Roland Moreno

inventeur français

Roland Moreno, né le au Caire et mort le à Paris[1], est un inventeur français. Il est célèbre notamment pour avoir inventé la carte à puce, en 1974.

Roland Moreno
Image dans Infobox.
Roland Moreno en 1996.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 66 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Roland Charles David Moreno
Nationalité
Domicile
Formation
Activités
Autres informations
Domaine
Distinctions
Paris - Cimetière du Montparnasse - Roland Moreno 02.jpg
Vue de la sépulture.

Enfance et formationModifier

Né le dans une famille juive du Caire, il est le fils de Charles Moreno et de Fernande Bahbout. Jeune enfant, il émigre en France avec sa mère, qui le place en pension les jours de semaine dans une famille de Garches. Il fréquente les lycées Montaigne et Condorcet à Paris. Il réalise un poste à galène à 13 ans. Après son baccalauréat, il suit pendant un an des cours en sciences humaines à la Sorbonne. Il occupe successivement différents petits emplois de 1965 à 1969. Ainsi il est employé de bureau à la Mutuelle nationale des étudiants de France, puis monteur de luges à la CIMS en 1966, ensuite employé aux écritures au ministère des Affaires sociales. On le retrouve journaliste-reporter à Détective, garçon de courses à L'Express. De 1970 à 1972, il est secrétaire de rédaction à Chimie-actualités[2].

Un inventeur atypiqueModifier

Inventeur original, personnage charismatique fourmillant d’idées, ce bricoleur intuitif, réalise dans sa jeunesse divers gadgets : une machine à tirer à pile ou face (« Matapof »), une machine à faire sauter des allumettes déposées sur une membrane de haut-parleur, un imitateur de chants d'oiseaux, le « Radoteur » (un générateur de mots nouveaux issus d'une liste de mots du dictionnaire).

Pour expliquer sa célèbre invention, il expliquait au quotidien France Soir en 2006 : « J'ai trouvé la solution dans mon sommeil en rêvant. En vérité, je suis un gros paresseux et j'ai une très faible productivité. » « Je suis jaloux, très dépensier, totalement sédentaire et distrait. J'ai indiscutablement un côté professeur Nimbus. »

De l'imagination de la carte à puce aux brevets d'inventionModifier

Les sources d'inspirationModifier

Insomniaque et boulimique, il se nourrit de lectures en tout genre : Électronique Actualités, Le Haut-parleur, Radio-plans et des livres de sciences fiction[3]. Le , il dépose un premier brevet d'invention, dont la source d'inspiration, portant sur une bague comportant une information mémorisée, pourrait provenir de la lecture du roman de science-fiction de René Barjavel, La nuit des temps[4] paru en 1968. Le romancier y a imaginé une bague contenant un code modifiable périodiquement, reliée à un ordinateur central, pour effectuer des opérations financières. « Chaque fois qu'un Gonda devait quelque chose de nouveau, des vêtements, un voyage, des objets, il payait avec sa clé. Il pliait le majeur, enfonçait sa clé dans un emplacement prévu à cet effet et son compte à l'ordinateur central était aussitôt diminué de la valeur de la marchandise ou du service demandé[5]. »

Il y a également un autre "précurseur" de la carte de crédit dans la littérature de science-fiction, en la personne de Robert A. Heinlein, dans son roman Une porte sur l'été paru en 1957 : "Avec le code radio-actif de mon chéquier universel, vérifiable par le cerveau électronique qui commandait toutes les banques de la ville, on me donna des billets aussi rapidement que si j'avais été me faire régler à la caisse".

InnovatronModifier

En , Roland Moreno crée l'association Innovatron. En juillet il transforme l'association innovatron en SA « pour vendre des idées ».

À partir de 1975, il commercialise des noms de marques ou de produits, conçus pour des sociétés à l'aide du Radoteur et de quelques retouches humaines, et a pour objectif l'exploitation du brevet de base.

Parmi les applications de la carte à puce mémoire sans microprocesseur, citons la carte téléphonique, la carte SIM des téléphones portables, ainsi que la carte Navigo pour les transports publics parisiens qui utilise les puces lisibles à distance créées initialement par Innovatron lors d'un partenariat avec la RATP.

Aujourd'hui, la société Innovatron a pour activité la vente de licences liées à la technologie des badges, cartes et tickets sans contact.

L'invulnérabilité des cartes mémoireModifier

À la suite des travaux de Serge Humpich et de l'affaire des yes-cards, Moreno obtient une tribune médiatique en proposant le une prime d'un million de francs[6] à quiconque parviendra, dans un délai de trois mois et par n'importe quel moyen logique, à écrire un bit dans la zone préservée par le brevet « Inhibiteur » du et à lire un bit dans la zone préservée par la combinaison des brevets « Comparateur » et « Compteur d'erreurs ». Il déclare, le , que personne n'a trouvé la solution [7].

Retombées financièresModifier

L'invention de la carte à puce, avant qu'elle n'entre dans le domaine public en 1998, aura rapporté à Innovatron l'équivalent de 150 millions d'euros.

En 2002, il a revendu ses parts de la société Gemplus, le fabricant français de carte à puce, mais était resté à la tête de sa société Innovatron, qui continue à percevoir des droits sur les cartes sans contact comme celle du passe Navigo. Celui-ci met en œuvre un procédé RFID de transmission de données qu'Innovatron avait développé avec la RATP.

DisparitionModifier

 
Une puce de radio-identification EPC utilisée par Wal-Mart.

Il habite de 1996 à 2006 au 166, rue de la Convention Paris XVe[8]. Après une première embolie pulmonaire, en 2006, il meurt le à 66 ans à son domicile parisien, rue Danton.

Il est enterré au cimetière du Montparnasse[9].

DistinctionsModifier

InventionsModifier

  • Bague comportant une mémoire, brevet français no 74 10191 du .
  • Carte à puce mémoire, dont le brevet a été déposé en France , 1er semestre 1975
  • Le Radoteur (1975)
  • Les Célimènes : Moreno réalise en le premier prototype de Célimène[11], ce qu'il appellera plus tard de la « musique augmentée » en référence au « livre augmenté » d'iGutenberg[12]. Cette invention superpose la mélodie d'une musique avec le texte d'une pièce de théâtre, d'un poème, d'une chanson. L'arrangeur Sylvain Robert parvient à fusionner de très grandes pages musicales (Bach, Ravel, Beethoven, Albeniz) avec des textes de Molière, Brassens et Vian. La première réalisation (le prélude de la VIe Suite pour violoncelle seul, de Jean-Sébastien Bach, est suivie par le prélude no 3 du 1er livre du Clavecin bien tempéré et le premier mouvement du 5e des Concertos Brandebourgeois. La grande tirade de Célimène dans Le Misanthrope de Molière vient se superposer à la mélodie de chacun de ces morceaux. Cette superposition est possible grâce notamment à l'écriture en alexandrins de la pièce et à la composition des musiques avec des phrases de quatre mesures à trois temps. Dans les réalisations qui suivent, on peut citer le Boléro de Ravel et l'Hymne à la joie de la Symphonie n° 9 de Beethoven[13], sur des textes respectivement de Georges Brassens et Jacques Brel.

PublicationsModifier

  • (Sous le pseudonyme de Laure Dynateur) L'Aide-mémoire du nouveau cordon-bleu, éd. Sofat, 1982
  • Théorie du bordel ambiant : souvenir de l'irréversible (en collab. avec Bruno Ollivier), nouvelle édition augmentée, L'Archipel, Paris, 2002 (ISBN 2-84187-349-8)
  • Roland Moreno, Carte à puce : l'histoire secrète, Paris, L'Archipel, , 212 p. (ISBN 978-2-84187-348-7, OCLC 300864522) (accompagné d'un CD-ROM)
  • Victoire du bordel ambiant, L'Archipel, Paris, 2011 (ISBN 978-2-8098-0398-3)[14]

OdonymesModifier

Voies publiques nouvelles portant le nom de Roland Moreno :

Diverses retombées médiatiquesModifier

Dans le film Les Choses de la vie, le personnage du fils de Michel Piccoli, interprété par Gérard Lartigau, est inspiré de Roland Moreno[15]. Il inspire aussi l'inventeur du Love Computer dans Les sous-doués en vacances (1982) de Claude Zidi. Roland Moreno est par ailleurs crédité au générique des films Les parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort depuis leur remasterisation en 32 bits (1999) par Agnès Varda[16].

Xavier Niel au Sénat, lors de la journée des entreprises en 2017, fait l'éloge de Roland Moreno et met en relief l'art de la transgression[17].

Notes et référencesModifier

  1. Florian Loisy, « Décès de Roland Moreno, l'inventeur de la carte à puce », sur http://www.leparisien.fr, Le Parisien, (consulté le ).
  2. biographie sur biobble.
  3. Briyan Adlyss "Non stop" et surtout René Barjavel " La nuit des temps.
  4. René BARJAVEL, La nuit des temps, Presses de la cité,
  5. Brevet « Procédé et Dispositif de commande » page 4 ligne 39. Le couplage de la bague et du distributeur s'effectue simplement en introduisant une partie saillante que comporte la bague dans un logement prévu sur le boitier de distribution. Cette introduction a pour effet de former par poussée mécanique un contact...
  6. « Expliquez-vous Roland Moreno Inventeur de la carte à puce, PDG de la société Innovatron », L'Humanité,
  7. Roland Moreno 2002, p. 79 à 82
  8. Une plaque visible dans la boutique de monument funéraire située à cette adresse en témoigne
  9. Tombe réalisée par l'artiste français Rorcha.
  10. Stagora.com/news - © DR, « Mort de Roland Moreno : La carte à puce en deuil » (consulté le )
  11. « Les celimènes sur Apple Podcasts », sur Apple Podcasts (consulté le )
  12. « livre augmenté » introduit en 2009 par iGutenberg.
  13. Résumé disponible . Podcast toutes plates-formes (feed XML)
  14. [lire en ligne]
  15. rolandmoreno, « Roland Moreno (tirade de l'oiseau) », (consulté le )
  16. Production Tamaris Demy/Varda. Voir aussi Internet Movie Data Base IMDB.
  17. « Xavier Niel : « J’ai réussi ma vie grâce à Roland Moreno », l’inventeur de la carte à puce », sur www.universfreebox.com (consulté le )

Voir aussiModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexesModifier

Liens externesModifier