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Religion en Allemagne

Religions en Allemagne (2019)[1] , [2]

Histoire
14 ap. J.-C. Début du culte impérial appelé « culte d'Auguste »
Entre 64-68 Début des persécutions anti-chrétiennes
313 Édit de Milan : début de la liberté de religion et fin des persécutions
391 Le christianisme devient religion d'État
31 octobre 1517

Luther publie ses 95 thèses : début du luthéranisme (Réforme

)
3 janvier 1521 Le Decet Romanum Pontificem excommunie Luther
26 mai 1521 L'édit impérial de Worms interdit le luthéranisme ou autres hérésies schismatiques
19/25 avril 1529 Six princes déposent un acte de « protestation » contre la diète impériale de Spire
20 juillet 1546 Début de la guerre de Smalkalde entre les princes luthériens et l’empereur catholique
25 septembre 1555 Paix d'Augsbourg : fin de la guerre de Smalkalde, égalité entre les luthériens et catholiques
5 décembre 1563 Fin du concile de Trente et début de la Contre-Réforme catholique
23 mai 1618 Défenestration de Prague, début de la guerre de Trente Ans
24 octobre 1648 Traités de Westphalie, fin de la guerre de Trente Ans et de la Contre-Réforme, chaque État a le droit de choisir sa confession catholique, luthérienne ou calviniste
1933 - 1945 voir Religions sous le Troisième Reich
24 mai 1949 La loi fondamentale préserve une liberté de culte sans laïcité ni religion d'État qui finance les religions reconnues
31 octobre 1999 Déclaration commune sur la justification par la foi entre l'Église catholique et deux fédérations d'églises protestantes

Voir aussi

Religion par pays

La religion en Allemagne est autorisée par la Loi fondamentale de la République fédérale d'Allemagne du 24 mai 1949. Depuis la République de Weimar (1919-1933), l'Allemagne, qui n'a pas de religions d'État ni officielles, renforce la liberté de culte et garantit la neutralité de l'État vis-à-vis des différentes religions constituées. Cependant les religions reconnues ont un partenariat avec l'État qui, les finançant, ne connaît pas la laïcité. Chaque Allemand doit ainsi déclarer sa religion, une dime étant prélevée au bénéfice de son Église. Environ deux tiers des Allemands ont ainsi été baptisés. Les communautés religieuses (Religiongesellschaft) que sont Caritas et la Diaconie sont le deuxième employeur après l'État, et bénéficient d'un statut d'autonomie large, notamment envers le droit du travail mais aussi les droits fondamentaux.

Sommaire

Répartition socio-démographique des religionsModifier

Le paysage religieux de l'Allemagne s'est fixé à l'époque du Saint-Empire, aux XVIe et XVIIe siècles, par la Réforme protestante, la Contre-Réforme catholique et l'application du principe Cujus regio, ejus religio (chaque État princier adopte la religion de son prince). Les traités de Westphalie ont permis de stabiliser les religions État par État.

Ainsi se découpe une carte des religions dans laquelle le nord-est de l'Allemagne est fortement protestant, tandis que le sud-ouest est majoritairement catholique[3]. Les deux tiers des Allemands sont chrétiens, au sens où ils ont été baptisés. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale (avant la RDA), les deux tiers des Allemands étaient protestants.

En 2016, plus d'un tiers (36,2 %) de la population allemande se déclare sans religion (30 millions). A cette date, l'Allemagne compte 58,3 % de chrétiens déclarés dont 28,5 % de catholiques (23,6 millions), 26,5 % de protestants appartenant à l'Église évangélique en Allemagne (21,9 millions) et 4,9 % de musulmans (4 millions)[4].

L'organisation politique de la vie religieuseModifier

La loi fondamentale de 1949 établit la liberté de culte et la neutralité de l'État envers les religions, mais pas la laïcité. Il n'existe donc pas de religion d'État en Allemagne mais des partenariats entre Églises et État. Celui-ci peut, par exemple, aider au financement d'établissements d'enseignement gérés par des Églises.

L'impôt sur la religionModifier

Chaque Allemand doit, par ailleurs, déclarer sa religion au service des impôts, environ 8 % de l'impôt sur le revenu étant prélevé par l'Église à laquelle il appartient. Est dit catholique, ou protestant, toute personne étant baptisée: pour ne pas se voir prélever cette dime, il faut effectuer une sortie de l'Église (Kirchenaustritt), c'est-à-dire se faire rayer des registres de baptême, opération elle-même payante (environ 50 euros) [5]. Cette somme est d'environ 500 euros pour 40 000 euros de revenu annuel [6]. L'État prélève cet impôt à la source mais facture aux Églises les frais de leur recouvrement.

Enfin, contrairement aux Églises chrétiennes, aucune organisation musulmane ne recueille d'impôt sur ses ouailles [7],[8].

L'autonomie des sociétés religieuses, deuxième employeur après l'ÉtatModifier

L'art. 140 de la loi fondamentale reprend les articles de la Constitution de Weimar relatifs aux rapport entre l'État et les cultes, dont l'art. 137 qui permet « aux sociétés à caractère religieux [Religionsgesellschaft, voir Körperschaftsstatus (de)] de créer une « corporation » ou collectivité de droit public qui leur permet de prendre en charge certains domaines du service public (comme l´enseignement, l´éducation, l´aide sociale, la santé publique, etc.) de manière parfaitement autonome (« selbstständig ») » [9]. Cette autonomie est très large, puisqu'elle permet à celles-ci de ne pas appliquer la loi sur l´organisation des entreprises (« Betriebsverfassungsgesetz (de) »), celle sur les discriminations (« Allgemeine Gleichbehandlungsgesetz (de) »), le droit de syndical et de grève, tandis que les prescriptions religieuses s'appliquent strictement [9]. Un médecin d'une clinique catholique a pu ainsi être licencié pour cause de remariage civil, ce qui a été validé par la Cour constitutionnelle allemande en octobre 2014 [9].

Avec 1,3 million de salariés, la Caritas et la Diaconie sont ainsi les deuxièmes plus gros employeurs après l'État [9].

Payés par l'État comme s'ils étaient fonctionnaires, les membres du clergé sont formés en majeure partie dans les universités publiques. Les Églises disposent cependant d'un droit de regard pour la désignation des professeurs de théologie[10].

Communautés religieusesModifier

 
Des panneaux indiquent les cultes locaux.

Les communautés chrétiennesModifier

CatholiqueModifier

En Allemagne, l'Église catholique romaine est organisée en sept archevêchés et vingt évêchés. Sa grande fierté est l'élection, le 19 avril 2005, d'un Allemand à la tête de l'Église catholique. L'ancien pape, Benoît XVI, né Joseph Alois Ratzinger en 1927, est, en effet, un Bavarois[10].

ProtestantesModifier

Les églises luthériennes, réformées et unies se regroupent dans une communauté de 23 églises appelée Église évangélique en Allemagne (Evangelische Kirche in Deutschland (EKD)). Chaque église conserve son autonomie mais des décisions collectives sont prises dans des collèges élus démocratiquement : synodes, conseils, conférences d'église. Dans l'ancienne RDA, l'Église protestante a joué un rôle capital dans la contestation du régime communiste et sa chute en 1989. En effet, elle a accueilli en son sein non seulement des fidèles mais aussi, des activistes et d’autres gens, dégoûtés par le régime communiste et qui ont engagé ce qui a été appelé la révolution pacifique. Les prières pour la paix à l'église Saint-Nicolas, à Leipzig, ont été le germe des « manifestations du lundi » 25 septembre 1989. Cependant, l’Allemagne de l’Est (très largement évangélique luthérienne) a été profondément déchristianisée depuis la création de la République Démocratique Allemande (RDA) en 1945 et son régime athée communiste militant, qui s'attaqua ouvertement à la religion, ciblant tout particulièrement la jeunesse — cérémonie de la « Jugendweihe » au même âge que la confirmation évangélique luthérienne et censée la remplacer. La majorité de sa population se caractérise par sa non-affiliation, son indifférence religieuse et surtout son athéisme[11]. La sécularisation touche aussi certaines villes de l'Ouest. Ainsi à Hambourg, une ville traditionnellement luthérienne, la majorité de la population est sans confession[12].

L'Église évangélique luthérienne indépendante (Selbständige Evangelisch-Lutherische Kirche (SELK)) est l'église luthérienne confessionnelle en Allemagne.

Le judaïsme allemandModifier

Le nombre d'Allemands de confession juive avant l'avènement du nazisme était d'environ 530 000. Il est tombé à quelques milliers à la suite du génocide dont a été victime cette communauté. Actuellement, on dénombre environ 105 000 juifs vivant en Allemagne, avec de fortes communautés à Berlin, Munich et Francfort-sur-le-Main[10]. La réunification de 1990 a permis aux communautés juives d'Allemagne de l'Est de se développer. Les communautés juives de l'ex-Allemagne de l'Est de Dresde et Leipzig, peuvent de nouveau développer une vie communautaire active. À Leipzig la communauté juive est passée de 40 membres en 1989, à 1 200 membres en 2007[11]. Aujourd’hui la plupart des membres sont des migrants. L'Allemagne est le seul pays d'Europe où le nombre de juifs augmente, alors qu'il diminue partout ailleurs[13].

Le Conseil central des Juifs en Allemagne coordonne la vie des différentes communautés juives installées sur le sol allemand. Symbole du renouveau du judaïsme allemand, la plus grande synagogue d'Allemagne a rouvert ses portes, vendredi 31 août 2007 à Berlin, après plus de trois années de travaux de restauration[14].

La relation de L'État allemand avec sa communauté juive est très influencée par son passé récent (shoah)[15]. Celle-ci reçoit donc une aide particulière pour favoriser son développement. L'État contribue ainsi à hauteur de trois millions d'euros au budget du conseil central des juifs en Allemagne[16], entretient aussi les cimetières des communautés juives allemandes disparues et offre chaque année à l'État d'Israël plusieurs millions d'euros. Parmi les missions du Conseil central des Juifs en Allemagne, on trouve donc tout naturellement la promotion de la tolérance et de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme[10].

Les communautés musulmanesModifier

Article détaillé : Islam en Allemagne.

Selon la Conférence allemande de l'Islam et une étude réalisée pour elle par l'Office fédéral des migrations, on estimait à plus de 4,1 millions de personnes le nombre des musulmans en Allemagne en 2009[17], soit 5 % de la population (81 100 000 d'habitants). Le nombre de pratiquants est cependant très faible. Le taux de participation des musulmans à la prière du vendredi ne dépasserait pas les 8,25 % même si 74 % d'entre eux disent se sentir liés à leur foi[18].

Selon l'étude pré-citée de l'Office fédéral des migrations, 74,1 % des musulmans (pratiquants ou non) seraient sunnites, 7,1 % chiites et 12,7 % alévis. Cette communauté provient en grande partie de l'immigration turque et pour une moindre part de musulmans de l'ancienne Yougoslavie[16]. Selon les auteurs, il n'est néanmoins pas possible de chiffrer exactement le nombre des musulmans en Allemagne, car contrairement aux chrétiens, ils ne sont pas immatriculés dans un registre central.

Leur présence a entraîné la naissance d'un grand nombre d'organisations musulmanes qui gèrent les mosquées et s'occupent des affaires religieuses. Les quatre principales organisations musulmanes sont le conseil de l'islam (Islamrat), le conseil central des musulmans (ZMD), l'union turque islamique des affaires théologiques (Ditib) et l'association des centres culturels islamiques (VIKZ). Elles rassemblent 2 000 mosquées sur un total de 2 900. Elles se sont regroupées au sein d'un conseil de coordination (KRM) en avril 2007[19] mais il n'existe en fait aucune organisation nationale pour représenter l'ensemble des musulmans. D'autre part, contrairement aux Églises chrétiennes, aucune organisation musulmane ne recueille d'impôt sur ses ouailles [7],[8].

Ces dernières années, la construction de mosquées a augmenté. À côté de 2 300 salles de prière installées dans des locaux aménagés, il y avait en 2002, 77 mosquées classiques alors qu'il n'y en avait que 26 en 1996. 123 nouvelles mosquées seraient en construction ou à l'étude[18].

Dans un souci d'intégration, le gouvernement fédéral encourage le dialogue inter-religieux, soutient les organisations musulmanes favorables au dialogue et intègre celles-ci dans sa politique de lutte contre la violence et la xénophobie[10].

En décembre 2016, une enquête du Süddeutsche Zeitung révèle que les services secrets allemands (BfV), surveillent avec préoccupation le soutien apporté par les pays du Golfe (notamment l'Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar) à plusieurs organisations salafistes en Allemagne. L'Etat se dit « très inquiet ». Le BfV avance le chiffre de 10 000 personnes impliquées en Allemagne dans le salafisme et sa diffusion. L'agence fédérale pointe du doigt également le risque de radicalisation des migrants jugé « préoccupant »[20].

Voir aussiModifier

RéférencesModifier

  1. (de) « Religionszugehörigkeiten in Deutschland 2016 », sur fowid.de, (consulté le 27 septembre 2018)
  2. (de) « REMID — Religionswissenschaftlicher Medien- und Informationsdienst », sur site, (consulté le 27 septembre 2018)
  3. Sandrine Kott, Éléments pour une histoire sociale et culturelle de la religion en Allemagne au XIXe siècle, Revue d'histoire moderne et contemporaine, Supplément 2001-4bis
  4. Religionszugehörigkeiten in Deutschland 2016, fowid.de, 04/09/2017.
  5. Français d’Allemagne, il est urgent de vous faire rayer des listes de baptême, Rue 89, 17 février 2015
  6. Impôt sur la religion, Guide Munich-French Connection, accès le 18 mars 2015
  7. a et b Daniel Vernet, L'islam fait-il partie de l'Allemagne?, Slate, 6 mars 2015
  8. a et b En Allemagne, même sans laïcité, l’islam dépend de fonds privés, L'Opinion, 22 février 2015.
  9. a b c et d Paul Mougeolle, « Les droits et libertés fondamentaux des salariés face à l’autonomie des employeurs religieux en Allemagne », La Revue des droits de l'homme [En ligne], Actualités Droits-Libertés, mis en ligne le 18 mars 2015, consulté le 18 mars 2015. URL : http://revdh.revues.org/1074
  10. a b c d et e tatsachen, « Les Églises et les communautés religieuses », sur [1] (consulté le 31 octobre 2007)
  11. a et b 29e Conférence de la Société Internationale de Sociologie des Religions, Juillet 2007 à Leipzig, Allemagne
  12. http://www.ekd.de/download/kimi_2004.pdf page 7
  13. Heureux comme les juifs en Allemagne ?, le Monde du 13 septembre 2007
  14. La plus grande synagogue d'Allemagne rouvre ses portes à Berlin, Le Monde, 1er septembre 2007
  15. Dans L'Impossible Retour, publié chez Flammarion en 2007, Olivier Guez écrit que les juifs ont été érigés, malgré eux, en sismographes de sa sincérité démocratique.
  16. a et b http://www.fides.org/aree/news/newsdet.php?idnews=9946&lan=fra
  17. http://www.deutsche-islam-konferenz.de/cln_236/nn_1876234/SubSites/DIK/DE/Magazin/ZahlenDatenFakten/ZahlMLD/zahl-mld-node.html?__nnn=true
  18. a et b Religioscope, « Allemagne: environ 3,5 millions de musulmans »,
  19. Cécile Calla, « L'islam devrait rejoindre les autres religions au programme des écoliers allemands », Le Monde, 18 mars 2008
  20. Les pays du Golfe financent la diffusion du salafisme en Allemagne, l'Etat se dit «très inquiet», rt.com, 13 décembre 2016