Rébellion Simba

Rébellion Simba
Description de l'image Kongo 1964 map en.png.
Informations générales
Date -Voir et modifier les données sur Wikidata
Lieu République du Congo (aujourd'hui République démocratique du Congo)
Issue Défaite des rebelles
Le Congo reste un État unitaire
Belligérants
Drapeau de la république démocratique du Congo République du Congo Soutiens :
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de la Belgique Belgique
Socialist red flag.svg Rebelles Simbas Soutiens :
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Drapeau de Cuba Cuba
Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Commandants
Drapeau de la république démocratique du Congo Joseph-Désiré Mobutu
Drapeau de la république démocratique du CongoJoseph Kasa-Vubu
Drapeau de la république démocratique du Congo Moïse Tshombe
Socialist red flag.svg Pierre Mulele
Socialist red flag.svg Antoine Gizenga

Crise congolaise
Guerre froide

La rébellion Simba est une rébellion qui eut lieu, de 1961 à 1964, au Congo-Léopoldville (aujourd’hui la République démocratique du Congo), en réaction aux abus du gouvernement central congolais[1]. Menée par Antoine Gizenga et Pierre Mulele, elle est parfois appelée rébellion muleliste du nom de ce dernier[2]. Elle mit en place brièvement le gouvernement de la République populaire du Congo, basé à Stanleyville (aujourd’hui Kisangani) et qui a contrôlé l'est du pays. Moïse Tshombé met un terme à ce gouvernement de Stanleyville avec l’aide de parachutistes belges transporté et appuyé par l’aviation des États-Unis[3] et de troupes britanniques[réf. nécessaire] du 24 au [4],[5].

HistoireModifier

 
Gaston Soumaliot, ministre de la Défense des rebelles.

Les chefs des rebelles sont majoritairement marxistes. La plupart des combattants, par contre, sont des jeunes issus des tribus de la province du Kivu et de la province Orientale, majoritairement âgés entre 12 et 20 ans[6].

La grande majorité d'entre eux sont issus de culture traditionnelle avec des croyances animistes. L'armée de libération employait une puissante féticheuse, Mama Onema, qui opérait des scarifications sur leur visage où elle versait de la poudre provenant d'os broyés de lions et de gorilles, mélangés avec des fourmis noires écrasées et du chanvre. Ils ne devaient jamais se retourner ni se cacher, mais devaient courir droit sur l'ennemi en criant « Simba, Simba!, Mulele mai! »[7]. Le nom de « Simba » provient de la croyance de ces hommes que, selon leurs chamans, ils seraient immunisés contre les balles, grâce à l'absorption massive d'alcool et de drogues par certains d'entre eux, et qu'ils seraient ainsi transformés en « simbas » (« lion » en swahili) durant les combats, et que les balles tirées par leurs adversaires seraient transformées en inoffensives gouttes d'eau (voir aussi idéologie Maï Maï)[1].

L'insurrection commença en . Les Simbas réussirent à tenir à distance deux bataillons bien équipés de l'armée gouvernementale qui refusèrent de combattre. Les Simbas commencèrent alors à s'emparer de villes importantes. Au bout de plusieurs semaines, la moitié du Congo était sous leur domination ; certaines de leurs bandes perpétrant des massacres et se livrant à des tortures, viols, et exactions, tant parmi les Africains que parmi les Européens restés en place ou revenus après l’indépendance du pays. Selon certains témoignages, des rivières ont charrié un nombre incalculable de corps de suppliciés par ces bandes.

Stanleyville (renommée Kisangani), une grande ville, a été prise à la suite de la fuite des 1 500 hommes de la force gouvernementale, laissant derrière eux leurs armements (mortiers, et véhicules armés). L'attaque consista en une charge de quarante combattants Simbas, dirigée par les chamans. Aucun coup de feu ne fut tiré[1].

Le , la rébellion Simba installe son état-major à Stanleyville et forme un gouvernement nommé « République populaire du Congo », dont Christophe Gbenye est le président. Ce gouvernement sécessionniste, opposé au gouvernement de Léopoldville, est à l’époque reconnu par sept pays dont l’URSS et l’Égypte. Gaston Soumaliot en est le ministre de la Défense[8],[5].

Les chefs rebelles les plus importants avaient systématiquement recours à la terreur, torture et exécutions publiques des agents gouvernementaux, des prétendus traîtres, et des voleurs[6]. De nombreux otages de diverses nationalités, principalement belges, furent emprisonnés, menacés d'exécution ou exécutés dans les pires conditions, notamment des prêtres missionnaires comme les quinze prêtres du Sacré-Cœur de Saint-Quentin (avec l'évêque de Wamba, Mgr Wittebols), et seize religieuses comme la sœur de la Sainte Famille Marie-Clémentine Anuarite Nengapeta, des dominicaines, des Sœurs de la doctrine chrétienne, etc.

Fin de la rébellionModifier

 
Novembre 1964, Crise congolaise : parachutistes belges partant de Kamina pour secourir les otages de Stanleyville.
 
Soldat belge (Sergent Major Van Driessche) couché devant des cadavres d’otages, en novembre 1964 à Stanleyville.[9]

Après plus d'un mois d'occupation, le gouvernement belge fait exfiltrer par le service africain de la Sûreté de l'État belge un représentant des rebelles pour lui proposer de libérer les otages sous peine d'une intervention militaire. Celui-ci fut reçu par le ministre des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak, mais rien ne sortit de l'entrevue. Dès lors, les dés étaient jetés et Spaak put convaincre ses collègues du Conseil des ministres de lancer l'opération en liaison avec les États-Unis.

Le nom de code était opération Dragon rouge. Ce fut le 1er régiment para-commando qui exécuta l'opération en synchronisation avec une colonne terrestre progressant dans la brousse sous le nom de code de Ommegang (du nom d'un cortège folklorique bruxellois). Les troupes au sol provenaient en grande partie de la tribu des Lunda au Katanga[10]. Le matin du 24 novembre, 343 commandos sont parachutés depuis cinq appareils américains C-130 et prennent possession de l'aéroport puis font la jonction avec les troupes au sol et envahissent la ville[11].

Conformément à une pratique qui leur avait bien réussi depuis le début de la rébellion, les rebelles se droguaient avec du chanvre et se croyaient protégés par des rituels magiques pratiquées par Mama Onema[12], une puissante féticheuse, qui les avait convaincus que les balles tirées contre eux ne pouvaient pas faire plus mal que de l'eau, si bien qu'ils se lançaient contre les balles en criant Mai Mulele, mot swahili qui signifie « eau de Mulele »[13].

Quelque 2000 Européens ont été libérés et évacués à bord de 14 appareils C-130[11], mais il y eut tout de même vingt-quatre otages tués dont quinze prêtres du Sacré-Cœur de Saint-Quentin (Déhoniens) avec l'évêque de Wamba, Mgr Joseph Wittebols, et une novice des Sœurs de la Sainte-Famille.

RéférencesModifier

  1. a b et c (en) Werner Hilgemann, The Anchor Atlas of World History, vol. 2, New York, Garden City, , 268 p. (lire en ligne)
  2. Une page d'histoire. CONGO 24 NOVEMBRE 1965: C'ETAIT IL Y A 45 ANS
  3. (en) Richard L. Holm, « A Close Call in Africa : A Plane Crash, Rescue, and Recovery », sur Central Intelligence Agency.
  4. Philippe Lemarchand, L'Afrique et l'Europe: atlas du XXe siècle, Éditions Complexe, 1994. p. 243
  5. a et b Petit Futé, République démocratique du Congo, 2010. p. 181
  6. a et b Le cas des Maï Maï, Magie et Violences
  7. Reybrouck, p. 320-328.
  8. République française, Ministère des Affaires étrangères, Commission de publication des documents dilomatiques français, Documents diplomatiques français, 1964, tome II, PIE-Peter Lang, 2002. p. 285 et p. 516
  9. Cette photo doit être prise avec réserve car les otages ont été tués quelques instants avant l'arrivée des soldats belges; ceux-ci arrivés ont vite pris le contrôle de l'avenue. En outre le soldat en question a admis, 50 ans plus tard avoir posé pour un photographe de presse. Ceci est pressenti par la position très peu "tactique" du soldat, couché à vue de tous, visage tourné vers le photographe.
  10. Reybrouck, p. 371.
  11. a et b Reybrouck, p. 326.
  12. Reybrouck, p. 322.
  13. (en) « Rebels in Congo disdain bullets; 150 Die as Incantation Fails to Turn Lead to Water », The New York Times,‎ (lire en ligne)

SourcesModifier

Voir aussiModifier

Liens externesModifier