Robert Walser (écrivain)

écrivain suisse
Robert Walser
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Robert Walser dans les années 1890.
Naissance
Bienne
Décès (à 78 ans)
Herisau
Auteur
Langue d’écriture allemand
Genres
roman, poésie

Robert Walser, né le à Bienne (Suisse) et mort le à Herisau (Suisse), est un écrivain et poète suisse de langue allemande.

BiographieModifier

Walser est né en 1878 dans la ville bilingue de Bienne, dans le canton de Berne. Il est l'avant-dernier des huit enfants d'Adolf Walser, relieur et commerçant (1833-1914) et d'Elisabeth « Elisa » Marti (1839-1894). En 1892, en raison du lent déclin des affaires paternelles et en dépit de ses bons résultats scolaires, Walser quitte l'école et accomplit un apprentissage de commis à la Banque cantonale bernoise. En 1895, à dix-sept ans, il quitte le domicile familial. Il séjourne et travaille à Bâle, puis à Stuttgart. Passionné par le métier d'acteur, il s'essaie sans succès au théâtre. De 1896 à 1905, il mène une vie nomade [1]. Il vit principalement à Zurich, prenant des emplois alimentaires qu'il quitte dès qu'il a suffisamment d'argent pour se consacrer à la création poétique. Walser exercera de nombreux métiers (secrétaire, employé de banque, homme à tout faire), qui lui inspireront certains de ses plus grands textes.

Ses premiers poèmes paraissent dans le supplément dominical du journal Der Bund en 1898. À la suite de cette publication, Walser, grâce à Franz Blei, entre en contact avec les milieux d'avant-garde de Munich autour de la revue Die Insel. Il y publie des poèmes et de brefs drames en vers qu'il nomme des « dramolets ». Ainsi paraissent Poètes en 1900, Blanche-Neige et Cendrillon en 1901, et Les Garçons en 1902. C'est aux éditions Insel, à Leipzig, que sort son premier livre en 1904Les Rédactions de Fritz Kocher (Fritz Kochers Aufsätze). L'ouvrage, malgré un accueil critique favorable, est un échec commercial.

En 1905, Walser s'établit à Berlin, où il loge chez son frère aîné Karl Walser, peintre et décorateur de théâtre, qui illustrera plusieurs de ses livres. En septembre 1905, Walser fréquente une école de domestique, puis s'engage d'octobre à décembre comme laquais au château de Dembrau (Haute-Silésie). De retour à Berlin, grâce aux relations de Karl, il se fait en quelques mois un nom dans les milieux artistiques d'avant-garde. Il sera brièvement secrétaire de la Sécession berlinoise. Entre 1907 et 1909, il rédige et publie trois romans chez le prestigieux éditeur Bruno Cassirer : Les Enfants Tanner (Geschwister Tanner) en 1907, L' Homme à tout faire (Der Gehülfe) en 1908 et L'Institut Benjamenta (Jakob von Gunten) en 1909. Un recueil des poèmes de jeunesse paraît, également en 1909. Il place régulièrement ses textes dans les revues berlinoises les plus réputées, comme Die Schaubühne, die Neue Rundschau, ou encore Die Zukunft fondée et dirigée par Maximilian Harden. Walser a rassemblé un grand nombre de ces proses dans deux recueils parus en 1913 et 1914: Rédactions (Aufsätze) et Histoires (Geschichten). Quelques-uns des plus grands écrivains de l'époque, Christian Morgenstern, Max Brod, Kurt Tucholsky Robert Musil et, plus tard, Walter Benjamin, saluent cette oeuvre. Le jeune Franz Kafka se dit fasciné, impressionné. Entre 1910 et 1912, les publications se raréfient, Walser se détourne de ses fréquentations et de la vie littéraire, et travaille comme secrétaire auprès de sa logeuse.

Walser fuit Berlin pour s'installer à Bienne en 1913. Les raisons de son retour en Suisse sont mystérieuses. Il l'explique par son besoin de calme et de sérénité pour écrire. En réalité, il semble avoir traversé une période de dépression. Pendant les sept années biennoises, Walser publiera 9 livres, essentiellement des recueils de proses brèves ou de nouvelles — Histoires (Geschichten) en 1914, Vie de poète (Poetenleben) en 1917, La Promenade (Der Spaziergang, intégré au recueil Seeland en 1920). En 1921, Robert Walser s'installe à Berne. Même s'il vit en marge de la société en général et de la vie littéraire en particulier, les années 1924 à 1933 comptent parmi les plus fécondes de l'écrivain. De Berlin à Prague et Zurich, des centaines de ses petites proses, poèmes et scènes dialoguées paraissent sous forme de feuilleton dans la plupart des grands journaux du monde germanophone, notamment le Berliner Tageblatt et la Prager Presse (en). Durant ces années d'intense productivité, il développe une méthode d'écriture en deux temps, les « microgrammes ». Un dernier recueil de proses, La Rose (Die Rose), paraît en 1925. La grande masse des textes de Walser reste éparpillée, et ne sera rassemblée qu'après la mort de l'écrivain.

En 1929, Walser entre dans la clinique psychiatrique de la Waldau, à Berne, où il poursuit son travail de « feuilletoniste ». Il cessera d'écrire en 1933, après avoir été transféré contre son gré dans la clinique psychiatrique d'Herisau dans le demi-canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures où il séjournera jusqu'au jour de Noël 1956 où, quittant la clinique pour une promenade dans la neige, il marchera jusqu'à l'épuisement et la mort. Son ami Carl Seelig a rendu compte des conversations menées avec l'écrivain pendant ces années de silence dans ses Promenades avec Robert Walser.

CommentairesModifier

La prose de Walser se caractérise par des descriptions précises, fines et aériennes[évasif] de situations banales. Walser donne l'impression de ne faire qu'effleurer les situations et les personnages qu'il décrit, et pourtant, cette superficialité ne donne jamais un goût d'inachevé. Dans la nouvelle du même nom, Walser emploie la métaphore de la « vitrine » pour décrire son œuvre :

« Une fois de plus, je n'ai fait là qu'esquisser ; en réalité, je devrais me sentir tenu d'en faire davantage. »

Walser est l'écrivain des choses petites, délicates et belles. Le fait de ce qui est petit caractérise également sa technique d'écriture des années 1920 : Walser esquissait ses textes au crayon, sur de simples bouts de papier, d'une écriture minuscule, avant de recopier à la plume ceux qu'il destinait à la publication. On mit longtemps après sa mort à se rendre compte que l'écriture microscopique de ce « Territoire du crayon » était déchiffrable et renfermait de très nombreux textes inédits, véritables œuvres — voire chefs-d'œuvre — littéraires. C'est ainsi, sous forme de « microgramme » (ainsi appelle-t-on ces textes), qu'est écrit son grand roman publié à titre posthume, Le Brigand.

Les manuscrits de Robert Walser ont déménagé de Zurich à Berne, et sont aujourd'hui sauvegardés au sein des Archives littéraires suisses, à la Bibliothèque nationale. Au cœur de la vieille ville, le Centre Robert Walser est ouvert aux chercheurs et au public.

ŒuvresModifier

AdaptationsModifier

Au cinémaModifier

Au théâtreModifier

  • L'Institut Benjamenta, mis en scène par Bérangère Vantusso (Compagnie trois six trente, Lille, 2016).
  • Ainsi se laissa-t-il vivre, mis en scène par Guillaume Delaveau (TNS, 2014)[5]
  • Le Projet RW (adapté de la nouvelle La Promenade), créé par le Collectif Quatre Ailes en 2008 et tourné jusqu'en 2012

Adaptations musicalesModifier

  • Schneewittchen (Blanche-Neige), opéra de Heinz Holliger (1997-1998), livret de Heinz Holliger
  • Liebe, poème mis en musique par Jeanne Added sur son 1er EP (Carton Records, 2011)[6]

NotesModifier

  1. (de) Lucas Marco Gisi (éd.), Robert Walser Handbuch, Stuttgart, Verlag J. B. Metzler, , 456 p. (ISBN 978-3-476-04594-2), p. 13-15
  2. Note du traducteur., postface à L’Homme à tout faire de Robert Walser (1970). In : revue Agone 43/2010.
  3. Voir sur koerferfilm.com.
  4. Présentation sur le site du distributeur (eddistribution.com) à l'occasion de la ressortie en 2019.
  5. Ainsi se laissa-t-il vivre, TNS.
  6. Liebe, poème écrit avant 1900, traduction Amour par Marion Graf dans Poèmes (Zoé, 2008) reproduite dans Robert Walser poète germanophone.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier