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La rencontre de Guayaquil (espagnol : entrevista de Guayaquil) est le nom donné à l'entrevue des deux libérateurs de l'Amérique du Sud, le Vénézuélien Simón Bolívar et l'Argentin José de San Martín, à Guayaquil, le .

Les objectifs de cette rencontre étaient de discuter de la souveraineté sur la province de Guayaquil, intégrée jusque-là à la Vice-royauté du Pérou, de la libération du Pérou et, de manière générale, de la consolidation de l'indépendance de l'Amérique du Sud libérée.

ContexteModifier

Le , Antonio José de Sucre défait les royalistes lors de la bataille de Pichincha et occupe Quito le 25 mai. Le contingent péruvien qui intervient dans cette bataille est composé de 1 600 soldats sous le commandement du colonel Andrés de Santa Cruz et a rejoint les forces patriotes colombiennes à Saraguro le . Par la suite, Simón Bolívar met une pression diplomatique sur Guayaquil, afin de l'annexer à la Grande Colombie. Le libérateur du Nord Simón Bolívar comme le libérateur du Sud José de San Martín sont convaincus que le sort de l'indépendance américaine doit se jouer sur le sol péruvien, c'est pourquoi Simón Bolívar propose de rejoindre le Pérou[1].

Avant les événements de Guayaquil, San Martín a symboliquement proclamé l'Indépendance du Pérou le . Il a organisé le premier Congrès constituant de la République du Pérou (es), le . 79 députés ont été élus. Le congrès fondateur est devenu opérationnel le . Après son installation à la même date, le Congrès a offert au général José de San Martín des pouvoirs dictatoriaux qu'il a refusés. Le Congrès modifie son offre en lui donnant le titre de Fundador de la Libertad del Perú y Generalísimo de las Armas, un titre honorifique que le général San Martín a accepté. Le Congrès installé a élu à sa présidence le religieux Francisco Xavier de Luna Pizarro.

L'indépendance de GuayaquilModifier

Article détaillé : Indépendance de Guayaquil.

Après le , Guayaquil, sous la direction politique de José Joaquín de Olmedo et d'autres patriotes, a proclamé son indépendance de l'Espagne. Plus tard dans la même année, il a créé un nouveau pays appelé Province libre de Guayaquil, dont le président est Olmedo.

Après l'épopée libertaire, José Joaquín de Olmedo a demandé l'aide de Simón Bolívar pour sauvegarder l'indépendance de la ville et poursuivre la libération du reste de la Real audiencia de Quito. Bolívar a envoyé son meilleur général, Antonio José de Sucre, avec plusieurs centaines de soldats.

Sucre a signé un traité avec les guayaquileños qui place la ville sous la protection de la Colombie, puis a réorganisé ses forces et a vaincu les royalistes sur les pentes du Pichincha le , occupant Quito un jour plus tard. Pour cette campagne, Bolívar a recherché l'aide de San Martín, qui a envoyé 1 600 soldats, sous le commandement d'Andrés de Santa Cruz, qui ont participé aux batailles de Riobamba et Pichincha.

Cinq jours après la victoire sur les pentes du Pichincha, Quito accepte l'annexion et déclare l'intégration à la Colombie de l'ensemble du territoire de la Real audiencia de Quito. Cuenca et Loja acceptent immédiatement la décision.

Le problème est que la Province libre de Guayaquil, en tant qu'État souverain, n'est pas reconnue. À Guayaquil émergent trois partis politiques :

  • les colombianistas, partisans de l'annexion de Guayaquil à la Grande Colombie ;
  • les peruanistas, défenseurs de l'incorporation de Guayaquil à la République du Pérou ;
  • les independientes, convaincus que la Province libre de Guayaquil doit rester un État libre et indépendant, dont fait notamment partie José Joaquín de Olmedo.

Face au danger du maintien d'un bastion royaliste en Amérique du Sud (c'est encore le cas de la Vice-royauté du Pérou, qui n'est pas totalement conquise), Bolívar accepte l'invitation de San Martín d'unir leurs forces. Bolívar choisit la ville de Guayaquil comme lieu de l'entrevue[2].

Le , Bolívar arrive à Guayaquil, statuant que la province doit se joindre la Colombie. Dans un premier temps, il estime que l'incorporation doit se faire à la suite d'un vote libre et spontané, mais, en raison d'un groupe de riches marchands voulant garder le contrôle (et s'ils ne parviennent pas à l'obtenir, rejoindre le Pérou), Simón Bolívar assume tous les pouvoirs et place la ville de Guayaquil sous la protection de la République de Colombie, se chargeant du commandement politique et militaire.

La rencontre de GuayaquilModifier

 
San Martín et Bolívar durant la rencontre de Guayaquil.

Quelques jours plus tard, le , San Martín, arrivé la veille avec ses collaborateurs et son escorte dirigée par Pedro Nolasco Fonseca (es) à bord de la goélette Macedonia, s'entretient seul à seul avec Simón Bolívar[3].

La nuit du , Bolívar invite San Martín à un banquet. À la moitié de celui-ci et dans le plus grand secret, San Martín se retire et fait voile vers le Pérou en laissant une partie de son armée de Bolivar[4], [5].

Les deux hommes se sont rencontrés seuls et sans témoins, de sorte que nul ne sait ce que les deux Libertadores se sont dit. Toutefois, deux questions principales ont probablement été débattues : le sort de la province de Guayaquil et la fin de la campagne contre les royalistes, dont la dernière étape est de débarrasser le Pérou récemment indépendant des royalistes, certaines régions des hauts plateaux péruviens abritant les derniers vestiges des armées royalistes installées en Amérique du Sud[4], [6].

Événements postérieursModifier

L'annexion forcée de la Province libre de Guayaquil à la Grande Colombie provoque l'exil volontaire de José Joaquín de Olmedo, qui écrit à Bolívar une lettre décrivant son désaccord avec les mesures prises pour son peuple. Le , la ville de Guayaquil déclare son annexion à la Grande Colombie et avec elle le reste de l'éphémère nation guayaquileña.

En arrivant au Pérou San Martín renonce à toutes ses fonctions. Accompagné d'une petite escorte et d'un assistant, la même nuit, il se rend à cheval à Ancón, au nord-est de Lima. C'était , le jour même de l'installation du premier Congrès constituant de la République du Pérou[7]. À l'aube du 22 septembre, sur le brick "Belgrano", il s'embarque pour Valparaiso.

Au Pérou, le Protectorat de San Martín est remplacé par un comité directeur, composé du général José de La Mar, du marchand Antonio Felipe Alvarado et du comte Manuel Salazar y Baquíjano. Le premier Congrès promulgue la Constitution le , la première constitution de la République de tendance clairement libéralisme. Avec San Martín disparu de la scène, Bolívar accepte d'envoyer ses forces pour aider le Pérou. Ainsi, à l'arrivée de Simon Bolívar, le Congrès constituant suspend ses activités et donne des pouvoirs dictatoriaux à Bolívar.

Notes et référencesModifier

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Entrevista de Guayaquil » (voir la liste des auteurs).
  1. « La rencontre de Guayaquil et la libération de l'Amérique du Sud », sur rtbf.be, RTBF, (consulté le 31 janvier 2018).
  2. José de San Martín et Jacques Joset, Correspondance et autres écrits du Libertador José de San Martín, Éditions de l'ULG, , 187 p. (lire en ligne).
  3. (es) La Entrevista de Guayaquil, www.laguia2000.com, 11 août 2007
  4. a et b (es) Don José de San Martín, www.todo-argentina.net
  5. Revue française d'hstoire d'outre-mer, vol. 83, La Société, (lire en ligne), p. 32.
  6. (es) « Un colombiano encontró en el Archivo Nacional del Ecuador une carta que relata el encuentro de Bolívar con San Martín en Guayaquil, y pone fin a dos siglos de mitos y polémicas », sur semana.com, Semana, (consulté le 1er février 2018).
  7. (es) 26 de Julio - Entrevista de Guayaquil, www.deperu.com

BibliographieModifier

  • (es) Vicente Lecuña, La entrevista de Guayaquil: restablecimiento de la verdad histórica, Fundación Vicente Lecuna, (lire en ligne)
  • (es) Julio César Cháves, La entrevista de Guayaquil, Eudeba, (lire en ligne)
  • (es) Ricardo Rojas, El conflicto y la entrevista de Guayaquil, (lire en ligne)
  • (es) Julio César Cháves, La entrevista de Guayaquil, Edit. Losada, (lire en ligne)
  • (es) Vicente Fidel Lopez, El Conflicto y La Entrevista de Guayaquil, Nabu Press, (lire en ligne)
  • (es) Julián Fuentes-Figueroa Rodríguez, La entrevista de Guayaquil: El Libertador y San Martín en Guayaquil, Formateca, (lire en ligne)