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Hermelle

L'Hermelle (Sabellaria alveolata) est un ver (annélide) marin polychète, sédentaire et tubicole, c’est-à-dire se construisant un tube (de sédiment sableux cimentées par des sécrétions particulières). Long de 4 cm, il possède de nombreuses soies. L'hermelle peut vivre six à sept ans et quand elle est densément présente former des structures biogéniques dites « pseudorécifs »[1].

A cause du piétinement et parfois de l'envasement, cette espèce semble en régression dans une grande partie de son aire naturelle de répartition[2]

Sommaire

Cycle de vieModifier

La fécondation a lieu dans le milieu marin et les larves sont pélagiques avant de s'installer sur un substrat convenant à la confection du tube et à une vie plus ou moins coloniale.

Diverses expériences basées sur l'observation en laboratoire de larves issues de fécondation artificielle ont recherché facteurs favorisant le règlement des Sabellaria alveolata (L.). Avant la métamorphose et après plusieurs semaines ou mois de développement pélagique, les larves gagnent le fond ou diverses surfaces solides ; si la larve ne trouve pas de substrat lui convenant, elle peut retarder sa métamorphose de plusieurs semaines (elle peut alors à la fois nager en plein eau et ramper sur le fond. Après un certain temps, certaines larves finissent quand même par se métamorphoser avant de mourir, ou meurent sans se métamorphoser[3].

Massifs d'hermellesModifier

Les tubes de sable, cimentés par une glande du ver, sont droits et atteignent 30 cm de long (ils peuvent être horizontaux à verticaux) : accolés les uns aux autres, ces tubes ressemblant à des gâteaux d'abeille et ils finissent par former des pseudorécifs[4] de masse souvent considérable sur près de 1,5 m de hauteur. Ces colonies, comptant jusqu'à 60 000 individus par mètre carré, constituent des massifs qui peuvent croître de 12 cm/an (le rythme de construction varie selon le piétinement, les variations thermiques ou d'hydrodynamie) et abriter 70 espèces différentes (vers, larves et juvéniles de crustacés y migrant par thigmotactisme), constituant ainsi un réservoir de biodiversité. Les massifs ont la forme de coussins plus ou moins plats ou des buissons arborescents.

Les plus grands récifs d'Europe se situent dans la Baie du Mont Saint-Michel et la baie de Bourgneuf.

Les biorécifs d'hermelles du Mont-Saint-MichelModifier

Les hermelles sont considérées comme espèce-ingénieur en raison des biorécifs qu'elles construisent, pouvant atteindre 3 km de large et environ 300 hectares, sur un mètre de hauteur[1], entre la chapelle de Sainte-Anne et la pointe de Champeaux, appelés « crassiers »[5]. C'est la plus grande structure biogénique active connue de toute l'Europe.

Le suivi du récif et les études (cartographies des paramètres suivis couplée à un indice spatialisé de santé du récif) entamées à la suite de la restructuration de l'activité mytilicole locale montrent cependant que ce récif de Sabellaria alveolata a beaucoup régressé et tend à se fragmenter (récif de Saint-Anne (223 ha) entre 2001 et 2007[6], et qu'il est aujourd'hui menacé, tout particulièrement dans sa partie centrale par :

  • la pêche à pied (piétinement des sabellaria + modes de récolte souvent destructives pour le récif)[6] ;
  • l'envasement rapide du site, causé par les bouchots[1] qui modifient les conditions hydrodynamiques et augmentent la sédimentation
  • colonisation par Crassostrea gigas (en progression dans les années 2000-2010)[6] ;
  • compétition trophique avec ces espèces concurrentes pour la nourriture[6].

La gestion intégrée des zones côtières modifie certaines implantations conchylicoles pour préserver les massifs.

GalerieModifier

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Notes et référencesModifier

  1. a b et c « Les hermelles dans la baie du Mont Saint-Michel »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Bretagne biodiversité, Espace des sciences
  2. Dubois, S. (2003). Écologie des formations récifales à Sabellaria alveolata (L.): valeur fonctionnelle et patrimoniale (Doctoral dissertation, Paris, Muséum national d'histoire naturelle).
  3. Wilson D.P (1968). The settlement behaviour of the larvae of Sabellaria alveolata (L.). Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 48(02), 387-435.(résumé)
  4. Non constitués de squelettes, ils sont improprement appelés récifs : le terme correct est biostrome
  5. G. Lucas, P. Lefevre, Contribution a l'étude de quelques sédiments marins et de récifs d'hermelles du mont Saint-Michel, Revue des Travaux de l'Institut des Pêches Maritimes (0035-2276), 1956, Vol. 20, p. 85-112
  6. a b c et d DESROY N. Facteurs naturels et anthropiques responsables de l'évolution d'un habitat benthique côtier original : les récifs d'hermelles de la baie du Mont Saint Michel ; IFREMER Station de Dinard CRESCO, 2009, Biodiversité et environnement marin : connaissance, gestion et protection ; Colloque - Concarneau

BibliographieModifier

  • Linné, C. von. 1767 : Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis 13th Edition. Volume 1. Stockholm. (Sabella alveolata)

Liens externesModifier