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Régine Pernoud

archiviste et historienne française

BiographieModifier

Régine Pernoud est née le 17 juin 1909 à Château-Chinon, département de la Nièvre, dans la région Bourgogne-Franche-Comté. Elle est la quatrième d'une famille relativement modeste de six enfants. Son père était arpenteur-géomètre. Elle passe les dix-neuf premières années de sa vie à Marseille, rue Villa Paradis, dont elle reprendra le nom comme titre de sa seule œuvre au ton biographique (1992). Elle fréquentera l'école Notre-Dame de France.[1]

Elle est la sœur de Georges Pernoud (rédacteur en chef de Paris Match) qui épousera l'auteure Laurence Pernoud. Elle est également la tante de Georges Pernoud, présentateur de Thalassa.

Elle décède à Paris, le 29 avril 1998. Elle est inhumée au cimetière du Mesnil-Saint-Denis[2] (Yvelines).

Études supérieures et carrièreModifier

En 1929, âgée de 21 ans, Régine termine une licence en lettres à l'université d'Aix-en-Provence puis déménage à Paris où elle entre à l'École nationale des chartes d'où elle sort en 1933 avec un diplôme d'archiviste paléographe. En 1935, elle soutient sa thèse de doctorat en histoire médiévale à la Sorbonne[1]. Les thèmes de sa thèse, « Essai sur l’histoire du port de Marseille, des origines à la fin du XIIIe siècle » seront repris dans une publication subséquente (1949). Pendant les douze années suivantes, elle exerce divers métiers (préceptrice, répétitrice, agent de classement dans des fonds d'archives) en parallèle de ses travaux d'historienne[3].

En effet, elle n’avait pas pu entrer dans l’enseignement supérieur, car avant la guerre de 1939-1945, il y avait très peu de postes disponibles et d’autre part, les femmes, à mérite égal, avaient à l'époque moins de chances d'être recrutées. Elle devait transformer ce handicap en chance, et atteindre un large public grâce à ses ouvrages de vulgarisation.

Elle publie son premier livre, Lumière du Moyen Âge, en 1946.

En 1947, elle est nommée conservatrice du Musée des Beaux-Arts de Reims puis, en 1949, chargée du Musée de l'Histoire de France aux Archives nationales.

La lecture des ouvrages de l'historienne inspire à Michel Debré, alors sénateur d'Indre-et-Loire, l'idée d'une fondation Jeanne d'Arc. Le , il adresse un premier courrier en ce sens à Régine Pernoud, qui lui répond avec enthousiasme. En 1965, Roger Secrétain, maire d'Orléans, donne un accord de principe tandis qu'André Malraux, ministre d'État chargé des Affaires culturelles, devient président d'honneur du Centre d'études johanniques. À terme, le Centre Jeanne-d'Arc est inauguré à Orléans le , avant d'être rattaché à la Maison Jeanne-d'Arc. Régine Pernoud dirige l'institution jusqu'en 1985[4],[3].

Recherches et écritsModifier

Les biographes de Régine Pernoud dressent un portrait assez convergent de l'œuvre de cette médiéviste[1],[3],[5]. De leurs observations se dégagent trois traits importants. Premièrement, archiviste-paléographe, Pernoud appartient clairement à la classe des historiographes qui tirent des sources la matière première de l'historien, des informations significatives sur l'enchaînement des causes et des effets à travers le temps. À propos de ce souci de rigueur, un de ses biographes retiendra que Pernoud aimait à dire : « on cesse d'être historien lorsqu'on néglige ou que l'on tronque un document »[6]. Ses publications sur Jeanne d'Arc, les croisades et Aliénor d'Aquitaine illustrent cet héritage méthodologique.

Deuxièmement, Régine Pernoud s'est illustrée (et principalement fait connaître) par son travail de vulgarisation. Dans plusieurs de ses livres, elle s'adresse explicitement à un public plus large qu'elle veut intéresser au Moyen Âge et dont elle veut aussi réformer l'éducation déficiente. À propos de ses objectifs plus pédagogiques, elle écrit : « en tant qu'historienne, je me suis lancé un défi : transmettre dans un langage simple ce que j'avais découvert par des recherches difficiles »[7].

Mais c'est surtout par son caractère polémique que l'œuvre de Pernoud va se démarquer. Pernoud ne veut pas simplement rétablir les faits, elle a conscience de transmettre une information sur le Moyen Âge qui va à contre sens des idées reçues[1] :

« Régine Pernoud défend le Moyen Âge contre les préjugés et les clichés qui le dévalorisent. Son œuvre immense éclaire d'un jour favorable de nombreux aspects de la société et de la culture médiévales. »

Selon Philippe Contamine, la vision qui se dégage de Jeanne d'Arc dans les textes de Régine Pernoud demeure celle d'une personne « qui eut le malheur d'être entourée par des cyniques et des rusés, des médiocres et des pleutres. » De la sorte, « il ne faut pas [...] demander [à Pernoud] d'entrer dans la psychologie de Pierre Cauchon ou de Charles VII ou de rendre compte de la complexité du jeu politique. Les recherches de pure érudition n'étaient pas non plus son fait, même si elle se tenait parfaitement au courant. Pour Régine Pernoud, Jeanne d'Arc n'était pas seulement une héroïne française mais une sainte [...][8]. »

François Neveux en arrive aux mêmes conclusions :

« Régine Pernoud présente une vision traditionnelle de Jeanne, dans l'optique catholique. Elle accepte, sans guère de restrictions, les témoignages de la réhabilitation. Si elle concède que le second procès est politique, c'est du bout des lèvres, « pour autant que ce terme signifie : lié à des circonstances politiques précises », ce qui revient à priver l’expression de son sens. Cette phrase est extraite d’un livre polémique de Régine Pernoud : Jeanne devant les Cauchons (1970). L’auteur s'y attaque, avec une plume caustique, à tous ceux qui, selon elle, ont déformé l’histoire véritable de Jeanne. Le premier d’entre eux est Pierre Cauchon lui-même. Sont ensuite attaqués un certain nombre d’auteurs contemporains, historiens de métier ou de circonstance. Il faut bien reconnaître que cette attitude, de la part d’une femme désormais célèbre, a quelque peu stérilisé la recherche universitaire dans ce domaine. Gare à ceux qui osaient proférer une opinion divergente ! Tout n'est cependant pas négatif. On doit remercier Régine Pernoud pour le rôle qu’elle a joué dans la création du Centre Jeanne d'Arc d'Orléans, dont la direction a été confiée à d'éminents universitaires : Philippe Contamine, puis Françoise Michaud-Fréjaville[9]. »

Philippe Contamine lui rend hommage dans sa nécrologie, la qualifiant d'historienne « féconde et convaincue, douée d'une forte personnalité » observant qu'elle avait suscité, par ses conférences et ses écrits, des « vocations de médiévistes »[4], sans minimiser le fait qu'« elle n'était pas facile à manier, mais avait incontestablement à la fois du talent et de l’énergie. »

Outre ses recherches et publications sur de grandes figures féminines du Moyen Âge, Régine Pernoud a étudié la condition féminine elle-même, et mis en lumière le rôle du christianisme dans l'émancipation des femmes, ainsi que la progression notable de l'influence des femmes dans tous les aspects de la vie politique et sociale.

Principales publicationsModifier

  • Essai sur l'histoire du port de Marseille des origines à la fin du XIIIe siècle, thèse pour le doctorat présentée à la Faculté des lettres de l'université de Paris, 1935.
  • L'Unité française, Paris, PUF, 1944.
  • Lumière du Moyen Age. Paris, Grasset, 1946. Rééd., Paris, Grasset-Fasquelle, 1981. Livre de poche, 1983. Prix Fémina-Vacaresco.
  • Les Villes marchandes aux XIVe et XVe siècles, impérialisme et capitalisme au Moyen Âge, Paris, La Table ronde, 1948.
  • Les Statuts municipaux de Marseille. Édition critique du texte latin du XIIIe siècle. Collection des Mémoires et documents historiques publiés sous les auspices de S.A.S le prince de Monaco. Paris-Monaco, 1949; LXIX-289 pp.
  • Vie et mort de Jeanne d’Arc. Les témoignages du Procès de réhabilitation 1450-1456, Paris, Hachette, 1953; 300 pp. Ed. de poche, Paris, Livre de poche, 1955; rééd. Marabout, 1982.
  • Les grandes époques de l'art en Occident, Paris, Le Chêne, 1954.
  • Histoire du peuple français ; I. Des origines au Moyen Âge; Nouvelle Librairie de France, 1951 (Les autres tomes :II. De Jeanne d'Arc à Louis XIV; III. De la régence à 1848; IV. De 1848 à nos jours sont de trois autres auteurs).
  • Les Gaulois, Paris, Le Seuil, 1957, coll. "Microcosme, Le Temps qui court". Rééd. album, Paris, Le Seuil, 1979.
  • Les Croisés, Paris, Hachette, 1959, 318 pp. Rééd. Les Hommes de la croisade, Paris, Tallandier, 1979, puis Paris, Fayard-Tallandier, 1982.
  • Un Chef d'État, Saint Louis de France, Gabalda et Cie, 1960.
  • Histoire de la bourgeoisie en France. I. Des origines aux temps modernes. II. Les temps modernes, Paris, Le Seuil, 1960-1962; 472-688 pp. Rééd. 1976-1977. Éd de poche, Paris, Le Seuil, 1981, coll. "Points-Histoire".
  • Les Croisades. Paris, Julliard, 1960, coll. "Il y a toujours un reporter", dirigée par Georges Pernoud, 322 pp.
  • Croyants et incroyants d'aujourd'hui, Paris, Le Cerf, 1962.
  • Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins, Paris, Le Seuil, 1962; 334 pp. Rééd. Livre de Vie, 1975.
  • Notre-Dame de Paris, Paris, La Documentation française, 1963.
  • L'Histoire des rois mages : selon l'Évangile de saint Matthieu, Trianon, 1964.
  • Aliénor d’Aquitaine, Paris, Albin Michel, 1965; 295 pp. Éd. de poche, Paris, Livre de poche, 1983.
  • La Formation de la France, Paris, PUF, 1966.
  • Héloïse et Abélard, Paris, Albin Michel, 1970. 304 pp. Éd. de poche, Paris, Livre de poche, 1980.
  • 8 mai 1429. La libération d’Orléans, Paris, Gallimard, 1969, coll. "Trente journées qui ont fait la France", 340 pp.
  • L'histoire racontée à mes neveux, Paris, Stock, 1969 illustré par René Follet.
  • Jeanne devant les Cauchons. Paris, Le Seuil, 1970; 128 pp.
  • Beauté du Moyen Âge, Paris, Gautier-Languereau, 1971.
  • La Reine Blanche, Paris, Albin Michel, 1972, 368 pp. Éd. de poche, Paris, Livre de poche, 1984.
  • Les Templiers, Paris, PUF, 1974. Rééd. 1977. Éd. de poche, Paris, PUF, 1957, coll. "Que sais-je ?".
  • Pour en finir avec le Moyen Age, Paris, Le Seuil, 1977, 162 pp. Rééd. poche, Paris, Le Seuil, 1979, coll. "Points-Histoire".
  • Les Hommes de la Croisade, Paris, Tallandier, 1977.
  • La Femme au temps des cathédrales, Paris, Stock, 1980.
  • Sources de l'art roman (avec Madeleine Pernoud), Berg international, 1980, 220 pp.
  • Lumière du Moyen Âge, Paris, Grasset, 1981.
  • Jeanne d'Arc (avec Madeleine Pernoud), Paris, Le Seuil, 1981.
  • Christine de Pisan, Paris, Calmann-Lévy, 1982.
  • Le Tour de France médiéval : l'histoire buissonnière (avec Georges Pernoud), Paris, Stock, 1983, 452 pp.
  • La Plume et le parchemin, Paris, Denoël, 1983.
  • Le Moyen Âge raconté à mes neveux,1983, 216 pp.
  • La Femme au temps des croisades, Paris, Stock, 1983, 306 pp. Rééd., éd. de poche, Paris, Le Livre de poche, 1990.
  • Jeanne et Thérèse, Paris, Le Seuil, 1984.
  • Les Saints au Moyen Âge : la sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ?, Paris, Plon, 1984.
  • Saint Louis et le crépuscule de la féodalité, Paris, A. Michel, 1985, coll. "L'homme et l'événement".
  • Le Moyen Âge pour quoi faire ? (avec Raymond Delatouche et Jean Gimpel), Paris, Stock, 1986.
  • Jeanne d'Arc (avec Marie-Véronique Clin), Paris, Fayard, 1986.
  • Isambour : la reine captive, Paris, Stock, 1987.
  • Richard Cœur de Lion, Paris, Fayard, 1988. Réédition, Paris, Le Grand Livre du Mois, 1995.
  • Jeanne d'Arc et la guerre de Cent ans, Paris, Denoël, 1990.
  • La Vierge et les saints au Moyen Âge, Paris, C. de Bartillat, 1991, coll. "Esprits".
  • La spiritualité de Jeanne d'Arc, Mame, 1992.
  • Villa Paradis : souvenirs, Paris, Stock, , 331 p. (ISBN 2-234-02480-3)
  • Hildegarde de Bingen : conscience inspirée du XIIe siècle, Paris, Le Grand livre du mois, 1994
  • J'ai nom Jeanne la Pucelle, Paris, Gallimard, 1994 coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 198), (traduit en japonais).
  • Réhabilitation de Jeanne d'Arc, reconquête de la France, Paaris, Rocher-J.-P. Bertrand, 1995.
  • Les Templiers, chevaliers du Christ, Paris, Gallimard, 1995, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 260), (traduit en japonais et en roumain).
  • Celui par qui la Gaule devint chrétienne, Paris, Gallimard jeunesse, 1996.
  • Jardins de monastères, Arles, Actes Sud, 1996.
  • Martin de Tours, Paris, Bayard-Centurion, 1996.
  • Saint Jérôme : père de la Bible (avec Madeleine Pernoud), Paris, Le Rocher, 1996.
  • Jeanne d'Arc, Napoléon : le paradoxe du biographe, Paris, Le Rocher, 1997.
  • Histoire et lumière, Paris, Le Cerf, 1998.
  • Visages de femmes au Moyen Âge, Zodiaque, 1998.

DistinctionsModifier

  • 1946: Prix Fémina-Vacaresco pour son livre Lumière du Moyen Age
  • 1978 : Grand prix de la Ville de Paris
  • 1997 : Récompensée par l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre
  • Officier de la Légion d'honneur

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Benoit, Jean-Louis, « Défendre le Moyen-âge: Les combats de Régine Pernoud. », HAL archives-ouvertes.fr,‎ (lire en ligne)
  2. Cimetières de France et d'ailleurs.
  3. a b et c Clin, Marie-Véronique, « «Pernoud Régine – (1909-1998)» », Universalis éducation [en ligne]. Encyclopaedia Universalis,‎ (lire en ligne)
  4. a et b Contamine 2000, p. 655.
  5. Babelon, Jean-Pierre (2009). « Régine Pernoud, Château-Chinon, 17 juin 1909 – Paris, 22 avril 1998 » Archives de France Célébration nationale 2009. [1]
  6. Pernoud, R. (1979). Pour en finir avec le Moyen Âge. Paris Seuil, Point Histoire, p. 148.
  7. Pernoud R. (1998) Histoire et lumière. Éd. du Cerf, Collection Paroles pour vivre, p. 19.
  8. Contamine, Bouzy et Hélary 2012, p. 915.
  9. François Neveux (dir.), De l'hérétique à la sainte. Les procès de Jeanne d'Arc revisités : actes du colloque international de Cerisy, 1er-4 octobre 2009, Caen, Presses universitaires de Caen, coll. « Symposia », , 343 p. (ISBN 978-2-84133-421-6, présentation en ligne, lire en ligne), p. 7-22.

AnnexesModifier