Refuznik (Israël)

Manifestation de refuzniks en Israël.

Les refuzniks (hébreu סרבנים (sarvanîm), de sarav : il a refusé) sont des objecteurs de conscience israéliens, qui refusent de servir dans Tsahal, l'armée d'Israël. Certains de ces soldats refusent notamment de servir dans les territoires palestiniens occupés[1],[2],[3]. C'est un mouvement minoritaire, quoiqu'en développement, bien que l'objection de conscience soit interdite aux hommes en Israël et juste tolérée pour les femmes[4],[5],[6].

Le premier objecteur de conscience d'Israël, ayant refusé toute forme de collaboration avec l'armée susceptible de mener à des actions non pacifistes, est le violoniste Joseph Abileah (de). Il est jugé en 1948 et bénéficie d'un verdict plutôt clément[7].

Le mouvement des « Refuzniks » naît en 1979 lorsqu'un groupe de vingt-sept lycéens écrit au ministre de la Défense qu'ils refusent de servir durant leur service militaire dans les territoires occupés en Palestine[8]. L'un d'eux, Gadi Algazi est condamné à plusieurs reprises dont une fois à un an de prison[9],[10]. Leur refus conduit de nombreux refuzniks à la détention dans des prisons militaires mais le mouvement s'accentue et les refuzniks sont, en 2005, plus d'un millier[11].

Au début de l'Intervention militaire israélienne au Liban de 1982, l'association Yesh Gvul est créée pour soutenir le refus de servir au Liban dans l'armée israélienne. Elle suscite une pétition signée par 3 000 réservistes dont certains sont condamnés à trente-cinq jours de détention selon une procédure expéditive[12] ou comparaissent en Cour martiale. Des initiatives similaires ont lieu de la part de vingt-sept pilotes de l'armée de l'air qui refusent les « éliminations ciblées » et leurs victimes innocentes et de la part de treize soldats d'une unité d'élite[13]. En 1986, le chef d'État-major, Moshé Lévi, déclare que ce mouvement a joué dans la décision de l'armée d'un retrait partiel du Liban[9].

À la fin de l'année 2001, au moins trois cents refuzniks ont refusé depuis le début de l'Intifada[14] de se battre dans les territoires occupés[15]. En 2002, 477 réservistes objecteurs de conscience israéliens signent le manifeste « Le courage de refuser » de servir en Cisjordanie et à Gaza[16].

Le , cinq objecteurs de conscience, qualifiés par le président du tribunal de « pires criminels » parce que « coupables d'un crime idéologique », sont condamnés à un an de prison[réf. souhaitée]. Le même jour, le lieutenant-colonel de réserve Eyran Ronel rend ses galons au chef d'état-major de l'armée. Il explique : « L'armée ne respecte plus les valeurs éthiques qui ont été les siennes. Des enfants tombent régulièrement sous nos balles dans les territoires palestiniens occupés, c'est à la fois illégal et immoral[17]. »

Itzik Shabbat[18],[19] est le premier refuznik de la guerre au Liban démarrée en .

Par une lettre envoyée en 2014 au premier ministre et au chef d'état-major, 43 officiers et soldats israéliens de réserve ayant servi dans l'unité 8200, la plus prestigieuse unité de renseignement militaire israélien, refusent de servir et de participer aux abus commis, selon eux, contre les Palestiniens[20].

Seuls parmi les Arabes vivant en Israël, les hommes (et non les femmes) druzes sont astreints au service militaire. Parmi eux, il y a aussi des refuzniks[21].

Des Israéliennes sont aussi objectrices de conscience et emprisonnées[22],[23].

Mais, refuznik peut aussi designer des soldats israéliens refusant de détruire des maisons palestiniennes. Ils se regroupent dans l'ICAHD (en) (Comité israélien contre les démolitions de maisons)[24].

Leur mouvement est soutenu par Pax Christi[25].

BibliographieModifier

FilmographieModifier

  • Mur de Simone Bitton réalisé en 2004. Documentaire au sujet des refuzniks et de la construction du mur en Israël.
  • Prière pour refusniks est un court métrage français réalisé par Jean-Luc Godard en 2004 dans lequel le réalisateur adresse deux lettres cinématographiques à des jeunes soldats israéliens ayant été condamnés après avoir refusé d’intervenir dans les territoires occupés.
  • Le courage de refuser, documentaire de Mohamed Ben Said Damak, réalisé en 2005. Le film raconte le parcours et le cheminement personnel de 5 réfractaires de la guerre d'Algérie et de 3 refuzniks israéliens.

Notes et référencesModifier

  1. « Les « refuzniks » contre l'occupation, « infrastructure du terrorisme » », Le Monde,‎ .
  2. Mouna Naim, « Appels à la reconnaissance d'un « droit à l'objection » en Israël », Le Monde,‎ .
  3. « Un objecteur de conscience refuse de servir dans les territoires occupés », Le Monde,‎ .
  4. (en) Refuseniks: Three Israeli soldiers tell why they will not serve in the occupied territories Bonnie Azab Powell, UC Berkeleys News, .
  5. « Trois objecteurs de conscience israéliens devant la Cour martiale », Le Monde,‎ .
  6. « En Israël, cinq objecteurs de conscience sont condamnés à un an de prison pour l'exemple », Le Monde,‎ .
  7. (en) The first refusenik Akiva Eldar, Haaretz, .
  8. F. C., « Pour avoir refusé de servir en Cisjordanie un Israélien objecteur de conscience est condamné à un an de prison », Le Monde,‎ .
  9. a et b Karine Lamarche et Collectif de recherche et de débat international sur la guerre de 1914-1918 (France) sous la direction d'André Loez et Nicolas Mariot, Obéir, désobéir : les mutineries de 1917 en perspective, Paris, Éd. la Découverte, , 446 p. (ISBN 978-2-7071-5619-8 et 2-7071-5619-1, OCLC 470583353, lire en ligne), « Obéissance et désobéissance en Israël : l'objection de conscience en question », p. 297-298.
  10. (en) Sharon’s Wall Creating World’s Largest Open-Air Prison, Israeli Refusenik Warns Pat McDonnell Twair, Washington Report on Middle East Affairs, .
  11. Selon Pérètz Kidron, Susan Sontag, Refuznik !: les soldats de la conscience en Israël, Golias, 2005.
  12. J.-P. L., « Feuilles de route refusées », Le Monde,‎ .
  13. Karine Lamarche et Collectif de recherche et de débat international sur la guerre de 1914-1918 (France) sous la direction d'André Loez et Nicolas Mariot, Obéir, désobéir : les mutineries de 1917 en perspective, Paris, Éd. la Découverte, , 446 p. (ISBN 978-2-7071-5619-8 et 2-7071-5619-1, OCLC 470583353, lire en ligne), « Obéissance et désobéissance en Israël : l'objection de conscience en question », p. 300.
  14. Catherine Dupeyron, « L'objecteur Jonathan, neveu de Nétanyahou, est en prison », Le Monde,‎ .
  15. « Israéliens, patriotes et objecteurs de conscience », Le monde,‎ .
  16. « Les « refuzniks » israéliens continuent leur campagne contre l'« occupation » », Le Monde,‎ .
  17. Françoise Germain Robin, « La dérive autoritaire d'Israël », L'Humanité,‎ .
  18. (en) Le premier objecteur de conscience de la guerre au Liban : article paru dans Haaretz.
  19. traduction d'une partie de l'article d'Haaretz parue sur le site Indymédia québécois.
  20. « Des soldats du renseignement israélien dénoncent les « abus » contre les Palestiniens », Le Monde,‎ .
  21. A.M., « Omar et Taïr, objecteurs de conscience », La Marseillaise,‎ , p. 5.
  22. « Refuzniks : « Nous refusons de servir l’armée, et de perdre espoir » », Paris Match,‎ (lire en ligne).
  23. Piotr Smolar, « En Israël, celles qui disent non à Tsahal », Le Monde,‎ .
  24. « Contre les démolitions de maisons palestiniennes », sur france-palestine.org, (consulté le 1er mai 2019).
  25. (en) « Conscientious objection sees positive global trend but serious problems remain »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) Worlf Council of Churches, .

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier