Résistance (psychologie)

concept de psychologie

Le terme résistance en psychologie renvoie globalement à la notion de conflit. Mais le concept prend des sens extrêmement différents selon que ce conflit est d'ordre intrapersonnel (mésentente d'un individu avec lui-même), interpersonnel (mésentente avec d'autres sujets), ou d'origine sociétale (résultant de l'évolution des modes de vie).

Le concept de résistance émerge dans le champ de la psychologie en 1895.
Il est étudié depuis dans des branches très différentes et son sens ne cesse d'évoluer.

Bien que différentes, ces approches sont étroitement liées. On note au moins deux types de similitudes :

  • Dans tous les cas, la résistance se manifeste selon des modalités différentes (appelées symptômes en psychologie clinique).
  • Dans tous les cas également, elle apparaît ambivalente :
    - elle constitue un obstacle au dialogue avec soi-même (car "refoulant" les contenus inexprimés de l'inconscient ou de la conscience) ;
    - elle constitue une protection de la conscience (autant contre l'irruption invasive des contenus inconscients que contre l'influence sociale).

Issu du champ de la psychologie, le concept de "résistance" s'est progressivement ouvert à d'autres champs de recherche en sciences humaines, notamment la sociologie et l'anthropologie : il est désormais considéré comme un objet transdisciplinaire[1].

Origines du conceptModifier

Si c'est tout à la fin du XIXe siècle, avec Sigmund Freud, qu'apparait le concept de « résistance » au sens où on l'entend aujourd'hui, on en trouve les prémices beaucoup plus tôt, au sein du christianisme, avec le concept de « tentation », comme l'indique un demi-siècle avant Freud, en 1846, le philosophe Søren Kierkegaard dans son Post-scriptum aux miettes philosophiques :

« La résistance est le péché de l'intelligence. »

Selon lui, l'acte de résister est tout entier la marque d'un conflit intérieur : l'homme souffre parce qu'il est une synthèse de temporel, qui l'empêche de connaître Dieu, et de l'éternel, qui aspire au contraire à le connaître. Et c'est précisément en s'aventurant en dehors du dialogue avec Dieu, en s'engageant dans la voie de "la modernité", qu'il éprouve l'acte de résister comme une lourde obligation[2].

Cette idée est reprise par la suite dans les milieux protestants, particulièrement réceptifs à l'idée de résistance, de par leur histoire [3]:

« En se demandant à quoi devrait résister aujourd’hui un chrétien réformé, on aboutit au thème biblique de la tentation. Cette notion est peut-être celle qui décrit le mieux la vulnérabilité de l’être humain face aux épreuves de la vie. Nous ne faisons pas seulement l’expérience du mal dans le monde qui nous entoure, mais ce dernier s’insinue à l’intérieur de notre esprit au moyen de la tentation. La résistance du chrétien doit donc s’exercer à la fois à l’extérieur, dans la société, et à l’intérieur de lui-même[4]. »

Le catholicisme s'inscrit plus tardivement dans cette approche. Ainsi, en 2013, le Vatican approuve la publication d'une nouvelle traduction en français de la Bible liturgique, où la formule « ne nous soumets pas à la tentation » (sixième et avant-dernier verset de la prière du Notre Père) est remplacée par « ne nous laisse pas entrer en tentation », afin de déplacer de Dieu vers l'homme la responsabilité de la résistance à la tentation [5].

Psychologie individuelleModifier

PsychanalyseModifier

En 1895, dans ses Études sur l'hystérie, Sigmund Freud observe dans le travail thérapeutique une « résistance (Widerstand) de ses patients :

« Par mon travail psychique, je devais vaincre chez le malade une force psychique qui s’opposait à la prise de conscience [...] En m’efforçant de diriger vers elle l’attention du patient, je sentais cette force de répulsion, celle même qui s’était manifestée par un rejet lors de la genèse du symptôme, agir sous forme d’une résistance »[6] »

Freud considère alors la résistance comme un obstacle à éliminer. Il en fait plusieurs fois mention dans ses récits de « l’Homme aux rats » (1907-1909) et du « petit Hans » (1908-1909) : « Vaincre les résistances est une condition du traitement à laquelle nous n’avons pas le droit de nous soustraire »[7].

De 1910 à 1915, il étudie les résistances dans ce que Jacques Lacan appelle les "écrits techniques"[8].

Dès 1910, il écrit :

« Actuellement, nos efforts tendent directement à trouver et à vaincre les résistances et nous pensons à juste titre que les complexes se révéleront sans peine dès que les résistances auront été découvertes et écartées[9]. »

En 1914, dans un article intitulé "Remémoration, répétition et perlaboration"[10], il écrit :

« Il faut laisser au malade le temps de bien connaître cette résistance qu'il ignorait, de la perlaborer[11], de la vaincre et de la poursuivre, malgré elle et en obéissant à la règle analytique fondamentale, le travail commencé[12]. »

Freud revient encore sur la question en 1917 dans un chapitre de son Introduction à la psychanalyse, intitulé précisément « Résistance et refoulement » mais, peu à peu, il se rend compte non seulement de la difficulté mais aussi de la contre-productivité de forcer les résistances. Elles constituent en effet un indicateur important des conflits psychiques, puisqu’elles sont en liaison à la fois avec les défenses du moi et les représentations refoulées. Dès lors, il abandonne le forçage des résistances pour leur interprétation[13].

Au-delà du cadre de la cure, Freud introduit en 1925 la notion de « résistance à la psychanalyse » en général, à savoir l'opposition à la notion même d'inconscient et au fait que celui-ci façonne la conscience[14].

D'après Plon et Roudinesco, le concept de résistance « n'a suscité que fort peu de discussions et de polémiques dans la descendance freudienne, à l'exception de Melanie Klein[15] ». En 1936, Anna Freud a certes introduit un concept proche, celui de mécanisme de défense[16] mais, comme le soulignent certains commentateurs, il importe de « distinguer les défenses des résistances, qui ne se découvrent que dans le cadre de la psychothérapie, où le sujet résiste au transfert suscité par la cure analytique[17]. »

Psychologie analytiqueModifier

Dès le début de sa collaboration avec Freud, le Suisse Carl Gustav Jung reprend le concept de résistance. Comme le souligne en effet le psychiatre Thierry Vincent, « pour Jung, l’apport de Freud dans cette conception traditionnelle des choses est celui des « psychonévroses de défense » et du « délire est un rêve », c’est-à-dire celui des formations de l’inconscient et de la résistance qu’elles provoquent dans le Moi[18]. »

De fait, dès 1908, Jung écrit :

« Il faut que le sujet dise absolument tout ce qui lui passe par la tête sans appliquer du tout attention. Le commencement est toujours difficile, surtout dans l'examen introspectif où l'attention ne peut pas être supprimée au point de paralyser l'effet freinateur de la censure. Car c'est envers soi-même que l'on a les plus vives résistances [19]. »

Il aura par la suite une attitude plus nuancée. En 1936, il écrit :

« La crainte et la résistance que tout homme naturel éprouve devant une descente trop profonde en lui-même sont, au fond, l'angoisse devant le voyage aux Enfers. Si l'on n'éprouvait que de la résistance, la chose ne serait pas si mauvaise. Mais, en réalité, il émane de l'arrière-plan psychique, précisément de cette région sombre et inconnue, une attirance fascinante, qui menace de devenir de plus en plus subjuguante à mesure que l'on s'enfonce dans l'inconscient. Le danger psychologique qui survient ici est celui de la désintégration de la personnalité[20]. »

Et à la fin de sa vie, il affirme :

« Je n'insiste jamais lorsque le sujet n'est pas enclin à suivre sa propre voie, ni à prendre sa part de responsabilité. Je ne suis pas disposé à me contenter de la supposition facile qu'il ne s'agit de "rien d'autre" que de résistances banales. Les résistances, notamment quand elles sont opiniâtres, méritent qu'on en tienne compte, elles ont souvent le sens d'avertissements qui ne veulent point être ignorés[21]. »

S'il se montre prudent face aux résistances de ses patients à leur inconscient et n'entend pas les forcer à tout prix, Jung ne considère pas moins que leur existence pose problème, jusqu'à représenter un problème de société :

« Celui qui nie l'existence de l'inconscient suppose en fait que nous connaissons aujourd'hui totalement la psyché. Et cette supposition est d'une fausseté aussi évidente que la supposition que nous connaissons tout ce qu'il y a à connaître de l'univers physique. (...) Il est facile de comprendre pourquoi les rêveurs tendent d'ignorer ou même de rejeter le message qui leur est ainsi communiqué. La conscience résiste naturellement à tout inconscient et inconnu. J'ai déjà signalé l'existence de ce que les anthropologues appellent "le misonéisme", c'est-à-dire une peur profonde, superstitieuse, de la nouveauté. Les primitifs ont la même réaction que l'animal sauvage devant des événements désagréables. Mais l'homme "civilisé" réagit devant les idées nouvelles (...) La psychologie est une science des plus jeunes et parce qu'elle s'efforce d'élucider ce qui se passe dans l'inconscient, elle se heurte a une forme extrême de misonéisme[22]. »

Psychothérapie / Gestalt-thérapieModifier

En 1951, le psychothérapeute allemand Frederick Perls ainsi que deux Américains, Ralph Hefferline (professeur de psychologie) et Paul Goodman (écrivain), posent les bases de la Gestalt-thérapie[23], une nouvelle approche dans le champ de la psychothérapie centrée sur l’interaction constante de l’être humain avec son environnement et visant un changement à la fois personnel et psychosocial de l'individu. Principe fondamental : « la Gestalt-thérapie valorise l’émotion comme moteur d’adaptation à notre environnement[24]. »

Et dès 1942, Perls écrit:

« la psychanalyse a raison d’insister sur les résistances, mais elle le fait bien souvent dans l’idée qu’elles sont quelque chose d’indésirable – dont on doit se débarrasser au plus vite et détruire dès qu’elles surgissent, afin d’aboutir à un caractère normal. Cependant, la réalité est quelque peu différente. On ne peut détruire les résistances ; elles ne sont, de toutes façons, pas un mal, mais bien plutôt une énergie intéressante de notre personnalité, nocive uniquement quand elle est mal employée[25]. »

En 1993, le thérapeute gestaltiste américain James Kepner écrit :

« Dans toutes les psychothérapies, qu’elles soient comportementales, analytiques, systémiques, physiques ou verbales, le phénomène de la résistance apparaît à un moment ou à un autre. Même si le patient exprime un authentique désir de changer, même si l’analyse est conduite de façon intelligente avec les outils les plus appropriés, au bout d’un moment, la thérapie n’avance plus. Le patient sait parfaitement ce qu’il, ou elle, " devrait " ou veut faire et pourtant il ou elle n’y parvient pas. Le thérapeute voit une direction qui pourrait apporter un développement positif, mais il est incapable d’y conduire son patient. Tout se passe comme si le patient (qu’il soit seul ou en groupe, que ce soit un couple ou une famille) sapait tous les efforts que le thérapeute déploie pour l’aider, et persistait à adopter un comportement apparemment malsain[26]. »

La question de l'adaptation à l'environnement devenant toutefois progressivement la question centrale de la Gestalt-thérapie, certains représentants de ce mouvement s'interrogent au début du XXIe siècle quant à sa vocation thérapeutique, tels le clinicien Jean-Marie-Robine :

« J’ai eu maintes occasions de m’interroger autour d’une question qui me préoccupe depuis longtemps : qu’est ce qui est thérapeutique dans la Gestalt-thérapie ? (...) Si le thérapeute ose placer le concept de forme au centre de son approche de l’expérience humaine, ce ne sera plus la notion de pathologique qui constituera le paradigme essentiel. Ce ne sera plus seulement par une approche scientifique que la psychothérapie se caractérisera mais d’abord et surtout par une approche esthétique[27]. »

Pour Robine, la relation entre le clinicien et son patient n'a pas seulement pour fonction d'aider celui-ci à se développer, mais aussi celle de « modéliser le changement social »[28].

Ce type de réflexion illustre l'évolution de la psychologie en tant que science tout au long du XXe siècle : le passage progressif d'une psychologie que l'on peut qualifier d'individuelle, centrée sur les modes de pensée et de vivre des humains plus ou moins indépendamment des milieux ambiants, à une psychologie collective, où ces modes de pensée et de vivre sont au contraire appréhendés comme relevant d'une interaction continue avec le milieu ambiant.

Psychologie collectiveModifier

En même temps que la psychologie s'est développée la sociologie. De nouvelles branches sont progressivement apparues, se situant à l'intersection des deux domaines.

Psychologie du travailModifier

Le sens psychologique du mot "résistance" varie considérablement en fonction de l'évolution du contexte économique. Or celle-ci a été beaucoup plus rapide durant les deux derniers siècles que par le passé. Rappelons-en les grande lignes.

  • À la fin du XVIIIe siècle, dans le contexte de la philosophie des Lumières, l'aristocratie s'est effacée au profit de la bourgeoisie, laquelle a pris les commandes à la fois économiques et politiques des nations : le travail et la libre entreprise ont été progressivement érigés en valeurs émancipatrices.
  • Au fil du XIXe siècle, le principes de la division du travail et le processus d'industrialisation ont bouleversé les modes de vie. La taille et le nombre des entreprises augmentant, la concurrence et la recherche de profit sont devenues les règles du capitalisme. À la suite de Karl Marx, ce phénomène a été analysé en termes économiques, sociaux et politiques ; Marx préconisant de résister au processus de domination sociale par la révolution .
  • Au XXe siècle, le processus s'est amplifié, tant en Russie (où la révolution a confié les capitaux à l'Etat) qu'en Europe de l'Ouest et aux États-Unis, où ces capitaux étaient aux mains des grandes familles bourgeoises. Par delà les oppositions idéologiques entre "l'Ouest" (capitaliste) et "l'Est" (communiste), l'économie mondiale a pris une seule et même forme : le productivisme. En 1911, l'ingénieur américain Frederick Winslow Taylor a posé les jalons de l'organisation scientifique du travail (The Principles of Scientific Management) et, par là-même, ceux d'une nouvelle discipline : le management. La recherche d'efficacité maximale devenant la règle, le travail a été toujours plus rationalisé, avec l'aval des organisations syndicales. En apparence (sans révolution mais seulement au prix de réformes), les individus se sont globalement acclimatés à ce changement ; mais si l'on observe la réalité plus en détail, on constate qu'ils y opposent — encore aujourd'hui — de multiples résistances : absentéisme, accidents de travail, stress, dépressions, suicides... Au milieu du siècle, quand s'est amorcée la période de forte croissance, dite période des "Trente glorieuses", ce type de mal-être s'est généralisé, raison pour laquelle on parle souvent de "maladies de civilisation". Ainsi, en 1948, les psychologues John French et Lester Coch introduisent le concept de « résistance au changement » [29]

Le mal-être ne s'exprime plus exclusivement dans des cabinets de consultation mais aussi dans le monde de l'entreprise, chez les médecins du travail[30],[31]. Certains psychologues du travail ont entrepris d'analyser les résistances, en amont du processus de production, dans le but de les prévenir.

Ceci permet d'apprécier l'évolution sensible du concept de "résistance en psychologie : alors qu'en 1937, Freud affirmait que le psychanalyste doit « instaurer les conditions psychologiques les plus favorables au fonctionnement du moi[32] », la fonction des conseillers en management est aujourd'hui d'instaurer les conditions psychologiques les plus favorables à l'adaptation du sujet à son milieu ambiant.

« L'innovation » et son opposée, « la résistance au changement », sont aujourd'hui au centre des réflexions non seulement en management mais aussi en marketing et ces réflexions elles-mêmes mobilisent les connaissances en psychologie, ainsi que l'indiquent explicitement les sites d'e-marketing : « les résistances au changement sont liées à des peurs. Reconnaître les peurs chez les individus permet de savoir comment faire vis-à-vis d'eux pour diminuer leurs niveaux de résistance »[33].

Psychologie politiqueModifier

Commentant au XIXe siècle l'impact de la démocratie représentative sur les libertés individuelles, différents intellectuels ont exprimé leurs craintes. Ainsi, l'Américain Benjamin Constant, dès 1806 dans ses Principes de politique :

« L'erreur de ceux qui, de bonne foi dans leur amour de la liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils ont vu dans l'histoire un petit nombre d'hommes, ou même un seul, en possession d'un pouvoir immense, qui faisait beaucoup de mal ; mais leur courroux s'est dirigé contre les possesseurs du pouvoir, et non contre le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n'ont songé qu'à le déplacer[34]. »

Également le français Alexis de Tocqueville, en 1835, dans De la démocratie en Amérique, lorsqu'il évoquait “le despotisme de la majorité”[35]. Ou encore le sociologue anglais Herbert Spencer, en 1850, dans Le Droit d'ignorer l'État.

À partir des années 1840, notamment sous l'impulsion du philosophe Pierre-Joseph Proudhon, a émergé le mouvement anarchiste : les motivations portaient clairement sur la défense des libertés individuelles face à la "raison d'État". Mais ce mouvement n'a jamais pris son essor, à la différence du socialisme qui, sous l'influence de Karl Marx, s'est rapidement et massivement constitué en mouvement d'opposition au capitalisme, sans pour autant remettre en cause l'autorité de l'État. Depuis, ce ne sont encore que des minorités d'individus qui contestent l'autorité de l'État ou plutôt son ingérence dans leur vie privée (et non pas seulement dans le cadre de leurs activités économiques, comme c'est le cas du libéralisme).

S'étant développée dans le courant de l'Après-guerre, la psychologie politique s'intéresse aux motivations des différents protagonistes (les représentants de l'État et leurs opposants) ainsi qu'aux mécanismes de propagande qui viennent interférer entre eux [36]. Pour saisir les enjeux de la réflexion, il faut d'abord rappeler que, dès les tous débuts de la Révolution française, l'État français a institué le droit de la résistance à l'oppression. Il s'agit du dernier des quatre droits naturels et imprescriptibles garantis par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, après la liberté, la propriété et la sûreté. Quand il a été théorisé, ce droit a été présenté comme une réaction de défense des administrés contre les excès commis par leurs représentants et, plus généralement, contre tout action entreprise à leur encontre, que cette action soit déclarée légale ou non [réf. nécessaire].

 
La défense de "l'intérêt général", telle qu'elle s'exprime dans des manifestations de rue, peut-elle s'apparenter à un mouvement de résistance ?... Cette question est au cœur des débats en psychologie politique. Photo : manifestation de la fonction publique ; Lyon, 2018.

Bien que ce droit soit aujourd'hui solennellement consacré comme droit positif, sa mise en œuvre soulève de nombreux problèmes d’application, conduisant à s'interroger sur sa portée réelle. Le point d'achoppement vient d'une aporie : comment un État peut-il, par l'entremise du droit, autoriser des individus à agir contre ? En effet, si le mot "Résistance" (avec une majuscule) a été spontanément utilisé pour désigner l'opposition des populations civiles à l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, c'est que l'adversaire était clairement désigné : une armée étrangère et un État sans réel pouvoir, qui avait pactisé avec elle.

Or, depuis la Guerre, aucune situation comparable ne s'est reproduite. Peut-on parler de "résistance" à propos de ceux qui, ostensiblement, voire physiquement, s'opposent à des décisions gouvernementales, comme les Faucheurs volontaires ou les zadistes ? Et lorsque ceux-ci invoquent le droit à la "résistance à l'oppression" au nom de la défense de l'environnement [réf. nécessaire] et que les gouvernants leur envoient les forces de l'ordre au nom de la défense de l'intérêt général, comment interpréter ce dialogue de sourds ? Comment comprendre alors que d'autres militants (en général issus de la fonction publique) invoquent eux aussi "l'intérêt général" et qu'ils ne le fassent que de temps à autre (par exemple lors de manifestations dans la rue à l'appel d'organisations syndicales) ? Qu'est ce donc que cet "intérêt général" qui oppose et rassemble à la fois l'État et ses contestataires ?

La psychologie politique s'assigne précisément l'objectif de répondre à ce genre de questions, définir les motivations des uns et des autres puis d'analyser comment elles se concilient ou au contraire s'opposent. Les réflexions portent alors sur différents types de questions :
* Peut-on parler résistance à l'oppression quand seules des minorités d'individus s'engagent ?
* Pourquoi, globalement, les luttes restent-elles minoritaires ?
* Qu'entend-on par "résister au capitalisme"[37] ?

Analyse ellulienneModifier

Dans la seconde moitié du XXe siècle, ce n'est pas un psychologue mais un historien du droit, Jacques Ellul, qui apporte des réponses à la plupart de ces questions. Selon lui, si les individus ne cherchent pas à se mobiliser massivement contre les différentes formes de contrainte sociale, c'est d'abord parce qu'ils ne sont pas autant attachés à la liberté qu'ils le proclament :

« L’homme n’est pas du tout passionné par la liberté, comme il le prétend. La liberté n’est pas un besoin inhérent à la personne. Beaucoup plus constants et profonds sont les besoins de sécurité, de conformité, d’adaptation, de bonheur, d’économie des efforts… et l’homme est prêt à sacrifier sa liberté pour satisfaire ces besoins. [...] [Certes], il ne peut pas supporter une oppression directe. [...] Être gouverné de façon autoritaire, être commandé, cela lui est intolérable non pas parce qu’il est un homme libre mais parce qu’il désire commander et exercer son autorité sur autrui. [...] L’homme a bien plus peur de la liberté qu’il ne la désire[38] »

 
Jacques Ellul (à gauche) nommé docteur honoris causa de l'Université d'Amsterdam en 1965

Et, toujours d'après lui, lorsque des militants entendent "résister au capitalisme", ils se fourvoient car ils ne réalisent pas que le capitalisme est entièrement façonné et stimulé par le progrès technique :

« Le capitalisme est une réalité déjà historiquement dépassée. Il peut bien durer un siècle encore, cela n'a pas d'intérêt historique. Ce qui est nouveau, significatif et déterminant, c'est la technique[39]. »

Il définit le progrès technique comme une idéologie, plus précisément comme étant « la préoccupation de l'immense majorité des hommes de notre temps, de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace[40]. » Et à ses yeux, l'idée même d'intérêt général est entièrement pervertie par cette idéologie :

« L'intérêt général, c'est le progrès technique ; même s'il n'a rien à voir avec l'intérêt des hommes, même si l'entreprise est extrêmement douteuse, même si on ignore en définitive les résultats de ce que l'on entreprend. Du moment que c'est un progrès technique, c'est l'intérêt général. Ne disons pas surtout : « le progrès technique s'effectue dans l'intérêt général ». Cette formule générale permettrait encore la discussion. Non ! dans l'esprit de nos contemporains, l'assimilation est entière : le progrès technique quel qu'il soit est en soi l'intérêt général[41]. »

Ellul estime que cet engouement pour le progrès technique suscite la quasi unanimité des humains : il est partagé aussi bien par les gouvernants que par leurs opposants. Et même si leurs oppositions sont fortement relayées par les médias et captivent le grand public, conclut-il, elles restent extrêmement superficielles, si bien qu'en définitive la politique dans son ensemble n'est plus qu'un simple spectacle, une pure illusion[42], Les seuls mouvements de contestation désormais possibles ne peuvent plus dépasser le stade de la révolte, aucunement atteindre celui de la révolution, ceci en raison du fait que l'autorité de l'État, dans son principe même, n'est plus contestée par personne ou presque :

« Les hommes, même quand ils protestent contre l'ingérence du pouvoir, déclarent le haïr et réclament la liberté, ont mis leur espérance et leur foi dans l'État : c'est finalement de lui qu'ils attendent tout[43]. »

Ellul se gausse enfin ouvertement de l'engouement pour "la défense de l'environnement", n'y voyant qu'une énorme mascarade :

« S’intéresser à la protection de l’environnement et à l’écologie sans mettre en question le progrès technique, la société technicienne, la passion de l’efficacité, c’est engager une opération non seulement inutile, mais fondamentalement nocive[44]. »

Approches contemporainesModifier

À quoi résiste t-on aujourd'hui en politique ? Au capitalisme ? Au productivisme et aux technologies ? Et d'où viennent alors les motivations ? Les positionnements varient sensiblement selon qu'ils émanent des militants eux-mêmes, des chercheurs en sciences sociales, des philosophes ou des essayistes.

Les objets de la résistanceModifier

Si l'on se réfère au nombre de publications sur la question, la majorité des motivations psychologiques relatives à l'engagement politique relèvent de l'anticapitalisme. Ainsi, au début du XXIe siècle, que ce soit dans la rue ou chez les intellectuels, et malgré la montée exponentielle du discours écologique sur fond de crise environnementale, le débat politique continue majoritairement de s'articuler autour du même leitmotiv : "résister au capitalisme"[45].

 
En France, les éditions de L'échappée entendent s'inscrire dans la résistance au productivisme.

Mais deux autres champs de contestation se dessinent au début du siècle, marquant un certain renouveau de la pensée militante : la technocritique et surtout la décroissance. Tous deux se rejoignent dans une même critique de l'anticapitalisme.

Se référant entre autres à Lewis Mumford, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Günther Anders et Ivan Illich ces cercles militants affirment que tant qu'elle reste rivée aux grilles de lecture marxistes et ne s'ouvre pas à celles inaugurées au début du XXe siècle par la sociologie (Max Weber, Marcel Mauss, Georg Simmel...), la "résistance au capitalisme" non seulement est une voie sans issue [46] mais encore « participe » au capitalisme. C'est le cas notamment en France des animateurs des éditions de L'Échappée :

« Notre époque à la critique qu'elle mérite. Les pensées des intellectuels contestataires convoqués par les médias, révérés à l’université, considérés comme subversifs dans le monde militant – de Gilles Deleuze à Alain Badiou en passant par Toni Negri – participent au déploiement du capitalisme avancé. (...) A contrario, d’autres penseurs conçoivent le capitalisme comme un fait social total qui développe l’esprit de calcul, la rationalité instrumentale, la réification, l’instantanéité, le productivisme, la dérégulation des rapports humains, la destruction des savoir-faire, du lien social et de la nature, et l’aliénation par la marchandise et la technologie[47]. »

  • La militance technocritique se fait peu à peu entendre [48], peinant parfois à se dégager de la critique traditionnelle du capitalisme. Ainsi l'expression "techno-capitalisme" émerge parfois dans le débat public [49]. Dans un souci d'explicitation, certains militants se démarquent en revanche de l'idée d'une « résistance au capitalisme » et en appellent à une « résistance au productivisme »[50].

Quand il arrive que des militants décroissants en appellent à "la résistance", c'est sous la forme d'injonctions relevant d'une rhétorique comportementaliste : "se libérer de la télévision", "se libérer de l'automobile", "refuser de prendre l'avion", , etc.[51]

Entre psychanalyse et psychologie politiqueModifier

En 1999, dans un ouvrage collectif se référant entre autres au livre Psychologie des foules et analyse du Moi de Sigmund Freud (publié en 1937) plusieurs psychanalystes tentent d'établir un pont entre leur discipline et la psychologie politique[52]. en vue de cerner ce que peut signifier la posture de la résistance dans les régimes totalitaires.

La préoccupation théorico-clinique de Nathalie Zaltzman est clairement devenue, à partir de La résistance d'/Zumain une nécessité éthique d'intégrer dans le corpus analytique, à partir des désastres génocidaires et de la réalité de masse destructrice qui a marqué le siècle, les conséquences d'un écroulement des valeurs de kulturarbeit sur lesquelles la psychanalyse avait construit ses fondations.

Une "psychologie de la résistance"Modifier

Commentant en 2018 le mouvement naissant des Gilets Jaunes, le journaliste et philosophe Philippe Grasset y voit la manifestation d'une "psychologie de la résistance" :

« Comme beaucoup (...), j’ai vu défiler au hasard des réseaux-TV nombre de divers Gilets-Jaunes qui sont des usagers des réseaux-sociaux (...). Je ne m’attarde pas une seconde au contenu du discours, car rien de nouveau n’apparaît ni ne peut apparaître. (...) J’ai très peu souvent entendu parler de “souffrance” comme je les ai entendus en parler. (...) Rien de cela chez les Gilets-Jaunes, dont on sait bien que la revendication initiale (le prix de l’essence), quelle que soit la réalité de la chose, n’est pas la marque fondamentale mais simplement l’étincelle qui allume l’incendie. La diversité et l’incompatibilité des revendications qui ont surgi depuis montrent bien que le mouvement ne sait pas où il va et qu’en vérité peu lui chaut.

Après avoir dit sa fierté et s’en expliquant aussitôt, (Emmanuel) Todd s’exclame à propos du mouvement qu’« il n’y a qu’en France que cela peut se produire » ; on lui oppose aussitôt un déjà-triomphant : « Mais c’est irrationnel ?! » ; il se récrit aussitôt : « Mais non, pas du tout, c’est un mouvement de résistance ». "Résistance", le mot est dit ! Effectivement, cette définition qui n’est “politique” que pour mieux se défier de leur politique, de ce qu’ils nomment “politique”, me convient mieux qu’un mouvement de revendication, de protestation contre un objet précis, etc. ; et moi, je serais bien tenter d’y voir une résistance au Système, la Résistance en fait et en-soi, majusculée comme en majesté. (...) C’est pour cette raison que je parle (des Gilets Jaunes) comme d’un groupe uni par une sorte de psychologie collective extrêmement sophistiquée et en fait extrêmement rationnelle[53]. »

Psychologie socialeModifier

Le concept de résistance est également débattu dans le champ de la psychologie sociale.

En 1966, Jack et Sharon Brehm (en) (présidente de l'Association américaine de psychologie, qui œuvre dans le domaine de la psychologie expérimentale) introduisent le concept de réactance pour définir tout mécanisme de défense mis en œuvre par un individu en vue de maintenir sa liberté d'action lorsqu'il la croit menacée[54]. Certains commentateurs assimilent aujourd'hui la réactance à une résistance individuelle [55].

Or, durant la seconde moitié du XXe siècle, le concept de résistance mobilise autant les responsables en management que les chercheurs en psychologie sociale, voire certains psychanalystes. Ainsi, en 2011, Pascal Neveu — qui est à la fois psychanalyste et conseil stratégique auprès de dirigeants d'entreprise — estime que ce concept ne plus être pensé indépendamment de celui de changement : « le but d’une analyse est sans contestation possible tant la levée du symptôme exprimé par le patient que le changement structural de sa personnalité[56]. »

Et dans le sillage de la Gestalt-thérapie[57], l'expression « résistance au changement » n'est plus l'apanage de la psychothérapie et de la psychologie du travail : un grand nombre de socio-psychologues s'en emparent afin de désigner les difficultés des individus à s'adapter aux exigences du monde moderne dans sa globalité. Non plus seulement dans le monde du travail mais dans celui des loisirs et de la culture de masse.

Le rapport individu-masseModifier

L'origine de ce questionnement remonte aux débuts du XXe siècle, dans un contexte d'urbanisation galopante. De part et d'autre de l'Atlantique, des intellectuels s'interrogent sur la nature du comportement des individus dès lors qu'ils se retrouvent immergés dans des foules [58] mais l'essentiel des débats se joue dans les années 1920, quand se développent les concepts d'opinion publique et de société de masse.

 
Walter Lippmann
(ici en 1914)

En 1921 est publié Psychologie des masses et analyse du moi de Sigmund Freud puis, l'année suivante, Critique de l'opinion publique de Ferdinand Tönnies et surtout Opinion publique du journaliste américain Walter Lippmann. Celui-ci forge alors le concept de « fabrique du consentement » (manufacturing consent). Selon lui, pour « mener à bien une propagande, il doit y avoir une barrière entre le public et les évènements »[59] et il pense que la démocratie a vu la naissance d'une nouvelle forme de propagande, basée sur les recherches en psychologie associées aux moyens de communications modernes[60].

À partir de ce moment, l'essentiel des réflexions se tient aux États-Unis. En 1923, Edward Bernays reprend le concept d'opinion publique. Instruit non seulement par les théories de Freud (son oncle) [61] et celles de Lippmann mais aussi par les idées de Le Bon et de Trotter, il imagine une industrie de l'opinion publique [62]. Et cinq ans plus tard, en 1928, il pose les fondements des techniques de manipulation mentale dans une société de masse, estimant non seulement qu'une propagande est efficace et influente si elle s'adresse aux motivations cachées et refoulées du public mais que « les pensées et les actions de l'être humain sont des mesures compensatoires et des substituts aux désirs qu'il a été obligé de supprimer[63] ».

Les réflexions se développent dans les années 1930 aux États-Unis, axées cette fois sur le concept de propagande, au sens où l'entend Bernays[64], notamment sous l'impulsion de l'économie, quand ce qu'on appelait "la réclame" devient "la publicité", chargée non plus seulement de promouvoir un produit mais tout un style le vie, "l'American Way of Life", et tout un type de société, la "société de consommation". Ces recherches s'accentuent durant l'Après-guerre[65], mais restent peu connues en Europe, où les médias n'ont pas encore atteint le statut d'industries.

Dans les années 1930, la montée des régimes totalitaires (fascisme, nazisme, communisme...) interroge les sociologues : jusqu'à quand un individu peut-il conserver son esprit critique et son libre arbitre, non seulement dans une dictature, où les libertés sont bafouées, mais dans une démocratie, où les médias de masse exercent une forte influence ? À cette question, Jung apporte en 1957 une réponse catégorique en s'engageant pour la première fois sur le terrain de la psychologie sociale : « seul peut résister à une masse organisée le sujet qui est tout aussi organisé dans son individualité que l'est une masse »[66]. Et selon lui, « être organisé dans son individualité » exige de se soumettre à un long et rigoureux travail d'introspection, qu'il appelle précisément processus d'individuation, au cours duquel les projections de l'inconscient sur la réalité sont identifiées comme telles[67].

De la résistance individuelle à la résistance collectiveModifier

 
En 1936 à Hambourg, une foule fait le salut nazi à l'exception d'un seul homme, August Landmesser (sur la photo, au milieu du cercle).

Le mot "Résistance" (avec une majuscule) désigne le mouvement d'opposition des populations civiles à l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. À la différence par exemple du mot "révolution", fréquemment décliné, celui-ci est rarement utilisé ; pas même pour qualifier des mouvements réfractaires à l'autorité de l'État : anarchistes, adeptes de la désobéissance civile, zadistes... D'autres expressions lui sont préférées (en 1972, par exemple, les traducteurs français du rapport Meadows - alias "Les Limites à la croissance" - baptisent celui-ci "Halte à la Croissance !") et rares sont les intellectuels à y recourir aujourd'hui, tel le politologue Pierre-André Taguieff [68] ou le psychologue Olivier Houdé[69].

À l'inverse, l'historien François Jarrige note qu'il est fréquent de qualifier de "technophobe" ou d'un autre terme péjoratif quiconque critique l'idéologie du progrès, souligne la dangerosité du nucléaire ou l'abêtissement causé par la publicité[70],[71].

Ironie du sort, ce type de stigmatisation s'opère par l'usage du mot "résistance", dès lors que lui sont accolés les mots "au changement". L'expression "résistance au changement" est en effet fréquemment reprise dans les milieux du management et de l'innovation technologique, comme synonyme des mots immobilisme, néophobie ou passéisme [72].

Approche psycho-sociale des médiasModifier

À partir de la Seconde Guerre mondiale, différents psychologues et sociologues entreprennent de mener une réflexion sur les modalités de résistance des individus à l'influence sociale, en premier lieu celle de la culture de masse, notamment celle des médias : la presse écrite, la radio et la télévision (alors naissante aux États-Unis).

Dès son apparition, dans les années 1930-1940, la sociologie des médias avait adopté aux États-Unis une grille de lecture marquée par le souvenir de la Première Guerre mondiale, période durant laquelle les médias de tous pays faisaient ouvertement de la propagande afin de fédérer leurs publics respectifs contre l'ennemi et valoriser ainsi leur appartenance nationale. L'usage des techniques de communication de masse lors de la montée des régimes totalitaires durant l'entre-deux-guerres, était venue conforter cette interprétation des médias. À cet égard, Le Viol des foules par la propagande politique, publié en 1939 par Serge Tchakhotine (sociologue allemand d'origine russe) avait valeur de référence.

Or cette thèse va être bousculée dans les années 1950 et 1960.

Responsabilité des utilisateurs des médiasModifier

 
Paul Lazarsfeld
(ici en 1941)

En 1955, un virage s'opère dans le champ de la psychologie sociale avec la publication d'un ouvrage du sociologue Paul Lazarsfeld et de l'un de ses étudiants, Elihu Katz, qui remet en cause le pouvoir des médias. Ses auteurs remettent en cause les théories qui prévalaient jusqu'alors en développant la théorie dite « théorie des médias faibles » ou « théorie de la communication à double étage ».

L'ouvrage, toutefois, ne marquera que momentanément les chercheurs outre-Atlantique et ne sera traduit en France que cinq décennies plus tard [73].

Reprenant en détail l'éventail des théories des chercheurs américains sur les questions de l'opinion publique et de la propagande, le Français Jacques Ellul déploie en 1962, une analyse approfondie du phénomène de la propagande. Il distingue une propagande voilée et la propagande révélée : Cette dernière est « ouverte et déclarée : il existe un ministère de la Guerre, on ne se refuse pas à reconnaître que l'on fait de la propagande » mais la première « tend à cacher (son) auteur, (ses) buts et (même) (sa) signification[74]. ». Selon Ellul, c'est celle-ci qui joue désormais le rôle le plus important car elle asservit les individus sans même qu'ils s'en rendent compte, à fortiori sans qu'ils puissent résister à son impact :

« Quelle que soit la diversité des pays et des modes, un caractère réunit toutes les entreprises de propagande : le souci d'efficacité. Si l'on fait de la propagande, c'est d'abord par volonté d'action, afin d'armer efficacement la politique et de donner à ses décisions des prolongements irrésistibles. (Or) cet instrument appartient à l'univers technicien, il en présente les caractères, il lui est même indissolublement lié. Non seulement la propagande est en elle-même une technique mais elle est une des conditions indispensables pour le développement du progrès technique et la constitution d'une civilisation technicienne. (...) Pour comprendre exactement ce qu'est la propagande, il faut sans cesse la replacer dans son contexte de civilisation, (à savoir) l'ensemble de la société technicienne[75]. »

 
Jacques Ellul
(ici en 1990)

Ellul poursuit :

« Une propagande moderne doit s'adresser en même temps à l'individu et à la masse [...]. Pour que la propagande réussisse, il faut [...] qu'elle soit une société individualiste et une société de masse. On a souvent l'habitude d'opposer ces deux caractères, en considérant que la société individualiste est celle où l'individu est affirmé comme une valeur au dessus des groupes [...] alors que la société de masse est négatrice de l'individu. Qu'est-ce que cela signifie ? Tout d'abord que l'individu n'est jamais considéré dans son individualité mais dans ce qu'il a de commun avec les autres. Il est englobé dans une moyenne et, sauf pour un faible pourcentage, l'action établie sur des moyennes sera efficace. En outre, l'individu est considéré dans la masse, pris en elle, parce que de cette façon, ses défenses psychiques sont affaiblies, ses réactions sont plus faciles à provoquer[76]. »

Il conclut que si la propagande atteint ses buts, c'est qu'elle agit depuis l'inconscient des individus vers ce même inconscient :

« La propagande correspond à un besoin de l’individu moderne. Et ce besoin crée en lui un besoin de propagande. L'individu est placé dans une situation telle qu'il a besoin d'un adjuvant extérieur pour faire face à sa propagande. Bien entendu, il ne dit pas : « je veux une propagande ! ». Au contraire, obéissant à des schèmes préfixés, il en a horreur car il se croit « une personne libre et majeure ». Mais en fait, il appelle et désire cette action qui lui permet de parer à certaines agressions et de réduire certaines tensions. [...] Le secret de la réussite d'une propagande tient à ceci : a t-elle ou non satisfait un besoin inconscient ? Elle ne peut avoir d’effet que si le besoin existe (et que celui-ci) n’est pas ressenti comme tel mais reste inconscient[77]. »

En définitive, la thèse ellulienne est relativement peu commentée et celle qui l'emporte dans le débat public est celle, plus classique (car déjà en vogue avant les travaux de Lazarsfeld) selon laquelle la presse, directement au service des grands patrons car financée par eux, formate délibérément et méthodiquement les individus. À la fin des années 1980, Noam Chomsky accuse les médias de "fabriquer intentionnellement du consentement" aux moyens de techniques visant à désinhiber les individus, supprimer au maximum leurs résistances en jouant sur le sensationnalisme de sorte à ce qu'ils perdent tout esprit critique quant au processus de domination sociale dont ils sont inconsciemment les jouets[78].

Dans le sillage de ses arguments émerge le mouvement altermondialiste, que le sociologue Michael Löwy qualifiera plus tard de « plus important phénomène de résistance anti-systémique du début du XXIe siècle »[79].

Les individus créateurs et victimes de leurs médiasModifier

Bien que confortée par des déclarations de certains patrons de presse — notamment en 2004, celle d'un cadre de la chaîne TF1 : « ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible » —, la thèse développée par Chomsky relative à la toute puissance des médias est mise à mal durant l'été 2016 par la forte popularité d'un candidat à la Maison-Blanche (Donald Trump) ayant pour habitude de les conspuer sur un compte Twitter, sans la moindre inhibition[80].

 
Les échanges internet ou "l'invisibilité de l'autre".

Après que ce candidat ait été finalement élu et qu'il continue de vilipender les médias, un grand nombre de commentateurs se montrent critiques envers les médias sociaux, les désignant comme le lieu de la levée de toutes les inhibitions :

« L’invisibilité de l’autre, lors d’échanges en ligne, peut avoir pour effet de jeter le doute quant à la sincérité de ses propos et susciter ainsi la méfiance de l’usager (laquelle peut aller jusqu’à l’inhibition complète de certains usages). (...) Lorsqu’au contraire les interlocuteurs ne se connaissent pas, l’invisibilité peut, outre une méfiance exacerbée, favoriser des phénomènes psychologiques de « transfert ». (...) À l’opposé de la méfiance, l’invisibilité peut également avoir pour certains usagers un effet désinhibant[81]. »

Commentant dès 2001 le phénomène de la culture de masse, et plus particulièrement celui de la télé-réalité, le psychiatre Serge Tisseron empruntait à Jacques Lacan le terme "extimité"[82]. Il l'identifiait à la levée d'un grand nombre de résistances (au sens freudien de "refoulement"), plus précisément au « désir de rendre visibles certains aspects de soi jusque-là considérés comme relevant de l'intimité ». Il tient toutefois à distinguer l'extimité de l'exhibitionnisme, lequel relève selon lui d'un caractère pathologique[83],[84].

Aujourd'hui, certains commentateurs estiment que le cyberharcèlement constitue la conséquence prévisible de cet effet désinhibant d'internet, dès lors qu'il en est fait un usage irréfléchi ; raison pour laquelle les jeunes en sont les premières victimes[85].

Questionnements contemporainsModifier

Plusieurs psychologues cliniciens et psychothérapeutes semblent s'accorder sur une double idée :
1°) si les chances de réussite d'une cure reposent avant tout sur le transfert du patient sur l'analyste, permettant par suite la libération de la parole, c'est d'abord parce que celui-ci est "un autre", incarné, bien réel[86] ;
2°) à l'inverse, s'il est difficile pour un patient de lever ses résistances, c'est pour la même raison : parce que la parole est livrée à cet "autre" et à son possible jugement moral (d'où la nécessité alors que le contre-transfert s'opère dans les meilleures conditions).

"Transfert" et "résistance" sont ainsi les deux faces opposées du traitement analytique : celui-ci ne peut s'amorcer que s'il y a tension, conflit, entre d'une part le désir de se lâcher pour aller de l'avant ; d'autre part celui - "plus fort que soi" - de se retenir, refouler, se maintenir dans le statu quo. Et le traitement ne peut aboutir que si le désir de l'ouverture l'emporte sur celui du repli.

 
Une question récurrente au début du XXIe siècle : comment résister au pouvoir attractif des écrans ?

Sur la base de ce consensus, un certain nombre de thérapeutes émettent aujourd'hui des craintes : la généralisation du web 2.0 (ou "web participatif") et notamment l'usage des pseudonymes sur la toile (pour conserver son anonymat) présente trois risques majeurs, étroitement liés :
* celui que l'internaute use de son clavier et de son écran sinon pour se défouler, du moins pour lever ses refoulements, comme dans une cure, mais sans en payer le prix (au sens propre du terme comme au sens figuré : sans se soumettre au regard de l'autre) ;
* le fait que la "gratuité" de cette pratique et le fait qu'elle s'opère sous anonymat rendent de facto celle-ci inopérante ;
* enfin, résultat de l'échec de cette pratique d'un point de vue thérapeutique, la tentation de vouloir renouveler celle-ci indéfiniment. Ainsi s'expliquerait, entre autres raisons, le phénomène de l'addiction aux écrans[87].

En ce début de siècle, les débats semblent s'être inversés par rapport à ceux du temps de l'émergence de la psychanalyse : il ne s'agit plus tant de "mettre un terme aux résistances" que de "lutter contre ses dépendances". À cet égard, mettre en action les résistances du moi (contre les pulsions à l'œuvre dans la nomophobie) deviendrait une posture vertueuse et salutaire [88].

Alors que certains experts en neurosciences estiment que « laisser les enfants et les adolescents face à des écrans relève de la maltraitance[89] », une question se pose, récurrente : internet amplifie t-il les addictions comportementales[90] ? Plus précisément : plutôt que simplement « limiter le temps d'usage des écrans » ou « apprendre à s'en servir », comme l'affirme Serge Tisseron[91], "résister" aux écrans ne revient t-il pas à s'extraire du pouvoir de séduction des influenceurs web en prenant conscience du fait que leur désinhibition n'est qu'apparente car purement factice, reposant non pas sur leurs capacités personnelles (une quelconque "force de caractère") mais, exclusivement, sur la puissance des algorithmes contenus dans les artefacts qu'ils manipulent ?[réf. nécessaire]

À ces questionnements d'ordre psychologique s'en ajoutent d'autres, cette fois d'ordre socio-politique mais qui concernent cependant les individus dès lors qu'ils sont aliénés à leurs écrans : si l'économie mondiale est dictée par les "géants du web", dont les chiffres d'affaires dépassent les PIB de bon nombre de nations, sera t-il longtemps possible de leur résister[92] ?

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. Annie Gutmann et Pierre Sullivan (dir.), Résister et Vivre. Au croisement des disciplines et des cultures (actes du colloque de Cerisy de 2008), Ophrys, 2010
  2. Guilhen Antier, « La chute de l’éternel dans le temps chez Kierkegaard : kénose et temporalité », in Kénose : du don à l’abandon, Laval Théologique et Philosophique, vol. 67, n°1, février 2011, p.57-65
  3. Éric Fuchs et Christian Grappe, Le droit de résister, Le protestantisme face au pouvoir, Labor et Fides, 1990
  4. Gilles Bourquin, « L’épreuve de la tentation », La vie protestante Neuchâtel-Berne-Jura (dossier “Résister, signature réformée”), n°5, juin 2016, dans le cadre du .
  5. Jean-Marie Guénois, L'Église revoit le texte du « Notre Père », Le Figaro, 14 octobre 2013
  6. Sigmund Freud et Joseph Breuer, Études sur l'hystérie, PUF, 2002.
  7. Propos rapporté par Claude Le Guen, Dictionnaire freudien, PUF, 2008
  8. Jacques Lacan, Le Séminaire. Les Écrits techniques de Freud (1953-1954), tome 1, Seuil, 1998
  9. «  Perspectives d'avenir de la thérapeutique analytique », 1910. Cité dans Le Guen, op. cit.
  10. Sigmund Freud, Erinnern, Wiederholen und Durcharbeiten. Trad. fr. Remémoration, répétition et perlaboration. In Libres cahiers pour la psychanalyse, 2004/1, n°9, p.13-22
  11. Jacques Sédat, La perlaboration (Durcharbeitung), Figures de la psychanalyse, 2019/1, n° 37, p. 27-40
  12. Cité dans Le Guen, op. cit.
  13. Violaine Gelly, Les résistances dans la thérapie, mémoire de certification, Indigo Formation, 2015
  14. Sigmund Freud, « Résistances à la psychanalyse », in La Revue juive, 1re année, no 1, 15 janvier 1925, p. 209-219. Texte.
  15. Michel Plon et Élisabeth Roudinesco, Dictionnaire de la psychanalyse (1997), entrée « Résistance », Paris, Fayard, 2011
  16. Anna Freud, Das Ich und die Abwehrmechanismen, 1936. Trad. fr. Le moi et les mécanismes de défense, Paris, Presses Universitaires de France, 2001
  17. Charlotte Mareau et Adeline Vanek-Dreyfuss, L'indispensable de la psychologie, Studyrama, 2èe éd. 2007, p. 148
  18. Thierry Vincent, La controverse Freud-Jung sur la démence précoce, La psychose freudienne, 2009, p. 101-136
  19. Carl Gustav Jung, L'analyse des rêves, L'Année psychologique, 1908, no 15, p. 160-167
  20. Carl Gustav Jung, « Les conceptions du salut dans l'alchimie », 1936. Psychologie et Alchimie, Buchet-Chastel, 1971. p. 430-431.
  21. Carl Gustav Jung, Erinnerungen, Träume, Gedanken, Rascher, Zürich, 1962. Trad. fr., Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, Gallimard, 1966. Réed. 1978, p. 168
  22. Carl Gustav Jung, « Essai d'exploration de l'inconscient », in L'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964. Réed. 2002, pp. 23 et 31
  23. Frederick Perls, Ralph Hefferline et Paul Goodman, Gestalt Therapy Excitation and Growth in the Human Personnality. Trad. fr Gestalt-thérapie, Stanké, Montréal, 1979. Nouvelle traduction, L’Exprimerie, Bordeaux, 2001
  24. Sophie Fourure, À la frontière-contact du réel, Gestalt, 2006/2, no 31, p. 163-178
  25. Fritz Perls, Le Moi, la faim et l’agressivité, Tchou, 1978, p. 185
  26. James Kepner, Body Process: A Gestalt Approach to Working with the Body in Psychotherapy, Gestalt Press, 1993. Trad. fr. Le corps retrouvé en psychothérapie, Retz, 1998, p.73
  27. Jean-Marie-Robine, Une thérapie des formes de l'expérience, discours de clôture du XI° congrès International de Gestalt-thérapie, Madrid, 3 mai 2009. Cahiers de Gestalt-thérapie, 2009/2, no 24, p. 179-194
  28. Jean-Marie Robine, Le changement social commence à deux, Gestalt, 2005/2, no 29, p. 39-51
  29. Lester Coch et John R. P. French Jr, « Overcoming resistance to change », Human Relations, 1er novembre 1948. Traduction : « Comment surmonter la résistance au changement », Éléments de sociologie générale, 1964, p. 181-205
  30. Christophe Dejours, Travail, usure mentale. De la psychopathologie à la psychodynamique du travail, Paris, Bayard, 1980. Rééd. 2000
  31. Daniele Linhart, Les conditions paradoxales de la résistance au travail, Nouvelle Revue de psychosociologie, 2009/1, n° 7, p.71-83
  32. Sigmund Freud, L’analyse avec fin et l’analyse sans fin
  33. Les résistances au changement, e-marketing, 11 décembre 2017
  34. Benjamin Constant, Principes de politique, Édition Guillaumin, édition 1872, p.9
  35. Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome 1, partie 2, chap 7 ; Flammarion, 1981, p. 172.
  36. Michel-Louis Rouquette, Psychologie politique, PUF, 1989 ; Alexandre Dorna, Fondements de la psychologie politique, PUF, 1998
  37. Jacques Prades, Comment résister au capitalisme ?, Le vent se lève, 2015 ; Thierry Barranger, Manifeste de résistance au capitalisme financier, Books on Demand, 2012
  38. Jacques Ellul, Éthique de la liberté, tome 1, Labor et Fides, 1973, p. 36
  39. Jacques Ellul, A temps et à contretemps. Entretiens avec Madeleine Garrigou-Lagrange, Le Centurion, 1981, pp. 158-159
  40. Jacques Ellul, La Technique ou l'Enjeu du siècle, Armand Colin, 1954), Réed. Economica, 2008, p. 130-133
  41. Jacques Ellul, Exégèse des nouveaux lieux communs, Calmann-Lévy, 1966 ; Réed. La Table Ronde, coll. « La petite vermillon », 2004, p. 126
  42. Jacques Ellul, L'illusion politique, Robert Laffont, 1965. Réed. La Table Ronde, collection « La petite vermillon », 2004.
  43. Jacques Ellul, Autopsie de la révolution, Calmann-Lévy, 1969 . Réed. La Table Ronde, coll. « La petite vermillon », 2004, p. 196
  44. Jacques Ellul, Plaidoyer contre la “défense de l’environnement, La France catholique, janvier 1972
  45. Jacques Prades et Thierry Barranger, op. cit. Lire également : Résister au capitalisme, construire le socialisme du XXIe siècle, actes de l'université d'automne du Mouvement politique d'émancipation populaire, novembre 2010 ; Quelque 200 manifestants à Davos prônent la résistance au capitalisme, Vingt minutes, 28 janvier 2012 ;André Tosel : « Il se manifeste une multitude de résistances au capitalisme », L'Humanité, 24 juillet 2013 ; Résister au capitalisme, reconstruire l’unité de pensée et d’action des communistes, Réveil Communiste, juin 2014 ; Une expérience de résistance à la tyrannie du capitalisme technologique, entretien avec Pièces et main-d’œuvre, Écologie & politique 2016/2, n°53, p.129-146 ; Jean Terroir, Résister au capitalisme dans un système capitaliste, Academia Christiana, mai 2017 ; Dominique Hartmann, Résister au capitalisme cannibale, Le Courrier, 29 juillet 2018 ; Frédérique Vianlatte, Pour résister au capitalisme faisons la sieste, L'Harmattan, 2019 ; Contre-G7 : « Nous pouvons résister au capitalisme », Libération, 25 août 2019...
  46. Julien Mattern et Matthieu Amiech, Le cauchemar de Don Quichotte, Climats, 2004. Rééd. Éditions de la Lenteur, 2014
  47. Cédric Biagini, Guillaume Carnino et Patrick Marcolini (dir.), Vingt penseurs vraiment critiques, L'Échappée, 2013
  48. Hubert Guillaud, Des enjeux de la technocritique et De la technocritique aux technoluttes ! InternetActu, 12 et 19 juin 2019
  49. Eric Sadin : « Le techno-capitalisme cherche à exploiter chaque seconde de l'existence », L'Humanité, 3 avril, 2015
  50. Résister au productivisme, sans "revenir à la bougie", ateliers d'été de Technologos, 25-27 juillet 2014
  51. Dix premiers conseils pour rentrer en résistance par la décroissance, Résistances Caen
  52. Nathalie Zaltzman dir, La résistance de l'humain, PUF, 1999
  53. Philippe Grasset, Psychologie de la Résistance, Réseau international, 11 décembre 2018
  54. Jack Brehm, Theory of Psychological Reactance, Academic Press Inc, 1966
  55. Virginie Uger, « La réactance: la résistance individuelle » texte rédigé dans le cadre de la préparation d'une thèse doctorale.
  56. Pascal Neveu, Les résistances au changement, Conseil supérieur de la psychanalyse active, 24 août 2011
  57. Edmond Marc, Le travail des résistances : entre psychanalyse et Gestalt, Gestalt, 2002/1, no 22, p. 49-68
  58. Citons surtout L'opinion et la foule de Gabriel Tarde, en 1901 et L'instinct grégaire et sa manifestation dans la psychologie de l'homme civilisé de Wilfred Trotter en 1809 (ouvrage non traduit)
  59. Walter Lippmann, Public Opinion, partie II, chap. II, section 3
  60. Ibid. partie V, chap. XV, section 4
  61. Sandrine Aumercier, Bernays, agent de Freud, Le Coq-héron, 2008/3, no 194, p. 69-80
  62. Edward Bernays, Crystallizing public opinion, New York, 1923
  63. Edward Bernays, Propagande, 1928. Trad. fr. Propaganda, Comment manipuler l'opinion en démocratie, La Découverte, 2007
  64. Kimball Young, Social Psychology : an Analysis of Social Behavior, Knopf, 1930. En particulier le chapitre 27 : "Propaganda: Positive Control of Public Opinion"
  65. Citons entre autres ces ouvrages et articles, non traduits pour la majorité d'entre eux : William Albig, Propaganda, 1939 ; Leonard W. Doob, Propaganda and Public Opinion, 1948 ; Harold D. Laswell, Propaganda and Mass Insecurity, 1950 ; Curtis D. MacDougall, Understanding Public Opinion, 1952 ; Jerome S. Bruner, The Dimension of Propaganda, 1954 ; Daniel Katz, Dowrin Cartwright, Samuel Eldersveld et Alfred McClung Lee, Public Opinion and Propaganda, 1954 ; Vance Packard, The Hidden Persuaders, trad. La persuasion clandestine, 1957
  66. Carl Gustav Jung, Gegenwart und Zukunft, 1957. Trad. fr. Présent et avenir, Denoël-Gonthier, 1962, p. 88
  67. Carl Gustav Jung, Dialectique du moi et de l'inconscient.
  68. Pierre-André Taguieff, Résister au bougisme, Fayard / Mille et Une Nuits, 2002
  69. Olivier Houdé, Apprendre à résister, Le Pommier, 2017
  70. François Jarrige, Technocritiques, La Découverte, 2014
  71. François Jarrige : « La technophobie est un leurre » (entretien avec Galaad Wilgos), Le Comptoir, 15 décembre 2014
  72. Parmi les nombreux sites web en management qui reprennent cette formule à des fins de dénigrement, citons Cadre de santé, 2015 ; 'La Lettre du Cadre, 2015 ; ResourcesTransition, non daté ; Beeshake, 2017 ; E-marketing, 2018 ; DynamiqueMag, 2018 ; ManagerGo, 2019.
  73. Paul Lazarsfeld et Elihu Katz, Personal influence: The part played by people in the flow of mass communications, 1955. Trad. fr. Influence personnelle. Ce que les gens font des médias, INA / Armand Colin, 2008
  74. Jacques Ellul, Propagandes, Armand Colin, 1962. Rééd. Economica, 1990 et 2008, p. 27
  75. Ibid. pages 6 et 7
  76. Ibid. pages 18 et 107
  77. Ibid. p.158
  78. Edward S. Herman et Noam Chomsky, Manufacturing Consent: The Political Economy of the Mass Media, 1988. Trad. fr. Fabriquer un consentement. La gestion politique des médias de masse, Investig'Action, 2019
  79. Michael Löwy, Négativité et utopie du mouvement altermondialiste, Médiapart, 22 juin 2010
  80. Katharine Viner, « Comment le numérique a ébranlé notre rapport à la vérité », Courrier international, 9 septembre 2016.
  81. Adeline Hérault et Pierre Molinier, Les caractéristiques de la communication sociale via Internet, Empan, 2009/4, no 76, p. 13-21
  82. Jacques Lacan, Séminaire XVI. D'un autre à l'Autre, 1968-69. Réed. Le Seuil, 2006, p. 249
  83. Serge Tisseron, L’intimité surrexposée, Ramsay, 2001. Réed. Hachette, 2003
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  85. Catherine Blaya, Le cyberharcèlement chez les jeunes, Enfance, 2018/3, no 3, p. 421-439
  86. Michel Martin, Le cadre thérapeutique à l'épreuve de la réalité, Cahiers de psychologie clinique, 2001/2, no 17, p. 103-120
  87. Isabelle Saillot, Psychopathologie implicite de l’anonymat sur Internet, Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 2015/2, no 106, p. 193-207
  88. Charles Cungi, Comment lutter contre ses dépendances, magazine Sciences humaines, juin, juillet, août 2011
  89. Michel Desmurger, « La multiplication des écrans engendre une décérébration à grande échelle » (propos recueillis par Pascale Santi et Stéphane Foucart), Le Monde, 21 octobre 2019
  90. Elizabeth Rossé-Brillaud et Irène Codina, Internet : un amplificateur pour les addictions comportementales, Psychotropes, 2009/1, vol. 15, p. 77-91
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  92. GAFAM : est-il possible de leur résister ?, Capital, 28 juin 2019

BibliographieModifier

Psychanalyse

  • Michèle Pollack Cornillot, article "Résistance", Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2005
  • Patrick Delaroche, La peur de guérir. Les résistances à la psychanalyse, Albin Michel, 2003

Psychothérapie

  • Olivier Houdé, Apprendre à résister, Le Pommier, 2017
  • Bruno Frère et Marc Jacquemain (dir.), Résister au quotidien ?, Les Presses de Sciences Po, 2013

Psychologie du travail

  • Danièle Linhart, La Comédie humaine du travail, de la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale, Toulouse, éditions Erès, 2015
  • Dominique Lhuillier et Pierre Roche (dir.), La résistance créatrice, Nouvelle Revue de psychosociologie, 2009/1 (n° 7), Eres, 2009

Psychologie sociale

  • Jean Malaurie, Oser, résister, CNRS, 2018
  • Pascal Chabot, Exister, résister, PUF, 2017
  • Jeremy Blampain et Liliane Palut, Résistance sur internet, L'harmattan, 2004
  • Pierre-André Taguieff, Résister au bougisme, Fayard / Mille et Une Nuits, 2002
  • Jean-Claude Zancarini et Christian Biet, Le droit de résistance, XIIe – XXe siècle, ENS, 1999

Psychologie politique

  • Jean-Hervé Lorenzi, Mickaël Berrebi, Pierre Dockès, La nouvelle résistance: Face à la violence technologique, Eyrolles, 2019
  • Jacques Prades, Comment résister au capitalisme ? Tous en coopératives !, Le vent se lève, 2015
  • Thierry Barranger, Manifeste de résistance au capitalisme financier, Books on Demand, 2012
  • Nathalie Zaltzman, La résistance de l'humain, PUF, 1999

Approche interdisciplinaire

  • Annie Gutmann et Pierre Sullivan (dir.), Résister et Vivre. Au croisement des disciplines et des cultures (actes du colloque de Cerisy, ), Ophrys, 2010
  • Jean Giot et Jean Kinable (dir.), Résistances au sujet (actes du colloque de Cerisy, ), Presses universitaires de Namur, 2004

Liens internesModifier

Liens externesModifier

(classements par ordre inversement chronologique)
Psychanalyse

Psychothérapie / Gestalt thérapie

Psychologie du travail