Psychologie politique

La psychologie politique étudie les liens entre les attitudes, pratiques politiques collectives et individuelles et le psychisme humain.

Psychologie politique
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Repères historiquesModifier

Dès l'antiquité, une importance a été attachée au lien entre la psychologie humaine et la pratique politique. C'est le cas par exemple avec l'étude par Aristote de la magnanimité, vertu essentielle des gouvernants selon lui. Après cette approche des qualités des gouvernants, on se rapprocha de l'étude de celles des peuples, par exemple avec Montesquieu, qui affirme que c'est en république que la vertu est la plus nécessaire: la vertu est le fondement du gouvernement républicain[1], comme la peur est celui du gouvernement despotique. Cette évidence conduisit la Philosophie des Lumières à souligner l'importance de l'instruction du peuple. Enfin, tout au long du XIXe siècle, et à commencer par l'étude d'Alexis de Tocqueville De la démocratie en Amérique, sur la forme que pourrait prendre insidieusement le tyrannie dans une démocratie, les liens entre le psychologique et le politique se trouvent fortement impliquées dans la formation de diverses « écoles de pensée » dont la psychologie politique contemporaine est l’héritière.

Toutefois, c’est à la fin des années cinquante que se détachent plusieurs domaines qui formeront plus tard l'arrière-fond des études de psychologie politique. Parmi ceux-ci, la dynamique des groupes et les études sur les sources du pouvoir; la psychologie de l’autoritarisme (avec les études sur la personnalité autoritaire de Theodor Adorno et l'expérience de Milgram), l’influence sociale et la persuasion, le leadership dans les organisations, la personnalité des hommes politiques et les déterminismes socioculturels, les communications de masse et les processus électoraux (étudiés en particulier par Seymour Martin Lipset). Ces analyses ont récemment été complétées par les travaux de Christopher Lasch et de Richard Sennett.

Une construction interdisciplinaireModifier

[réf. souhaitée] Aucune définition canonique ne semble convenir à cette approche tant les sources d’inspiration, remontant à l’invention de la politique, et les doctrines interprétatives, ancrées dans les sciences humaines, ont trouvé des niches d’implantation dans les nouveaux champs disciplinaires ouverts à la fin du XIXe siècle. Pourtant, la psychologie politique n’est pas seulement une branche de la psychologie, ni de la sociologie ni de la politologie ou science politique, elle reste un carrefour des connaissances en quête d’un paradigme fédérateur et d’une place indépendante au cœur des sciences sociales et des sciences politiques. Son mérite premier est la tentative d’articuler plusieurs approches: l’histoire des civilisations, les questions de philosophie politique, la sociologie compréhensive, le ré-examen de la psychologie sociale collective, l’anthropologie socioculturelle, l’économie politique critique. Quant au fil conducteur méthodologique c’est une posture a-dogmatique dans la diversité et l’unité de l’humain. D’autant que les chantiers de recherche rappellent une vision élargie dans le temps et dans l’espace.

Les psychologies politiques dans le mondeModifier

La Société internationale de psychologie politique est créée en , aux États-Unis, ainsi qu'une revue Political Psychology en 1979, et un congrès annuel .

Les traces de la psychologie politique en FranceModifier

En France la poussée est restée paradoxale. Après une longue absence, l’essentiel des contributions en psychologie politique se situent à l’ombre des courants universitaires dominants, notamment de la psychologie sociale et des sciences politiques. La fondation de l'Association française de psychologie politique (AFPP) à l'Université de Caen le est une première tentative pour élargir la perspective et rendre possible la construction des passerelles avec d’autres disciplines concernées. La publication depuis 2002 de la revue Les C@hiers de psychologie politique (en ligne) est l’effort d’un groupe d’universitaires pour maintenir le dialogue et la proposition d’une vision partagée sur la question politique même si le cloisonnement institutionnel entre les disciplines rend l’articulation difficile et lente.

Un versant controversé : la psychologie des dirigeants politiques (exemples)Modifier

Si le recours à la psychologie pour comprendre les déviances et l'usage de la violence est une approche actuellement préconisée (par exemple : Pierre Legendre), un aspect controversé de la psychologie appliquée à la politique est l'étude des caractéristiques psychologiques des gouvernants. En effet, sans relation suivie avec le patient ou sans l'usage de tests psychotechniques reconnus, la démarche est déontologiquement contestable et risque d'être vaine.

Alice Miller, dans C'est pour ton bien, racines de la violence dans la psychologie de l'enfant (1985), pense pouvoir établir un lien entre les attitudes politiques d'Adolphe Hitler et les maltraitances qu'il aurait subies durant l'enfance. De même ont suscité des interrogations, en 2017 et 2018, les travaux sur le psychisme d'un dirigeant comme Donald Trump[2],[3].

La critique psycho-politique de la psychologieModifier

Une présentation du champ de la psychologie politique serait néanmoins réductrice si on la limitait à la mise en perspective en sens unique de la politique, et si on ne l'ouvrait pas au mouvement critique inverse, à savoir l'examen politique et critique de la psychologie. On reconnaîtra ici par exemple la dénonciation humaniste et politique de l'usage de la psychiatrie punitive en URSS, mais aussi les champs ouverts, à gauche, dans les années 1960 et 1970 par Michel Foucault, Félix Guattarri, l'antipsychiatrie et un mouvement comme le MLF avec sa tendance Psychépo (Antoinette Fouques), ou bien encore par Jean Oury, et jusque dans les implications éducatives et sociétales de la psychologie par Fernand Oury. Cette critique politique de la psychologie fut faite au nom d'une autre manière de penser la politique, la psychologie et le psychique, allant jusqu'à la remise en cause de la notion de sujet, par exemple chez Michel Foucault ou Judith Butler[4]. Cette remise en cause des normes du psychisme (ou, dans ce cadre, des prétendues normes) est une ligne de pensée où l'on trouve Gayle Rubin, Monique Wittig, et la question du genre, apparu non plus naturel ou psychique, mais aussi construit et politique. De telles approches radicales sont parfois résumées dans l'expression de French Theory. Mérite aussi d'être citée la critique de la soumission de l'humain à l'objet chez Marx (fétichisme de la marchandise), reprise par Georg Lukács, prolongée par le situationnisme, Guy Debord et par Jean Baudrillard, lesquels montrent le rapport dialectique entre pensée et réalité, sur fond d'aliénation, de société de consommation et de politique spectacle. Pour ces auteurs, comme pour Joseph Gabel, c'est la situation matérielle (notamment les rapports humains déterminés par l'économie) qui définit le type de fonctionnement de la conscience, laquelle, aujourd'hui hantée par la puissance de l'objet, n'arrive plus à se comprendre elle-même ni à comprendre le fonctionnement réel du monde, car elle est, en référentiel marchand, une fausse conscience. On notera aussi la position critique et politique de Georges Politzer dans Critique des fondements de la psychologie (1928), où il condamne aussi bien l'introspection que le behaviorisme.

De l’utilité de la psychologie politiqueModifier

Dans un premier temps la psychologie politique est perçue par ses initiateurs (notamment G. Le Bon) sous l’angle utilitaire de l’art de gouverner. Plus tard, les connaissances sur les phénomènes psychologiques (individuels) et les phénomènes politiques (collectifs) forment une base solide à la constitution d’une discipline à part entière. D’où sa place transversale dans les sciences humaines et sociales (SHS) et son besoin de réaffirmer ses options, à la fois épistémologiques et méthodologiques, dont l’analyse holiste des problèmes de la société contemporaine. Souhaitant avant tout participer à la construction du sens dans le cadre sociétal, elle rappelle, comme le dit Alexandre Dorna évoquant Blaise Pascal, que "la logique de la raison dérape sans la logique du cœur"[5]. Elle peut aider à comprendre comment des habitants peuvent politiquement réagir après des séquelles de guerre, et s'intéresse donc à la polémologie. C'est encore le lien entre psychologie, droit, philosophie et politique qui est en jeu dans des attitudes de réconciliation politique comme la Commission de vérité et de réconciliation initiée par Nelson Mandela et Desmond Tutu, et dans la mise en place de la justice transitionnelle.

Notes et référencesModifier

  1. Montesquieu, L’esprit des lois, Tome 1, Livre 4, chapitre 5
  2. (en) Rene J. Muller, The Four Domains of Mental Illness : An Alternative to the DSM-5, Routledge, , 358 p. (ISBN 978-1-138-30814-5, lire en ligne)
  3. (en) « Donald Trump's malignant narcissism is toxic: Psychologist », sur usatoday.com, (consulté le )
  4. Judith Butler, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, préface d'Eric Fassin, traduction de Cynthia Kraus, Paris, La Découverte, , 281 p. (ISBN 978-2-7071-5018-9)
  5. Alexandre Dorna, « La psychologie politique : le retour d'une discipline inattendue », Les cahiers de psychologie politique [En ligne], Université de Caen,‎ numéro 1, janvier 2002 (lire en ligne)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

En françaisModifier

  • Boutmy, Emile (1901). - Essai d'une psychologie politique du peuple anglais au XIXe siècle. Paris : A. Colin.
  • Barus-Michel J. Giust-Desprairies F. et Ridel L. (1996) : Crises: Une approche de psychologie sociale clinique. Desclée de Brouwer (Paris).
  • Barus-Michel J. (2007) : Le politique entre les pulsions et la loi. Eres. Paris.
  • Dorna A. et Ghiglione R. (l990) : Psychologies Politiques. Psychologie Française. T. 35-2. Paris.
  • Dorna A. et Sabucedo J.M. (2006) : Études et chantiers de psychologie politique ; L’Harmattan. Paris ;
  • Dorna A., Quellien J. Simonnet S. (2008) : La propagande : images, paroles et manipulation. L(Harmattan. Paris.
  • Enriquez E. (1991) : Les figures du maître. Arcantere. Paris.
  • Elster J. (1990): Psychologie politique. Minuit. Paris.
  • Le Bon G. ( 1911): La psychologie politique et la défense nationale. Amis de G. Le Bon. Paris
  • Montero M. (1990) : La psychologie politique latino-américaine: une discipline du social. Psych. Française. Vol.35,no 2. Paris.

Liens externesModifier