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Retable de la chapelle de l'Immaculée Conception

Retable de la chapelle de l'Immaculée Conception
Artiste
Giacomo del Maino, Léonard de Vinci, Giovanni Ambrogio, Evangelis de Predis
Date
entre 1480 et 1508
Type
Art sacré
Technique
tempera et huile sur bois de tilleul
Propriétaire
Confraternité de l'Immaculée Conception
Localisation
Commentaire
Retable démantelé en 1806
Coordonnées
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Le retable de la chapelle de l'Immaculée Conception est un retable bâti entre 1480 et 1482, décoré entre 1483 et 1508 et démantelé au début du XIXe siècle.

Consacré à l'Immaculée Conception, il est conservé tout au long de son existence au sein d'une chapelle elle-même dédiée à l'Immaculée Conception qui fait partie de l'église Saint-François-Majeur (italien : Chiesa di San Francesco Grande), une église de Milan détruite en 1806.

Construit par le sculpteur sur bois Giacomo del Maino, il est surtout célèbre pour avoir comporté le tableau de La Vierge aux rochers de Léonard de Vinci à l'issue d'un conflit juridique qui dure près de vingt-cinq ans. Il comporte également deux panneaux latéraux, les Anges musiciens, dont le peintre italien Giovanni Ambrogio de Predis est responsable. La décoration par dorure et peinture de sa structure et de ses parties sculptées sont confiées au frère de ce dernier, Evangelis.

Au fil des siècles, il subit plusieurs modifications de structure au gré de ses déplacements au sein de l'église et des retraits ou de la vente de pièces le constituant.

Sommaire

DescriptionModifier

SujetModifier

Le retable est une pièce consacrée à l'Immaculée Conception[1], dogme selon lequel Marie, recevant par anticipation les fruits de la résurrection de son fils Jésus-Christ, a été conçue exempte du péché originel : elle n'a pas été corrompue par cette faute originelle qui fait que tout être humain connaît depuis une tendance à commettre le mal[N 1].

Aspect présumé du retableModifier

 
Schéma du retable d'après les hypothèses de Carlo Pedretti[2], de Malaguzzi-Valeri[3], Frank Zöllner[4] et Gerolamo Biscaro[5], d'après le contrat de commande.
1) Panneau de La Vierge aux rochers - 2) Panneaux latéraux représentant des anges musiciens - 3) Scènes de la vie de la Vierge[1] - 4) Scènes de la vie de la Vierge[5] - 5) ?[N 2] - 6) La Vierge avec une gloire d'anges[6],[5] - 7) Représentation de Dieu le Père avec une gloire de Séraphins[1],[5].

La structure du retable est constituée du parties sculptées, peintes et dorées représentant des scènes de la vie de la Vierge Marie[5],[1].

La pièce principale du retable est son panneau central intitulé La Vierge aux rochers peint par Léonard de Vinci[7]. Deux panneaux sont destinés à l'accompagner, les Anges musiciens dont Giovanni Ambrogio de Predis est contractuellement responsable de la création[7]. Une grande majorité des chercheurs s'entendent pour considérer que ces deux panneaux encadrent le tableau de La Vierge aux rochers dès la création du retable[2],[3],[4],[5]. Néanmoins, les historiens de l'art Rachel Billinge, Luke Syson et Marika Spring, s'appuyant sur la thèse de doctorat d'Hannelore Glasser[8], considèrent que, initialement et jusqu'en 1579, les deux tableaux se trouvent au-dessus de celui de Léonard de Vinci[9]. Quoi qu'il en soit, un témoignage de 1671 décrit le retable avec, le panneau de La Vierge aux rochers encadré par les panneaux des Anges musiciens[9] : le panneau de gauche est l'Ange musicien en vert jouant de la vièle et celui de droite est l'Ange musicien en rouge jouant du luth[10].

Le retable comporte également une statue de la Vierge Marie. Néanmoins, les chercheurs sont en désaccord sur sa place sur le meuble : visible au-dessus du panneau La Vierge aux rochers[11] ou caché par ce panneau qui aurait donc été amovible[1]. Un collier offert par un donnateur placé sur cette statue[1] ou directement sur le tableau[12] est visible[11].

HistoriqueModifier

Création dans le cadre de la chapelle de l'Immaculée ConceptionModifier

La création du retable de la chapelle de l'Immaculée Conception s'inscrit dans le cadre de la décoration d'une chapelle construite dans le dernier quart du XVe siècle dans l'église Saint-François-Majeur[13] : en effet, après la création de fresques afin d'en décorer la voûte, la confrérie laïque milanaise de l'Immaculée Conception commande le 8 avril 1480 un retable de grandes dimensions comprenant en particulier la sculpture d'une Madone au sculpteur sur bois Giacomo del Maino (avant 1469 - 1503 ou 1505). Le retable est achevé le [13] et la sculpture de la Madone l'est au plus tard le de la même année[13],[11]. Dès lors, trois artistes sont mandatés afin d'en assurer la dorure du bois de charpente et des parties sculptées ainsi que la peinture sur les panneaux : un contrat est signé devant notaire le entre la confrérie d'une part et, d'autre part, Léonard de Vinci et les portraitistes et miniaturistes, les frères Evangelis et Giovanni Ambrogio de Predis[7],[14]. La date contractuelle d'échéance de livraison des deux panneaux est le 1483[14],[15],[N 3]. Il semble que cette échéance est respectée par les artistes puisque les œuvres seraient achevées en 1485[16],[17] ou au plus tard en 1486[18],[13] mais que le commanditaire refuse particulièrement la réception de La Vierge aux rochers considérant son contenu par trop hétérodoxe[17]. Dès lors, un conflit juridique durant près de vingt-cinq ans s'engage, au terme duquel un nouveau panneau de La Vierge aux rochers — celui conservé actuellement à la National Gallery à Londres — est créé[15]. Il en va peut-être de même pour les panneaux des Anges musiciens[19],[20],[21].

Dès lors, le retable est exposé dans la chapelle à partir de 1503 même si le tableau de la Vierge aux rochers demeure inachevé jusqu'en 1508, date où la confrérie peut signer un certificat en accusant bonne réception[11].

Déplacements à l'intérieur de l'église et modificationsModifier

La chapelle étant détruite en 1576 dans le cadre de la reconstruction de l'église, le retable est déplacé dans chœur de l'église. À cette occasion, il est démonté et peut-être restructuré[9] comme le montrent les marques de sciage les deux panneaux des Anges musiciens indiquant qu'ils ont subi des modifications dans leurs dimensions[22]. De même, ont-ils subi une profonde modification des couleurs du fond : l'Ange musicien en vert jouant de la vièle présentait un arrière-plan où le vert dominait et un paysage aux couleurs vertes et bleues et l'Ange musicien en rouge jouant du luth, proposait une niche de couleur rougeâtre imitant certainement la pierre[23]. Or, les œuvres ont subi un repeint en gris dans le but probable de proposer une uniformisation des couleurs[24]. Enfin, en 1671, un témoignage le décrit, le panneau de La Vierge aux rochers encadré par les panneaux des Anges musiciens[9].

Un retable démanteléModifier

En 1781 les trois tableaux composant le retable de l'Immaculée Conception sont séparés : La Vierge aux rochers est en effet vendue à un collectionneur anglais. Un témoignage datant de 1798 indique ainsi que les Anges musiciens, encore à leur place dans le retable, encadrent le vide laissé par le tableau de Léonard de Vinci[9],[20]. Enfin, en 1806, l'église Saint-François-Majeur, jugée vétuste et dangereuse, est détruite et, depuis, le retable est réputé perdu[25],[26].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. « Privilège selon lequel, en vertu d’une grâce exceptionnelle, la Vierge Marie est née préservée du péché originel. Le dogme de l’Immaculée conception a été proclamé par Pie IX en 1854. À ne pas confondre avec la conception virginale de Jésus par Marie. », selon la définition de Conférence des évêques de France, « Immaculée Conception », sur eglise.catholique.fr, (consulté le 27 décembre 2017).
  2. Les représentations ornementales numérotées « 5 » dans ce schéma du retable ne paraissent pas connues.
  3. À noter qu'en ce qui concerne La Vierge aux rochers, cette date est l'objet de discussions entre les chercheurs car si le contrat indique une échéance au «  » — correspondant à la fête de l'Immaculée Conception —, il n'en précise pas l'année : la plupart des historiens de l'art soutiennent qu'il s'agit de l'année du contrat, soit 1483[14],[15]. Néanmoins, Frank Zöllner, rappelant les vingt-quatre à trente mois qui avaient été estimés nécessaires pour la réalisation de l'Adoration des mages quelques années auparavant, considère que ces sept mois constituent un délai insuffisant pour une réalisation d'une telle ampleur et repousse l'échéance à [13].

RéférencesModifier

  1. a b c d e f et g Zöllner 2017, chap. III. Nouveau départ à Milan - 1483-1484, p. 93.
  2. a et b Pedretti, Taglialagamba et Temperini 2017, p. 204.
  3. a et b Zöllner 2017, chap. III. Nouveau départ à Milan - 1483-1484, p. 111.
  4. a et b Zöllner 2017, p. 93, 111 et 355.
  5. a b c d e f g et h Biscaro 1910.
  6. Zöllner 2017, Catalogue critique des peintures, XI, p. 355.
  7. a b et c Zöllner 2017, chap. III. Nouveau départ à Milan - 1483-1484, p. 92.
  8. (en) Hannelore Glasser, Artists’ Contracts of the Early Renaissance [« Les contrats d'artistes de la haute Renaissance »] (Thèse de doctorat), New York et Londres, Garland Pub (New York), coll. « Outstanding dissertations in the fine arts », , 417 p., 21 cm (ISBN 9780824026943, OCLC 644932802)
  9. a b c d et e Billinge, Syson et Spring 2011, p. 60.
  10. Bonoldi et Lawrence 2015, p. 48.
  11. a b c et d Keith et al. 2011, p. 32.
  12. Marani, Villata et Guglielmetti 1999, p. 142.
  13. a b c d et e Zöllner 2017, Catalogue critique des peintures, XI, p. 356.
  14. a b et c Nicholl et Piot 2006, p. 240.
  15. a b et c Vezzosi et Liffran 2010, p. 56.
  16. Pedretti, Taglialagamba et Temperini 2017, p. 23 et 240.
  17. a et b Nicholl et Piot 2006, p. 241.
  18. Laborie.
  19. Neveux 2018, p. 45.
  20. a et b Marani, Villata et Guglielmetti 1999, p. 133.
  21. Billinge, Syson et Spring 2011, p. 59.
  22. Billinge, Syson et Spring 2011, p. 61.
  23. Billinge, Syson et Spring 2011, p. 57.
  24. Billinge, Syson et Spring 2011, p. 74.
  25. Angela et Bajard 2018, p. 142.
  26. Paolo Rotta 1891, p. 115.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

OuvragesModifier

  • Alberto Angela (trad. de l'italien par Sophie Bajard, préf. Mario Pasa), Le regard de la Joconde : La Renaissance et Léonard de Vinci racontés par un tableau [« Gli occhi della Gioconda. Il genio di Leonardo raccontato da Monna Lisa »], Paris, Payot & Rivages, , 333 p., 23 cm (ISBN 978-2-2289-2175-6), 4. Dans les pas de Léonard, « L’époque de Ludovic le More 1488-1498 », p. 153-161.
  • (en) Lorenzo Bonoldi (trad. de l'italien par Clark Anthony Lawrence), Isabella d'Este : a Renaissance woman [« Isabella d'Este : la Signora del Rinascimento »], Rimini, Guaraldi, coll. « Engramma », , 93 p., 24 cm (ISBN 9788869272417, OCLC 1018417866), chap. III (« Isabella d'Este : Muse for an angel »), p. 47-50.
  • (it) Gerolamo Biscaro, La commissione della 'Vergine delle roccie' a Leonardo da Vinci secondo i documenti originali (25 aprile 1483) [« La commande de La Vierge aux rochers à Léonard de Vinci selon les documents originaux () »] (extrait des Archivio storico Lombardo, Milan, année XXXVII, fasc. XXV, 1910), Milano, Tip. L.F. Cogliati, , 41 p., 25 cm (OCLC 27348576, lire en ligne).
  • (en) Katy Blatt, Leonardo da Vinci and The Virgin of the Rocks : One Painter, Two Virgins, Twenty-Five Years [« Léonard de Vinci et La Vierge aux rochers : un peintre, deux Vierges, vingt-cinq ans »], Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, , XVIII-180 p., 21 cm (ISBN 9781527506442, OCLC 1019751278).
  • Pietro Marani et Edoardo Villata (trad. de l'italien par Anne Guglielmetti), Léonard de Vinci : Une carrière de peintre [« Leonardo, una carriera di pittore »], Arles ; Milan, Actes Sud ; Motta, , 383 p., 34 cm (ISBN 2-7427-2409-5), p. 126-148.
  • Murielle Neveux, Léonard de Vinci : Les secrets d'un génie, Gennevillier ; Paris, GEO Art (Prisma Media) ; Le Monde, coll. « Le musée idéal », (1re éd. 2017), 112 p., 31 cm (ISBN 2-8104-2341-5, EAN 978-2810423415, présentation en ligne), chap. 2 (« Léonard à la cour du duc de Milan »), p. 37-45.
  • Charles Nicholl (trad. de l'anglais par Christine Piot), Léonard de Vinci : biographie [« Leonardo da Vinci, the flights of the minds »], Arles, Actes Sud, , 701 p., 24 cm (ISBN 2-7427-6237-X et 978-2-7427-6237-8), Quatrième partie : De nouveaux horizons : 1482-1490, chap. 3 (« La Vierge aux rochers »), p. 238-244.
  • Carlo Pedretti et Sara Taglialagamba (trad. de l'italien par Renaud Temperini), Léonard de Vinci : L'art du dessin [« Leonardo, l'arte del disegno »], Paris, Citadelles et Mazenod, , 240 p., 29 cm (ISBN 978-2-8508-8725-3), II. Du dessin au tableau, « Les deux vierges », p. 204-211.
  • Alessandro Vezzosi (trad. de l'italien par Françoise Liffran), Léonard de Vinci : Art et science de l'univers, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / peinture » (no 293), , 160 p., 18 cm (ISBN 978-2-0703-4880-0), chap. 3 (« À Milan au temps des Sforza »), p. 51-81.
  • Frank Zöllner, Léonard de Vinci, 1452-1519 : Tout l'œuvre peint, Köln, Taschen, coll. « Bibliotheca universalis », , 488 p. (ISBN 978-3-8365-6296-6).

ArticlesModifier

  • (en) Rachel Billinge, Luke Syson et Marika Spring, « Altered Angels : Two panels from the Immaculate Conception Altarpiece once in San Francesco Grande, Milan » [« Les anges retouchés : deux panneaux du retable de l'Immaculée Conception à l'église Saint-François-Majeur de Milan »], National Gallery Technical Bulletin, vol. 32,‎ , p. 57-77 (lire en ligne).
  • (en) Larry Keith, Ashok Roy, Rachel Morrison et Peter Schade, « Leonardo da Vinci’s Virgin of the Rocks : Treatment, Technique and Display », National Gallery Technical Bulletin, vol. 32,‎ , p. 32-56 (lire en ligne).

Sites internetModifier