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Rue des Filatiers

voie de Toulouse, France

Rue des Filatiers
(oc) Carrièra dels Filatièrs
Image illustrative de l’article Rue des Filatiers
La rue des Filatiers vue depuis la place de la Trinité.
Situation
Coordonnées 43° 35′ 57″ nord, 1° 26′ 39″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Occitanie
Ville Toulouse
Quartier(s) Carmes
Début no 35 rue des Polinaires et n° 16 place des Carmes
Fin no 42 rue des Marchands et no 1 place de la Trinité
Morphologie
Type Rue
Longueur 166 m
Largeur ente 4 m et 10 m
Histoire
Anciens noms Grand-rue (XIIe siècle)
Partie sud : Rue de Pélardit-de-Jouglars (XIIIe siècle), rue Pélardit (XVe siècle), rue Pech-Lardit (XVIIe siècle)
Partie nord : Rue des Filatiers (XIIIe siècle)

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Rue des Filatiers (oc) Carrièra dels Filatièrs

Géolocalisation sur la carte : Toulouse

(Voir situation sur carte : Toulouse)
Rue des Filatiers (oc) Carrièra dels Filatièrs

La rue des Filatiers (en occitan : carrièra dels Filatièrs) est une rue du centre historique de Toulouse, en France[1].

Cette rue, relativement rectiligne et orientée nord-sud, correspond à l'ancien cardo maximus de la cité romaine de Toulouse. Elle est, au Moyen Âge, une partie de la Grand-rue, axe structurant de la ville médiévale : les artisans du textile (filatiers, boutonniers, chaussetiers, couturiers, gantiers, perruquiers ou encore brodeurs) y sont nombreux. À partir du XVIe siècle, les orfèvres y deviennent aussi plus nombreux.

Rendue piétonne dans les années 1980, bordée de nombreux magasins, elle reste une des principales artères commerçantes de la ville et un de ses lieux les plus animés.

ToponymieModifier

La rue des Filatiers tire son nom des nombreux tisserands et fileurs de lin (filatièrs en occitan) qui étaient établis dans cette rue au Moyen Âge[2].

La partie de la rue entre la place des Carmes et la rue Joutx-Aigues était appelée, aux XIIIe et XIVe siècles, rue de Pélardit-de-Jouglars, puis, aux XVe et XVIe siècles, simplement rue Pélardit et, aux XVIIe et XVIIIe siècles, par déformation, rue Pech-Lardit. Ce nom de Pélardit est d'origine obscure : il vient peut-être d'un habitant du quartier. La partie de la rue entre la rue Joutx-Aigues et la place de la Trinité a quant à elle toujours porté le nom de rue des Filatiers[3].

À la Révolution française, en 1794, la rue Pech-Lardit et la rue des Filatiers sont rebaptisées quelque temps, comme toutes les rues entre la place du Salin et la place du Capitole, rue de la Liberté. Elles prennent finalement le nom, en 1796, de rue des Orfèvres, en référence aux nombreux orfèvres qui ont peu à peu remplacé les fileurs, particulièrement dans la partie sud de la rue. Ce n'est qu'au XIXe siècle qu'elles prennent ensemble, définitivement, le nom de rue des Filatiers.

DescriptionModifier

Rue rectiligne orientée plein nord de 166 mètres de long. Sa largeur est très variable, entre 4 mètres, largeur qu'elle avait à la fin du Moyen Âge, 6 mètres, après les travaux d'alignement des façades au XVIIIe siècle, et 10 mètres, après les premiers travaux d'élargissement au XIXe siècle. Elle est piétonnière sur plus de la moitié de son trajet. Elle naît de la place des Carmes et reçoit sur son côté droit la rue Maletache et à gauche la rue Joutx-Aigues. Elle devient piétonnière en donnant naissance à la rue des Quatre-Billards. Elle débouche sur la place de la Trinité qu'elle délimite sur son côté ouest, tout en recevant la rue du Coq-d'Inde. Elle se termine à l'angle nord de la place, en donnant naissance à la rue des Changes et en recevant la rue des Marchands.

Voies rencontréesModifier

La rue des Filatiers rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

  1. Place des Carmes (d)
  2. Rue des Polinaires (g)
  3. Rue Maletache (d)
  4. Rue Joutx-Aigues (g)
  5. Rue des Quatre-Billards (g)
  6. Rue du Coq-d'Inde (g)
  7. Place de la Trinité (d)
  8. Rue des Marchands (g)

HistoriqueModifier

AntiquitéModifier

La rue des Filatiers correspond au cardo maximus de la ville romaine de Tolosa, et donc à l'axe principal nord-sud qui traversait la ville.

Moyen ÂgeModifier

Au Moyen Âge, la rue des Filatiers appartient, à l'ouest, au capitoulat de la Dalbade et, à l'est, au capitoulat de Saint-Barthélémy. Elle est une des parties de la Grand-rue de Toulouse, qui relie la porte principale de la ville, la porte Narbonnaise, et la place du Salin au cœur de l'ancienne ville romaine, l'actuelle place Esquirol, et au-delà au bourg qui se constitue après l'ancienne Porterie, sur l'actuelle place du Capitole, autour de la basilique Saint-Sernin[4]. C'est alors une des principales artères commerçantes, bordée de boutiques, dans laquelle vivent de nombreux artisans, en particulier les filatiers, c'est-à-dire les fileurs de lin. On trouve d'autres artisans de l'industrie textile, tels que des boutonniers (fabricants de boutons), des chaussetiers (fabricants de bas et de chausses), des couturiers, des gantiers (fabricants de gants), des perruquiers (fabricants de perruques) ou encore des brodeurs (artisan qui fait de la broderie). La population de la rue est d'ailleurs assez homogène, et rares sont les capitouls et les parlementaires qui y résident ː ceux-ci, quand ils y possèdent des maisons, les louent le plus souvent ou ne font qu'y tenir boutique[2], comme le marchand Géraud Comère, propriétaire dans la rue des Changes (actuel no 27), qui y a une boutique (actuel no 35)[5].

Période moderneModifier

Après l'incendie du 7 mai 1463, tout le quartier de la rue des Filatiers est détruit par un incendie parti de la rue Maletache, qui ravage toutes les maisons jusqu'à la rue de la Trinité. En 1478, seules quelques maisons sont reconstruites. Malgré l'ampleur des destructions, de nombreuses maisons à pan de bois sont reconstruites. En 1539, un nouvel incendie provoque de nouvelles destructions, sans avoir la même ampleur : on peut encore voir de nombreuses maisons en corondage dans la rue[2].

Au cours de cette période, le nombre d'orfèvres se fait plus important, en particulier dans le haut de la rue, du côté de l'actuelle place des Carmes, comme Élie Géraud, qui se fait construire une belle maison en corondage de style Renaissance en 1577 (actuel no 9)[6]. Ces orfèvres ont d'ailleurs leur chapelle dans l'église proche du couvent des Carmes[2].

En 1730, le marchand lingier (fabricant de tissu pour les vêtements) Jean Calas s'installe dans une maison de la rue (actuel no 50), qu'il loue au négociant et ancien capitoul Pierre Rambaud. C'est dans l'arrière-boutique qui donne sur la cour derrière le corridor que, dans la nuit du 13 au 14 octobre 1761, est trouvé le cadavre pendu de son fils aîné, Marc-Antoine. Jean Calas, jugé pour le meurtre de son fils, est condamné et exécuté le 10 mars 1762[7],[8].

Époque contemporaineModifier

Au moment de la Révolution, en 1794, les rues des Filatiers et Pech-Lardit sont renommées rue de la Liberté. Elles sont ensuite rebaptisées rue des Orfèvres.

Au cours du XIXe siècle, des travaux d'élargissement de la rue sont entrepris. Il s'agit en particulier d'aligner les façades et d'agrandir le gabarit de la rue, alors que les projets de grandes percées haussmanniennes n'ont pas encore vu le jour. Ces travaux amènent la destruction de plusieurs façades, sur les côtés ouest et est de la rue, mais ils sont inachevés, ce qui donne l'allure actuelle avec de nombreux décrochements entre les façades du XIXe siècle et les autres.

Dans les années 1990, la rue profite de travaux de réaménagement et d'embellissement du centre historique et elle est rendue semi-piétonne. À l'image des rues des Changes et Saint-Rome, de nombreuses boutiques de vêtements ouvrent. Dans les années 2000, le visage de la rue change : plusieurs épiceries fines se créent, tandis que la rue devient complètement piétonne[9].

Lieux et monuments remarquablesModifier

  • no  1 : maison du capitoul Arnaud de la Vigne.
    Un vaste immeuble est construit en 1571, à l'angle de la rue des Polinaires, pour le marchand Arnaud de la Vigne, capitoul en 1581-1582[6]. Il s'organise en plusieurs corps de bâtiment répartis autour de deux cours. La façade sur la rue des Filatiers a cependant été remaniée au XVIIIe siècle dans le goût classique. Elle n'est large que de deux travées et s'élève sur trois étages décroissants, séparés par des cordons de brique. Aux étages, les fenêtres sont segmentaires et couronnées par une corniche. Celles du 1er étage possèdent en outre des garde-corps en fer forgé avec des motifs de fleurons et de perles[10].
  • no  7 : immeuble en corondage.
    L'immeuble est construit en corondage, probablement au XVIe siècle. Le pan de bois est à grille et à décharge, hourdé de brique. Il s'élève sur trois étages décroissants, ouverts de fenêtres rectangulaires et séparés par des cordons de bois qui courent au niveau des appuis de ces fenêtres. Celles du 1er étage sont mises en valeur par un chambranle mouluré, un garde-corps et une corniche en bois[11].
  • no  9 : maison en corondage de l'orfèvre Élie Géraud.
    En 1576, le maître orfèvre Élie Géraud achète un immeuble à Michel Féré, receveur de Rivière-Verdun. Il le fait probablement réaménager, entièrement ou partiellement, en 1577. L'immeuble, pour être en corondage, n'en cherche pas moins à imiter les façades des hôtels particuliers de la Renaissance toulousaine, avec les encadrements des fenêtres au décor à « l'antique », comme le portail de l’hôtel de Felzins.
    La façade est construite en pan de bois à croix de saint André, hourdé de brique. Elle se développe sur une seule travée, mais s'élève sur cinq niveaux : une cave, un rez-de-chaussée, deux étages et un niveau de comble. Le rez-de-chaussée est occupé par la boutique. Aux étages, les fenêtres possèdent un décor très abondant. Elles sont couronnées d'une corniche. Leurs encadrements sont sculptés d’œillets, de palmettes, d'oves et de denticules. Au 1er étage, les consoles sont ornées d'un cœur encadré d'une couronne de feuillage et la console centrale porte le monogramme IHS. Au 2e étage, la fenêtre est décorée par des pilastres cannelés surmontés de chapiteaux doriques et par un entablement orné de palmes, où sont gravées les initiales EG[12].

Notes et référencesModifier

  1. Histoire des rues de Toulouse: monuments, institutions, habitants ; première, deuxième et troisième parties
  2. a b c et d Jules Chalande, 1916, p. 209.
  3. Jules Chalande, 1916, p. 208.
  4. Jules Chalande, 1916, p. 207.
  5. Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », 1916, p. 212.
  6. a et b Jules Chalande, 1916, p. 210.
  7. Janine Garrisson, L'affaire Calas : Miroir des passions françaises, , 264 p., chap. 2 (« La rue des Filatiers et ses environs »)
  8. Jules Chalande, 1916, p. 215-218.
  9. Philippe Emery, « Centre-ville : place aux piétons dès aujourd'hui », La Dépêche du Midi, 19 juillet 2010.
  10. Louise-Emmanuelle Friquart et Laure Krispin, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31131503 », Inventaire général Région Occitanie, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, 2006, consulté le 9 juin 2018.
  11. Dany Rullier, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31130571 », Inventaire général Région Occitanie, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, 2006, consulté le 9 juin 2018.
  12. Louise-Emmanuelle Friquart, Laure Krispin et Dany Rullier, « Fiche d'information détaillée Patrimoine Architectural: IA31130573 », Inventaire général Région Occitanie, Ville de Toulouse, sur le site Urban-Hist, Archives municipales de Toulouse, 2006, consulté le 9 juin 2018.
  13. Notice no PA00094622, base Mérimée, ministère français de la Culture

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Jules Chalande, « Histoire des rues de Toulouse », Mémoires de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Toulouse, 11e série, tome IV, Toulouse, 1916, p. 207-218.  
  • Pierre Salies, Dictionnaire des rues de Toulouse, 2 vol., éd. Milan, Toulouse, 1989 (ISBN 978-2867263545)

Articles connexesModifier