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Ruy Blas (film)

film sorti en 1948
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Ruy Blas
Réalisation Pierre Billon
Scénario Jean Cocteau
Acteurs principaux
Sociétés de production Films André Paulvé
Productions Georges Legrand
Martegani Produzione
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Genre Drame historique
Durée 93 min (1 h 33)
Sortie 1948

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Ruy Blas est un film franco-italien réalisé par Pierre Billon, sorti en 1948.

SynopsisModifier

L'histoire est centrée sur un piège que, pour se venger, don Salluste tend à la reine. Sachant que l'un de ses esclaves, Ruy Blas, est secrètement tombé amoureux d'elle, il l'habille comme un noble et l'emmène à la cour. Intelligent et généreux, Blas devient populaire, est nommé Premier ministre (il commence dans cet emploi des réformes utiles) et conquiert le cœur de la reine. Don Salluste revient prendre sa revanche : il dévoile la vérité en humiliant cruellement Blas : il lui ordonne de fermer la fenêtre et de ramasser son mouchoir, tout en essayant d'expliquer l'état où en est la politique espagnole. Blas le tue et décide de se suicider en s'empoisonnant. Sur le point de mourir, il reçoit le pardon de la reine, qui déclare ouvertement son amour pour lui.

Résumé du filmModifier

En 1695, sur une route déserte en direction de Madrid, voyage le duc d'Albe (Gilles Quéant), en compagnie d'un jeune étudiant modestement habillé parce que roturier, nommé Ruy Blas (Jean Marais). Les deux hommes sont arrêtés par des brigands. Pris au piège, le duc envoie Ruy Blas demander à don Salluste de Bazan (Marcel Herrand), ministre de la Police, de livrer la rançon que demandent les bandits. Mais Ruy Blas est, sans le savoir, le parfait sosie de Zafari, le chef de la bande. En fait, Zafari n’est autre que don César de Bazan (Jean Marais), propre cousin du ministre.

Don Salluste est en disgrâce à la cour parce que condamné à l’exil par l’infante d’Espagne, la reine doña Marie-Anne de Neubourg (Danielle Darrieux). Pour lui échapper don Salluste cherche à tendre un piège à la jeune reine, délaissée par le roi qui ne s’occupe pas plus d’elle que du royaume. Aussi il décide de tirer parti de cette ressemblance entre Ruy Blas et son cousin, en faisant croire à la cour que don César (en réalité Ruy Blas) revient des Indes, et il encourage l’étudiant, habillé noblement, à séduire la souveraine. Ruy Blas qui a connu la jeune reine à Neubourg-sur-le-Danube, et en a toujours été amoureux, accepte sa soumission en signant au bas d’un parchemin sa véritable identité de roturier. Dans le même temps, don Salluste fait arrêter le vrai don César et l’envoie aux galères : le ministre de la Police n’a plus qu’à attendre que sonne l’heure de sa vengeance en assistant au déshonneur de la reine.

La reine, malgré la surveillance protocolaire de la duchesse d'Albuquerque (Gabrielle Dorziat), séduite par le courage de ce beau jeune homme, noblement habillé, qui a failli mourir pour elle dans un torrent en allant cueillir sa fleur préférée, devient sa maîtresse. Elle va même jusqu’à l’aider à monter au sommet de la hiérarchie du royaume, en le nommant Premier Ministre. Don César en réalité Ruy Blas, intelligent et généreux devient populaire en utilisant son pouvoir au service d'une Espagne mise en coupe réglée par des ministres sans scrupules : « Bon appétit messieurs ! ». De son exil, don Salluste, estimant que ce dernier a gravi trop vite l'échelle des honneurs, décide de rentrer à Madrid pour prendre sa revanche : il accuse Ruy Blas de l'assassinat de Don Guritan, alors que c'est le vrai Don César, revenu des galères, qui l'a tué et il ménage une rencontre-piège entre les deux amants aux fins de démasquer la reine. En humiliant cruellement Ruy Blas, don Salluste dévoile la vérité à la reine et la menace de la déchéance. Ruy Blas, ne pouvant survivre à cette révélation  poignarde don Salluste et persuadé que la reine ne lui pardonnera jamais sa forfaiture, il avale un poison. Avant de mourir dans les bras de sa bien-aimée, la reine lui accorde le pardon et déclare ouvertement son amour pour lui.

Remarque : Jean Marais interprète, dans un double rôle, Ruy Blas, le personnage sérieux et intrépide, épris de la Reine « un ver de terre amoureux d’une étoile » et don César, le personnage séduisant et fugace.

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier

Atour du film : points de vueModifier

Dans sa biographie de Danielle Darrieux, Christian Dureau écrit :« Au début de l’année 1948, Jean Cocteau, qui a écrit scénario et dialogues de Ruy Bas d’après Victor Hugo, ne met pas lui-même en scène le film que produit André Paulvé, lequel offre la réalisation à Pierre Billon. Par contre, Cocteau impose Jean Marais dans le double rôle de Don César de Bazan et de Ruy Blas. C’est également le grand poète qui demande à Danielle Darrieux si elle veut bien être la reine Marie d’Espagne dans ce drame historique, ayant écrit pour elle quelques années plus tôt le rôle de la princesse de Clèves pour un film qui ne s’était finalement jamais fait. Danielle accepte avec enthousiasme, séduite par les lettres que Cocteau lui adresse. Durant le tournage, une profonde amitié s’instaure entre les trois protagonistes, Jean Marais se montrant particulièrement attentif à sa partenaire et la mettant à l’aise en toute circonstance. Là encore, des incidents vont survenir, d’autant plus que Marais réalise lui-même les cascades  : il traverse un vitrail en étant suspendu à un lustre, il descend un torrent en nageant dans les eaux glacées, il monte à cheval sans étriers. Un pompier professionnel est engagé pour lui servir de doublure mais refuse quelques exercices qu’il juge trop périlleux, contraignant Marais à les exécuter lui-même. Un jour, l’acteur est pris dans un tourbillon du torrent et bloqué par un rocher, les pieds émergeant mais la tête sous les flots. Il est sauvé in extremis grâce à une corde lancée par un technicien ! Quant à Danielle, elle se contente de scènes beaucoup plus calmes mais tout aussi difficiles à jouer, étant donné le caractère du personnage. (….)

Les spectateurs reprochent au film son manque de lyrisme. En s’éloignant de l’œuvre initiale de Victor Hugo, Cocteau l’a transformée en un simple film d’aventures et en une histoire d’amour illustrant le thème du « ver de terre amoureux d’une étoile ». Insuffisant selon les professionnels pour faire naître une œuvre d’envergure. Danielle Darrieux et Jean marais s’en sortent pourtant avec les honneurs mais le long métrage est un échec commercial. »

Source : « Danielle Darrieux, 80 ans de carrière » de Christian Dureau – éditions Carpentier - (ISBN 978-2-84167-741-2)

Dans sa biographie de Jean Marais, Gilles Durieux écrit : « Si Pierre Billon assurait la mise en scène, c’était Cocteau qui avait désossé le célèbre drame de Victor Hugo pour qu’il puisse être porté à l’écran. « Jean Cocteau et moi-même, déclara le réalisateur (Pierre Billon) avant le tournage, nous nous sommes rencontrés sur la nécessité de faire simple. Il n’était pas possible de restituer, comme au siècle dernier, les palais ruisselants de tentures et les architectures surannées du moindre appartement privé. A vrai dire, notre film se passera de décors. Ou, plus exactement, nous n’indiquons que les armatures du décor. Quelques lignes, quelques tentures et nous cédons le pas à l’imagination du spectateur. » Il en fut apparemment de même pour le texte, simplifié lui aussi. En fait, le poète d’aujourd’hui se plaignit du poète d’hier, trouvant que la pièce de Victor Hugo était une « effrayante mécanique », voire qu’elle « ne tenait pas debout ». […]

Dans son premier livre de souvenirs publié en 1957, c’est avec un souvenir mêlé d’une pointe d’amertume que le comédien (Jean Marais) se remémorera ce tournage : « Je pense encore avec amusement à mes exploits physiques de Ruy Blas, mes sauts, bonds et cabrioles acrobatiques, ma noyade dans le torrent de Tignes1… Je crois que c’est le dernier film où j’essayais de donner le change sur mon talent à coup de courage. Aujourd’hui j’apporte au public mon travail simple, bon ou mauvais. »

La mauvaise humeur de l’adaptateur comme celle de son compagnon comédien fut relayé par un accueil plutôt maussade du public. Ce contre quoi s’éleva, dans les années soixante, le critique René Gilson2, auteur d’une monographie de Jean Cocteau : « Jean Cocteau a donc récrit Ruy Blas. Comme il a bien fait ! Il a recomposé et structuré avec plus de rigueur que Victor Hugo, il a pris la substance du dialogue dans les alexandrins en les décapant, en faisant porter par l’acide précision de sa langue toutes les chevilles, les surplus des mots, les ronronnements rythmiques. Il a écrit un « film actif au possible », a-t-dit, c’est-à-dire un film d’actions, c’est-à-dire un film d’acte, comme on peut dire de son théâtre qu’il est un théâtre d’actes. » Et le spécialiste de Jean Cocteau d’ajouter : « Ce Ruy Blas est un film d’aventures, un film de cape et d’épée, le premier et le plus beau de ceux que tournera plus tard, dans le genre, Jean Marais. » Un avis partagé, dès la sortie du film en 1947, par L'Écran français sous la plume de Jean Vidal : « Reconnaissons que privée de sa substance originelle, mais adroitement construite et mise en images par Pierre Billon avec un goût indéniable, l’histoire de Ruy Blas est un spectacle fort agréable à capter l’attention jusqu’à la fin. Jean Marais joue fort intelligemment et avec une sincérité certaine. Loin de ne compter que sur les avantages de son physique, il s’est efforcé de donner un caractère à chacune de ses incarnations. »

Source : Gilles Durieux (préf. Jean-Charles Tacchella), Jean Marais - biographie , Flammarion, 2005 (ISBN 9782080684325)

1 Tignes est une commune française située dans le massif de la Vanoise en Haute-Tarentaise, dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.

2 René Gilson : Jean Cocteau cinéaste, Seghers, coll. « Cinéma d'aujourd'hui », 1964 ; rééd. : Lherminier, Éditions des Quatre-Vents, 1988

Box-Office France 1948 - Ruy Blas : 2,45 millions d'entrées

Voir aussiModifier