Répertoire d'ouvertures

Au jeu d'échecs, le répertoire d'ouvertures d'un joueur est la séquence de coups qu'il choisit d'étudier (à l'entraînement) et de jouer (en compétition).

Exemple : les matchs de championnats du monde entre Garry Kasparov et Anatoli KarpovModifier

L'évolution du répertoire avec les blancs d'Anatoli Karpov au cours des années 1970 et 1980 [1] est instructive. Dans les années 1970, Karpov jouait 8 fois sur 10 l'Ouverture du pion roi[2] avec les Blancs. En 1984, il n'a débuté que 8 fois sur 24 par 1. e2-e4 lors du premier match de Championnat du monde contre Garry Kasparov (match interrompu après 48 parties alors que Karpov menait 5 à 3) ; il a débuté 7 fois sur 12 par 1. e2-e4 lors du second match de Championnat du monde contre Kasparov (perdu par Karpov), et plus jamais lors des troisième, quatrième (match qui s'est conclu par un partage des points : 12 à 12) et dernier matchs de championnat du monde contre Kasparov. Il est intéressant de constater que Kasparov est au contraire passé progressivement de 1. d2-d4 à 1. e2-e4 contre Karpov[3] à partir de la 44e (!) partie du match-marathon de 1984. Pour maximiser leurs résultats, ces deux joueurs ont donc été amenés à abandonner certaines lignes de jeu après des années de travail.

Répertoire large ou étroit?Modifier

Le Champion du monde Bobby Fischer était remarquablement fidèle à un répertoire d'ouvertures très étroit[4]. Une telle spécialisation est très rare à haut niveau de nos jours, car il est par exemple facile de se préparer avec un logiciel contre Evgueny Svechnikov, et de repérer ainsi les failles de sa préparation (grâce à une base de données de ses parties comme celle de ChessBase). Dans How to Build Your Chess Opening Repertoire[5], Steve Giddins a écrit : « quelqu'un qui joue contre Svechnikov peut être certain à 99 % de la position qui sera sur l'échiquier au bout de 10 coups, voire plus ». L'intérêt pour Sveshnikov est qu'il a étudié durant de très nombreuses heures les thèmes de milieu de jeu et les finales typiques caractéristiques de l'ouverture[6], et qu'« il s'agit de la lacune principale des joueurs qui n'ont pas atteint le niveau de maître »[6].

Ordre des coups et transpositionsModifier

Le grand maître international Andrew Soltis, qui s'est spécialisé dans l'étude des transpositions aux échecs, a écrit un livre entier à ce sujet[7]. Par exemple, pour un joueur de bon niveau qui maîtrise l'ordre des coups de la défense moderne et les multiples transpositions qu'elle autorise, cette ouverture peut se révéler une arme de gros calibre. Un autre exemple est l'Ouverture du pion dame 1. d2-d4 : après 1. d4 Cf6 2. c4 e6, les Blancs ont le choix entre 3. Cc3, 3. Cf3 ou 3. g3, lequel rentre dans la partie catalane, qui est une « troisième voie » n'ayant rien à voir avec les deux autres (c'est souvent un gambit). Si les Blancs optent pour le coup 3. Cc3, ils seront en mesure de jouer des lignes agressives telles que 1. d4 Cf6 2. c4 e6 3. Cc3 c5 4. d5 exd5 5. cxd5 d6 6. e4 g6 7. f4 contre la défense Benoni[8], ou encore, après 3...d5 4. cxd5 exd5, la variante d'échange du gambit dame refusé avec Cge2, qui est particulièrement dangereuse pour les Noirs[9]. En revanche, après 3. Cf3 d5, la ligne de la variante d'échange du Gambit dame avec Cge2 n'est plus possible, et les Noirs peuvent aussi opter pour la très solide défense ouest-indienne, l'arme fétiche d'Anatoli Karpov par 3. Cf3 b6[10].

Le conseil de Mark Hebden aux amateursModifier

Ne pas faire comme lui ! (il a commencé en jouant des ouvertures marginales qu'il a dû abandonner lorsqu'il s'est mis à rencontrer de forts joueurs). Apprendre au contraire dès le début un peu de théorie[11].

Notes et référencesModifier

  1. Steve Giddins, How to Build Your Chess Opening Repertoire : A user-friendly guide to choosing and planning your openings (version française : Comment construire son répertoire d'ouvertures, éd. Olibris), Gambit Publications Ltd, 2003, ISBN 9 -781901-983890, p. 125-126.
  2. Jacques Le Monnier, Karpov vers les sommets : 8O parties de Karpov, éd. L'Impensé Radical, Paris, 1978, page III.
  3. Steve Giddins, How to Build Your Chess Opening Repertoire, pp. 57-60.
  4. Steve Giddins, How to Build Your Chess Opening Repertoire, p. 118.
  5. op. cité, p. 135.
  6. a et b Steve Giddins, op. cité, page 11.
  7. Transpo Tricks in Chess, Batsford, 2007, (ISBN 0-7134-9051-9).
  8. Mikhail Shereshevsky, The Soviet Chess Conveyor, éd. Semko, Sofia, 1994, page 70.
  9. Steve Giddins, op. cité, page 58.
  10. Steve Giddins, op. cité, page 126.
  11. Steve Giddins, op. cité, page 53.