Rébellion naxalite

Rébellion naxalite
Description de cette image, également commentée ci-après
Le « corridor rouge », zone d'action de la rébellion naxalite, en 2007.
Informations générales
Date - en cours
(54 ans, 2 mois et 5 jours)
Lieu Drapeau de l'Inde Inde
Issue En cours
Belligérants
Drapeau de l'Inde Inde
Salwa Judum
South Asian Communist Banner.svg Naxalites
Commandants
Flag of India.svg Ram Nath Kovind, Président
Flag of India.svg Narendra Modi, Premier ministre
Flag of India.svg Gen. V K Singh, Chef des forces armées
Flag of India.svg ACM P V Naik, Chef des forces aériennes
Flag of India.svg Vikram Srivastava, Dir. Gen. CPRF
South Asian Communist Banner.svg Muppala Lakshmana Rao
South Asian Communist Banner.svg Kishenji
Forces en présence
1 414 000
1 800 000 en réserve[1]
~10 000 - 20 000 (2009)[2]
Pertes
Depuis 1997 : 2 277 à 3 440 tués[3],[4],[5],[6]Depuis 1997 : 3 402 à 4 041 tués[3],[4],[5],[7],[6]
Depuis 1997 : 6 035 à 8 051 civils tués[3],[4],[5],[6]

Total:
De 1996 à février 2018 : de 12 877 à 14 369 morts au moins[3],[4],[5],[6]

Batailles

RanipotiliBalimelaRajnandgaonGreen HuntSildaDantewada

La rébellion naxalite est une insurrection de maoïstes en Inde contre le gouvernement [8]. Elle est un conflit dit de basse intensité[9] et est décrite par le gouvernement indien comme constituant la plus grande menace pour la sécurité du pays[10].

Contexte de l'insurrectionModifier

En , la rupture sino-soviétique entraîne une scission maoïste au sein du Communist Party of India : le Communist Party of India - Marxist (CPI-M). Kanu Sanyal, Charu Majumdar et Jangal Santhal du CPI-M organisent dans la deuxième moitié des années 1960 une campagne de propagande prônant la « guerre populaire » autour de Naxalbari dans le district de district de Darjeeling.

D'après la journaliste Naïké Desquesnes et l'anthropologue Nicolas Jaoul les causes sociales du conflit sont généralement « ignorées par les médias indiens au profit d’une approche souvent réduite au bilan des victimes et à un assemblage de termes anxiogènes issus de la sémantique officielle ("zones infestées", "éradication", "menace maoïste", etc.)[11]. »

DéroulementModifier

1967 à 1999Modifier

Une révolte paysanne y éclate au printemps 1967 et se répand dans plusieurs États indiens[12]. En 1969 apparaît le Communist Party of India - Marxist-Leninist (CPI-ML), plus investi dans la rébellion que le CPI-M. Des petits foyers de guérilla se forment à la fin des années 1960 mais manquent d'effectif, d'armes et de soutien populaire. En , le CPI-ML étend ses activités aux villes (incendies, assassinats…) tandis que ses rivalités avec le CPI-M tournent en affrontements sanglants. La répression et les conflits entre les groupes naxalites font décroître la violence durant les années 1970. En 1977, le CPI-ML abandonne la violence[13]. Les combats font leurs premiers morts en 1980[8].

2000Modifier

Dans les années 2000, des négociations de paix avec le gouvernement de l'État d'Andhra Pradesh eurent lieu[8].

2004Modifier

En 2004, l'organisation des rebelles maoïste People’s War Group et la People’s Liberation Guerrilla Army du Maoist Communist Centre fusionnent pour former le Parti communiste d'Inde (maoïste)[8].

2006Modifier

En 2006, le Premier ministre Manmohan Singh déclare que la rébellion naxalite est « le plus grand défi sécuritaire interne que notre pays ait jamais rencontré »[8].

En 2006, plus de 40 000 personnes ont été déplacées[14]. Des enfants soldats sont utilisés par toutes les parties engagées dans le conflit[15]. Les territoires touchés par le conflit s'étendent de la frontière du Népal au Karnataka dans le Sud (2006)[9]. Au Bengale-Occidental, des régions à l'Ouest d'Howrah sont touchées par l'insurrection[16]. Un mouvement paramilitaire anti-naxalite, le Salwa Judum, s'est formé pour ramener la région sous le contrôle de l'État[9]. Il existe une corrélation entre les ressources de charbon d’une zone et l'impact de l'insurrection[17], les Naxalites menant des enquêtes socio-économiques avant de commencer des opérations dans une zone[9].

2007Modifier

En 2007, Chhattisgarh est le centre du conflit[18].

Le , cinquante-cinq policiers et supplétifs sont tués lors d'un assaut contre leur caserne dans l’État du Chhattisgarh[19].

2009Modifier

Début 2009, le conflit a fait environ 6 000 morts.

Le gouvernement engage l'operation Green Hunt en 2009 contre les rebelles. Celle-ci a été, au moins à ses débuts, très meurtrière pour la population civile. Une quarantaine de villageois seraient tués chaque semaine par des milices pro-gouvernementales, ce qui conduit le gouvernement à dissoudre certaines d'entre elles[20].

Le , au moins 23 policiers indiens sont tués par la rébellion maoïste dans le Chhattisgarh[21]. Un millier d'attaques des maoïstes ont été recensées dans la seule année 2009, faisant 600 morts.

2010Modifier

Des rebelles maoïstes sont actifs dans plusieurs États membres, en particulier au Chhattisgarh, au Jharkhand et au Bihar[22] (recensement officiel 2010 : 195 districts concernés). Les Naxalites affirment représenter les Adivasis[23].

Le , au moins 11 policiers et 24 civils sont tués dans un attentat de la rébellion naxalite contre un bus dans le district de Dantewada (État du Chhattisgarh). Un déraillement suivi d'une collision d'un train, attribué à un groupe de la rébellion naxalite par le gouvernement indien, au Bengale Occidental fait 148 morts le . Le groupe maoïste supposé responsable de l'attentat annonce condamner la « terrible tragédie » et mener une enquête dans ses rangs afin de déterminer « si des camarades sont impliqués »[24].

2016Modifier

Le , les forces de sécurités indiennes ont abattu au moins 21 rebelles maoïstes[25].

2017Modifier

Le , une embuscade tendue par des maoïstes a coûté la vie à 26 paramilitaires[26].

OrganisationModifier

Les rebelles sont organisés dans de petites unités itinérantes composées d'une douzaine de combattants. Dans la plupart des villages ou hameaux des régions où ils sont implantés, une milice d'une dizaine de civils est constituée afin de les renseigner. Selon le journal La Croix, les naxalites bénéficient d'un très fort soutien auprès de la population locale. Les unités peuvent momentanément se rassembler pour bénéficier de « cinémas mobiles », « d'imprimeries mobiles », ou encore « d’hôpitaux mobiles » répartis entre elle mais doivent se séparer de nuit et s'enfoncer dans la jungle pour des raisons de sécurité[27].

Les journées commencent à cinq heures du matin pour permettre les déplacements de l'unité, d'une durée habituelle de trois heures, avant que la chaleur ne devienne trop accablante. Les marches reprennent ensuite autour de dix-huit heures mais sont néanmoins ralenties par le poids de l’équipement. Entre-temps, la journée est ponctuée par les entraînements militaires, l'éducation des guérilleros et des rencontres fréquentes avec les paysans. Ces derniers exposent leurs problèmes et discutent des projets de développement, puits et « kolkhozes », construits par les « administrations » maoïstes[27].

Les rebelles lèvent pour se financer un « impôt révolutionnaire » auprès des entreprises et des commerçants. Selon les estimations, en 2007, la guérilla est forte de dix mille à vingt mille combattants, auxquels s’ajoutent quarante mille militants assurant la logistique. Une partie de leur armement provient d'ateliers clandestins, tandis que nombre d’armes sont prises aux soldats tués[19].

RéférencesModifier

  1. http://www.csis.org/files/media/csis/pubs/060626_asia_balance_powers.pdf
  2. (en) « Breaking News, World News and Video from Al Jazeera », sur aljazeera.net (consulté le 26 octobre 2020).
  3. a b c et d « Armed Conflicts Report. India - Maoist Insurgency (1980 – first combat deaths) », sur Ploughshares, (consulté le 30 septembre 2017)
  4. a b c et d « Fatalities in Left-wing Extremism : 1999-2016* (MHA) », sur satp.org, (consulté le 30 septembre 2017)
  5. a b c et d « Fatalities in Left-wing Extremism : 2017 », sur satp.org, (consulté le 30 septembre 2017)
  6. a b c et d « Fatalities in Left-wing Extremism: 2018 » [archive du ], sur South Asian Terrorism Portal, (consulté le 10 janvier 2018)
  7. « Fatalities in Left-wing Extremism: 2017 » [archive du ], sur South Asian Terrorism Portal, (consulté le 2 janvier 2018)
  8. a b c d et e http://www.ploughshares.ca/libraries/ACRText/ACR-IndiaAP.html
  9. a b c et d (en) « A spectre haunting India », sur economist.com, The Economist, (consulté le 26 octobre 2020).
  10. « 58% in AP say Naxalism is good, finds TOI poll - Times of India », The Times of India,‎ (lire en ligne)
  11. Naïké Desquesnes et Nicolas Jaoul, « Les intellectuels, le défi maoïste et la répression en Inde », sur Le Monde diplomatique,
  12. Kerala, Uttar Pradesh, Andhra Pradesh, Bihar, Orissa, Maharashtra, Tamil Nadu, Penjab, AssamJammu-et-Cachemire
  13. Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, Mondes rebelles : L'encyclopédie des acteurs, conflits & violences politiques, Paris, Éditions Michalon, , 1677 p. (ISBN 2841861422), p. 307-308
  14. http://www.alertnet.org/db/crisisprofiles/IN_MAO.htm
  15. http://naxaliterage.com/
  16. http://www.satp.org/satporgtp/countries/india/images/westbengal_naxal.htm
  17. http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/HH09Df01.html
  18. http://www.achrweb.org/ncm/ncm.htm
  19. a et b Cédric Gouverneur, « En Inde, expansion de la guérilla naxalite », sur Le Monde diplomatique,
  20. « Guerre cachée au chœur de l'Inde. Feu sur les adivasis ! », Courrier international,‎ (lire en ligne, consulté le 6 mai 2017)
  21. http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/8146561.stm
  22. http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/7151552.stm
  23. (en) A K Diwanji in Mumbai, « Primer : Who are the Naxalites? », sur rediff.com, (consulté le 26 octobre 2020).
  24. Naïké Desquesnes, « Les naxalites en mauvaise posture », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  25. « Inde: au moins 21 rebelles maoïstes tués par les forces de sécurité », sur L'Express,
  26. (en) « Chhattisgarh Maoists attack: 70% attackers were women - OneIndia | DailyHunt », DailyHunt,‎ (lire en ligne)
  27. a et b « Au centre de l'Inde, la guérilla maoïste s'installe », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier