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Religion en Suisse

Religions en Suisse (population age 15+, 2016)[1],[2]

Histoire
14 ap. J.-C. Début du culte impérial appelé « culte d'Auguste »
38 ap. J.-C. La religion gauloise est interdite
Entre 64-68 Début des persécutions anti-chrétiennes
313 Édit de Milan : début de la liberté de religion et fin des persécutions
391 Le christianisme devient religion d'État
Années 1520 Réforme protestante en Suisse
1848 La Constitution garantit la liberté de religion pour les chrétiens mais pas pour les Juifs
1874 La Constitution garantit la liberté de culte et supprime la religion d'État mais les cantons ont le droit d'en avoir une ou plusieurs
1999 La Constitution garantit liberté de conscience et de croyance

Voir aussi

Religion par pays

Distribution des confessions en Suisse, au (vert : Protestants ; rouge : Catholiques).

La religion en Suisse est autorisée par l'article 49 de la Constitution de 1874 qui garantit la liberté de culte.

L’État Suisse n'a plus de religion d'État, mais « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! » sont les premiers mots inscrits dans la Constitution suisse et les cantons peuvent choisir de reconnaître ou non une ou plusieurs religions d'État « officielles ».

La Constitution de 1999 prévoit à son article 15 la liberté de conscience et de croyance.

L’État Suisse n'est pas pour autant un État laïc, car il n'impose pas une neutralité dans l'espace public : il n'interdit pas le port de signes distinctifs religieux (comme le voile islamique) à l'école ou dans l'administration, ni le catéchisme chrétien ou le cours d'histoire biblique à l'école, appelé cours d’éthique et de cultures religieuses, cours qui n'est pas obligatoire à l'école publique.

Selon le relevé structurel de la population 2010, la religion la plus répandue de la population âgée de 15 ans ou plus du pays est la religion catholique, avec 38,82 %[3] de la population. La deuxième religion est l'Église évangélique réformée, avec 30,9 %[3] de la population.

Généralement, les cantons se réclament de l'une des deux confessions. L'islam est la quatrième religion avec 4,5 % de la population[3]. 40 000 à 50 000 alévis bektachiss vivent en Suisse, la plupart sont d'origine turque. Le parlement bâlois a accordé le 17 octobre 2012 la reconnaissance cantonale à la communauté alévie[4].

Les orthodoxes toutes tendances confondues représenteraient environ 1,81 % de la population[3].

La présence de communautés juives en Suisse est attestée avant la création de la première Confédération, elle est de nos jours organisée en institutions dans la plupart des grandes villes et représente 0,25 % de la population.

La proportion des habitants se déclarant sans religion est de 20 % actuellement[3]. 4,33 % n'a pas révélé ses croyances[3].

D'après l'Eurobaromètre 2005[5],

  • 48 % des citoyens suisses ont répondu qu'« ils croyaient qu'il existe un Dieu ».
  • 39 % ont répondu « qu'ils croyaient qu'il y a une sorte d'esprit ou une force vivante ».
  • 9 % ont répondu qu'ils « ne croyaient pas qu'il existe une sorte d'esprit, de Dieu, ou de force vivante ».

Sommaire

Vue d'ensembleModifier

 
Une église à Fischenthal, un village dans le canton de Zurich.
Religion en Suisse – 2014[6]
Appartenance religieuse % de la population (âgée de 15 ans ou plus)
Christianisme 71.5 71.5
 
Église catholique en Suisse 38.0 38
 
Église évangélique réformée 26.0 26
 
Églises orthodoxes 2.2 2.2
 
Évangélisme 1.7 1.7
 
Luthéranisme 1.0 1
 
Anglicanisme 0.1 0.1
 
Autres chrétiens 2.5 2.5
 
Autres religions 6.5 6.5
 
Islam 5.0 5
 
Bouddhisme 0.5 0.5
 
Hindouisme 0.5 0.5
 
Judaïsme 0.2 0.2
 
Autres religions non-chrétiennes 0.3 0.3
 
Irréligion* 22.0 22
 
Total 100 100
 
* Parmi eux : 43 % théistes/déistes, 32 % athées, 25 % agnostiques

Appartenance aux Églises nationales de la population totale en 2017[7] :

Église/religion Membres % Population totale
Catholique romaine 3 213 411 37,9 %
Évangélique réformée 2 150 387 25,3 %
Autre ou sans 3 120 332 36,8 %
8 484 130 100 %

Évolution de l'appartenance religieuse de la population âgée de 15 ans ou plus, d'après le relevé structurel de 2016[2],[8],[9] :

Religion 1970 1980 1990 2000 2010 2016
Catholiques 46,7 % 46,2 % 46,2 % 42,3 % 38,6 % 36,5 %
Sans religion 1,2 % 3,9 % 7,5 % 11,4 % 20,1 % 24,9 %
Protestants 48,8 % 45,3 % 39,6 % 33,9 % 28,0 % 24,5 %
Musulmans 0,2 % 0,7 % 1,6 % 3,6 % 4,5 % 5,2 %
Juifs 0,4 % 0,3 % 0,2 % 0,2 % 0,2 % 0,2 %
Autres 2,7 % 3,6 % 4,9 % 8,6 % 8,6 % 8,7 %

Répartition religieuse par cantonModifier

Légende

  •      Majorité catholique
  •      Majorité protestante
  •      Majorité sans
  •      Majorité autres
Répartition par cantons (population âgée de 15 ans ou plus) en 2016[2],[8]
Canton Catholiques Protestants Autres communautés chrétiennes Musulmans Juifs Sans Autres
  Uri 78,9 % 4,4 % 3,1 % 2,7 % 0,0 % 9,7 % 0,0 %
  Schwytz 59,8 % 11,1 % 4,3 % 3,9 % 0,0 % 19,1 % 0,9 %
  Nidwald 68,0 % 9,2 % 2,6 % 1,7 % 0,0 % 17,5 % 0,7 %
  Obwald 71,6 % 7,8 % 2,5 % 2,6 % 0,0 % 13,5 % 0,8 %
  Lucerne 61,9 % 10,0 % 4,7 % 4,4 % 0,1 % 16,7 % 1,4 %
  Zurich 26,8 % 29,2 % 6,7 % 6,6 % 0,2 % 27,6 % 1,5 %
  Glaris 31,6 % 32,0 % 5,7 % 6,5 % 0,0 % 21,3 % 2,2 %
  Zoug 51,3 % 14,1 % 5,3 % 4,5 % 0,2 % 22,3 % 1,6 %
  Berne 15,5 % 51,5 % 6,7 % 3,9 % 0,1 % 19,7 % 1,6 %
  Fribourg 60,8 % 12,4 % 3,5 % 3,9 % 0,0 % 16,8 % 0,8 %
  Soleure 33,7 % 20,8 % 5,7 % 6,9 % 0,0 % 30,7 % 1,6 %
  Bâle-Ville 17,9 % 17,4 % 5,3 % 7,5 % 0,7 % 47,5 % 2,1 %
  Bâle-Campagne 26,0 % 31,4 % 5,7 % 5,3 % 0,2 % 28,9 % 1,5 %
  Schaffhouse 22,6 % 36,1 % 6,9 % 6,6 % 0,0 % 25,1 % 1,5 %
  Appenzell Rhodes-Intérieures 70,6 % 11,9 % 4,7 % 1,9 % 0,0 % 9,0 % 0,0 %
  Appenzell Rhodes-Extérieures 27,8 % 38,7 % 7,8 % 3,4 % 0,0 % 21,0 % 0,5 %
  Saint-Gall 45,3 % 21,1 % 6,3 % 7,3 % 0,1 % 17,8 % 1,2 %
  Grisons 42,5 % 33,2 % 3,6 % 1,9 % 0,0 % 16,4 % 1,0 %
  Argovie 32,8 % 24,7 % 6,9 % 7,0 % 0,1 % 26,4 % 1,3 %
  Thurgovie 31,7 % 32,2 % 6,5 % 6,2 % 0,1 % 21,3 % 1,1 %
  Tessin 66,6 % 3,8 % 5,4 % 1,8 % 0,1 % 19,6 % 0,6 %
  Vaud 30,1 % 23,5 % 6,6 % 5,0 % 0,3 % 31,0 % 1,5 %
  Valais 71,1 % 5,8 % 3,2 % 3,2 % 0,2 % 13,9 % 0,7 %
  Neuchâtel 21,5 % 20,9 % 5,5 % 4,2 % 0,1 % 44,4 % 1,1 %
  Genève 33,3 % 9,2 % 5,8 % 5,7 % 1,1 % 40,3 % 1,6 %
  Jura [10] 68,5 % 9,0 % 3,7 % 2,3 % 0,0 % 13,8 % 0,9 %
  Suisse 36,5 % 24,5 % 5,9 % 5,2 % 0,3 % 24,9 % 1,4 %

« La population interrogée est la population résidente permanente âgée de 15 ans révolus ou plus et vivant dans un ménage privé, à l'exception des diplomates, des fonctionnaires internationaux et des membres de leur famille. Ces données ne peuvent pas être directement comparées à celles des recensements antérieurs à 2010. Les données proviennent d'une enquête par échantillon » et donc la fiabilité n'est pas à 100 % - OFS

À noter aussi que seuls les cantons de Lucerne, Schwytz, Valais, Uri, Zoug, Fribourg, Unterwald, Soleure, Tessin et Appenzell Rhodes Intérieures sont historiquement catholiques. Les cantons de Zurich, Berne, Bâle, Schaffhouse, Appenzell Rhodes-Extérieures, Vaud, Neuchâtel et Genève sont protestants à la base. Les autres cantons sont historiquement bi-confessionels. Cette différence se remarque surtout au niveau des lois et des traditions cantonales. Les fêtes religieuses donnent lieu à des congés dans les cantons catholiques, mais pas dans les Cantons d'origine protestantes, même si la majorité des croyants sont, à l'heure actuelle, catholiques.

Demi-cantons d'AppenzellModifier

À l'origine une seule entité, le canton d'Appenzell s'est scindé en 1597 en deux demi-cantons pour des raisons religieuses : Appenzell Rhodes-Intérieures est catholique, Appenzell Rhodes-Extérieures protestant.

Canton de GenèveModifier

Le canton de Genève est à majorité catholique (44,5 % contre 13,3 % de réformés de la population totale en 2017[7]), mais est le berceau du calvinisme et les fêtes catholiques (Fête-Dieu, Assomption, Immaculée Conception et Toussaint) n'offrent pas de jours fériés. La majorité catholique peut s'expliquer par l'installation à Genève de nombreux immigrés provenant de pays catholiques comme le Portugal, la France, l'Italie et l'Espagne en tête.

Canton du JuraModifier

Le « Jura historique » comptait originellement sept districts (un par bande rouge ou blanche sur le flanc senestre du blason cantonal), tous rattachés au canton de Berne. Lors de la création du nouveau canton en 1975, les trois districts catholiques (Delémont, Porrentruy et Franches-Montagnes) sont devenus jurassiens, et les trois districts protestants (Courtelary, La Neuveville, Moutier) ont choisi de rester bernois. Le district de Laufon, catholique et alémanique a choisi de rester dans le canton de Berne. Il est alors devenu une enclave et, dès 1994, a préféré être rattaché au canton de Bâle-Campagne.

Répartition religieuse dans les grandes villes suissesModifier

Légende

  •      Majorité catholique
  •      Majorité protestante
  •      Majorité sans
  •      Majorité autres
Répartition dans les principales villes du pays (population âgée de 15 ans ou plus) en 2016[2],[8]
Ville Catholiques Protestants Autres communautés chrétiennes Musulmans Juifs Sans Autres
  Zurich 27,2 % 21,4 % 6,8 % 6,2 % 1,4 % 34,4 % 2,6 %
  Genève 31,7 % 7,7 % 6,9 % 6,6 % 2,0 % 42,8 % 2,3 %
  Bâle 18,2 % 16,1 % 5,4 % 8,4 % 1,0 % 48,4 % 2,5 %
  Lausanne 32,0 % 15,4 % 6,9 % 8,1 % 0,9 % 33,9 % 2,8 %
  Berne 20,5 % 37 % 5,7 % 5,8 % 0,4 % 28,3 % 2,3 %
  Winterthour 25,2 % 29,2 % 7,7 % 10,7 % 0,0 % 25,4 % 1,8 %
  Lucerne 51,7 % 11,8 % 6,1 % 4,4 % 0,4 % 22,7 % 2,9 %
  St-Gall 37,7 % 19,1 % 7,8 % 9,1 % 0,4 % 23,8 % 2,1 %
  Lugano 63,0 % 3,4 % 6,5 % 3,5 % 0,4 % 21,9 % 1,2 %
  Bienne 23,8 % 27,6 % 7,5 % 10,5 % 0,0 % 28,7 % 1,9 %

"La population interrogée est la population résidante permanente âgée de 15 ans révolus ou plus et vivant dans un ménage privé, à l'exception des diplomates, des fonctionnaires internationaux et des membres de leur famille. Ces données ne peuvent pas être directement comparées à celles des recensements antérieurs à 2010. Les données proviennent d'une enquête par échantillon" et donc la fiabilité n'est pas à 100% - OFS

HistoireModifier

 
Carte de la répartition des peuplades celtes au Ier siècle av. J.-C.
 
Le diocèse romain de Sequania autour de 395 ap. J.C.

La première religion connue en Suisse est la religion gauloise des Sequanis et des Helvètes qui vénèrent la déesse ours Artio, découverte près de Berne.

De 57 à 50 av. J.-C., l'Empire romain qui a sa propre religion, soumet les Helvètes (nord de la Suisse) puis la Rhétie et de l'arc alpin de 19 à 9 av. J.-C.. Un sanctuaire romain dédié au dieu Mercure a été érigé sur une colline au nord-est de Baar. L'église Saint-Pierre à Zurich a été construite à côté d'un temple dédié au dieu Jupiter.

A partir de 12 av. J.-C. le titre de Pontifex maximus est porté exclusivement par les empereurs. La fonction de Pontifex maximus, connue depuis 753 av. J.-C. à Rome, est attribuée au chef de la religion romaine. Après le décès de l'empereur Auguste en 14 ap. J.-C., commence le culte impérial appelé « culte d'Auguste ». Mais le refus des juifs et des chrétiens de participer au culte de l'empereur va conduire à leur persécution : en l'an 38 ap. J.-C., le judaïsme est interdit en Italie. Certains Juifs migrèrent alors probablement en Suisse. Des pièces de monnaie judéennes datant du Ier siècle ont été découvertes à Martigny et à Augst mais elles ne prouvent pas la présence de Juifs en Suisse car elles auraient très bien pu y être apportées par un militaire en garnison en Judée puis en Helvétie[11]. Toutefois, la découverte à Kaiseraugst d'une bague ornée d'une menorah et datant du IVe siècle atteste beaucoup plus probablement de la présence d'au moins un Juif ou une Juive à cette époque mais, en l'absence d'autres découvertes, on ne peut en dire plus[11].

La religion gauloise fut interdite par l'empereur Claude (41-54), au motif d'abolition des sacrifices humains et probablement aussi en raison de l'implication de la classe sacerdotale dans les révoltes gauloises[12].

De 64 à 68, l'empereur Néron commence la persécution anti-chrétienne considérée comme tel. Pour renforcer le lien commun entre les provinces de l'Empire romain, l'empereur Aurélien (270-275) substitue la religion d'État du culte impérial par une religion de l'État : le culte du Sol Invictus.

En 313, l'empereur romain Constantin Ier signe l'édit de Milan qui autorise la liberté de religion et met fin aux persécutions anti-chrétiennes. En 382/383, l'empereur Gratien abandonne le titre de Pontifex maximus. Puis enfin, en 391, l'empereur Théodose Ier signe l'édit de Thessalonique qui interdit l'ensemble des cultes dits « païens » et le culte impérial d'Auguste. Le christianisme devient religion d'État.

Le Saint-Siège va ériger plusieurs diocèses : l'évêché de Bâle a été érigé en 346 ap. J.C., l'évêché de Sion avant 381, le diocèse de Coire en 390, l'évêché de Genève en 400 et l'évêché de Vindonissa (aujourd'hui diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg) en 517.

 
  •      Expansion du christianisme en 325.
  •      Expansion du christianisme en 600
.

A partir du VIe siècle, la Suisse a été atteinte brièvement par le paganisme germanique du à l'immigration des Alamans qui ont été progressivement convertis au christianisme aux VIe et VIIe siècles, avec la création de l'évêché de Constance en 585. L'abbaye de Saint-Gall est devenue un important centre d'apprentissage au début du Moyen Âge.

Après 642, le pape Théodore Ier puis ses successeurs porteront le titre de Pontife. L'ancienne Confédération suisse (en) était absolument catholique jusqu'à l'arrivée du protestantisme des années 1520, qui entraîna la scission du christianisme occidental entre le protestantisme et la religion catholique.

L'hymne national, crée en 1841, comporte de nombreuses mentions de dieu (« […] notre cœur pressent encore le Dieu fort »).

La Constitution de 1848 garantit la liberté de religion pour les catholiques et protestants mais pas pour les Juifs.

La Constitution de 1874 pour garantir la liberté de culte, et donner aux Juifs la citoyenneté suisse.

Depuis, l’Etat Suisse n'a plus de religion d'État, mais les cantons peuvent choisir d'avoir ou non une religion d'État dite « officielle» : le canton de Zurich a une Eglise d’Etat, contrairement aux cantons de Genève et Neuchâtel ont choisi la neutralité confessionnelle et n'ont pas de religion d'État mais octroient cependant des avantages matériels à certaines communautés religieuses.

La plupart des cantons maintiennent une ou plusieurs religions officielles. Ainsi, seules les communautés religieuses reconnues sont autorisée à prélever un impôt auprès de leurs fidèles. La paroisse israélite dans le canton de Berne n'a pas le droit de prélever un impôt sur ses fidèles juifs.

Dans les années 1960, le gouvernement suisse accorda l'asile à des enfants tibétains exilés formant la communauté tibétaine en Suisse.

Dans les années 1970, l'arrivée de migrants de pays catholiques comme l'Italie, d'Espagne et le Portugal ont fait basculer des cantons à majorité protestante comme Genève et Zurich dans le camp catholique.

En 1980, 78,9 % des Suisses ont rejeté une séparation complète entre Église et État (voir Initiative populaire « Séparation complète de l'État et de l'Église »).

En 1995, une majorité de deux tiers des habitants du canton de Zurich ont rejeté une séparation complète entre l'Église et le Canton.

L'article 15 de la Constitution de 1999 garantit la liberté de conscience et de croyance : « toute personne a le droit de choisir librement sa religion et ses convictions philosophiques et de les professer. De plus « Nul ne peut être contraint d'adhérer à une communauté religieuse ou d'y appartenir, d'accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux ».

L'article 8 « Égalité » de la Constitution astreint les Cantons à « la neutralité confessionnelle » et les interdit de « prendre parti en faveur d'une confession ou d'une religion particulière ».

Cependant, un canton qui fournit ses motivations peut donner une reconnaissance de droit public à une ou plusieurs religions, sans que cela constitue une inégalité juridique.

L'article 72 alinéa 1 de la Constitution stipule qu'« il appartient aux cantons de réglementer les rapports entre l'Église et l'État ».

À noter que le préambule de la Constitution suisse de 1999 commence par une invocation « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! ».

Le parlement bâlois a accordé le 17 octobre 2012 la reconnaissance cantonale à la communauté alévie.

LaïcitéModifier

Article détaillé : Laïcité en Suisse.

Seuls deux cantons sur les 26 font place à la laïcité dans leur constitution :

La constitution du canton de Genève précise dans son article 3, intitulé « Laïcité », que « L'État est laïc. Il observe une neutralité religieuse. Il ne salarie ni ne subventionne aucune activité cultuelle. ».

La constitution du canton de Neuchâtel précise dans son article 1 que « Le canton de Neuchâtel est une république démocratique, laïque, sociale et garante des droits fondamentaux ».

Cours d’éthique et de cultures religieusesModifier

Le cours d’éthique et de cultures religieuses, comme le cours de catéchisme chrétien et d'histoire biblique, n'est ni interdit, ni obligatoire pour les écoliers à l'école publique. C'est un domaine sensible et chaque canton à la liberté de mettre en œuvre ces cours comme il l’entend[13].

Le programme est très ouvert et évoque les récits et les personnages de la Bible, de l’islam, du judaïsme, du bouddhisme et de l’hindouisme, la place de la femme, etc...

Le canton de Genève et celui de Neuchâtel ne l'enseignent pas, car ils préfèrent que le fait religieux soit enseigné en histoire-géographie plutôt que de faire de la théologie.

Le canton de Vaud l'enseigna sous l'angle de l’histoire et de la culture générale à partir de la rentrée 2013 avant de l'annuler, puis de nouveau depuis septembre 2018 pour prévenir la radicalisation, sans être un catéchisme ni de l'histoire biblique au nom de la laïcité et du respect de la neutralité confessionnelle de l’Etat[14].

Le catéchisme islamique est enseigné par des imams et exclusivement dans des écoles dites « écoles coraniques » en-dehors de l'école proprement dite. La Suisse n'ayant pas de formation pour imams, ceux-ci sont formés à l'étranger, et beaucoup ne parlent ni français ni allemand.

Signes distinctifs religieuxModifier

Article détaillé : Voile islamique en Europe#Suisse.

Il n'est pas interdit de porter le voile dans les lieux publics, à l'école ou au travail, mais il est interdit de se dissimuler le visage. Cependant, la Fédération de basketball Probasket a confirmé l'interdiction du port du voile dans les matches officiels conformément au règlement de la Fédération internationale FIBA qui interdit le port de symboles religieux[15].

Lieux de culteModifier

 
Mosquée du centre culturel turc à Wangen bei Olten.

La Suisse compte 1599 paroisses catholiques avec autant d'églises, une quarantaine de synagogues et lieux de prière juifs[16] et environ 200 mosquées dont 4 dotées de minarets. L'Institut tibétain de Rikon, localisé à Zell-Rikon est un monastère bouddhiste tibétain fondé sous forme d'une fondation à but non lucratif, le mouvement de laïcisation du XIXe siècle en Suisse n'autorisant pas l'établissement de nouveaux monastères.

InhumationModifier

Seulement quatre communes autorisent l'inhumation musulmane : Berne, Bâle, Petit-Saconnex (près de Genève) et Zürich-Witikon. Comme ses communes n'enterrent qu'une personne y ayant habité ou décédé à la suite d'une hospitalisation dans la commune, 90 % des morts musulmans des autres communes sont enterrés au bled. La raison principale du refus des autres communes est que le manque de place oblige de faire un tournus (remise à neuf) après 20 ou 40 ans de l’emplacement, ce qui ne permet pas la « paix éternelle des morts » du musulman.

En 1999, le Tribunal fédéral a rejeté la demande d'un musulman suisse d'être enterré avec la « paix éternelle des morts ».

De même, les hindous suisses, n'ayant pas le droit de suivre leur rituel mortuaire de répandre les cendres du défunt dans de l'eau qui s'écoule, le font illégalement de nuit[17],[18].

Reconnaissance par cantonModifier

En Suisse, une communauté religieuse a trois façons d'être reconnue par un canton :

Huit cantons reconnaissent leurs communautés religieuses en droit public et dans leur Constitution qui doit être modifiée en cas de changement, après acceptation par référendum.

Seize cantons peuvent faire changer la reconnaissance en droit publique de leurs communautés religieuses en changeant simplement la loi (sans devoir changer la Constitution), juste en passant par le parlement. Parmi ces cantons, trois cantons permettent aussi à des religions d'être reconnu simplement en droit privé sans devoir être reconnu en droit publique, ce qui nécessite de passer au minimum par l'Exécutif ou au maximum par le parlement.

Trois cantons ont choisi la séparation des églises et de l'État, reconnaissant leurs communautés religieuses uniquement en droit privé, et non pas en droit publique.

Abr. Armoiries Canton[19] Reconnaissance en droit Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée Israélite Islam, hindouisme, et autres
ZH   Zurich

(Zürich)

droit public constitutionnel Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée Israélite Aucune reconnaissance
BE   Berne

(Bern)

droit public législatif Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée Israélite
LU   Lucerne

(Luzern)

droit public législatif Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée Aucune reconnaissance
UR   Uri droit public constitutionnel Aucune reconnaissance Catholique-romaine Évangélique réformée
SZ   Schwytz

(Schwyz)

droit public constitutionnel Catholique-romaine Évangélique réformée
OW   Obwald (Obwalden) droit public législatif et droit privé Catholique-romaine Évangélique réformée
NW   Nidwald (Nidwalden) droit public législatif Catholique-romaine Évangélique réformée
GL   Glaris (Glarus) droit public législatif Catholique-romaine Évangélique réformée
ZG   Zoug

(Zug)

droit public constitutionnel Catholique-romaine Évangélique réformée
FR   Fribourg

(Freiburg)

droit public législatif et droit privé Catholique-romaine Évangélique réformée Israélite
SO   Soleure

(Solothurn)

droit public législatif Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée Aucune reconnaissance
BS   Bâle-Ville

(Basel-Stadt)

droit public constitutionnel Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée Israélite Alévie
BL   Bâle-Campagne (Basel-Landschaft) droit public législatif Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée Aucune reconnaissance Aucune reconnaissance
SH   Schaffhouse

(Schaffhausen)

droit public législatif Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée
AR   Appenzell Rhodes-Extérieures

(Appenzell Ausserrhoden)

droit public législatif Aucune reconnaissance Catholique-romaine Évangélique réformée
AI   Appenzell Rhodes-Intérieures

(Appenzell Innerrhoden)

droit public législatif Catholique-romaine Évangélique réformée
SG   Saint-Gall

(St. Gallen)

droit public législatif Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée Israélite
GR   Grisons

(Graubünden, Grischun, Grigioni)

droit public constitutionnel Aucune reconnaissance Catholique-romaine Évangélique réformée Aucune reconnaissance
AG   Argovie

(Aargau)

droit public législatif Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée
TG   Thurgovie (Thurgau) droit public constitutionnel Aucune reconnaissance Catholique-romaine Évangélique réformée
TI   Tessin (Ticino) droit public législatif Catholique-romaine Évangélique réformée
VD   Vaud

(Waadt)

droit privé Catholique-romaine Évangélique réformée Israélite
VS   Valais (Wallis) droit public législatif Catholique-romaine Évangélique réformée Aucune reconnaissance
NE   Neuchâtel (Neuenburg) droit privé Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée
GE   Genève

(Genf)

droit privé Catholique-chrétien Catholique-romaine Évangélique réformée
JU   Jura droit public législatif et droit privé Aucune reconnaissance Catholique-romaine Évangélique réformée
CH   Suisse

(Schweiz, Svizzera, Svizra)

Aucune reconnaissance

LittératureModifier

Christophe Monnot: Croire ensemble. Analyse institutionnelle du paysage religieux en Suisse. Collection «Terrains des sciences sociales». Zurich: Éditions Seismo, Sciences sociales et problèmes de société, 2013, (ISBN 978-2-88351-060-9)

Valentine Clémence, Martine Vonlanthen, Les religions et leurs pratiques en Suisse, Lausanne: LeP, 2013, (ISBN 978-2-606-01419-3)

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. (de + fr + it) « Population résidante permanente âgée de 15 ans ou plus selon l'appartenance religieuse » [xls], Neuchâtel, Switzerland, Federal Statistical Office FSO, (consulté le 15 juillet 2018)
  2. a b c et d Le relevé structurel (introduit en 2010) est une enquête par échantillonnage menée auprès de 200 000 personnes âgées de 15 ans ou plus. Les résultats du relevé structurel sont difficilement comparables au recensement fédéral antérieurs à 2010 ou aux chiffres annuels des membres des Eglises, qui couvrent la totalité de la population résidente suisse. Voir Recensement de la population en Suisse#Relevé structurel.
  3. a b c d e et f [PDF] OFS - Le paysage religieux en Suisse, p. 12
  4. http://www.kipa-apic.ch/index.php?pw=&na=0,0,0,0,f&ki=236423
  5. « Eurobarometer on Social Values, Science and technology 2005 - page 11 » (consulté le 5 mai 2007)
  6. « Premiers résultats de l'Enquête sur la langue, la religion et la culture 2014: Pratiques et croyances religieuses et spirituelles en Suisse », OFS - Statistique de la Suisse - 22 avril 2016 (consulté le 20 juillet 2016)
  7. a et b (de + fr + it) « Appartenance aux Eglises catholique romaine et évangélique réformée selon les cantons 2017 (Tableau 1.4) », Saint-Gall, Suisse, L’institut suisse de sociologie pastorale (SPI), (consulté le 15 juillet 2018)
  8. a b et c OFS - Population résidante permanente âgée de 15 ans ou plus selon l'appartenance religieuse par canton et ville
  9. Statistique suisse - Relevé structurel 2015
  10. https://stat.jura.ch/Htdocs/Files/v/37105.xlsx/A_STATISTIQUES/01.-Population/1.5.-Langues-et-religions/JU-T.01.05.03.xlsx?download=1
  11. a et b Ludwig Berger, « L’anneau avec la menorah trouvé à Augusta Raurica », sur Site du musée d'Augusta Raurica, , PDF.
  12. Chloé Chamouton, « Le druide, garant de l'ordre social », Le Monde des religions, no 24,‎ , p. 31-33
  13. Raphaël Zbinden, « Suisse romande: Le casse-tête de l'enseignement religieux à l'école », sur cath.ch
  14. Aïna Skjellaug, « L’enseignement des religions fait son retour à l’école », sur letemps.ch/
  15. La Liberté - Quotidien romand édité à Fribourg
  16. « Synagogues et lieux de prière », sur swissjews.ch
  17. Der Bund, no. 263 du 10 novembre 1999, p. 27: „Pas de cendres à l'eau – un problème douloureux pour les hindous“,
  18. Art. 6 al. 1 de la loi fédérale sur la protection des eaux (Loi fédérale sur la protection des eaux - LEaux; RS 814.20) affirme: « Il est interdit d'introduire directement ou indirectement dans une eau des substances de nature à la polluer; l'infiltration de telles substances est également interdite »
  19. Entre parenthèses le nom du canton dans ses langues officielles autres que le français.
  20. https://books.google.fr/books?id=OTVDdyLvvfkC&pg=PA250&lpg=PA250&dq=suisse+n%C3%A9opaganisme&source=bl&ots=HaGub8MJY2&sig=hCz2zKpu80duvdUtTcVZ9BqP2FA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwixvv3akdjQAhWlKcAKHVguAMcQ6AEIITAB#v=onepage&q=suisse%20n%C3%A9opaganisme&f=false