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Quatrième Internationale - Secrétariat unifié

Logo de la Quatrième Internationale

Le Secrétariat unifié est fondé en 1963 à la suite de la réunification des deux principaux courants trotskistes se réclamant de la Quatrième Internationale : le « Secrétariat international de la Quatrième Internationale » (SIQI) et une partie du « Comité international de la Quatrième Internationale » (CIQI). Le « Secrétariat unifié » est l'organisme dirigeant de la Quatrième Internationale de 1963 à 2003, date à laquelle il est remplacé par un « Bureau exécutif » et un « Comité international », lui permettant une meilleure marge de manœuvre. Le « Secrétariat unifié » est la plus grande des internationales trotskistes en termes de militants et de pays couverts.

Ses sections les plus importantes se trouvent en Suède (Socialistiska Partiet), aux Philippines (Parti révolutionnaire des travailleurs de Mindanao, Rebolusyonaryong Partido ng Manggagawa - Mindanao) et au Sri Lanka (Nava Sama Samaja Pakshaya). La Ligue communiste révolutionnaire (France) en faisait partie jusqu'à sa dissolution en 2009 dans le Nouveau Parti anticapitaliste.

Sommaire

Aperçu historiqueModifier

Le « Secrétariat international de la Quatrième Internationale » (QISI) était l'organisme dirigeant de la Quatrième Internationale, fondée en 1938 par Léon Trotsky[1]. En 1953, un nombre conséquent de dirigeants de l'Internationale, soutenus par la majorité des sections australiennes, anglaises, chinoises, françaises, néo-zélandaises, suisses et américaines (le Socialist Workers Party) s'organisent contre la tactique d'entrisme dans les Partis socialistes et communistes préconisée par Michel Pablo, un dirigeant central de l'Internationale. Ces désaccords entre ceux soutenant l'entrisme, et donc la tactique officielle de l'Internationale, et les autres reposent essentiellement sur la façon de construire des partis révolutionnaires, et comment y parvenir. Ces tensions récurrentes mènent finalement à la scission des sections rejetant l'entrisme, formant ainsi en novembre 1953 le « Comité international de la Quatrième Internationale » (QICI).

Au cours des dix années suivantes, la majorité des deux fractions ont développé des approches similaires sur une grande partie des problèmes internationaux : l'opposition au stalinisme pendant les insurrections polonaises et hongroises en 1956, le soutien de la révolution cubaine en 1959 et de l'indépendance pendant la guerre d'Algérie. Au même moment, de larges pans de la QISI renoncèrent à l'orientation de Pablo concernant les partis communistes. En 1960, des sections de la QISI et de la QICI se sont finalement réunifiées au Chili, en Inde et au Japon. En 1962, les convergences politiques entre les majorités des deux fractions sont assez fortes pour que la QISI et la QICI établissent une commission paritaire pour préparer un Congrès mondial commun. Un congrès qui a pour but de réunifier la Quatrième Internationale.

Quelques groupes des deux côtés ne soutiennent pas ce mouvement vers la réunification. Dans les rangs de la QISI l'on retrouve essentiellement Juan Posadas, dirigeant du secrétariat latino-américain. Pour lui et son groupe, les révolutions anticolonialistes doivent être une priorité pour l'Internationale, alors que la majorité de la QISI pense au contraire qu'il faut intensifier les activités en Europe.

Les mêmes problèmes se produisent dans la QICI. En 1961 des tensions apparaissent, le Parti communiste internationaliste (PCI) en France et la Socialist Labour League (SLL) en Grande-Bretagne soutiennent qu'un État ouvrier ne s'est pas créé à Cuba, les mettant ainsi en opposition directe avec le SWP américain et d'autres sections de la QICI. En 1963, ces tensions provoquent une scission organisationnelle. D'un côté les sections australiennes, chinoises, néo-zélandaises et le SWP américain tiennent un congrès et votent pour prendre part au congrès de réunification. De l'autre, Pierre Lambert du PCI et Gerry Healy du SLL appellent à une « Conférence Internationale des Trotskistes » afin de continuer le travail de la QICI de façon autonome.

Septième Congrès mondial : la réunificationModifier

En juin 1963 à Rome s'est tenu le Congrès de réunification, le septième, qui représente une grande majorité des trotskistes du monde. Parmi la QISI et la QICI, seuls le PCI, le SLL et les défenseurs de Posadas refusent d'y participer. Le congrès décide - entre autres - d'élire une nouvelle équipe dirigeante incluant Ernest Mandel, Pierre Frank, Livio Maitan et Joseph Hansen.

Le congrès adopte également une résolution stratégique rédigée par Mandel et Hansen, « Les dynamiques de la Révolution mondiale aujourd'hui »[2], qui deviendra un document de référence pour le Secrétariat unifié dans la décennie suivante. Ce texte explique que « les trois principales formes de révolutions dans le monde - la révolution anticolonialiste, la révolution politique dans les États ouvriers dégénérés et la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes - forment une unité dialectique. Chaque forme influence les autres et reçoit en retour de puissantes impulsions ou freins sur son propre développement. » Réfléchissant sur la révolution cubaine, qui s'est produite sans parti révolutionnaire, il conclut que « la faiblesse de l'ennemi dans les pays en voie de développement a permis d'arriver au pouvoir avec une arme émoussée. » Ce point de vue sera renforcé l'année suivante à travers une résolution du Secrétariat unifié intitulée « La nature du gouvernement algérien »[3].

Le Congrès de réunification adopte aussi une résolution sur « Le conflit sino-soviétique et la situation en URSS et les autres États ouvriers ». La résolution remarque le pouvoir déclinant du Kremlin aussi bien à l'intérieur des Partis communistes que dans les mouvements anti-impérialistes comme ceux de Cuba ou d'Algérie. Elle explique par ailleurs que la « déstalinisation » n'est qu'une libéralisation de façade du système soviétique, permettant à la bureaucratie de se maintenir. La rupture entre la Chine populaire et l'URSS reflète « les différents besoins des bureaucraties dirigées par les puissances en présence (...). La recherche d'accords et par-dessus tout d'un accord global avec l'impérialisme de la part de la bureaucratie soviétique entre en contradiction avec la recherche par les dirigeants chinois de plus d'aide et de meilleures défenses contre la forte pression de l'impérialisme. » La tendance menée par Pablo tire au contraire des conclusions beaucoup plus optimistes sur la déstalinisation. Elle présente ainsi une contre-résolution, qui ne gagne l'appui que d'une petite minorité. Cette tendance mineure quittera l'Internationale un an plus tard, sur le motif que Pablo aurait été intentionnellement évincé.

L'Internationale aujourd'huiModifier

Aujourd'hui, l'Internationale est considérée par la plupart des autres groupes trotskistes comme la plus grande et la plus développée des internationales trotskistes, avec des sections et des groupes sympathisants dans plus de 60 pays. Bien que d'autres groupements trotskistes internationaux existent (voir Quatrième Internationale), aucun ne prétend être plus grand que la Quatrième Internationale réunifiée (aucun ne publie de chiffres vérifiables de ses membres)[réf. nécessaire].

Opportunisme et scissionsModifier

D'autres groupes se réclamant du trotskisme jugent l'Internationale « opportuniste ». Une des raisons principales à cette critique est la participation en 40 ans de deux sections, par la suite exclues de l'Internationale pour cela, dans des gouvernements qui incluent des partis capitalistes bourgeois. Ce sont les gouvernements dirigés par le Parti des travailleurs de Lula au Brésil et la coalition de 1964 au Sri Lanka entre le Sri Lanka Freedom Party (SLFP) et le Lanka Sama Samaja Party (LSSP, section de l'Internationale).

Au Brésil, l'Internationale doutait fortement sur la décision d'un dirigeant de sa section brésilienne de participer dans le gouvernement de Lula, expliquant peu après qu'il « existait d'emblée des évaluations diverses, dans l’Internationale comme parmi vous. Mais, une fois la décision de participation prise par Democracia Socialista (DS), sans masquer nos réserves et nos doutes, nous avons respecté son choix et cherché à aider plutôt qu’à mettre des bâtons dans les roues. Ainsi, nous nous sommes efforcés de convaincre les camarades de nos propres sections, que la question de la participation gouvernementale devait être logiquement subordonnée à l’appréciation des orientations gouvernementales. Malheureusement, il n’y avait guère de suspens en la matière. En tout cas, il n’a guère duré : la nomination de Meirelles et de Palocci, et les premières mesures ont très vite annoncé la couleur»[4].

Avec le temps, l'Internationale devient encore plus critique sur le rôle de sa section dans le gouvernement brésilien : « Les secteurs [de la gauche au sein du PT] tentent de mobiliser leurs bases en vue du prochain congrès du parti en décembre et comptent prendre activement part à la campagne électorale du PT en 2006. Mais le prix à payer pour rester au PT dans ces conditions est lourd : soutenir le gouvernement, appartenir au même parti que des dirigeants accusés de corruption, être solidaire d’une des politiques néolibérales les plus conséquentes d’Amérique latine. [...] Comment, alors, se revendiquer de positions anticapitalistes et soutenir Lula… alors qu’il y aura une candidate Heloísa Helena (ndt : membre du PsoL, faisant partie du courant de la nouvelle section de la Quatrième Internationale au Brésil) qui défendra une série de positions radicales contre le capitalisme libéral ? Comment appuyer Lula contre Heloísa pour des centaines de militants de la DS ? »[5]. Depuis 2005, tous les liens avec l'Internationale ont été rompu par Democracia Socialista, qui n'est plus dès lors considérée comme sa section brésilienne. Une partie de Democracia Socialista, opposée à la participation dans le gouvernement, a fait scission et participe au Parti du socialisme et de la liberté (PSoL) en tant que courant et section reconnue de la Quatrième Internationale.

En 1964 la direction du LSSP abandonne son rôle d'opposition de longue date pour rejoindre la coalition du Sri Lanka Freedom Party (SLFP), complétant ainsi son renversement politique. Depuis 1960 l'Internationale condamne fortement le LSSP pour son soutien politique au SFLP. En 1964, l'Internationale est opposée à l'entrée du LSSP dans un gouvernement de coalition, Pierre Frank explique cette position du Secrétariat unifié à la conférence du LSSP en juin 1964. L'Internationale coupe toute relation avec le LSSP par la suite. Une scission a lieu dans ce parti comportant un quart des militants et menée par Bala Tampoe, un dirigeant syndicaliste, et 14 membres du comité central du LSSP, tous opposés à la participation gouvernementale. Tampoe et les autres dissidents créent le Lanka Sama Samaja Party (Revolutionary) (LSSP-R), qui devient la nouvelle section de l'Internationale au Sri Lanka; en 1977 le LSSP-R devient Nava Sama Samaja Pakshaya.

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale », sur www.europe-politique.eu (consulté le 3 juin 2018)
  2. http://www.marxists.org/history/etol/document/fi/1963-1985/usfi/7thWC/usfi01.htm
  3. http://www.themilitant.com/2001/6524/652469.html, rédigée par Joseph Hansen
  4. http://www.inprecor.org/504/CI_Lettre_BensaLL.htm « Lettre de l'Internationale aux militants de Democracia Socialista »
  5. http://www.inprecor.org/510/Bresil_Intro.htm « Crise et renaissance de la gauche »

Articles connexesModifier

Liens externesModifier