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République de Genève sous Jean Calvin

Article principal : République de Genève.

La République de Genève à l'époque de Jean Calvin correspond à une période qui s'étend de 1536, date de son arrivée à Genève, à sa mort en 1564.

De 1533 au bannissement de Calvin en 1538, même si ses institutions traditionnelles de république aristocratique continuèrent à fonctionner, la République de Genève n'en subit pas moins l'influence du réformateur, contre laquelle toutefois le magistrat patricien de la ville, garant du pouvoir civil et hostile depuis le Moyen Âge à l'empiètement du pouvoir religieux jadis des évêques, s'opposa à plusieurs reprises au point même de le faire incarcérer.

La tentative de Jean Calvin de créer une république théocratique, vraie ou supposée, échoua et conduisit à son bannissement de Genève en 1538 où il ne put revenir qu'à partir de 1541. L'attitude du magistrat et des citoyens ont sans doute évité qu'il ne jouât à Genève le même rôle que le moine Savonarole à Florence un siècle auparavant.

Sommaire

Première tentative de réformeModifier

Lorsque Calvin arrive à Genève, la ville est déjà largement acquise à la Réforme. Le premier culte évangélique est célébré le vendredi saint de 1533. En , une controverse publique met aux prises Guillaume Farel et un dominicain, Guy Furbity. Le , la population chasse le dernier évêque de la cité, Pierre de La Baume, prélat de la ville depuis 1522. Durant la même année, la Réforme se met en place lentement, les autorités suspendant au départ provisoirement la messe, tandis que les ordres réguliers quittent progressivement la ville. Durant un temps, le fonctionnement spirituel de la ville était tout entière aux mains de Farel. Puis, les autorités organisent le basculement de la cité dans la réforme au début de l'année 1536. On interdit aux curés, aux chanoines et autres religieux de célébrer les rites catholiques, on leur impose de jurer obéissance aux doctrines évangéliques. Enfin, le dimanche , Le peuple réuni en Conseil général proclame son adhésion unanime à la Réforme religieuse[1].

Calvin arrive à Genève à l'été 1536. Il n'a donc pas pris part à la conversion de la cité elle-même.

En 1536, il vit à Genève où il a été nommé professeur de théologie, et où la Réforme vient d'être adoptée. Il y joue un rôle à la fois religieux et politique. En , il participe à la dispute de Lausanne, destinée à faire basculer la ville dans le camp de la Réforme.

Mesures politico-religieuses de Calvin et opposition du Sénat et des citoyens à leur encontreModifier

Il écrit avec Farel les Confessions de foi pour tenter d'organiser l'Église de Genève. Publiée officiellement le , le texte fait l'objet d'une discussion âpre avec les autorités, qui refusent de signer les vingt-et-un articles. Il y a ainsi discussion sur la fréquence des communions, et sur la sévérité à appliquer l'excommunication. Ces mesures sont en effet également politiques, car une excommunication équivaut à un ostracisme dans une société éminemment religieuse. Calvin fait également montre de grande rigueur dans la décision de bannir les anabaptistes, en . En , Calvin institue un syndic chargé de se rendre de maison en maison pour s'assurer que les habitants souscrivent à la confession de foi. Mais devant les résistances, cette initiative s'enlise.

Durant toute l'année 1537, Calvin mène avec d'autres intolérants une pression continue sur les hésitants et les tièdes[1]. En été, il est prévu d'interroger chaque dizainier sur sa foi. Il lui est demandé de surveiller la foi des habitants de son quartier. Ensuite, on demande à chaque quartier de venir accepter la confession de foi et jurer fidélité à Genève. Le , on demande publiquement aux hésitants de souscrire à la confession de foi. Le , les récalcitrants sont bannis de la ville.

Progressivement, les adversaires de Calvin, ou plutôt de son fanatisme se regroupent et prennent de l'importance. Le , le Conseil général statue que plus personne ne doit être interdit de participer à la communion. Le , quatre nouveaux syndics sont élus, tous hostiles à Calvin. Les deux reproches les plus fréquents sont le mélange permanent du spirituel et du pouvoir temporel, et le fait que ce soit un étranger qui décide de bannir de la ville des Genevois. Mais en aucun cas, cette hostilité à Calvin est une défiance vis-à-vis de la Réforme. En , le Conseil somme Calvin de ne plus s'occuper d'affaires civiles. Le ton montant, il est emprisonné un mois plus tard. Lors de cette escalade, Calvin n'est pas seul et est pleinement en phase avec Guillaume Farel.

Finalement, pour avoir bravé plusieurs interdits, Calvin et Farel sont bannis de Genève en . Il se retire alors à Strasbourg, où, dès son arrivée, il propage les nouvelles doctrines.

Organisation des pouvoirsModifier

Il « croyait aux textes et aux institutions. Celles de Genève furent formulées [en 1541] par les ordonnances ecclésiastiques, promulguées par le conseil de la ville sur le modèle strasbourgeois »[2]. Calvin participe ainsi à la mise en place d'une république calviniste dans la ville. Ces ordonnances sont approuvées en Conseil général le [3].

Ce gouvernement théocratique protestant n'est pas en pleine rupture avec le système de gouvernement et l'état d'esprit du christianisme médiéval (catholique) : il lutte contre ceux qui ne sont pas favorables à la Réforme, parfois même en les condamnant à l'exil ou à la peine de mort. C'est ainsi que Michel Servet fut condamné à mort et brûlé en place publique[4] (). Même si on a prétendu qu'il souhaite que la sentence prononcée par le Conseil de la ville soient exécutée autrement que par le bûcher, il reste la cause directe des condamnations à mort de ceux qui n'étaient coupables que de s'être opposé à sa doctrine sur la Trinité.

Calvin crée également le Consistoire, assemblée comprenant cinq pasteurs et douze délégués du Petit Conseil appelés anciens qui étaient des laïcs investis d'un ministère religieux. Cette assemblée a pour rôle de contrôler la ville quant à l'orthodoxie spirituelle ainsi que de punir les petits délits (réprimandes, amendes) et les grands délits (prison, exil et peine de mort). À partir de cette époque, il devient très influent dans la ville : aussi ses adversaires le surnomment-ils « le pape de Genève ». Il fait adopter par le Conseil ses articles de foi, ainsi que ses ordonnances sur la discipline ecclésiastique ; il réforme les mœurs aussi bien que les croyances.

La terreurModifier

Durant les seules cinq premières années de son « règne », treize personnes sont pendues, dix décapitées, et trente-cinq périssent sur le bûcher[réf. nécessaire]. Les plus connues des victimes de la répression suscitée par Calvin sont Jacques Gruet et Michel Servet.

Il y eut de nombreux conflits entre le Conseil et le Consistoire, notamment au sujet de l'excommunication. Calvin pensait en effet qu'on ne pouvait laisser impunis ceux qui se moquent de l'Église et de la loi de Dieu et que l'Église avait le droit de décider de les mettre à mort. Les magistrats quant à eux estimaient que c'était de leur ressort car la communion était le droit et le devoir de chacun. L'excommunication était à l'époque une très grande honte civile et religieuse et par conséquent associée à l'exercice d’un très grand pouvoir.

L'installation de la discipline très stricte de Calvin se fit avec de nombreux heurts et divisa rapidement le peuple en partis favorables ou opposés à Calvin. Si, en effet, Calvin ne faisait pas de politique directement, il était régulièrement sollicité par les magistrats pour la politique intérieure et extérieure. Son pouvoir indirect était très fort.

La guerre civileModifier

Les « libertins », groupe réunissant les citoyens opposés à la théocratie de Calvin, étaient au départ ses principaux partisans. Ils le soutenaient pour « libérer » Genève du joug de l'évêque mais jugèrent rapidement que la discipline qu'il tentait d'imposer aux citoyens était trop sévère. La tension monta peu à peu entre Calvin et les libertins au travers de conflits comme « l'affaire Gruet », jusqu'en 1553 où les « perrinistes »[a] gagnèrent les élections. C'est dans ce climat de tensions que survint l'affaire Michel Servet où les perrinistes soutinrent Servet sans pour autant trop se prononcer de peur d'être jugés hérétiques eux aussi. La montée en puissance de la résistance au nouvel ordre moral institué par Calvin s'exerça de 1543 à 1555. En effet, dès 1555, les « libertins » furent battus et leurs chefs exilés ou exécutés, il n'y eut dès lors plus d'opposition au régime de Calvin. La voie était donc libre pour la réforme des mœurs. C'est alors que le nouveau régime protestant se stabilisa définitivement et Genève prit le surnom de « Cité de Calvin ». Ce fut le triomphe du réformateur.

Développement des institutions pédagogiquesModifier

En 1559, Calvin fonda l'Académie de Genève, dont il confia le rectorat à Théodore de Bèze. Débuta alors une grande réforme scolaire qui impliquait le bénéfice d'une organisation pédagogique développée.

Postérité en Hollande, Angleterre et FranceModifier

La République de Genève a servi de modèle pour proclammer en 1581 la République des Provinces-Unies des Pays-Bas qui sera imitée en 1621 pour proclammer la Nouvelle République de La Rochelle[5], et en 1649 par Olivier Cromwell pour instaurer la République d'Angleterre, devenue le modèle pour instaurer en 1791 la République française.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Ce terme définit les opposants de Calvin menés par la famille Perrin.

RéférencesModifier

  1. a et b "Cottret"
  2. Pierre Miquel, Les Guerres de Religion, Fayard, 1980, p. 182-183.
  3. Sandra Coram-Mekkey (commissaire de l'exposition), « 1541-1556, retour de Calvin », Exposition 2009 : Calvin et l'éducation, sur ge.ch, Archives d'État de Genève, (consulté le 12 juin 2018).
  4. Cours de base : Leçon 3.
  5. Confession de la Rochelle ou Confession gallicane en 40 articles rédigée en 1559 Par Calvin et adoptée en Avril 1571 par le VIIe Synode de La Rochelle.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • V° Jean Calvin, Dictionnaire de biographie, Bouillet.

Articles connexesModifier