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La révolte de Sacrovir est une révolte menée par deux chefs gaulois, l'éduen Julius Sacrovir et le trévire Julius Florus, contre les autorités romaines au cours du Ier siècle. Motivée par des considérations fiscales, les deux chefs refusant l'imposition du tribut, la révolte est matée par des légions romaines appelées de Germanie. Défaits par l'armée romaine, les deux meneurs tentent de se cacher ou de fuir mais finissent par se suicider.

Combat de Romains et de Gaulois

HistoireModifier

Peu après les évènements de Germanie opposant Germanicus à Arminius, les Gaules connaissent à leur tour une révolte conduite par deux aristocrates indigènes, l’éduen Julius Sacrovir et le trévire Julius Florus. Tous deux tentent de soulever plusieurs peuples des Gaules, en commençant par le centre-ouest, avec les Andécaves et les Turons.

« Eodem anno Galliarum ciuitates ob magnitudinem aeris alieni rebellionem coeptauere, cuius extimulator acerrimus inter Treuiros Iulius Florus, apud Aeduos Iulius Sacrouir. Nobilitas ambobus et maiorum bona facta eoque Romana ciuitas olim data, cum id rarum nec nisi uirtuti pretium esset. ii secretis conloquiis, ferocissimo quoque adsumpto aut quibus ob egestatem ac metum ex flagitiis maxima peccandi necessitudo, componunt Florus Belgas, Sacrouir propiores Gallos concire. Igitur per conciliabula et coetus seditiosa disserebant de continuatione tributorum, grauitate faenoris, saeuitia ac superbia praesidentium, et discordare militem audito Germanici exitio. Egregium resumendae libertati tempus, si ipsi florentes quam inops Italia, quam inbellis urbana plebes, nihil ualidum in exercitibus nisi quod externum, cogitarent.
Haud ferme ulla ciuitas intacta seminibus eius motus fuit: sed erupere primi Andecaui ac Turoni. Quorum Andecauos Acilius Auiola legatus excita cohorte quae Lugduni praesidium agitabat coercuit. Turoni legionario milite quem Uisellius Uarro inferioris Germaniae legatus miserat oppressi eodem Auiola duce et quibusdam Galliarum primoribus, qui tulere auxilium quo dissimularent defectionem magisque in tempore efferrent. Spectatus et Sacrouir intecto capite pugnam pro Romanis ciens ostentandae, ut ferebat, uirtutis: sed captiui ne incesseretur telis adgnoscendum se praebuisse arguebant. Consultus super eo Tiberius aspernatus est indicium aluitque dubitatione bellum. »[1]
« Cette même année les cités gauloises, fatiguées de l'énormité des dettes, essayèrent une rébellion, dont les plus ardents promoteurs furent, parmi les Trévires, Julius Florus, chez les Éduens, Julius Sacrovir, tous deux d'une naissance distinguée, et issus d'aïeux à qui leurs belles actions avaient valu le droit de cité romaine, alors que, moins prodigué, il était encore le prix de la vertu. Dans de secrètes conférences, où ils réunissent les plus audacieux de leurs compatriotes, et ceux à qui l'indigence ou la crainte des supplices faisaient du crime un besoin, ils conviennent que Florus soulèvera la Belgique, et Sacrovir les cités les plus voisines de la sienne. Ils vont donc dans les assemblées, dans les réunions, et se répandent en discours séditieux sur la durée éternelle des impôts, le poids accablant de l'usure, l'orgueil et la cruauté des gouverneurs; ajoutant que la discorde est dans nos légions depuis la mort de Germanicus; que l'occasion est belle pour ressaisir la liberté, si les Gaulois considèrent l'état florissant de la Gaule, le dénuement de l'Italie, la population énervée de Rome, et ces armées où il n'y a de fort que ce qui est étranger» . Il y eut peu de cantons où ne fussent semés les germes de cette révolte. Les Andécaves et les Turons éclatèrent les premiers. Le lieutenant Acilius aviola fit marcher une cohorte qui tenait garnison à Lyon, et réduisit les Andécaves. Les Turons furent défaits par un corps de légionnaires que le même aviola reçut de Visellius Varro, gouverneur de la basse Germanie, et auquel se joignirent des nobles Gaulois, qui cachaient ainsi leur défection pour se déclarer dans un moment plus favorable. On vit même Sacrovir se battre pour les Romains, la tête découverte, afin, disait-il, de montrer son courage; mais les prisonniers assuraient qu'il avait voulu se mettre à l'abri des traits en se faisant reconnaître. Tibère, consulté, méprisa cet avis, et son irrésolution nourrit l'incendie. »

Julius Florus soulève quant à lui les Trévires, mais il est vite battu par les légions revenues de Germanie ; sa connaissance du terrain lui permet de se cacher quelque temps mais il finit par se suicider. Pendant ce temps, Sacrovir réussit à rallier une partie des Eduens et se serait constitué selon Tacite une armée irrégulière de 40 000 hommes en y incorporant également des gladiateurs et de jeunes nobles étudiants à Autun. Il se dirige ensuite vers les légions venant de Germanie Supérieure, qui marchent sur les Séquanes en ravageant leur territoire. Sacrovir est rapidement battu près de la cité d’Autun par le légat Silius ; il se réfugie dans sa villa avant de se suicider à son tour.

Causes de cette révolteModifier

À plusieurs reprises, on a voulu faire de cette révolte un sursaut d’une aristocratie gauloise se souvenant de sa liberté perdue soixante-dix ans plus tôt. Il est vrai que la phrase de Tacite « memorare ueteres Gallorum glorias quaeque Romanis aduersa intulissent; quam decora uictoribus libertas, quanto intolerantior seruitus iterum uictis. » peut aller dans ce sens.

Comme nous l’avons dit plus haut, le trévire et l’éduen semblent avoir appartenu à la nobilitas locale[2]. Pourtant, plusieurs points ne concordent pas avec cette hypothèse, et en premier lieu, le statut de citoyen romain acquis par les ancêtres des deux protagonistes. De plus, Sacrovir avait dans un premier temps choisi le parti de Rome.

On remarque d’ailleurs que les autres élites gauloises ne semblent pas acquises à la cause des deux révoltés. Julius Florus est battu par Julius Indus, dont le nom ainsi que la fonction dans l’armée laissent à penser qu’il appartenait à la même classe sociale que son compatriote. De même, Julius Sacrovir est obligé de prendre en otage les jeunes gens de bonnes familles étudiant à Autun pour rallier à sa cause leurs familles.

Les causes de cette révolte ont cependant été clairement énoncées par Tacite lui-même dans la phrase « Eodem anno Galliarum ciuitates ob magnitudinem aeris alieni rebellionem coeptauere. ». Les raisons de cette révolte seraient donc d’ordre fiscal : les ciuitates liberae ou foederatae, dont font partie les Trévires et les Éduens, ne sont plus exemptées de tribut depuis les lois de Tibère :

« Praeterea Galliarum et Hispaniarum Syriaeque et Graeciae principes confiscatos ob tam leue ac tam inpudens calumniarum genus, ut quibusdam non aliud sit obiectum, quam quod partem rei familiaris in pecunia haberent; plurimis etiam ciuitatibus et priuatis ueteres immunitates et ius metallorum ac uectigalium adempta. »[3]
« En outre, dans les Gaules, dans les Espagnes, en Syrie et en Grèce, de grands personnages se virent confisquer leurs biens sur les accusations les plus imprudentes et les plus futiles : par exemple, le seul crime reproché à certains d’entre eux fut qu’ils gardaient en argent une partie de leur avoir; on retira même à un grand nombre de villes et de particuliers leurs anciennes franchises, le droit d’exploiter leurs mines et d’utiliser librement leurs revenus. »

Sacrovir et Florus étaient donc les premiers touchés par ces mesures :

« Cette mesure fut présentée comme temporaire, mais elle dura et vint aggraver la situation de bien des notables gaulois. En effet, beaucoup d’entre eux s’étaient endettés; pour financer un train de vie public et privé qui s’était accru avec les premiers effets de la romanisation, notamment avec les grands investissements urbains liés à l’évergétisme et à l’aménagement des centres monumentaux; pour payer les impôts qui leur étaient réclamés en tant que propriétaires fonciers, mais aussi en tant que magistrats municipaux, responsables sur leur fortune de leur recouvrement. »[4]

Julius Sacrovir et Julius Florus ne se révoltaient donc pas contre l’autorité de Rome pour retrouver leur indépendance, mais contre ces mesures fiscales. On peut également voir d’autres raisons à cette révolte puisque A. Ferdière y ajoute des causes religieuses, comme le renforcement de l’interdiction du druidisme et même l’interdiction par Tibère des sacrifices humains[5].

Notes et référencesModifier

  1. Tacite, Annales, III, 40-41
  2. Tacite, Annales, III, 40
  3. Suetone, Tibère., 49
  4. Christine Delaplace et Jérôme France, Histoire des Gaules: VIe siècle av. J.-C..-VIe siècle ap. J.-C., 4e éd. revue et augmentée, Paris : A. Colin («Cursus ”), 2011, p. 82.
  5. Alain Ferdière, Les Gaules: provinces des Gaules et Germanies, provinces alpines IIe siècle av.-Ve siècle ap. J.-C., Paris : A. Colin, 2005, p.174.

BibliographieModifier

  • Suetonius (C.Tranquillius), Vies des douze Césars, trad. Ailloud Henri, Paris: Gallimard, 1996, 497 p.
  • Tacitus (Publius Cornelius), Vie d’Agricola / La Germanie / Tacite, trad. de Jacques Perret, deuxième tirage, Paris: Les Belles Lettres («classiques en poche», no 14), 2002, 170 p.
  • Tacitus (Publius Cornelius), Œuvres complètes de Tacite, trad. J.L. Burnouf, Paris: L.Hachette et cie, 1859. Remacle, sine die, [1], dernière consultation: 1er novembre 2012.
  • Burnanrd Yves, Primores Galliarum : sénateurs et chevaliers romains originaires de la Gaule de la fin de la République au IIIe siècle. I, Methodologie, Bruxelles, Belgique: Éd. Latomus («Collection Latomus»), 2005, 450 p.
  • Burnanrd Yves, Primores Galliarum : sénateurs et chevaliers romains originaires de la Gaule de la fin de la République au IIIe siècle. II, Prosopographie, Bruxelles, Belgique: Éd. Latomus («Collection Latomus»), 2006, 630 p.
  • Laplace Christine et France Jérôme, Histoire des Gaules: VIe siècle av. J.-C.-VIe siècle ap. J.-C., 4e éd. revue et augmentée, Paris : A. Colin («Cursus »), 2011.
  • Ferdière Alain, Les Gaules: provinces des Gaules et Germanies, provinces alpines IIe siècle av.-Ve siècle ap. J.-C., Paris : A. Colin, 2005;
  • Guyonvarc’h Christian J et Le Roux Françoise, La société celtique: dans l’idéologie trifonctionnelle et la tradition religieuse indo-européennes, Rennes: Éditions Ouest-France, 1991, 200 p.
  • Inglebert Hervé, «Citoyenneté romaine, romanité et identités romaines», in Inglebert Hervé et Lepelley Claude, Idéologies et valeurs civiques dans le monde romain : hommage à Claude Lepelley, p. 261-269, Paris: Picard, 2002.
  • Lamoine Laurent, Le pouvoir local en Gaule romaine, Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal, 2009, collection «Histoires croisées» . Google livres, sine die, Books.google.fr, consultation: 18 septembre 2012.
  • Le Roux Patrick, «La romanisation en question», in Annales. Histoire, Sciences Sociales, 59e année, no 2, 1er mars 2004, p.  287 311. Cairn.info, sine die, Cairn.infodernière, consultation: 22 novembre 2012.