Protohistoire

période de l'histoire et science s'y rapportant
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La notion de protohistoire a des sens différents selon les auteurs, dont les deux principaux sont :

  • l'histoire des peuples sans écriture mais qui sont mentionnés dans les écrits d'historiens ou de chroniqueurs qui leur sont contemporains. En Europe, c'est le cas de nombreux peuples ou ethnies mentionnés par les auteurs antiques (Grecs et Romains) ;
  • selon une définition plus récente, la période de la Préhistoire où les humains vivent de la production agricole, quelles que soient leurs techniques d'outillage. Cette nouvelle définition élargit donc la protohistoire au Néolithique et aux âges des métaux (âge du bronze et âge du fer).

La protohistoire est aussi la science qui étudie respectivement l'une ou l'autre de ces périodes.

DéfinitionsModifier

Le terme « protohistoire » a été construit avec le mot grec proto, « premier », et le mot « histoire ».

Il apparaît à la fin du XIXe siècle sous l'influence de préhistoriens tels que Gabriel de Mortillet. Le Littré note que le terme est apparu dans le Journal officiel du [1].

Sa définition est fluctuante :

  • Fin XIXe siècle, le Dictionnaire de la langue française (plus connu sous l'appellation de Littré), définit l'adjectif « protohistorique » d'une manière très large : « qui appartient aux débuts de l'histoire[1] ».
  • Parraud (1963) et Graw (1981) la définissent comme la « période de l'histoire, intermédiaire entre la préhistoire et l'histoire, qui commence à l'âge des métaux et se termine avec l'apparition de l'écriture (3e au 1er millénaire avant J.-C.)[2]. » Le Néolithique en est donc exclu.
  • En 1999-2008, Marcel Otte (La Protohistoire)[3] et, en 2011-2017, Jean Guilaine (L'Héritage néolithique)[4], définissent la protohistoire comme la « période sans écriture caractérisée par une économie de production. Dans cette acception large, la protohistoire s'intercale entre le Mésolithique et l'Antiquité, ce qui correspond à la période incluant le Néolithique, l'âge du bronze et l'âge du fer (pour les populations sans écriture). »
  • En 2007, Le Petit Larousse définit la protohistoire comme « la période chronologique intermédiaire entre la préhistoire et l'histoire, et qui correspond à l'épanouissement de cultures connues indirectement par des textes qui leur sont extérieurs[5]. »
  • En 2012, le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) définit la protohistoire comme la « période de l'histoire, intermédiaire entre la préhistoire et l'histoire, qui commence à l'âge des métaux et se termine avec l'apparition de l'écriture (troisième au premier millénaire avant notre ère) (d'après Perraud 1963 et Graw. 1981)[2]. » Le CNRTL donne aussi une définition de la préhistoire : « Période de l'histoire de l'humanité comprenant l'ensemble des événements antérieurs à l'apparition de l'écriture et à l'emploi des métaux[6]. » De ce fait, la Préhistoire comprend le Paléolithique, le Mésolithique et le Néolithique.
    Par métonymie, le mot peut désigner la « science qui étudie le comportement des hommes et son évolution au cours de cette période », comme c'est le cas pour préhistoire[6].
  • En 2020, sur le site de l'Encyclopædia Universalis, Jacques Briard donne sa définition et précise bien que le terme est fluctuant : « La protohistoire est la science qui regroupe l'ensemble des connaissances sur les peuples sans écriture contemporains des premières civilisations historiques […][1]. »

Par métonymie, le mot peut désigner la « science qui étudie le comportement des hommes et son évolution au cours de cette période » comme c'est le cas pour préhistoire[6].

Premier sensModifier

Si l'Histoire commence avec l'écriture, celle-ci n'apparaît toutefois pas simultanément dans toutes les régions du monde. La notion de protohistoire a donc été introduite initialement pour nommer l'étape au cours de laquelle des peuples ne possèdent pas eux-mêmes l'écriture, mais sont mentionnés par des textes émanant d'autres peuples contemporains[5].

C'est le cas par exemple pour les Gaulois d'avant la conquête romaine, décrits par des auteurs antiques écrivant en grec ancien ou en latin[7],[8].

Second sensModifier

Des chercheurs modernes, tels que Marcel Otte (2008)[3] et Jean Guilaine (2011)[4], ont redéfini le terme de « protohistoire ». Pour eux, il s'agit de la période sans écriture caractérisée par une économie de production.

Dans cette acception large, la protohistoire s'intercale entre le Mésolithique et l'Antiquité, ce qui correspond à la période incluant le Néolithique, l'âge du bronze et l'âge du fer (pour les populations sans écriture).

Dans ce second sens, la protohistoire est caractérisée par une structuration croissante de la société (modification de l'habitat, agglomération, socialisation avancée, hiérarchisation, pouvoir administratif, économie avancée, monnaie (qui apparaît au IIIe siècle avant notre ère en Gaule), échanges commerciaux, etc.), et par une maîtrise progressive de la métallurgie au cours du Néolithique.

Elle s'intercale dès lors entre :

  • d'une part, la Préhistoire qui la précède et qui concerne les populations dont la subsistance est assurée par la cueillette et la chasse : groupes de chasseurs-cueilleurs, pêcheurs, exploitant des ressources naturelles disponibles sans les maîtriser. La Préhistoire stricto sensu comprend alors le Paléolithique et le Mésolithique.
  • d'autre part, l'Histoire au sens strict (l'Antiquité pour le bassin méditerranéen et sa très large périphérie) qui lui succède et concerne les populations ayant adopté l'écriture et souvent un pouvoir centralisé.

Chronologie comparéeModifier

Les plus anciens sites agricoles connus apparaissent au Proche-Orient vers , au Levant, en Anatolie du Sud-Est, et dans les piémonts du Zagros. Par la suite, six à huit foyers indépendants sont apparus sur différents continents[9],[10].

En Europe, les agriculteurs venus d'Anatolie se sont étendus vers l'ouest selon deux directions principales : le long du Danube et le long des côtes méditerranéennes.

Les périodes suivantes (âges des métaux : bronze, fer) concernent avant tout l'Eurasie et l'Afrique du Nord[11].

Le tableau suivant indique les dates d'apparition de l'agriculture, de la métallurgie du bronze puis du fer, et de l'écriture (documents écrits les plus anciens), dans les différentes régions du monde.

Toutes les dates sont avant notre ère (av. J.-C. ou ANE = avant notre ère), sauf mention particulière.

Foyers néolithiques Diffusion Agriculture Bronze Fer Inscriptions Littérature Chroniques
Proche-Orient (Levant
+ Anatolie du Sud-Est
+ Zagros)
9000 / 8000[12]
> Mésopotamie [13] (Sumer) 3300 2500
> Anatolie 7000[14] 3000 (Hittites) 1650
>> Balkans et monde grec 6500[14] 2700 (Mycènes) 1450 (Grecs) 850 (Homère)
750 (Hésiode)
600
>> Europe du Sud (cardial) 6000 / 5000[14] 2200 800 (Rome) 600
>> Europe centrale (rubané) 5500 / 4800[14] 2300 800
> Égypte 5500[14] 2700 3100
> Maghreb
> Iran (Élam) 3300
> Inde (Mehrgarh) 6500 (Indus) 2600 300
> Asie centrale
Chine 6000 2200 500 1200
> Corée
> Japon 400[15] 700 de notre ère
> Asie du Sud-Est
Nouvelle-Guinée 7000 / 5000[12]
Afrique subsaharienne 3000 / 1000[12]
Mississippi (bassin) 2000 / 1000[12]
Mexique 8000 / 3000[12]
Andes 5000 / 3000[12]
> Amazonie 3000[12]

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

ChronologieModifier

(ordre chronologique)

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. a b et c « PROTOHISTOIRE », sur universalis.fr (consulté le 24 octobre 2020).
  2. a et b Voir sur cnrtl.fr.
  3. a et b Marcel Otte, La Protohistoire, De-Boeck, Bruxelles, 2008 (ISBN 978-2-8041-5923-8).
  4. a et b Jacques Franck, « L'histoire commence au néolithique », présentation du livre de J. Guilaine (dir.), L'Héritage néolithique, Paris, éd. Gallimard, 2011, sur lalibre.be (consulté le 8 décembre 2019).
  5. a et b (collectif), Le Petit Larousse illustré, Paris, Larousse, , 1811 p. (ISBN 978-2-03-582502-5), Protohistoire.
  6. a b et c Voir sur cnrtl.fr.
  7. (fr + grc) Strabon, Géographie : Livres III et IV, Paris, Les Belles Lettres, , 242 p. (ISBN 2-251-00312-6).
  8. (fr + la) Jules César, Guerre des Gaules : Livres I-IV, Paris, Les Belles Lettres, , 124 p. (ISBN 978-2-251-01031-1).
  9. Jean-Paul Demoule, Les Dix Millénaires oubliés qui ont fait l’histoire, Paris, Fayard, , 318 p. (ISBN 978-2-213-67757-6).
  10. Anne Lehoërff, Le Néolithique, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », , 128 p. (ISBN 978-2-7154-0241-6), p. 122.
  11. Patrice Brun et Pascal Ruby, L'Âge du fer en France : Premières villes, premiers États celtiques, Paris, La Découverte, Inrap, , 177 p. (ISBN 978-2-7071-5664-8).
  12. a b c d e f et g Jean-Paul Demoule, op. cit., p. 21.
  13. Jacques Cauvin, Naissance des divinités, naissance de l'agriculture : La révolution des symboles au néolithique, Flammarion, coll. « Champs », , 310 p. (ISBN 978-2-08-081406-7), p. 232 ; (en) Joan Oates, « Prehistory and the Rise of Cities in Mesopotamia and Iran », dans Colin Renfrew (dir.), The Cambridge World Prehistory, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 1476.
  14. a b c d et e Jean-Paul Demoule, op. cit., p. 33.
  15. (en) Koji Mizoguchi, The archaeology of Japan : from the earliest rice farming villages to the rise of the state, New York, Oxford University Press, coll. « Cambridge world archaeology », , 371 p. (ISBN 978-0-521-88490-7, 0-521-88490-X et 978-0-521-71188-3, lire en ligne)