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Protectorat de Wallis-et-Futuna

5 mars 1888 – 29 juillet 1961

Informations générales
Statut Protectorat de la France
Langue Français (officiel), wallisien, futunien (de facto), latin (religion)
Religion catholicisme
Histoire et événements
Février, octobre 1842 Premières demandes de protectorat par le Lavelua
1881, 1884 Nouvelles demandes de protectorat par la reine Amelia Tokagahahau Aliki
Signature du protectorat pour Wallis
Signature du protectorat pour Futuna
Rattachement de Futuna à Wallis et protectorat unifié
Nouveau traité de protectorat
1913 Demande d'annexion (rejetée en 1924)
Années 1930 Crise du coprah
Prise de Wallis-et-Futuna par la France libre et installation d'une base américaine
Avril 1946 Départ des troupes américaines
Approbation par référendum du statut de Territoire d'outre-mer
Wallis-et-Futuna deviennent un TOM, fin du protectorat

Résident de Wallis-et-Futuna

Le protectorat de Wallis-et-Futuna est un protectorat français du 5 mars 1888 au 29 juillet 1961 sur les îles de Wallis, Futuna et Alofi, dans l'océan Pacifique[1]. Il est dirigé par un résident envoyé par la France, qui réside à Wallis. De 1906 aux années 1950, les résidents sont des médecins militaires. Néanmoins, l'administration française doit composer avec le pouvoir coutumier (Lavelua à Wallis, rois à Futuna, et leurs chefferies) ainsi qu'avec la puissante église catholique dirigée par l'évêque. Le protectorat prend fin en 1961, lorsque Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer.

Sommaire

OrigineModifier

Article détaillé : Histoire de Wallis-et-Futuna.
 
L'évêque Pierre Bataillon installe une véritable théocratie sur l'île de Wallis, convertie au christianisme en 1842. Il convainc la reine Amelia Tokagahahau de demander un protectorat à la France.

Dès l'arrivée des pères maristes en 1837 à Wallis et à Futuna, les missionnaires comprennent l'intérêt d'une protection officielle de la France sur les îles qu'ils ont converti au catholicisme. En effet, à a fin du XIXe, les rivalités entre catholiques et protestants sont fortes. Comme le résume Jean-Claude Roux, « derrière l'écran missionnaire allait se jouer longtemps une délicate partie entre marins, consuls, colons, commerçants, pour le contrôle des archipels du Pacifique sud »[2]. Il s'agit également de contrer l'influence des Tonga, récemment convertis au méthodisme, et qui veulent étendre leur religion à Wallis.

Sous l'influence des pères maristes, le souverain wallisien fait une première demande de protectorat à la France en février 1842, puis en octobre de la même année, en s'adressant aux différents capitaines de navires qui accostent à Wallis. Pour Jean-Claude Roux, « la nécessité de protection des missionnaires maristes fit que la Marine française s'attribua de facto un droit de regard sur les affaires de Wallis et Futuna »[3]. La Marine française cherchait à l'époque à augmenter les ports où ses navires pouvaient faire escale.

Mais la France refuse initialement cette demande de protectorat, car une crise diplomatique a éclaté avec l'Angleterre, dite « affaire Pritchard », autour du protectorat établi à Tahiti : les annexions françaises dans le Pacifique s'arrêtent alors pour quelque temps pour apaiser les Britanniques[4].

Débuts du protectorat (1887-1905)Modifier

 
Photographie satellite de Wallis (2001).

CréationModifier

Dans les années 1880, la situation diplomatique et stratégique change. Après l'annexion anglaise de Fidji en 1874 qui brise l'équilibre précaire entre les deux nations, les Français souhaitent eux aussi affirmer leur position dans l'Océanie lointaine[5]. Wallis-et-Futuna jouissent d'un regain d'intérêt auprès du ministère des colonies, et les visées tongiennes sur 'Uvea inquiètent de plus en plus les wallisiens. En 1881 et 1884, la reine de Wallis, Amelia Tokagahahau (fille du Lavelua Soane Patita Vaimu'a) réitère sa demande de protectorat aux officiers français qui font escale à Wallis. Ce n'est qu'en 1886 que la demande de protectorat auprès de la France aboutit enfin, cinquante ans après l'installation des pères maristes.

La reine Amelia Tokagahahau signe un traité de protectorat ratifié par la France le 5 avril 1887. Le 29 novembre de la même année, les rois Anise Tamole pour Sigave et Malia Soane Musulamu pour Alo demandent eux aussi leur rattachement à la France. Le 5 mars 1888, un protectorat unifiant Wallis et Futuna est signé[1].

Les souverains de Futuna et Wallis gardent toute leur autorité coutumière sur leur sujets[5] : ce n'est donc pas à proprement parler une conquête ou une colonisation. Le premier résident de France arrive à Wallis en 1888[6]. Mais pour Jean-Claude Roux, en 1900 « Wallis et Futuna ne présentaient plus une quelconque valeur stratégique »[7]. Ce n'est qu'à la fin des années 1890 que les deux îles présentent un petit intérêt économique avec la production de coprah[8]. Pour Filihau Asi Talatini, « sans la mission catholique, la France ne serait pas présente dans l'archipel »[9].

AdministrationModifier

Le protectorat est administré par un résident. Il habite à Wallis (avec son chancelier) et ne visite Futuna que quelques jours par an : les Futuniens sont donc plus autonomes, mais également plus délaissés par l'administration française en cas de besoin[5]. Cette situation se poursuit jusqu'aux années 1960, l'administration ne s'installant à Futuna qu'en 1959[5]. Dans un contexte de rivalité entre les deux royaumes d'Alo et de Sigave[10], vingt rois se succèdent à Alo et treize à Sigave entre 1900 et 1960[11].

Le clergé catholique encadre fortement la population. Monseigneur Bataillon avait réussi à transformer Wallis en une véritable théocratie insulaire et son pouvoir demeure très importante jusqu'à sa mort en 1877[12]. Les fêtes religieuses rythment le calendrier et la participation à la messe est obligatoire. Selon Jean-Claude Roux, « [la mission] donne l'exemple d'une stabilité proche du fixisme »[11]. À Wallis, le résident doit composer avec le pouvoir coutumier (Lavelua et chefs traditionnels), ainsi qu'avec l'évêque. Les tensions sont parfois fortes et les crises politiques nombreuses. Jusqu'à l'arrivée du résident Viala en 1905, le protectorat est assez instable[11]. Par la suite, les résidents restent sur l'île en moyenne quatre ans[11].

Les premiers médecins-résidents (1906-1942)Modifier

En 1906, un accord signé avec le Lavelua prévoit que le résident soit également un médecin, membre du corps de santé colonial[13]. « Pendant la première moitié du xxe siècle, les médecins affectés à l’île de Wallis (et Futuna) en étaient aussi les « patrons » sous la dénomination de Médecin-Résident. Ils remplissaient les fonctions de gouverneur avec mission de maintenir l’ordre public et de contrôler le budget qu’ils acceptaient ou refusaient »[13]. Pierre Élie Viala arrive en 1905 et est suivi de Jean-Victor Brochard (fils de Victor Brochard), qui s'oppose fortement à la mission catholique. Arrivé en août 1909, Brochard doit quitter l'île en avril 1910 mais grâce à des soutiens à Nouméa, il peut revenir en 1912 sur l'île[13].

Projets d'annexion (1913)Modifier

 
Cet article du Honolulu Star-Advertiser s'inquiète du projet d'annexion de Wallis-et-Futuna par la France en 1913 : « la France étend son bras jusque dans les îles ». Mais l'annexion ne sera pas mise en œuvre.
 
Le 22 juin 1913, les officiers du croiseur français Kersaint organisent une cérémonie d'« annexion » des îles Wallis, levant le drapeau français devant le palais royal d'Uvea (photo) à Mata-Utu. Mais cette annexion sera rejetée par la France en 1924.

Un nouveau traité de protectorat est signé avec la France le 19 mai 1910. Le texte, valide jusqu'en 1961, limite les pouvoirs du roi de Wallis, mis en situation de sujétion par rapport au résident, et ceux des missionnaires. Ce nouveau traité de 1910 est censé préparer à l'annexion, demandée officiellement par le roi en 1913, sous l'influence du résident Victor Brochard[14], Le 22 juin 1913, le croiseur Kersaint accoste à Wallis et organise une cérémonie où le drapeau français est levé devant le palais royal. Cela ne manque pas d'inquiéter les pays voisins anglophones. L'annexion devient en France un projet de loi en 1917, voté par la Chambre des Députés en 1920, mais elle est finalement refusée par le Sénat en 1924[15].

Après plusieurs « initiatives désastreuses »[13], le résident Brochard part définitivement de Wallis-et-Futuna en 1914. Entre 1914 et 1926, il n'y a pas de médecin-résident[13].

La crise du coprahModifier

Au début des années 1930, Wallis et Futuna sont touchées par un parasite, l'oryctes rhinoceros, qui contamine les cocotiers et entraîne un effondrement de la production de coprah, alors la principale exportation du territoire[13].

Le « roi David » (1933-1938)Modifier

Le protectorat de Wallis et Futuna a été marqué par la figure de Jean Joseph David[16],[17]. Ce médecin militaire arrive à Uvea en 1933 et prend la tête du protectorat. C'est le seul colon de l'île (hormis une quinzaine de missionnaires et deux commerçants[18]). Il fait un bref passage à Futuna, mais réside essentiellement à Wallis[17]. « David n’a pas été que médecin mais aussi résident, chef des travaux, juge de paix, « roi » ; il installe un nouvel hôpital, une école, développe le sport afin d’œuvrer à l’amélioration physique [des Wallisiens] qu’il cherche également à mettre au travail (forcé) pour développer l’île »[19]. En 1934, il construit la première école publique de l'île et en 1935 un hôpital et une maternité[13].

Il met en place de grands travaux : entretien des routes, développement des cocoteraies, plantation de nouvelles cultures comme le manioc. Pour cela, il détourne le système de travaux collectifs présents dans la coutume wallisienne, le fatogia. « Par des alliances avec des nobles wallisiens [...], il a réussi à mettre en branle un système de corvées coutumières qu'il va détourner au profit [...] du développement des infrastructures de l'île, mais en le poussant à la limite. »[17]. Face à son autoritarisme, il est surnommé « Docteur Machette »[19]. Il entretient également des relations difficiles avec la mission catholique.

Afin d'asseoir son autorité, le résident David réussit à prendre la place du roi (Lavelua) dans la cérémonie du kava, où la première coupe lui est réservée[17]. Il obtient quasiment le statut coutumier de Lavelua, après le décès du roi précédent. Son mariage avec une princesse wallisienne lui permet de s'affirmer davantage[17]. La population l'appelle alors Te Hau Tavite, « le roi David »[20].

En 1939, il publie L'œuvre française aux îles Wallis et Futuna où il liste ses actions et ses réussites[18]. Cependant, à la fin de son séjour, une épidémie de typhoïde touche la population wallisienne, à cause de la sous-alimentation provoquée par les corvées[17]. Pour Claire Fredj, son expérience s'apparente donc à un échec[19].

Après sa période wallisienne, Jean Joseph David part au Cameroun où il met en place des méthodes similaires[16].

Seconde guerre mondialeModifier

Durant la Seconde guerre mondiale, le protectorat de Wallis et Futuna reste fidèle à Vichy. Ce n'est qu'en 1942 qu'un corps expéditionnaire de la France libre s'empare du territoire et arrête le résident Léon Vrignaud.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Wallis et Futuna. Rapport annuel 2009, Paris, IEOM, (lire en ligne), p. 19 ("Section 2 - Repères historiques")
  2. Roux 1995, p. 129
  3. Roux 1995, p. 128
  4. Roux 1995, p. 131
  5. a b c et d Marc Soulé, « Les bouleversements de la société coutumière lors de la présence américaine à Wallis (1942 - 1946) », dans Sylvette Boubin-Boyer (dir.), Révoltes, conflits et Guerres mondiales en Nouvelle-Calédonie et dans sa région, L'Harmattan, (ISBN 9782296051225)
  6. Roux 1995, p. 283
  7. Roux 1995, p. 7
  8. Roux 1995, p. 14
  9. Filihau Asi Talatini, « "Lotu mavae" : identité religieuse en mutation à Wallis et Futuna », dans Elise Huffer, Mikaele Tui, Uvea, University of the South Pacific/Service des Affaires Culturelles de Wallis, (lire en ligne)
  10. Angleviel 1994, p. 206
  11. a b c et d Roux 1995, p. 281
  12. Pechberty et Toa 2004, p. 39
  13. a b c d e f et g André Borgomano, « Le roi David », Bulletin de l'ASNOM (Association Santé Navale et d'Outre-Mer), no 127,‎ (lire en ligne)
  14. Roux 1995, p. 134-138
  15. Angleviel 1994, p. 136
  16. a et b Guillaume Lachenal, Le médecin qui voulut être roi. Sur les traces d'une utopie coloniale, Le Seuil, (ISBN 9782021142587, lire en ligne)
  17. a b c d e et f « Un médecin roi ou les utopies du colonialisme », sur France Culture (consulté le 24 janvier 2019)
  18. a et b L. Sasportas, « David, J.-J. L'œuvre française aux îles Wallis et Futuna », Journal de la Société des Océanistes, vol. 1, no 1,‎ , p. 182–183 (lire en ligne, consulté le 24 janvier 2019)
  19. a b et c Claire Fredj, « Guillaume Lachenal, Le médecin qui voulut être roi. Sur les traces d’une utopie coloniale, Paris, Seuil, 2017, 353 p., (ISBN 978-2-02-114256-3) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 64-4, no 4,‎ , p. 229 (ISSN 0048-8003 et 1776-3045, DOI 10.3917/rhmc.644.0229, lire en ligne, consulté le 24 janvier 2019)
  20. « Africa4 - Le roi David du Haut-Nyong (Cameroun) - Libération.fr », sur libeafrica4.blogs.liberation.fr (consulté le 24 janvier 2019)

BibliographieModifier

  • Jean-Claude Roux, Wallis et Futuna : Espaces et temps recomposés. Chroniques d'une micro-insularité, Presses universitaires de Bordeaux, , 404 p. (ISBN 2-905081-29-5, lire en ligne)
  • Frédéric Angleviel, Les Missions à Wallis et Futuna au XIXe siècle, Centre de recherche des espaces tropicaux de l’université Michel de Montaigne (Bordeaux III), , 243 p. (lire en ligne)
  • Dominique Pechberty et Epifania Toa, Vivre la coutume à ʻUvea (Wallis), L'Harmattan, (lire en ligne)