écrivit plusieurs romans, dont The Broom-Squire dont le cadre est Devil's Punch Bowl (1896), Mehalah: a story of the salt marshes[15] (1880), Guavas the Tinner[16] (1897), une Vie des Saints en 16 volumes, ainsi qu'une biographie de l'excentrique poète-vicaire Robert Stephen Hawker. Il a écrit environ 200 nouvelles pour des magazines et périodiques[17] : plusieurs ont été réunies dans des anthologies : Book of Ghosts (1904), Dartmoor Idyllys (1896), et In a Quiet Village (1900). Ses études du folklore anglais sont regroupées dans « Le livre des loups-garous » (The Book of Were-Wolves, 1865), et constituent l'une des sources les plus citées sur la lycanthropie. Baring-Gould écrivait le plus souvent debout, et l'on peut voir son écritoire dans le manoir.

L'un de ses essais les plus lus est Curious Myths of the Middle Ages[18], publié en deux parties (1866 et 1868), qui a connu plusieurs rééditions depuis. « Chacun des vingt-quatre chapitres de ce livre, écrit le critique S. J. Mariconda[19], traite d'une superstition particulière, de ses variantes et de ses sources. » H. P. Lovecraft y fait allusion comme « ce curieux corpus de savoir médiéval que le regretté Mr. Baring-Gould a mis en un livre avec tant d'à-propos[20]. »

Baring-Gould a beaucoup écrit sur l'histoire du West Country anglais :

  • A Book of the West. 2 vols. I: Devon; II: Cornwall. Londres : Methuen, 1899
  • Cornish Characters and Strange Events. Londres: John Lane, 1909 (reissued in 1925 in 2 vols., First series and Second series)
  • Devonshire Characters and Strange Events.

Il a laissé une autobiographie en deux tomes : Early Reminiscences, 1834–1864 et Further Reminiscences, 1864–1894.

Archéologue amateur à DartmoorModifier

Baring-Gould, avec son ami Robert Burnard, organisa en 1893 les premières fouilles archéologiques scientifiques de huttes rondes préhistoriques sur le site de Grimspound près de Dartmoor. Ils s'associèrent les compétences de R. N. Worth, R. Hansford Worth, du Rev. W. A. G. Gray et du Dr Prowse pour mener à bien cette tâche. C'est ainsi que se forma la commission de la Devonshire Association pour l'exploration de Dartmoor[21]. Baring-Gould en était le secrétaire et il composa le premier des dix rapports annuels publiés jusqu'en 1905. L'état actuel des alignements et cercles mégalithiques préhistoriques de Dartmoor doit beaucoup aux recherches de cette commissions. Baring-Gould presida la Devonshire Association en 1896[22], ainsi que la Royal Institution of Cornwall[23] de 1897 à 1907.

Il a consacré au moins deux livres au pays de Dartmoor :

  • Dartmoor idylls (1896)
  • A Book of Dartmoor (1900), Londres, éd. Methuen. Réimpr. par Halsgrove (2002)

DescendanceModifier

Sa femme Grace mourut au mois d', et il ne se remaria pas ; lui-même mourut le dans son manoir de Lew Trenchard, et il fut inhumé aux côtés de sa femme.

L'un de ses petits enfants, William Stuart Baring-Gould (1913–1967), fut un spécialiste reconnu des études holmésiennes : il a laissé une biographie reconstituée du célèbre détective où, pour combler les vides laissés par le corpus holmésien, il a librement puisé dans les souvenirs d'enfance de son grand-père — contemporain de Holmes. Sabine Baring-Gould est un personnage du pastiche holmésien de Laurie R. King The Moor.

ŒuvresModifier

  • A Book of the Pyrenees (1907)
  • Court Royal (1891)
  • A Book of Dartmoor (1900)
  • A Book of North Wales (1903)
  • Amazing Adventures, illustrated by Harry B. Neilson (1903)
  • A Book of Ghosts (1904)
  • A Book of South Wales (1905)
  • A Book of the Rhine from Cleve to Mainz (1906)
  • A Book of The West: Being An Introduction To Devon and Cornwall (2 Volumes, 1899)
  • A First Series of Village Preaching for a Year
  • A Second Series of Village Preaching for a Year
  • An Old English Home and its Dependencies[24], London, 1898
  • Arminell
  • Bladys of the Stewponey (1919)
  • Cliff Castles and Cave Dwellings of Europe
  • Cheap Jack Zita (1896)
  • Cornish Characters (1909)
  • Curiosities of Olden Times (1896)
  • Curious Myths of the Middle Ages[25] (1866)
  • Dartmoor Idylls (1896)
  • Devon (1907) (Methuen's Little Guide on Devonshire)
  • Devon Characters and Strange Events[26] (1908)
  • Domitia (1898)
  • Eve
  • Family Names and their story (1910)
  • Grettir the Outlaw: a story of Iceland (1890)
  • Iceland, Its Scenes and Its Sagas
  • In the Roar of the Sea (1891)
  • In Troubadour Land: A Ramble in Provence and Languedoc (1890)
  • John Herring
  • Lives of the Saints, in sixteen volumes (1897)
  • Mehalah, A Story of the Salt Marshes (1880)
  • Noemi
  • Pabo, The Priest (1899)
  • Red Spider (1887)
  • Richard Cable (1888)
  • Sermons on the Seven Last words
  • Sermons to Children
  • Songs of the West: Folksongs of Devon & Cornwall (1905)
  • The Book of Were-Wolves, being an account of a terrible superstition (1865)
  • The Broom-Squire (1896)
  • The Gaverocks
  • The Life of Napoleon Bonaparte (1908)
  • The Lives of the Saints – a sixteen-volume collection (1872 and 1877)
  • The Mystery of Suffering
  • The Pennycomequicks
  • The Preacher's Pocket
  • Post-Mediaeval Preachers, (1865)
  • The Tragedy of the Caesars (1892)
  • The Village Pulpit (1886)
  • The Vicar of Morwenstow, being a life of Robert Stephen Hawker (1876)
  • Urith
  • Village Preaching for Saints' Days

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Mary (née en 1869), Margaret Daisy (née en 1870, qui peignit une partie du tympan de l'église de Lew Trenchard), Edward Sabine (né en 1871), Béatrice-Gracieuse (1874–1876), Veronica (née en 1875), Julian (né en 1877), William Drake (né en 1878), Barbara (née en 1880), Diana Amelia (née en 1881), Felicitas (baptisée en 1883), Henry (né en 1885), Joan (née en 1887), Cecily Sophia (née en 1889), John Hillary (né en 1890) et Grace (née en 1891).

RéférencesModifier

  1. D'après « Baring-Gould, Sabine », Who's Who, vol. 59,‎ , p. 91
  2. D'après John Lambrick Vivian, The Visitations of the County of Devon : Comprising the Heralds' Visitations of 1531, 1564 & 1620, Exeter, , p. 418-432, pedigree of Gould, p.426
  3. D'après J. L. Vivian, op. cit., p. 418
  4. Cf. Martin Graebe, « Devon by Dog Cart and Bicycle: The Folk Song Collaboration of Sabine Baring-Gould and Cecil Sharp, 1904–17 », Folk Music Journal, vol. 9, no 3,‎ , p. 292–348 (ISSN 0531-9684).
  5. D'après Ronald Wawman, « Early Family Correspondence of Sabine Baring-Gould », .
  6. D'après J. L. Vivian, op. cit., p. 425
  7. Gould (or Baring-Gould), Sabine Baring dans (en) J. Venn et J. A. Venn, Alumni Cantabrigienses, Cambridge, Angleterre, Cambridge University Press, 1922–1958 (ouvrage en 10 volumes)
  8. Cf. Chris Foster, « The Sabine Baring-Gould Song Collection », sur The Living Tradition.
  9. Cf. Leonard W. Cowie et Evelyn, That One Idea : Nathaniel Woodard and His Schools, Woodward Corp., (ISBN 0-9517654-0-X).
  10. S. Baring-Gould, at "Hymnary"
  11. Cf. « The Squarson », TIME,‎ (lire en ligne)
  12. Cf. « A Marriage of Opposites » [PDF], sur Sabine Baring-Gould Appreciation Society (consulté le )
  13. Cf. Wren Music, « The Full English Project », sur English Folk Dance and Song Society.
  14. Sur une musique d'Arthur Sullivan : cf. F. Butler-Gallie, A Field Guide to the English Clergy, Londres, Oneworld Publications, , 192 p. (ISBN 978-1-78607-441-6), p. 66. Cette chanson est interprétée par Ingrid Bergman dans le film L'Auberge du sixième bonheur.
  15. Cf. Sabine Baring-Gould, Mehalah : A Story of the Salt Marshes, Smith, Elder, and Co., (lire en ligne)
  16. Cf. Sabine Baring-Gould, Guavas, the Tinner, Londres, Methuen & Co.,
  17. (en) « Sabine Baring-Gould - Wikisource, the free online library », sur en.wikisource.org (consulté le )
  18. Consultable en ligne sur « Curious Myths of the Middle Ages » [DjVu], sur archive.org.
  19. Cf. Steven J. Mariconda, Baring-Gould and the Ghouls: The Influence of Curious Myths of the Middle Ages on 'The Rats in the Walls', « The Horror of It All », p. 42.
  20. H. P. Lovecraft, « Épouvante et surnaturel en littérature » ; cité par Mariconda, op. cit., p. 42.
  21. « The Exploration of Grimspound – First report of the Dartmoor Exploration Committee », Report & Transactions of the Devonshire Association, vol. 26,‎ , p. 101–21 (lire en ligne, consulté le )
  22. « Report of the Council », Report & Transactions of the Devonshire Association, vol. 28,‎ , p. 18 (lire en ligne, consulté le )
  23. Brenda Colloms, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, (réimpr. 2e online, mai 2005) (lire en ligne), « Gould, Sabine Baring- (1834–1924) »
  24. https://archive.org/details/oldenglishhomeit00bariuoft
  25. https://archive.org/details/curiousmythsofmi00bariuoft
  26. https://archive.org/details/devonshirecharac00bariuoft

Liens externesModifier