Rote Kämpfer

Les Rote Kämpfer (Combattants rouges, RK) forment une organisation communiste allemande sous la République de Weimar et le Troisième Reich. Elle est fondée comme organisation clandestine issue de la tradition du communisme de conseils au début des années 1930, et continue ses activités en tant que groupe de résistance au nazisme jusqu'en 1936.

HistoriqueModifier

Entre 1931 et 1932 est fondé le groupe qui donne naissance aux Rote Kämpfer. Parmi ses fondateurs figurent d'anciens membres du Parti communiste ouvrier d'Allemagne (KAPD, faction d'Essen) comme Arthur Goldstein, Bernhard Reichenbach, Alexander Schwab et Karl Schröder, dont certains avait entre-temps adhéré au SPD dans l'opposition de gauche. L'Association des sciences sociales (Sozialwissenschaftlichen Vereinigung), une association d'étude marxiste non partisane fondée à Berlin en 1924, joue un rôle central dans la constitution de l'organisation. D'autres membres, en particulier dans la Ruhr et la Saxe, venaient de l'aile gauche du SAPD et de la Sozialistische Arbeiter-Jugend (SAJ). Parmi les membres figuraient également l'écrivain Franz Jung, également ancien kapiste.

Par ailleurs, les RK étaient en contact avec divers organisations et militants de gauche, comme Heinz Kühn, dirigeant de la section jeunesse de la Reichsbanner, lui-même proche du SAP bien que militant au SPD, ou avec Karl Korsch et les organisations des gauches communiste et socialiste allemandes (SAPD, SAJ, KAPD, KAU, KPD-O etc.), bien que les débats stratégiques et idéologiques restent vifs. Au total, le groupe comprenait environ 400 membres, principalement à Berlin et dans les régions de la Saxe et de la Ruhr. En Tchécoslovaquie même, un groupe d'ouvriers communistes de conseil germanophones des Sudètes rejoint les Rote Kämpfer conscient de la nécessité d'un organisation clandestine face à la montée du nazisme dans la région[1]. Les RK publient la circulaire bimensuelle Der Rote Kämpfer, rebaptisée Der Arbeiterkommunist ("Le Communiste-ouvrier") au printemps 1936.

Les Roten Kämpfer sont fondés après la crise de 1929, l'analyse qui conduit à cette fondation envisage la probabilité extrême de l'apparition d'une dictature en Allemagne, à la suite de la crise du capitalisme conjointe à la crise politique générale. Les RK adoptent donc une organisation clandestine dès ce moment pour s'y préparer, avant la prise de pouvoir par le NSDAP le 30 Janvier 1933. Jusqu'à la fin de l'année 1936, les RK ne sont pas repérés et échappent à la Gestapo grâce au fonctionnement rigoureusement clandestin de leur organisation. Le groupe est cependant identifié et écrasé entre 1936 et 1937, 150 de ses membres sont arrêtés, beaucoup d'entre eux sont condamnés à la détention en pénitencier ou déportés vers les camps de concentration.

Au début des années 1940, des militants berlinois des Rote Kämpfer reconstituent une organisation clandestine. Le groupe est rejoint par les membres les plus légèrement condamnés qui sortent alors de prison, comme Franz Peter Utzelmann, Ernst Froebel. Le groupe d'une dizaine de personnes se concentre sur la mise en place d'une organisation clandestine pour aider et soulager les difficultés sociales des familles de personnes persécutées et pour soutenir les clandestins avec de l'argent et de la nourriture. Froebel est chargé d'établir des liens avec les familles juives persécutées pour organiser des réseaux d'aides, mais ces efforts sont peu fructueux et Ernst Froebel est par la suite envoyé au bataillon punitif 999 (Strafbataillon 999), comme plusieurs autres membres des RK[2].

Arthur Goldstein, qui s'était exilé dès 1933 en France où il avait essayer d'organiser une liaison étrangère pour les RK, est assassiné le 25 juin 1943 par les SS, après avoir été déporté à Auschwitz depuis le camp de Drancy[3]. Alexander Schwab est mort en novembre 1943 au pénitencier de Zwickau, après sept ans de captivité.

Après 1945, la plupart des membres survivant du groupe sont restés dans les zones occidentales ou dans les secteurs occidentaux de Berlin. Certains sont restés politiquement indépendants. Parmi eux, Willy Huhn, qui après un bref passage au SED en 1946 puis au SPD, dont il est exclu pour avoir fait une critique de son rôle historique depuis la Révolution allemande, a occupé une position de premier plan en tant que rédacteurs pour les journaux Neues Beginnen – Blätter internationaler Sozialisten (1947–1950, 1951–1954), Pro und contra (1950–1954) et Funken (1951–1959), et qui fut un mentor de l'aile marxiste de la Sozialistischer Deutscher Studentenbund. D'autres anciens membres des Rote Kämpfer ont rejoint le SPD. Notamment, Erwin Lange, qui fut élu au Bundestag de 1949 à 1980 pour le SPD, et Fritz Riwotzki, qui devint plus tard chef de la police à Dortmund.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. (en) Philippe Bourrinet, The Dutch and German Communist Left (1900–68), Leiden, Koninklijke Brilln, (ISBN 978-90-04-26977-4), p. 310
  2. (de) Hans-Rainer Sandvoß, Widerstand in Berlin 1933-1945, vol. 4 : Widerstand in Neukölln, Berlin, Gedenkstätte Deutscher Widerstand, (ISBN 978-3-945812-41-9, lire en ligne), p. 127-128
  3. Philippe Bourrinet, « GOLDSTEIN Arthur. Pseudonyme : Stahl », Le Maitron-Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier,‎ (lire en ligne)

BibliographieModifier

  • (de) Olaf Ihlau, Die Roten Kämpfer. Ein Beitrag zur Geschichte der Arbeiterbewegung in der Weimarer Republik und im „Dritten Reich“, Meisenheim am Glan, (OCLC 561487063, notice BnF no FRBNF35372066)
  • (de) Peter Friedmann et Uwe Schledorn, Aktiv gegen Rechts. Der Rote Kämpfer – Marxistische Arbeiterzeitung 1930–1931, Essen, Klartext, (ISBN 3-88474-033-4)
  • (de) Jan Foitzik, Zwischen den Fronten. Zur Politik, Organisation und Funktion linker politischer Kleinorganisationen im Widerstand 1933 bis 1939/40, Bonn, (ISBN 3-87831-439-6)
  • (de) Hans Manfred Bock, Syndikalismus und Linkskommunismus von 1918 bis 1923. Zur Geschichte und Soziologie der Freien Arbeiter-Union Deutschlands (Syndikalisten), der Allgemeinen Arbeiter-Union Deutschlands und der Kommunistischen Arbeiter-Partei Deutschlands, Meisenheim am Glan, Éditions A. Hain, (notice BnF no FRBNF35372065)
  • (de) Hans Manfred Bock, Geschichte des ‘linken Radikalismus’ in Deutschland. Ein Versuch, Frankfurt am Main, Suhrkamp, , 369 p. (ISBN 3-518-00645-2)
  • (de) Diethart Kerbs, « Alexander Schwab (1887-1943). Architekturtheoretiker, politischer Pädagoge, Rätekommunist, Schriftsteller und Widerstandskämpfer », Internationale Korrespondenz zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung,‎ , p. 487–495
  • (de) Frits Kool (dir.), Dokumente der Weltrevolution, vol. 3 : Die Linke gegen die Parteiherrschaft, Olten-Freiburg im Breisgau, Walter Verlag, , 639 p. (OCLC 370628497, notice BnF no FRBNF35325769)
  • Philippe Bourrinet, La gauche communiste germano-hollandaise des origines à 1968, Paris, Éditions Moto proprio, , 550 p. (ISBN 979-10-94518-12-0)
  • (de) Sarah M. Schlachetzki, « Die Frage gehört hierher, aber nicht mehr die Antwort" – Alexander Schwab, Wirtschaftsjournalist und Architekturkritiker in düsteren Zeiten », Arbeit - Bewegung - Geschichte,‎ , p. 63–75